‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 109 sur 144 · II · texte numérisé non relu

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mais de telle sorte qu'il n’y eut perte ni d’hommes n1 de marchandises . |

Le Père François prophétisa le même sort au vaisseau N.-D.-des-Anges, disant qu'il périrait, non en mer, mais sur | la plage de Cochin : ce qui eut lieu.

Dans un vaisseau neuf, que lon appela Sainte-Croix, furent introduites quelques pièces de bois du S'anta-Cruz échoué au port; et depuis, se fiant, pour le vaisseau neuf comme pour l’autre, à la parole du Saint, ceux qui le menaient affrontèrent hardiment tous les périls : 1l en sortit par miracle, comme on disait, et sa fin arriva aussi à Cochin, dans le port.

D’autres témoins racontent l’histoire de la galiote de George Nunez. Il avait encastré dans son navire une pièce de bois d’un vaisseau, duquel François avait dit qu'il ne périrait pas en mer. Fort de cette parole, George Nunez entreprit les traversées les plus hasardeuses, sans s’inquiéter des saisons. On le traitait de fou ; 1l répondait : « Ne craignez rien pour ma galiote : je suis sûr d’elle; il y a dedans une pièce ({aboa) du vaisseau qui se rompit au chantier de Goa, et duquel le Père François avait dit qu’il ne se perdrait pas en mer. » Dieu parut bénir cette confiance, car la galiote, après de nombreux voyages, toujours heureux, finit (acabo) au chantier de la forteresse de Coulam. .

Au procès de Malaca, une femme dit : :

J'ai, plusieurs fois, entendu ma mère raconter qu’elle s’em-

1. Ge fait est rapporté, au procès, comme distinct du précédent; mais le pilote das botas pourrait bien n'être pas autre que Francois d’Aguiar.

barqua, avec son mari, pour aller de Chaul à Malaca, sur certain vaisseau S anta-Catarina. qui était d’un nommé Jean Preto, et duquel le Père Maitre François, qui y fit plusieurs traversées, avait dit : «Il ne périra pas en mer : 1l finira au

chantier même où il fut construit. » Une violente tempête

survenant, les passagers se crurent perdus et ils allégèrent le vaisseau, en jetant à l’eau leurs bagages ou marchandises. Ainsi firent ma mère et mon mari, pour avoir ignoré ce qu'avait promis le Père Maitre François. Ceux qui le savaient se gardèrent de rien jeter à la mer.

En Chine, le Père François bénit une jonque, qu'il appela San-Francisco. et il dit qu’elle finirait, non pas en mer, mais au chantier : ce qui arriva. La jonque, alors, était fort vieille. Le témoin ajoute que l’on s’embarquait sans crainte sur la Jonque, bien que sa vieillesse eût dû faire perdre toute confiance.

Débarqué à Malaca, à l’entrée de l’année 1552, François ne s’y arrêla qu’à peine deux ou trois jours ; il guérit, en passant, le jeune fils de son ami Pereira :

Diogo Pereira, disent les témoins de 1557, avait un fils, âgé de trois ans, atteint du mal caduc, et à tel point, qu'il se produisait quelquefois plusieurs accidents en un même Jour. Le Père Maître François le guérit, ét depuis (Fenfant a, mainte-

nant, huit ans environ) il n’y a pas eu d’accident.

En arrivant à Goa, François, informé qu'il y avait des malades au collège, alla, sans retard, à Pinfirmerie. Il y trouva

un Frère, abandonné des médecins et déjà fort bas ; mais ce Frère avait dit : « Si le Père François me trouve encore vivant,

j'espère qu'il m’obtiendra guérison. » De fait, le Père le consola, Pencouragea, et quand il eut récité sur lui un évangile,

le malade se trouva mieux ; peu de jours après, il était tota-

lement guéri. ñ

François ne revenait dans l’Inde que pour y dis-

poser toutes choses en vue d’un très prochain départ

pour la Chine. Au mois d'avril 1552, il fait ses adieux aux amis de Goa, et plusieurs y voulurent entendre des annonces d’une mort à bref délai, qui n’était peut-être pas dans les prévisions de François : ses lettres, du moins, autorisent à croire que Dieu déployait devant lui les horizons d’un long apostolat :

En partant pour la Chine, il dit à quelqu'un : « Faites en sorte que nous nous retrouvions au paradis, car nous’ne nous reverrons pas en ce monde. » — Il dit à un autre : « Nous ne nous retrouverons que dans la vallée de Josaphat. » — À un autre : « Recommandez-moi bien à Dieu, car nous ne nous

reverrons qu'au ciel. » — À un autre, qui lui demandait :.

« Quand nous reverrons-nous? » 1l répondit : « Jamais plus, en ce monde, si ce n’est dans la vallée de Josaphat. »

Ces paroles se pouvaient dire, sans prévision de mort prochaine. La parole suivante serait vraiment

prophétique ; mais nous ne l’apprenons pas de celui qui l’entendit le premier, et nous ignorons qui l’entendit :

On m'a dit, à Goa, que le saint Père, avant de partir pour la Chine, avait ainsi parlé : « Je ne reviendrai pas vivant à Goa, mais mon corps y reviendra. » Ce que l’on fait dire de

plus au Sant paraît superflu : « et le vaisseau qui Py portera ne périra pas en mer. »

En chemin, de Goa à Cochin, une grande tempête assaillit le vaisseau qui portait François. Le pilote était quasi sans espoir. François lui dit : « Ne craioœnez rien : avant le soleil couché, nous verrons la terre, et la tempête cessera. » De Cochin à Malaca, autres redoutables périls : François plongea dans la mer son reliquaire, et le vaisseau put continuer sa route. |

Des témoins racontent (et le P. Valignani confirme leurs récits) : | |

Quand on approcha de Malaca, François dit à l'équipage et aux passagers : « Enfants (/fi/hos), Malaca est en grande détresse! » Et l’on apprit, en arrivant, que bien des gens y mouraient de la peste. Du vaisseau même, peu après, trente moururent.

Ce fut alors un bruit publie, et les lettres du P. François

Pautorisent, que le Père prononça ainsi la sentence contre

Alvaro de Ataïde : « L’infortuné! Dieu, sans retard et grandement le châtiera, et dans son honneur, et dans son corps, et dans sa fortune; plaise à la divine Bonté épargner son âme ! » Et en effet, bien peu après, à cause de ses nombreuses injustices, le Roi le fit ignominieusement saisir et mener pri-

1. Lorsque, à Goa, François fit ses adieux à Catherine de Chaves, il lui dit : « Nous ne nous reverrons plus en cette vie; » et comme Catherine s’affligeait, François lui dit : « Allons, consolez-vous : avant de quitter ce

. monde, vous me reverrez. » Catherine vit accomplissement de cette parole

dans l’arrivée à Goa du corps du Saint, et elle le dit à un Père de Goa, et celui-ci à Sébastien Gonçalvez, qui raconte le tout. Mais la seconde parole se pouvait dire, comme la première, sans prophétie, et les Lettres du Sant persuadent qu’il ne s'attendait pas à mourir de si tôt.

sonnier à Goa. De là, 1l fut mené en Portugal et dépouillé de tous ses biens mal acquis. Une hideuse lèpre couvrit son corps et il mourut misérablement. François vivait encore à San-Choan quand l’ordre de saisir Alvaro vint de Portugal, et la lèpre envahissait déjà la chair du coupable avant qu'il partit de Malaca.

François avait promis à son ami Pereira que Dieu le dédommagerait des pertes que lui occasionnaut la malice d’Ataïde. Les mercedes du Roi le dédomma-

gèrent, en effet; mais 1] semble que François n’avait

pas promis à Pereira la possession permanente des biens de ce monde. La déposition d’un témoin de 1616 nous le persuade. Il dit :

J’ai entendu le fils de Diogo Pereira, Antonio, raconter : « Mon père, Diogo Pereira, fut grand ami de Maître François, et le Saint lui avait promis que ses fils ne manqueraïent pas du nécessaire. Or, un Jour, à Goa, je me vis n’ayant ni de quoi manger, ni de quoi acheter des vivres. Je me ressouvins de la promesse faite à mon père, et je dis intérieurement au Saint : « Est-ce là, bienheureux Père François, ce « que vous aviez promis à mon père? » À cet instant, passa devant ma porte, dans la rue, une marchande de comestibles. Je l'appelle et lui demande ce qu’elle pourrait me donner de ces vivres en échange de quelques pièces de linge. Elle me répond : « Je ne veux pas de votre linge; prenez tout ce que « vous voudrez; j'ai confiance en vous. » Ma femme et moi nous approvisionnâmes, avec intention de payer au plus tôt; mais cette marchande ne reparut Jamais, et il nous fut impossible de la retrouver; de sorte que nous vimes, dans cette rencontre, un trait de Providence, exécution de la promesse de Maître François. »

FRANÇOIS THAUMATURGE (1542-1552). 423 Un beau trait de vue prophétique de François est

ainsi raconté par Sébastien Goncçalvez :

La veille de son embarquement pour la Chine, Maître François s’entretenait avec les Pères de Malaca, lorsque ceux-ci

virent son visage changer subitement d’aspect : on eût dit un

homme en extase. Après être ainsi demeuré longtemps silencieux et, ce semble, étranger à tout ce qui l’entourait, tandis que les Pères se tenaient là, saisis d’étonnement, sans oser lui rien dire ni l’interroger, François, enfin, revint à lui, et les Pères l’entendirent s’écrier, à plusieurs reprises : € Ah! Père... (ici, François nommait un Père de Portugal), que Dieu

vous pardonne... » Tous notèrent le fait et le jour, afin que,

plus tard, 1l leur fût possible de découvrir le mystère de cette

douloureuse exclamation. Or, les lettres venant de Portugal

leur apprirent qu’en ce temps même, le Provincial de Portugal avait eu à subir une fâcheuse épreuve, d’où sans doute

avait procédé le vif chagrin de Maître François. Le même

courrier apprit aux Pères que l'orage s'était apaisé, et que tout avait tourné à la gloire de Dieu et à l'honneur de la Compagnie. Les Pères de Malaca se crurent donc autorisés à penser, non seulement que Dieu avait manifesté à son serviteur ce qui se passait en Portugal, mais que, grâce à ses prières, aux cris de son cœur, des scandales entre frères avaient été conjurés, et que l’on devait à Maître François la fin des troubles. — Ainsi parle Gonçalvez ”.

1. À la date précise du ravissement de François, Simon Rodriguez et ses frères traversaient la délicate et périlleuse épreuve d’un changement de régime : Simon ne serait plus provincial de Portugal; il irait, loin de son pays, gouverner la province naissante d'Aragon. Le nouveau provincial, d'humeur très différente, arriverait d'Italie, pour substituer aux règles et usages que Simon avait établis, non sans manifeste bénédiction de Dieu, la commune loi des Constitutions, etc. Cette secousse ébranla bien des âmes, et dans le milieu religieux et, plus peut-être, au dehors, où s’allumérent des

Près de s’embarquer, le Saint prophéuisa longue vie au P. Francisco Perez, alors épuisé de travaux : « Attendez encore un peu, lui disait le malade; j’aurai grande consolation d’être assisté par vous à la mort. » Le Saint répondit : « Vous ne mourrez pas de si tôt; il vous reste longtemps à travailler dans l’Inde. » De Singapour cependant, peu de jours après, 1] recommanda, par lettre, à Francisco Perez de laisser, pendant vingt jours, tout travail de prédication, de confession et autres, pour ne s’occuper qu'à recouvrer ses forces. François Perez vécut et travailla encore plus de trente ans.

Parti de Malaca, au milieu de juillet 1552, Francois, à la fin de novembre, mourait à Sanchoan. Sur le chemin de Malaca à Sanchoan, certains biographes sèment des prodiges qui ne sont pas là, peutêtre, à leur date : 1l serait trop difficile de comprendre que, témoins de telles merveilles, obligés à tant de

reconnaissance, les gens de l’équipage, quelque as-

suscepübilités ou jalousies, fort excusables, d'esprit national. Au fort de la tempête, l’âme de Simon parut elle-même troublée; mais Simon ne fit jamais

auprès du roi de Portugal aucune des démarches qu'il fut, plus tard, soup- -

çonné, accusé même d’avoir faites. La lettre suivante de Jean IIT à saint Ignace en fournit la preuve. Elle est de 1554 :

« Père Ignace, je suis informé que l’on vous aurait dit que le P. Maître Simon aurait traité avec moi de faire s’exempter de votre obédience les Pères de la Compagnie de Jésus de la province de ces miens royaumes, et que, à ce propos, il m'aurait dit certaines choses à votre préjudice ; — et comme ledit Maître Simon jamais ne traita telle chose avec moi, ni jamais ne me dit mal de votre personne, de votre vertu, de votre gouvernement, j'ai voulu vous le faire savoir par cette mienne lettre, afin que si un pareil rapport vous a été fait, vous n’y trouviez pas raison d’avoir de Maître Simon une telle idée. » (T. do T. Reg. des minutes des Lettres royales.)

Poe

servis qu'ils fussent à la passion d’Ataïde, n’eussent pas mieux assisté François dans ses derniers jours et à sa dernière heure.

Toutes les biographies du Saint racontent l’histoire de Pedro Velho d’après les témoignages du procès de 1557. Au procès de 1616, plusieurs témoins confirment ces anciennes attestalions : un d’eux a connu Pedro Velho.

. Une des plus sensibles épreuves du cœur de Fran-

çois, à Sanchoan, lui vint de ‘celui qui lavait, d’abord , le mieux consolé et assisté. Cet homme attendait la venue d’un vaisseau, qu'il se proposait d'acheter; mais subitement, sans dire adieu au Saint, il disparut et prit la voie de Malaca. Lorsque François, un Jour, sa messe achevée, eut demandé : « Où est ””"? » et entendu la réponse, 1l témoigna grande tristesse et dit : &« Quel crime a-t-1l donc commis ?... Pourquoi cette fuite précipitée?.. Il arrive déjà, le vaisseau qu’il attendait, et [ui va à Malaca.. Hélas ! 1l y périra misérablement. » L’arrivée immédiate du vaisseau justifia la première parole du Sant, et *”, à peine arrivé à Malaca, jusüfia la seconde : il périt assassiné.

Un trait remarquable d'esprit prophéüque signala les derniers moments de François. Le Chinois Antonio de Santa-Fé racontait ainsi l’événement au P. Valignani et à d’autres :

Le jour qui précéda sa mort, 1l eut quasi incessamment les

426 FRANCOIS TH AUMATURGE (1542-1552).

yeux élevés et fixés vers le ciel, tantôt parlant en une langue que je n’entendais pas, et d’autres fois redisant des versets de psaumes par lesquels il recommandait son âme à Dieu. Ainsi 1l fit, le reste du temps qui précéda sa mort. La veille de la mort, un moment, il détacha ses yeux du ciel et les tourna vers l’autre jeune homme, qui était là avec mor. Il le regarda fixement, et puis, d’un visage qui exprimait tristesse et compassion, 1l lui dit, en portugais, trois fois de suite : Ay triste de til Ay triste de ti! Ay triste der!

Nous ne comprimes pas, alors ; mais, peu dé mois après la mort du Père, ce jeune homme se débaucha, et 1l vivait fort mal quand, à l’improviste, un coup d’arquebuse l’atteignit et le tua.

Les lettres de François et les récits d’Antonio, comparés, ne laissent que trop probablement nommer ce malheureux jeune homme. Sébastien Gonçalvez le désigne aussi, quand il dit : & C'était un mogço indien, de ceux qui servaient au collège de Santa-Fé

de Goa. »

S'il est vrai que François eût prédit le retour de son corps à Goa, la prophétie se réalisa : le corps partit de Sanchoan, après la mi-février 1553; 1l arriva à Malaca, le 22 mars ; il en parüt, au commencement de l’année 1554 et arriva à Goa, le 15 mars, jeudi de la semaine de la Passion. Il y fit, le lendemain, son entrée triomphale. |

A cette période, de novembre 1552 à mars 1554, s se réfèrent les extraits suivants des procés : :

Voici ce que j'ai appris de plusieurs, qui furent en relations avec les mariniers ou passagers du vaisseau qui apporta le

corps du Saint de Sanchoan à Malaca : Quand on arriva au détroit de Singapour, le vaisseau donna contre un banc de sable ; ce que voyant, les mariniers se jugèrent perdus, et ils se mirent à crier au saint Père, dont le corps était sur le vaisseau : « Saint Père, au secours : priez Dieu pour nous ; nous sommes perdus! » Or, à peine ils achevaient de crier ainsi, avec confiance, qu’à leur grand étonnement, le vaisseau se dégagea et gagna le large. De lavis de tous les experts dans l'art de naviguer, pareille chose ne se pouvait faire que par vertu divine, savoir, que le vaisseau, avec une telle prestesse, se tirât du banc, virât de bord et gagnât le large". Après que le corps de Maître François fut arrivé à Malaca, la contagion, qui.y régnait, ne fit plus de victimes : personne n’en mourut, et bientôt le mal cessa. Beaucoup de personnes dignes de foi ont attesté le fait en ces termes, savoir, qu’à dater de l’arrivée du corps, il ne mourut personne, à Malaca, de la peste, qui depuis longtemps y sévissait et de laquelle

mouralent bien des gens : ceux qui, alors, étaient déjà atteints

du mal en guérirent.

Lorsque, à Malaca, le coffre renfermant le corps du Saint fut ouvert, 1l se rencontra dans la foule, accourue pour le vénérer, une personne qui, par dévotion, tenta d’arracher avec

1. Les premières nouvelles de la mort de François n’arrivèrent à Lisbonne qu’au commencement de l’automne de 1554, par les vaisseaux venant de l’Inde. Les gens de l’équipage ne rapportaient cependant encore, à ce propos, que les bruits qui avaient couru. Ils disaient, d’après ces bruits : « Maître François s’achemina vers la résidence du Roï des Chinois; mais, tombé malade, il dut rebrousser chemin et rentrer dans le vaisseau, qui allait faire voile vers Malaca. Il mourut en mer, et, par un éclatant prodige, dont la connaissance inclina les Chinois à se convertir, le vaisseau fit, en cinq jours, une fraversée qui en exige quarante. » Ainsi parlaient les mari-

niers, et ils racontaient, toujours d’après les dires populaires, beaucoup

d’autres miracles de Maître François. » (Monum. Chronic., IV, n9$ 1203, 1204.) Les dires populaires doivent toujours être passés au crible : dans le milieu populaire surtout, fama crescit eundo, et trop souvent la substance même du vrai s’y altère.

les dents un ongle du pied du Saint, en feignant de le baiser : de la blessure sortit du sang frais, à la grande stupéfaction

des témoins.

En arrivant à Malaca, le corps de Maître François procura :

la guérison de Jeanne, femme de Christophe Pereira : elle avait demandé qu’on la portât où était le corps, afin de le toucher, disant qu’elle serait guérie. On s’y refusait, vu qu’elle était mourante. Enfin, on céda à ses prières, et, dès le lendemain, tout danger avait disparu, et la guérison s’acheva

rapidement.

Aux bancs de Chilao, le vaisseau qui transportait le corps de François, de Malaca à Goa, fut miraculeusement sauvé.

Un vieillard de cent vingt ans, bapüsé, ou du moins catéchisé par le Bienheureux François, raconte :

Lorsque le vaisseau qui portait le saint Père arriva à Cochin, J'entendis un caballero hidalgo, appelé Jérôme Rebello, venu de Malaca sur le même vaisseau, affirmer qu'il s’exhalait du corps du Saint une si agréable odeur, qu’on eût dit que le coffre où 1l était enfermé était plein des plus rares parfums du monde, et que l’odeur se répandait par tout le valsseau.

À Batécala, entre Cochin et Goa, une femme fut

guérie en approchant du cercueil de François, et de-

puis, une parcelle de bordure ou de cordonnet détachée du cercueil devint, dans les mains de cette femme, instrument de nombreuses guérisons.

Un témoin a entendu dire à Gonçalo Mendez que

lorsqu’ikse rendit à l’église des Pères, à Goa, pour y vénérer le corps du Saint, qui arrivait de Malaca, il vit du sang frais en découler, tandis qu’un Père relevait la tête. Le même Goncçalo Mendez disait avoir senti, en baisant les pieds du Saint, une odeur très suave,

De deux témoins qui, à Goa, baisérent les pieds du Saint, un atteste qu'il sentit le parfum qui s’en exhalait.

[y a, dans le fait que tous ne sentirent pas ce parfum, preuve suffisante qu'aucun arüfice ne le produisait.

À Sanchoan, comme dans l’Inde, le miracle glorifiait encore François. Un témoin raconte :

Mon père connut Maître François et traita fanulièrement avec lui. Peu après la mort du Saint, allant en Chine, 1l passa à Sanchoan. Il y avait dans le vaisseau quelques malades. Sur leur prière, on les transporta jusqu’à l'endroit où le corps de Maître François avait été enseveli. Là, priant le Saint de

les guérir, les malades mirent sur leur tête de la terre du

lieu précis où la fosse du Saint avait été creusée, et tous revinrent au vaisseau parfaitement guéris, et rendant grâces à Dieu et à son serviteur !

Disons enfin que le miracle permanent du corps

1. Des biographes du Saint mentionnent d’autres prodiges opérés à Sanchoan : une résurrection, la disparition des tigres qui auraient infesté l’île, la cessation des typhons dans ces mers, etc. La prétendue résurrection, qui aurait eu lieu à Sanchoan, n’est pas un fait distinct de celui qui regarde le jeune Francisco Chaves, guéri à Malaca. L'erreur des biographes procède d’une lettre de l’année 1567, où le miraculé fut signalé sans être nommé.

(V. Lucena, liv. X, chap. xxvi.)

de François n’aide pas peu à rendre moins incroyabies ceux des miracles de sa vie mortelle, dont les

preuves paraîtraient ou seraient insuffisantes.

Voici le texte original de deux attestations officielles. Elles furent signées, pour être jointes aux procès, quatre ans après la mort du serviteur de Dieu; elles étaient rédigées depuis le mois d’avril LOD/Ae |

Testificor, Ego D. Cosmus Saraiva, medicus Alphonsi Noroniæ, Proregis Indiæ, cum Francisci Xaverii corpus Goam delatum foret, inspectum a me ac pertentatum, præcipue vero ventrem, quæ pars maxime obnoxia solet esse tab1; 1bique reperta a me intestina integra prorsus solidaque, cum neque balsamo, neque oleo, nec alia re ulla adversus tabem condita illitave esse constaret. Inde, cum, me auctore, in plagam, quæ prope cor in sinistro patebat latere”, quidam e Societate

Jesu digitos immersisset, aqua mistus effluxit cruor, quem.

ego olfaciens haudquaquam graviter olere sensi. Crura quoque et reliquas corporis partes integras comperi, carne adeo solida atque nativa, ut medicorum opera ullo modo conser-

vari nievtiquam possit : quippe jam fere sesquiannum id cor-

pus vacabat animo, et prope annum totum jacuerat in sepulcro.

Hæc ego juratus testificor, pro eo quod mihi datum est in hac re negotio.

Goæ XIV kal. decembris (18 novembre) M DLVI.

Testificor Ego D. Ambrosius Ribera, Inquisitor et Vicarius

generalis, idemque Adjutor Episcopi Goani atque Indici, novem Jam annos, quibus hisce in locis versor, Franciscum

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