‹ Saint François de Sales, modèle et guide du prêtre et du pasteurChapitre 8 sur 82 · SA RELIGION DANS LES CÉRÉMONIES ET LES OFFICES DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

SA RELIGION DANS LES CÉRÉMONIES ET LES OFFICES DE L'ÉGLISE

Saint François de Sales portait dans toutes les fonctions du culte divin la même modestie et la même religion que dans la célébration du saint sacrifice. « Quand il priait ou qu’il était à l’office, comme lorsqu’il disait la messe, on ne lui voyait faire aucune démonstration extraordinaire, ni même lever ou fermer les yeux; il les tenait modestement baissés, sans autres mouvements que ceux qui étaient nécessaires. ;Mais à la douceur et à la gravité qui régnaient sur son visage, on pouvait juger que son intérieur était dans une grande tranquillité. Quiconque le voyait et l’observait alors en était infailliblement touché *.

C’était un bonheur pour lui de célébrer les saints offices ou d’y assister. « Vous l’eussiez vu au chœur immobile dans sa stalle, chantant les louanges de Dieu, comme s’il eût été quelqu’un de ces esprits bienheureux qui jouissent toujours de la vue du souverain bien, et ne cessent jamais de le bénir et adorer*.» Et souvent Dieu y récompensait sa piété par d’ineffables consolations. « Hier, écriVait-il le lendemain de la fête de Saint-Pierre-ès-liens,

4 Déposition de sainte Chantal. — 1 Lett. cm de sainte Chantal

à dota Jean de Saint-François. — 5 Ibid ;

tandis qu'on chantait l’invitatoire et qu'on disait : Vive le roi des apôtres ! venez et adorqps-le; j’eus un si doux et si aimable sentiment que rien plus, et soudain je désirai qu’il s’épanchât sur tout mon cœur. O Dieu ! Notre-Seigneur nous soit à jamais toutes choses 4 . »

Il regardait les cérémonies et les splendeurs du culte catholique comme un moyen des plus puissants, nonseulement pour entretenir la dévotion des âmes pieuses et faire rentrer les pécheurs en eux-mêmes, mais encore pour faire impression sur l'esprit des hérétiques et les attirer doucement à la véritable religion. Aussi s’empressa-t-il d’y avoir recours dès que ses succès dans le Chablais et l’appui du prince le lui permirent. On peut voir dans sa Vie quel éclat il s’efforça de donner à l’adoration du Saint-Sacrement dans la cérémonie desQuarante- Heures qu'il fit célébrer à Aunemasse et à Thonon. La pompe qu’il déploya dans ces circonstances n’eut d’égale que l’empressement des fidèles à venir en contempler la magnificence, et le zèle des ecclésiastiques à profiler de ce concours religieux pour l’instruction et l’édification des peuples.

Sainte Chantal, qui connaissait l’attrait de son directeur pour le culte divin, et qui partageait ses pieux sentiments, lui envoya plusieurs fois des morceaux choisis de chant et de musique. Après l'avoir remerciée d’un envoi de ce genre dans une de ses lettres, il ajoute : « Je n'entends rien du tout à la musique, mais je l’aime exlrêmement quand elle est appliquée à la louange de Notre- Seigneur *. »

Autant il se plaisait à voir Dieu dignement honoré dans ses temples, autant il était blessé de tout ce qui s’écartait

1 Lett. dccxxiv. — 4 Lett. lxvi.

du respect dû aux lieux saints. « Il n y pouvait souffrir la moindre irrévérence; et quand il apercevait quelque chose de semblable, il ne manquait Jamais d’en témoigner sa peine, tantôt à l’instant même par un signe qui imposait silence ou commandait un maintien plus modeste, tantôt par un avis paternel donné à la sacristie ou hors de l’église, quelquefois même publiquement quand la faute était publique. Un jour il prêchait le panégyrique de saint François de Paule dans leglise des révérends pères Minimes, à Paris. L’exorde fini, il s'aperçoit que le Saint- Sacrement reste encore exposé; il se tait et demeure debout dans un profond recueillement. Après quelque temps d’attente, comme personne ne devinait la cause de son silence. « Eh ! de grâce ! s’écrie-t-il, si l’on veut que je prêche assis et que je me couvre, que mon Maître soit couvert avant moi.» Ces paroles furent dites avec tant de douceur et de piété qu’elles édifièrent tout l’assemblée, et que plusieurs en furent touchés jusqu’aux larmes l . »

Sous un tel prélat, l’église d’Annecy ne pouvait qu’être un sanctuaire de piété et d’édification. Lui-même a témoigné plusieurs fois son admiration pour le bel ordre qui y régnait. Écrivant au souverain Pontife, en l’an 1606, pour lui exposer l’état de son diocèse : « C’est merveille, lui dit-il, que, malgré la grande pauvreté du chapitre, les offices se fassent si dévotement et si magnifiquement dans ma cathédrale. » Il est hors de doute que l’honneur en revenait en grande partie à ses règlements et à ses exemples.

1 Année de la Visit., p. 160.

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