AVANT-PROPOS. XIX
À cet égard, vous devez considérer que l'honneur de la Compagnie ne consiste pas à défendre énergiquement notre droit devant le monde, à faire triompher notre cause par des arguments appréciés des autres hommes, à recueillir les applaudissements de notre auditoire dans le temps et le lieu où ce n’est point nécessaire : nos affaires appartiennent au tribunal de Dieu : si Dieu réprouve nos actes, la faveur mensongère du monde ne saurait effacer la tache très réelle qui les ternit au Jugement divin.
Avant toutes choses, appliquez-vous à rendre votre ministère conforme à la raison divine, à n’agir que par l'inspiration de Dieu, à ne vous attribuer qu’une gloire légitime et approuvée de Lui : or, jamais Dieu ne saurait nous approuver de prolonser sans fin nos différends, et de troubler ainsi grièvement les esprits des hommes, lui qui commande aux siens de donner un intervalle à la colère, d’apaiser les esprits agités, de vivre dans le calme, d’être pacifiques avec ceux-lä mêmes qui sont ennemis de la paix (PS. CXIX, 7).
Et non seulement je vous recommande instamment de vous conduire ainsi dans toutes les circonstances, mais je vous le prescris et l’ordonne par autorité : je le répète, vous ne plaiderez pas vous-même votre cause, si vives et si manifestes que soient les attaques; mais vous aurez recours au seigneur Évêque et vous solliciterez sa justice, le conjurant avec instance de ne pas hésiter à rétablir la paix dans la terre où l’homme ennemi sème la discorde.
Enfin et surtout, je vous recommande à vous-même; ayez soin de vous rappeler toujours que vous êtes un membre de la Compagnie de Jésus. Que cette pensée vous inspire la conduite que vous devez tenir en toute occasion. Adieu.
De Goa, le 15 avril 1552.
FRANGOIS.
Le lecteur aura observé que, dans le texte de M. Léon Pageés, le Saint adresse ses exhortations, non