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rèrent dans l’église, sous forme de confession, et enfin, Maître François, au bout de ces quinze jours, amena Barbudo à recevoir le très saint Sacrement; de quoi tous furent émerveillés (espantados). Et ainsi, auprès de beaucoup d’autres, il fit de grands fruits, les mariant ou les tirant de mauvais commerces. De cette façon et de beaucoup d’autres, il ramena à Dieu un grand nombre d’âmes.
Quelque temps après, Satan, voyant que j'étais sorti de ses mains et qu'il perdait sa proie, m’assaillit et me fit pécher honteusement. Puis, je désobéis à la parole du Père : j’achetai un navire, et, cela fait, avec grandes ruses, je réunis toutes les choses nécessaires ; je fis même transporter sur le vaisseau mon coffre, et le départ ne devait pas, ce me semble, tarder plus d’une heure. Je m’en allais donc, sans rien dire de tout cela au Père, lorsque lui, inspiré par PEsprit-Saint, m’envoya un garçon, appelé Antoine, lui disant de courir et de m’amener à lui. En m'abordant, le garçon me dit : « Señor, le Père Maître François vous demande, » et il poursuivit : « Ne vous appelez-vous pas Juan d'Eyro? » Je [ui répondis que out. Alors, reprit le garçon, c’est vous qu’il demande.
Saisi, à cette grande annonce, je pensai n’y pas aller et je demeurai, quelques moments, indécis. Enfin, jy allai. Comme . J'arrivais sur le seuil de la porte, Maitre François me dit, à deux ou trois reprises : peccastles ! peccastes ! (Vous avez péché, vous avez péché). Alors, je m'inclinai et dis : € Cest vrai, J'ai péché » ; et il reprit : « Confessez-vous, confessezvous. » J’allai à la maison, et bientôt, le jour même, je vendis le navire et je donnai aux pauvres tout ce que javais.
De là, nous allâmes à Malaca, où le Père fit beaucoup de fruit pour Notre-Seigneur. Je lui ai alors entendu dire qu'il n’était jamais allé en un pays où il eût trouvé peuple aussi bon qu'à San-Thomé, ni ville qui servit Dieu aussi bien; et de Malaca, il disait que cette ville recevrait bon châtiment ;
comme depuis 1l advint; et de San-Thomé, qu'il grandirait
beaucoup; comme nous le voyons se réaliser ; de sorte que je.
puis dire en vérité qu'il avait l'esprit prophétique. Il m’annonça encore que je serais #rade de Saint-François, comme
Je le suis.
Un Frère coadjuteur de la Compagnie de Jésus, nalif de San-Thomé, parle ainsi :
J'ai entendu mon père, Ignace de Gamboa, et d’autres parents âgés raconter le fait suivant : Il y avait à San-Thomé un marchand, homme du pays, très dévot au Père Maître François. Avant à s’embarquer pour Malaca, et le Saint se trouvant à Saint-Thomé, il alla lui dire adieu et le prier de lui donner un petit souvenir, qu’il désirait porter sur soi; et il le pressa tellement, que le Saint, tirant de son col le chapelet qu'il y avait, le donna au marchand et lui dit : « Gardez-le dévotement et vous ne mourrez pas en mer. » Or, peu
après, au cours de la traversée, une tempête mit en pièces le,
vaisseau, et à grand’peine quelques hommes, et le marchand avec eux, trouvèrent d’abord un refuge sur des pièces de bois,
liées en forme de radeau. Mais bientôt, emportés en pleine
mer, les naufragés n’eurent plus d'espérance. Ce fut à l’heure . de cette détresse suprême, que le marchand perdit tout senti! ment de sa situation, et crut se voir en la compagnie de
Maître François, à lPendroit même où il lui avait dit adieu. Quand il reprit ses sens, 1l se trouva sur la plage de Négapatam. Des compagnons laissés par lui sur le radeau, on n'eut
plus de nouvelles.
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Malaca vit et revit François de Xavier. Citons, d’après les procès, quelques-uns des actes ou faits extraordinaires, qui se seraient produits lors de son premier séjour dans cette ville, de fin septembre 1545 au 1% janvier 1546.
Jean Soarez de Alvergaria, & qui habite certaine maison, sur la muraille de la ville, près du boulevard de Santiago, » dépose en ces termes :
Ma maison, je crois, porte bonheur (bem estreada), et jy ai grande dévotion, parce qu’une renommée ancienne et certaine nous apprend que ce fut le premier logis du Père Maître François, quand il arriva de lPInde à Malaca. Aussi, ne la
vendrai-je à personne, et je m’estime très heureux d’habiter
la maison où vécut un si grand Saint.
J'ai dit que je la considère comme portant bonheur (bem afortunada), et, de fait, bien qu’elle soit sur les murailles de la ville, qui sont très élevées, il n’y a rien à craindre pour ceux qui tombent du haut de la maison en bas de‘la muraille (naO pertgouo 0s que della abaxo caen), et tous attribuent cela au fait que le Saint y habita. J'ai vu tomber ainsi un grand garçon, une femme : ils ne se firent aucun mal. Une jeune négresse de huit ans est tombée de même impunément :
tous disent que le saint Père les a préservés.
Le P. Antonio Mendez, Jésuite, déclare avoir en-
tendu le P. Paul Gomez raconter :
J'ai vu, de mes yeux, plus d’une fois, le Père Maïtre Fran-
cois, quand il arrivait, de loin, à Malaca : tout le monde,
grands et petits, allaient le recevoir, à la plage, comme un Saint ; et lui, avec une admirable affabilité, répondait à cet accueil en saluant, par leurs propres noms, des gens qu'il n'avait jamais vus ; et il les interrogeait de même au sujet de leurs parents, sans que personne lui eût dit de qui ils étaient fils.
Étant petit enfant, j'allais à la Doctrine du Père Maitre François, qui me chargeait ordinairement de faire le signe de la Croix et de réciter les prières devant le peuple, pour que tout le monde les apprit mieux. Un jour, la doctrine devant se faire à la Sé, il y eut grand concours, et comme je prévoyais que le Père voudrait me faire réciter les prières devant tout ce monde, j'eus honte’et j'allai me cacher dans le bassin des fonts baptismaux (dans la pila de bautizar). L'heure de la Doctrine venue, le Père appela : « Paul Gomez ! » Je me gardai bien de répondre. Alors, le Père, sans que personne lui eût rien dit, et, je le crois, éclairé par une lumière surnaturelle, vint à la prla et m'en türa hors ({irao fora), en me disant : Paulo, vinde diser à doutrina ! | |
Le P. Antonio Mendez reprend :
J'ai oui dire à des personnes dignes de foi, parentes d'un Francisco de Chaves, qui fut de la Compagnie de Jésus, qu'étant petut et abandonné des médecins, et demi-mort, il fut quasi ressuscité par les prières du Père Maître François.
A ce même propos, le P. Jérôme Vieyra, € qui fut de la Compagnie de Jésus, et qui maintenant est Vicare général à Cranganor », raconte :
Un jour que j'étais à prier, au collège de Saint-Paul de Goa, devant la châsse où l’on avait enfermé le corps du Père Maitre François, et que j'y étais retenu par une très sensible dé-
votion, on vint, de la part du P. Francisco de Chaves, m’appeler pour aider au soin des malades à l’infirmerie. Peu après, comme Je disais au Père de Chaves : « Vous m’avez fait perdre, ce matin, une bonne consolation spirituelle, que je goûtais au tombeau du Père Maître François », je vis les larmes lui venir aux yeux, et il me répondit : « Le Père Maître François ! Étant à Malaca, il m’a ressuscité, en posant la main sur
ma tête. »
Un autre témoin dit :
J’ai connu le P. Francisco de Chaves : il me contait qu’étant malade et sans parole, il fut visité par le Saint, que son père alla chercher à l’ermitage de Notre-Dame-du-Mont. En arrivant, le Saint se mit en prière; puis, 1l fit le signe de croix sur l’enfant, qui fut aussitôt guéri.
Un autre témoin :
J'ai connu le P. Francisco de Chaves, alors qu'il était Jésuite, et je le connus aussi Capucin. Enfant, je l’eus pour maître de latin. Il nous racontait ainsi le miracle de sa guéri-
son : (Etant petit, on me mit à la bouche une flèche empoi-
sonnée, de sorte que j'en mourus, et comme ma mère était fort dévote au Père Maître François, elle alla le prier de venir. Il vint, et, m’appelant par mon nom, il dit : « Francisco, levez-vous ! » II me prit par la main et je me levai guéri. Ainsi ma mère me contait le fait.
Un autre ancien écolier du P. François de Chaves parle comme le précédent.
Ici, le pieux P. Barradas observe :
Les jugements de Dieu nous sont cachés : Francisco de Chaves ne finit pas dans la Compagnie ; il est mort en Chine, I 26
Capucin. Il eut, chez ses nouveaux frères, la charge de gardien.
On lit, au procès de 1957 :
A Malaca, François guérit un fils de famille distinguée. Après l'avoir confessé, il dit à la mère : «Ne craignez rien ; il guérira. » Et à peine le Père était sorti, que le malade se
leva, guéri, et demanda à manger. Il vit encore.
Au même procès :
Le Père François étant à Malaca, un garçon de quinze à dix-huit ans eut une maladie grave. À la prière de sa mère, des femmes du pays, de celles qui traitent les malades à la façon des païens, le traitèrent, mais sans le guérir. La dermière appelée fut une femme de Maluco, qui avait renom de bonne sorcière (ferticetra). Entre autres cérémonies qu'elle lui fit, elle lui passa un séton au coude du bras gauche. A ce moment, le malade perdit la connaissance et la parole, et il resta ainsi trois Jours, faisant force mouvements désordonnés et donnant des signes de possession, comme était de cracher sur les choses saintes.
Ce fut alors que, par égard pour la dévotion du père de ce jeune homme au Père Maître François, on le fit appeler. A peine sur le seuil, 1l demanda combien de temps 1l y avait que la maladie durait, et quand on lui eut répondu, 1l témoigna surprise de n’avoir pas été appelé plus tôt. À lPinstant cependant où le Père pénétra dans la maison, le malade multipha ses mouvements étranges, ses extravagances, et1il y Joignit de grands cris qui épouvantèrent les assistants. Le Père François, d’un visage serein, leur dit : « Ne craignez pas : avec l’aide de Dieu, ce ne sera rien. » :
Le jeune homme s’agitait, sans relâche, sur son lit, et il
fallut qu'un homme le contint, en lui prenant les bras et les serrant fortement. Maitre François se mit à genoux et pria, dans un livre, l’espace de deux heures environ. Il se fit apporter une étole, un missel, un crucifix et de l’eau bénite, et,
avec cela, il fit plusieurs cérémonies. Il appliqua aussi sur le
corps du malade son reliquaire. Enfin, il lut la Passion de Jésus-Christ. Durant cette leciure, chaque fois que le très saint nom de Jésus venait, le malade s’agitait plus violemment, 1l crachait vers le crucifix et faisait d’autres vilenies (cousas feias); mais, la Passion finie, le malade s’apaisa et demeura tout tranquille; de quoi Maître François fut très content, et il dit : « Maintenant, il est guéri. » Et il ordonna que tout le monde s’en allât, et qu'on laissât le malade dormir, après lui avoir donné une potion amandée (wma amendoada); qu’à minuit 1l se réveillerait. Il voulut que la famille promit une neuvane à Notre-Dame. Il ajouta : &« Ne vous affligez pas : ce ne sera rien. Demain matin, je dirai la messe pour lui, et il parlera. »
Tout se passa ainsi que Maître François l’avait annoncé, et comme 1l était à dire sa messe, vers le moment de l'Évangile,
le médecin de la maison, entrant, prit la main du malade et
ouvrit. Le malade fit : Ay! ay! Et son père dit aussitôt au médecin : « Ce n’est pas vous qui lui tirez ces ay! » La messe finie, le malade parla très bien, et, de 1à à quelques jours, 1l était tout à fait guéri.
En 1616, une bonne ancienne de Malaca dit :
J'ai connu le Saint-Père ; je me suis souvent confessée à lui. Il me donna un chapelet blanc, bénit, que je conserve et vénère beaucoup. Quand je me sens malade, je baise le chapelet et je suis bientôt soulagée. Si je me vois, un moment, sans le chapelet, je ne suis plus contente, et Je n'ai pas de repos que je ne l’aie de nouveau en ma possession.
Beaucoup de guérisons furent observées à lPhôpital, où François, quand il n’y logeait pas, allait et revenait incessamment. À ce propos, un témoin
dit, en 1616:
Le nommé Juan-Francisco, Portugais, qui, du temps que Maître François vivait à Malaca, faisait l'office d’hospitalier, disait : «Le Père Maître François a dans les mains une telle vertu, que tous ceux qu'il a touchés guérissent. » Aussi avait-on grande dévotion aux mains du Saint-Père.
Dans l’information faite, à Goa, en 1616, par ordre de l’archevêque Francisco Christovao de Sa, est le récit suivant d’un Juan Alvrez et du prêtre Valenüun de Barros, vicaire de la paroisse San-Thomé de Malaca : 7
A Malaca, le Père Maître François avait un serviteur qui, un jour, profitant de la sortie du Père, s’en alla en ville faire quelque chose de travers ({ravessura). Quand le Père rentra, il quitta la soutane de dessus, plus propre, qu'il avait mise pour célébrer la messe, et la suspendit. Il se fit, en ce moment, une déchirure à Îa soutane. Maître François, se tournant vers le garçon : « Vous avez fait quelque sottise : cette déchirure me le dit ; allez vite vous confesser, et rapportez un billet de confession. » Le garçon alla se confesser, et quand il rentra, Maïtre François lui dit : &« Voyons, maintenant, la soutane. Le garçon et Maître François y regardèrent : elle se. trouva sans déchirure n1 trace d’elle (sem rotura nem senha
della).
À propos de ces récits et de chacun d’eux, nous avons vu, en les transcrivant, passer dans notre es-
. bia ‘ FT
prit tout ce que le lecteur a vu passer dans le sien de difficultés à opposer ou à proposer : des dissertatons, des disputes sur les circonstances ou sur le fond même n'auraient point de fin; mais réussît-on à amener, à fixer un nuage, et sur les détails et sur l’ensemble, une lumière restera, que nul ne saurait
éteindre : elle resplendit dans le seul mot de l’Hos-
pitalier de Malaca, auquel firent écho, pendant dix ans des multitudes si diverses. Le mot est excessif; mais, par cela même, 1l resplendit davantage, aux yeux du sens commun : ni rien, ni peu ne sauraient
produire de tels effets.
De Malaca, le 1° janvier 1546, François s’embarque pour les Moluques : il évangélisera ces régions nouvelles, jusqu’au mois de juillet 1547, et sa prédication, comme celle des apôtres, des signes divins,
des prodiges l’accompagneront ou la suivront, pour
la confirmer : Domino cooperante et sermonem con-
firmante sequentibus signis.
On sait comment François remit sur la voie d’Amboïno le Pilote qui s’égarait; comment il aborda à Amboïno, contre toutes les prévisions des gens de mer; comment, sans aucun secours humain, il vécut, des mois entiers, au milieu de périls si redoutables, que les plus hardis n’osaient les affronter ; avec quelle précision 1l annonça la mort de Juan d’Araujo, la mort de Juan Galvan, la mort de Diego Gil; un massacre de Portugais sur une plage éloignée; comment les pinces d’un crabe ramenérent à ses pieds le crucifix tombé au fond de la mer.
Un seul de ces faits, qui tous sont bien établis, doit suffire pour qu’un homme raisonnable s’interdise, au moins, le mépris, à la rencontre de merveilles affirmées sans autant de preuves. On ne peut se dispenser de croire (les preuves étant incontestables) que François, après avoir annoncé à d’Araujo une fin prochaine, que rien ne faisait appréhender,
vit, peu après, de Maluco, d’Araujo mort à Amboïno,
et aussitôt, à l'Offertoire de sa messe, l’annonça aux fidèles, en leur recommandant l’âme du défunt. Il fut établi, par lettre de Jean de Eyro, alors à Amboïno (sans parler d’autres témoignages) que l'heure de l’annonce avait été l’heure de la mort. |
Après cela, on peut, on doit raisonnablement ne pas rejeter, sans motifs, des récits comme le suivant et tant d’autres pareils, que font des témoins assermentés :
Me trouvant aux îles de Ulate, proche d’Amboïno, j’appris des habitants du pays que le Père Maître François se trouvant là, leur Roi fut assiégé dans sa ville par un autre Roi voisin, et si étroitément, qu'on n'y avait pas moyen de s’approvisionner d’eau. Maître François fit dire au Roi de Ulate que s’il arborait une croix, Peau lui viendrait du ciel. La croix fut arborée, et aussitôt, en un pays où la pluie ne se pouvait alors attendre, il plut abondamment. Ce peuple embrassa la foi chrétienne, et 1l y demeure très attaché, malgré la persécution des Mores. LS
Plus d’une fois, l’eau de mer se transforma en eau
douce, sous la bénédiction de François. Les mari-
niers, témoins oculaires du miracle, ou ceux qui, plus tard, le racontent, comme témoins de auditu ne sont pas d’accord dans la détermination des lieux où 1l se produisit, et tels et tels errent manifestement sur ce point, comme il serait aisé de le démontrer ; mais la circonstance de lieu est indifférente, et un
témoin disant que le miracle fut opéré «entre Malaca
et la Chine », il nous autorise À réunir ici d’autres témoignages au sien :
Je partis avec le sant Père, sur un même vaisseau. Au milieu de la mer, survinrent des calmes qui durèrent quatorze Jours; de sorte que l’eau ayant manqué, on envoya le bateau à la recherche d’une terre ferme pour s’approvisionner ; mais le bateau revint sans avoir rien trouvé, et déjà il y avait eu des morts sur le vaisseau. Ému de compassion, le saint Père, un jour, appela quelques gens de service (o/ffictales) et leur ordonna de puiser de l’eau à la mer pour en
boire. Ils lui répondirent qu'il était fort inutile d’avoir de
l’eau salée ; mais le saint Père répliqua : « Faites tout de même ce que je vous dis. » Ils tirérent donc de l’eau de la
mer et la trouvèrent douce. On en remplit les barriques.
Quand elles furent pleines, on tira encore un peu d’eau, on la goûta : elle était salée.
Un religieux de Saint-Dominique, nommé Fray José, raconte :
Entre autres miracles du Père Maître François, que j'a appris de mon père, Francisco Sanchez, il m'a souvent dit avoir vu comment, l’eau ayant manqué, Maître François fit remplir d’eau de mer un tonneau et la bénit : « Après quoi,
disait mon père, nous en bûmes tous, et nous la trouvâmes douce et en demeurâmes satisfaits,
A Coulam, Jean Botelho, âgé de plus de quatrevingis ans, dépose :
Au milieu de la mer, un calme nous arrêta et l'eau manqua : il y avait trois jours que, faute d’eau, on ne préparait pas d'aliments bouillis ; de sorte qu’il s’éleva de grandes clameurs sur le vaisseau : tout le monde gémissait et criait. À ce bruit, le saint Père sortit de sa cabine et demanda ce que c'était. On lui répondit : « Nous allons tous mourir, faute d’eau ! » Mais lui, le visage serein, joyeux, répondit : « Bom Deos ! Bom Deos ! Non, nous ne mourrons pas. » Comme le Capitan m'avait donné charge de Dépensier, le Saint-Père me dit de faire approcher le bateau contre le vaisseau. Quand il y fut, le Père, rentrant dans sa cabine, y prit un livre de prières, et, ce livre en main, il descendit au bateau. Arrivé là, il essaya de mettre un pied dans l’eau; mais n’y atteignant pas, il se fit aider et y trempa les orteils. Après quoi, il ordonna à un garçon, qui le servait, de goûter l’eau. Le garçon la trouva
salée. Le saint Père, alors, trempa la jambe dans la mer,
jusqu’au genou, et ordonna au garçon de goûter Peau : il la trouva très douce. Le saint Père se fit alors remplir une petite cruche (gorgoleta), afin que d’autres vissent si le garçon disait vrai; et tous la trouvèrent douce. Et on vit bien mieux, ensuite, quel grand miracle Dieu avait fait par les mérites du saint Père, puisque, pendant le restant du voyage, tout léquipage et tous les passagers profitèrent de la grande provision que l’on fit de cette eau.
Le P. Barradas note en cet endroit du procès :
On doit peu se préoccuper de certaines divergences et même d'erreurs de détail : les témoins les plus sûrs sont des vieil-
> dise PONT ENT ES TL VE ?
lards; les autres ne savent que par ouï-dire : facilement on erre sur des circonstances de temps et de lieu. Quant au prodige, 1! fut certainement opéré plusieurs fois. Jai moi-même oui raconter à deux de nos anciens Pères qu’un Japonais leur avait attesté un miracle pareil, que le Bienheureux François opéra, lui présent.
Après avoir semé dans les Moluques et îles voisines la belle moisson que ses frères devaient bientôt recueillir, François retourna à Malaca : un trait d'esprit prophétique marqua l’heure du départ :
Étant Capitan de la forteresse d’Amboïno, dit Jean Cayado de Gamboa, capitan de Malaca, j'ouïs dire à un Pedro de Alao, qui avait connu Maître François, que, lui présent, le Saint avait ainsi parlé : « Ces trois lugares (il les nommait), rapprochés de la forteresse, ne persévéreront pas dans la Foi : il n'y aura jamais que de mauvais chrétiens. » Aussi, quand il partit d’'Amboïno, étant en vue de ces lugares, il secoua sa chaussure en disant : « La poussière même de ce pays, je ne la veux pas emporter! » De fait, ces trois lugares sont demeurés rebelles à Dieu et aux Portugais, et aujourd’hui, 1l y a, dans le pays, ce dicton populaire : « Les gens de Aroda sont mauvais, pour accomplir la prophétie du Saint-Père François. »
Rentré à Malaca, au mois de juillet 1547, François y reprit ses travaux apostoliques et les poursuivit jusqu’à la fin de décembre. Des témoins nous diront par quels signes Dieu se plut à confirmer sa prédication :
Plusieurs ont ouï raconter qu’une mère voyant sa petite fille morte ou près d’expirer courut appeler
François, qui la suivit. Le Saint se mit à genoux
près de lenfant (criança), déjà dans un linceul, et.
pria. Les assistants, tout à coup, discernent un mouvement : 1ls dégagent l’enfant du linceul et [a trouvent vivante.
Les mêmes témoins parlent de la guérison ou résurrection d’une autre Jeune enfant, appelée Maria Toscana, âgée de quatre ans, que l’on tenait pour morte. Maria était partie de ce monde, depuis deux ans, en 1616, date du procès. |
Juan d’Eyro, le converti de San-Tomé, avait accompagné François aux Moluques ; il revint, avec le Saint, à Malaca, et il y acquit preuve nouvelle de l'esprit prophétique de son Maître. Le P. Valignami
signale ce fait : « Juan de Eyro, dit-il, se fit reli=
sieux de l’Ordre de Saint-François, à suite d’une seconde révélation à son sujet, que le Père eut et lui fit connaître, à Malaca. » Evyro lui-même raconte; nous résumons son long récit : ie Cédant à une tentation, le converti accepta, d’aumône, à Malaca, quelques pardaos. François le mit en pénitence dans liîlette dite des Vaisseaux, non loin de la plage. Là, une nuit, endormi ou éveillé (Eyro ne sait qu’en penser), il vit la Très Sainte Vierge et son divin Enfant. Celui-ci l’attirait vers sa Mère, mais Notre-Dame refusait de l’accueillir, — et Elle lui reprocha enfin certaines fautes, que Eyro ne spécifie pas. Le temps de sa pénitence achevée, Eyro
alla se confesser au Saint, mais sans parler des.
fautes à [ui signalées par Notre-Dame. François, d’un visage grave, lui demanda : « Qu’avez-vous vu?
que vous est-1l arrivé dans l’île? » Eyro, ne pouvant
imaginer que François connût un tel secret, feignit de ne pas comprendre. Alors, François lui exposa par le menu toute la vision; et Eyro, mieux que jamais, comprit « que Dieu habitait dans l’âme dü Pêre. » | François ne retint pas Eyro dans la Compagnie, et il l’'embarqua pour l’Inde avant de s'éloigner luimême de Malaca. Il lui dit, au départ : « Vous pren-
drez l’habit de Saint-François et vous mourrez dans
cet habit », et il lui annonça un grand péril de mer à traverser. Le grand péril se produisit, aux écueils de Ceylan, et l’annonce de François, communiquée
par Eyro à l'équipage, ne contribua pas peu à le
maintenir dans la confiance.
Eyro finit pieusement sa vie dans l’Ordre de Saint- François ; 1l en portait déjà l’habit quand :il rendit,
en 1997, témoignage aux vertus et miracles de Fran-
çois de Xavier.
François partit de Malaca, à la fin de décembre 1947. À ce départ ne se rapporte que conjecturale-
ment la déposition qui va suivre; mais sûrement le
témoin se trompe quand il la rattache à un départ
du Japon, où François n’eut pas de choix possible
entre deux vaisseaux. Le témoin est âgé de quatrevingt-dix-huit ans :
Maitre François, pour retourner du Japon en Chine, devait s’embarquer sur un vaisseau dont le Capitaine était Francisco
de Villana. Trois ou quatre jours avant la levée de lancre, Maître François avait déjà sur le vaisseau son bagage, lorsqu'il entendit le Capitaine, conversant avec d’autres, dire ces mots : «Que Dieu le veuille ou non, j'ai à me rendre dans l'Inde. » Maître François s’approcha aussitôt : « Eh! Señor, dit-il, ne parlez pas ainsi. Dites : Si Dieu le veut, j'irai dans PInde »; mais le Capitaine s’obstina dans son blasphème. Voyant cela, Maître François m'ordonna d'aller, avec un autre garçon, au vaisseau et de lui rapporter son bagage : ce que nous ffmes. Le vaisseau partit, mais, quatre ou cinq jours après, le pilote seul revint à terre, sur quelques débris du vaisseau. Ce qu'ayant vu, Maître François, devant les gens qui se trouvaient avec lui dans l’église, me dit à moi, là présent : Q Vois, fils : si je m'étais trouvé sur ce vaisseau, le juste aurait payé pour le pécheur. » |
François, rentré à Cochin, à la fin de janvier 1548, y revint encore et emplova plusieurs mois à visiter Ta chrétienté de Comorin. Entre les faits miraculeux se rapportant à celte période, nous choisissons le suivant. Un Portugais, au procès de Cochin, raconte :
Dans la maison de mon père, un de mes frères, âgé de
quatre ans, malade de fièvres, était désespéré des médecins. Un jour, le Père Maître François entra, en un moment où la fièvre était le plus ardente. Il s’approcha du lit, imposa la
main à l'enfant, et témoigna vive compassion : ce que mon
père ayant observé, il dit au Père François : € Voilà quatre mois déjà que le petit souffre ainsi. » Alors, Maître François
récita sur lui un évangile et le bénit. À linstant même où
s’achevait le signe de Croix, le petit ouvrit les yeux, et les arrêta, en souriant, sur le visage de Maïtre François, comme pour le remercier. Toute la famille arriva ; on palpa lenfant;
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on le trouva sans fièvre : il était guéri, à la grande stupéfaction de tous.