‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 108 sur 144 · LT · texte numérisé non relu

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Au mois d'avril 1549, François part pour le Japon, -et 1l y travaille jusqu’au milieu de novembre de l’an 1991. Nous avons parlé, plus haut, des quelques actes miraculeux de sa vie à Cangoxima. Nous croyons pouvoir raisonnablement choisir Bungo comme théàtre de la guérison d’un aveugle, racontée par le vieillard de quatre-vingt-dix-huit ans, que nous avons déjà entendu. Ce Domingo dit avoir été serviteur de François au Japon; 1l ne put guère l’être qu’à Bungo, et ce fut probablement Duarte da Gama qui le mit, pour un temps, au service du Saint. Le fait peut s'être passé à Firando, où François vécut, à deux reprises, en compagnie de Portugais :

Étant au Japon, au service du saint Père, un dimanche, comme le Père Maître François achevait de prècher, il lui arriva un marchand japonais, qui demandait remède pour sa vue, perdue depuis plusieurs années. Le Père, moi présent, ordonna à son compagnon de réciter sur lui un évangile. Peu après, il en récita un lui-même. Il fit ensuite le signe de la croix sur les yeux de l’aveugle et le renvoya à sa maison. Or, le lendemain, l’aveugle revint, la vue des deux yeux plus claire qu'il ne Pavait jamais eue ; et, avec les yeux du corps, s’ouvrirent si bien les yeux de l’âme, qu'il amena au sant Père

sa femme, ses trois fils et d’autres membres de sa famille pour

recevoir, avec lui, le Baptême. Le saint Père lui-même les

baptisa.

Il est difficile de dire sur quelles plages du Japon François procura des pêches miraculeuses qui amenérent de nombreuses conversions : François ne résida que sur les côtes de Cangoxima, de Firando et de Figi.

Un païen converti raconte :

le trouvant à Macao, j’entendis des Portugais, des chrétiens du pays et même des infidèles dire ce qui suit : « Le saint Père se trouva en certains parages du Japon où le poisson était devenu si rare, que la multitude des gens se voyait dans une extrême détresse, le poisson avant été, jusque-là, la principale ressource du pays. Le Père Maître François Ordonna aux pêcheurs de lancer leurs filets. Quoique infidèles, ils obéissent, se confiant à la parole de celui qu'ils vénéraient comme un Saint; et, alors et depuis, ils prirent tant de pois- «+ son que leur nécessité finit. Maître François les obligea, par ce moyen, à se faire chrétiens.

En un autre endroit du Japon, il procura à des pêcheurs, qu'il trouva en peine, une semblable pêche miraculeuse.

En chemin, de Figi à Sancian, l'esprit prophétique de François se manifesta, à l’occasion du retour inespéré de la chaloupe perdue. Un des témoins assermentés, au procès de Malaca, est le Capitan lui-même, Duarta da Gama.

À Sancian, François passe du vaisseau de Duarte da Gama sur le Sainte-Croix de son ami Diogo Pereira. Là, deux vues prophétiques nouvelles :

Etant en Chine, il dit aux Portugais : «€ Prions pour nos frères de Malaca, qui sont en grande tribulation. » On sut,

plus tard, que la ville était alors assiégée.… Durant la traver- . sée, 1! annonça à Diogo la fin du siège de Malaca.

Le P. Valignani, conformément au procès, écrit :

Un jour, avant de partir de Sanchoan pour Malaca, alors qu'on n'avait aucunes nouvelles de cette ville, François dit à un grand nombre de Portugais réunis : « Recommandez beaucoup la ville de Malaca à Notre-Seigneur, car elle est assiégée par des ennemis et en grande détresse. » Un peu plus tard, interrogé à ce sujet par Diogo Pereira, François répondit : «Malaca est délivré et en paix. » On apprit ensuite que Malaca avait été assiégé par les Jaos, mais que les ennemis

pe

avait dû lever le siège.

[l y a une difficulté à résoudre : François annonce la détresse, à la fin de novembre ou au commencement de décembre, et le siège de Malaca était levé depuis le 16 octobre. Le P. François Perez écrivait, de Malaca, ie 24 novembre : « Dieu châtie Malaca : la ville est demeurée assiégée par les Mores, l’espace de 103 Jours, du 3 juillet au 16 octobre. » Les vues de François avaient peut-être pour objet le péril prochain d’une nouvelle attaque, et la prière sollicitée par François aurait conjuré ce péril. Bartoli (Asia, p. 280) propose une autre solution.

‘Pendant la même traversée de Sancian à Malaca, Maître François redit si souvent à Pereira : « Le Diable entravera exécution de nos desséins pour la Chine », que Pereira en était comme ennuyé. François lui donna encore lPassurance

qu'en arrivant à Malaca, il y trouverait un vaisseau en par-

tance pour lPInde. On ne pouvait l’espérer : deux vaisseaux y étaient, près de mettre à la voile.

Le pilote du vaisseau le Sainte-Croix de Pereira était François D’Aguiar. Ce nom rappelle une des

plus remarquäbles prophétes du Saint :

Maria Alandel, femme du pilote Aguiar, racontait : « Le Père Maître François, venant de Japon, se trouva sur le vaisseau où mon mari était pilote. Ils eurent grande tempête; et Maître François, voyant mon mari inquiet et triste, lui dit : « Ayez bon courage, Francisco; pas de tristesse : vous né mourrez pas sur mer, mais à terre et dans votre hit. » Dès lors, mon mari, ne craignant plus rien, fit les voyages les plus téméraires, en dépit de la mousson (contra mouçao) et avec de mauvaises embarcations. Maître François, en effet, lui avait dit, de plus : « Vous ne vous perdrez pas en mer, quand même vos embarcations seraient petites et très vieilles. »

Plusieurs témoins déclarent avoir appris cela de.

la bouche de Aguiar lui-même. Un d’eux ajoute :

Je rencontrai Francisco de Aguiar au port de Tenacerim, sur la côte de Bengale, et je partis avec lur dans une pette

champane (champaninha), pas plus grande qu’un bateau, sur

laquelle 1l était venu de Pinde. En pleine mer, nous fûmes assallis d’une telle tempête que nous, les passagers, nous nous vimes perdus et ne songeâmes qu’à crier à Dieu miséricorde. Seul, Francisco de Aguiar, allègre, riant, non seulement ne

donna aucun signe d'inquiétude, mais se mit à chanter fort

tranquillement (con muilo socego); de quoi: bien étonnés

(espantados), nous lui demandâmes : « Comment, en de tels

périls de mort, pouvez-vous rire et chanter ? » Il nous répon-

dit : « Le saint Père Maître François m’a dit que ni moi ni mon embarcation, où que j'allasse, ne péririons en mer; tenez-vous donc tranquilles. » Ces paroles, en effet, nous

réconfortèrent, et ceux des passagers qui étaient païens di-

rent : « Si nous échappons, nous nous ferons chrétiens »; et, à peine débarqués, ils tinrent parole.

Ce que Maître François avait prédit arriva : Francisco de Agular mourut, à Pegu, dans son lit. Quant à la barque, toute vieille et pourrie, elle finit dans le port.

Le petit-fils de Aguiar raconte, au même procès

de 1616 :

Mon grand-père était si dévot au Père Maître François que lorsque le Saint fut mort, à Sanchoan, il lui prit une botte, qu'il emporta et garda, comme relique, tant il avait grande idée de la sainteté du Père François. Les Pères de la Compagnie, à Cochin, la lui demandèrent ; mais il ne voulut jamais la leur donner, jusqu'à ce que, par autorité de justice, mis en prison pour cela, il la remit; mais ce fut bien par force. Il disait ensuite : « Quand même le Roi m'aurait fait couper les deux oreilles, j'aurais moins de peine que je n’en ressens

d’avoir perdu cette botte. »

Aguiar ne fut pas le seul pilote à qui François fit de pareilles promesses :

Le pilote d’un autre S'anta-Grus, appelé, par sobriquet, Le Botté (o das botas), racontait : « Le Père Maître François me dit, un jour, que le S'anta-Cruz ne périrait pas en mer, mais au chantier »; et, de fait, après de longues années, le Santa-Cruz, à Cochin, tout près du chantier, s’entrouvrit,

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