EVER
si bien servi, en cette rude traversée de Maluco, au grand péril de leurs âmes et de leurs vies.
Que V. À. se souvienne de Manoel de Mesquita. Il va, en un vaisseau, avec de nombreux Castillans et Portugais, qu’il nourrit, à bord de sa fuste, et ainsi sa fuste transporte, sans y être tenue, ceux qu’elle nourrit.
Lionel de Lima, lui aussi, supporte beaucoup de frais. Que V. A. se souvienne d'eux, et leur fasse Mercés, puisque si bien ils les méritent.
Dieu Notre-Seigneur donne à V. A., durant de longues années, prospérité croissante de son État et vie; pour le plus grand service de Dieu et l’exaltation de notre sainte Foi. #
De Amboino, le 16 mai 1546.
Serviteur inutile de Votre Altesse, | FRANCISCO.
Page 356. — La doctrine chrétienne une fois enseignée, je faisais apprendre aux enfants et à la gent chrétienne du pays, un exposé de chaque article de la Foi, écrit en un langage que tous puissent comprendre, et adapté, pour le fond, à la portée de l'intelligence de ces pauvres nouveaux convertis. Ceci tenait lieu de l’enseignement des prières. Cet exposé, je le fis apprendre à Malaca, comme j'avais fait à Maluco, pour laisser dans les intelligences, à la place des vaines croyances de l’idolâtrie, les fondements de la vraie foi en Jésus-Christ. Cet exposé se peut apprendre dans l’espace d’une an née : il suffit d’en mettre un peu, chaque jour, une vingtaine de mots dans la mémoire. Quand l’histoire de l’avènement de Jésus-Christ est déjà sue, ces exposés de chaque article du Credo, souvent répétés, se fixent mieux dans la mémoire, et alors, la vérité bien connue inspire à ces âmes horreur des ridicules fictions que les païens, passés et présents, ont écrites au sujet
des idoles et des pratiques de leur culte.
LS
Page 348.
François écrit à Jean III, le 20 janvier 1548 :
Des affaires spirituelles et du service de Dieu Notre-Seigneur dans les régions de Malaca et Maluco, V. À. en sera très minutieusement informée par les lettres que j'écris à ceux de la Compagnie : elles sont aussi réponses à V. A., car, en amour comme en œuvres, V. A. est le principal et vrai Protecteur de toute la Compagnie de Jésus. Quant aux informations sur les
choses spirituelles de la chrétienté de l’Inde, V. A. les recevra des saints Pères « Da Piedade » (Franciscains de la province « Da Piedade », ou de Portugal) que la piété conduit à Lisbonne.
Le P. Fray Jean de Villa del Conde, vrai serviteur de Dieu, qui sait par expérience ce qui se passe à Ceylan, en écrit toute la vérité à V. A., selon
Dieu et sa conscience, et pour la décharge de V. A.; il m’a montré et ses.
lettres et ses apontamentos à ce sujet. Que V. A., pour l’acquit de sa conscience, soit donc prête à les bien accueillir.
Les Frères de la Compagnie, eux aussi, je crois, écrivent à V. A. et lui
rendent, par le menu, compte des chrétiens de Comorin, de Goa et des autres parties de l'Inde. | f Bien des fois J'ai considéré en moi-même s’il serait bien d’écrire à V. A. ce que, dans l’intime de l’âme, je sens être bon à l’accroissement de notre sainte Foi. D'une part, le service de Dieu me paraissait le demander, et, d'autre part, J’estimais que, quoi que J'écrivisse, rien n’aboutirait. Ne pas l'écrire cependant, c’est, ce me semble, charger ma conscience ; car si Dieu me donne de voir, c’est pour une fin, et quelle imaginer, si ce n’est pour
que je l’écrive à V. À. ? Et si, écrivant ce que J'ai dans l’äme, rien de ce que.
j'écris ne se doit faire, mes lettres n’accuseront-elles pas, peut-être, devant Dieu V. A., à l'heure de sa mort, sans qu’elle puisse faire agréer l’excuse de l’ignorance ?
Que V. A. le croie, là était ma peine, car Je n’ai pas d’autre désir que de travailler et de mourir, en ces pays, pour y décharger la conscience de V. A., en retour du grand amour qu’elle a pour la Compagnie : me croire obligé d'écrire à V. A., c'était donc pour moï, Senhor, cause de sensible
embarras ; enfin, je me suis déterminé à décharger ma conscience, en écri-
vant ce que m'a mis au cœur la connaissance expérimentale des choses, en ces régions, savoir, dans l’Inde, comme aussi à Malaca et à Maluco.
V. A. doit savoir que, dans ces pays, comme dans les autres, de saintes jalousies entre ceux-ci et ceux-là empêchent, bien des fois, que de grands services soient rendus à Dieu Notre-Seigneur. Celui-ci dit : je le ferai; celui-là : non, ce sera moi; un autre : puisque je ne le fais pas, il ne me plaît pas que ce soit vous qui le fassiez ; un quatrième : c’est moi qui fais le travail, et c’est à d’autres que vont les remerciements et le profit! C’est de ces discussions que l’on écrit; là est l’objet du labeur, chacun voulant faire aboutir sa prétention ; et à cela le temps se passe, de sorte qu’il n’en reste pas pour avancer le service de Dieu Notre-Seigneur, et là est aussi la cause qui, bien des fois, empêche, dans l’Inde, l'exécution d’affaires intéressant grandement l’honneur et le service de V. A.
Ici, François propose au Roi, à peu près dans les mêmes termes, le remède au mal, qu'il expose à Simon Rodriguez (pp: 365, 366). IL poursuit :
Et comme Je n espère pas que cela se fasse, j'ai quasi regret de l'avoir écrit. Je ne Sais cependant, Senhor, si à l'heure où il faudra rendre compte à Dieu, accusé de n’avoir pas agi, puisqu'on vous avait averti, répondre que vous n’étiez pas tenu de donner crédit à mes lettres vous sera une excuse agréée. Ce que je certifie à V. A. c’est que je ne lui écrirais pas cela des gouverneurs, si j’estimais, en bonne conscience, pouvoir me taire, sans faire tort à mon âme. |
Je ne suis pas, Senhor, totalement déterminé à m'en aller au Japon ; mais je vais me persuadant que je le dois faire, car je perds grandement espérance d’être véritablement aidé dans l’Inde à étendre notre sainte Foi, ou
même à conserver la chrétienté déjà fondée.
François demande des prédicateurs pour les forteresses ; il défend l’Évèque contre ceux qui lui imputent la mort de Miguel Vaz, et il conclut en priant Dieu de faire au Roi la grâce de bien connaître et de bien accomplir tout ce que, à l'heure de la mort, il se félicitera d’avoir fait.
Il signe : Serviteur inutile de V. A. Francisco.
Page 422.
A saint Ignace, le 14 (ou 12) janvier 1549 :
Mon unique Père, ên Christi visceribus,
Les lettres principales, que nous tous, vos minimes fils de l'Inde, écrivons par la voie de Maître Simon, informeront Votre sainte Charité du fruit et du service qui se fait et se fera à Dieu Notre-Seigneur, en ces régions de l'Inde, avec l’aide de Dieu et de vos saints Sacrifices et oraisons.
La présente est pour vous instruire de quelques particularités relatives à ces contrées, si éloignées de Rome; et d’abord, au peuple indien, qui, pour ce que j'en ai vu, me semble, généralement parlant, très barbare. Nous, membres de la Compagnie, avons beaucoup à faire avec ceux qui y sont déjà chrétiens ou qui, de jour en jour, le deviennent. Il est donc nécessaire que Votre Charité se préoccupe spécialement de tous ses fils de l’Inde, les recommandant continuellement à Dieu Notre-Seigneur : elle comprend, en
effet, quel labeur ce doit être que de traiter avec des gens qui ignorent Dieu et qui n’obéissent plus à la raison, si grande est leur habitude de vivre en tous péchés. SRE
La vie, ici, est fort dure, à cause des grandes chaleurs de l’été, et des vents et pluies de l'hiver. Il n’y a pas de froid. A Maluco, à Socotora, au Cap de Comorin, peu de ressources matérielles, grandes difficultés pour le corps et pour l’âme : il y a naturelle peine à traiter avec de telles gens, et leurs langues sont difficiles à apprendre; sans parler de beaucoup de périls de utraque vita, qu’il est malaisé d'éviter. Et cependant, pour que tous ceux de la bénie Compagnie de Jésus en rendent à Dieu Notre-Seigneur d’incessantes actions de grâces, sachez que son infinie miséricorde veille bien spécialement sur tous vos minimes fils de l’Inde et les garde de tomber en péchés. Nous sommes aussi bien agréés et aimés de tous les Portugais,
soit ecclésiastiques, soit séculiers, et de même des infidèles : chose de.
laquelle tous vont s’émerveillant. Nous sommes nombreux; déjà plus de trente.
Les Indiens de cette région, Mores ou païens, tous ceux du moins que
jusqu’à présent j'ai vus, sont très ignorants. ,
Il faut à ceux qui auront à vivre parmi ces infidèles, pour les convertir, de nombreuses vertus : obéissance, humilité, constance, patience, amour du prochain, grande chasteté, vu les fréquentes occasions de péché qui se rencontrent. Il leur faut encore bon jugement et forces corporelles proportionnées au travail. Ceci soit dit pour que Votre Charité, comme il est ce
me semble nécessaire, éprouve les esprits de ceux que dorénavant Elle
enverra dans ces contrées indiennes; et si Votre charité ne les a pas Ellemême éprouvés, qu'ils le soient par personnes en qui vous aurez pleine confiance : en vérité, c’est nécessaire.
Celui que vous enverriez, mon Père, pour avoir charge du collège Sainte-
Foi de Goa, des écoliers du pays et de ceux de la Compagnie, il faut qu'il
ait deux qualités, — sans parler des autres, requises chez tout homme
ayant charge de régir et de commander : — la première, beaucoup d’obéissance, afin qu'il se fasse aimer, et des supérieurs ecclésiastiques, et des. séculiers qui gouvernent; de sorte qu’ils ne voient en lui aucun orgueil,
mais, au contraire, beaucoup d’humilité. Je dis cela, mon Père, parce que, dans ce pays, et l’autorité ecclésiastique et l'autorité séculière veulent être
très obéies. Quand elles observent chez nous cette obéissance, elles font
tout ce que nous demandons, et elles nous aiment. Si elles observent le con-
traire, grande est leur malédification. — La deuxième, qu’en traitant avec.
les gens il se montre, non pas raide, mais affable et doux, usant de tous
« sr AE E mé Door À à ne:
Es
$ piles à
enr NES
te