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ces naturelles et les tentations de lEnnemi, quelque petites qu'elles fussent. Nul n’est faible, quand il use bien de la grâce que Notre-Seigneur lui donne; et quelque grands obstacles que l’Ennemi médite d’opposer à notre avancement dans la vertu et perfection, le grand péril n’est pas que nous soyons, en effet, soumis aux épreuves dont l’Ennemi nous menace, mais que, dans ces grandes épreuves, nous lui apparaissions en défiance à l'égard de Dieu (desconfiando de Dios en ellas).
À cette peur qu'ils ont du démon, dans les tentations; à ces frayeurs qu'il leur inspire par les épouvantails dont il leur présente l’image, afin de les détourner du service de Dieu, si les hommes substituaient la crainte du Maître dont ils déserteraient le service; — s'ils se persuadaient bien qu'il leur adviendra, pour avoir négligé de servir Dieu, plus de maux que le démon ne leur en saurait faire, — quelle heureuse vie . ils mèneraient ; — comme ils avanceraient dans la vertu; comme 1ls verraient toujours mieux, par expérience, que, d'eux-mêmes, ils peuvent peu de chose, mais qu’ils peuvent beaucoup en s'appuyant totalement sur Dieu (abraçandose todos con Dios); comme le démon serait confus; comme il demeurerait sans force, se voyant vaincu par ceux de qui, en un temps, 1l fut le vainqueur !
Revenons, maintenant, à notre voyage. La mer s’apaisant, nous levâmes les ancres et primes, non sans grande tristesse, le chemin qui, en peu de jours, nous mena en Chine, au port de Canton : tous, pilote et mariniers, furent d’avis d’y passer l'hiver. Nous étions seuls à y contredire, et aux prières nous ajoutions des menaces, pour les effrayer : nous écririons au Capitan de Malaca; nous dirions aux Portugais, qui se trouvaient dans le port, qu'on nous trompait, en nous menant à Canton ; que le traité fait avec nous était violé.
Il plut à Dieu de les déterminer à ne pas s’arrêter aux îles
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de Canton. On leva de nouveau les ancres, et nous primes le chemin de Chincheo, autre port de Chine, où nous conduisit, sous peu de jours, le bon vent que Dieu ne cessa de nous donner. Nous étions près d’y entrer, et l’on se proposait d'y passer l'hiver, vu que la mousson pour le Japon allait s’achevant, quand vint à nous un vaisseau, avec la nouvelle qu'il y avait beaucoup de pirates dans le port, et que si nous
y entrions, nous étions perdus. Cette nouvelle, Papparition, à:
une lieue de nous, de navires de Chincheo persuadèrent si bien au pilote qu’il était en danger de se perdre, qu’il renonça à l’hivernage à Chincheo. De plus, en ce moment, le vent, que nous avions en proue, nous eût ramenés à Canton; en poupe, il nous servait pour aller au Japon : de sorte que, ni le démon n1 leurs ministres ne purent arrêter notre marche, et Dieu ainsi nous conduisit à ces terres où nous désirions tant arriver. Ce fut le jour de Notre-Dame d’août 1549 que, sans avoir pu prendre port ailleurs, au Japon, nous abordâmes à celui de Cangoxima, le pays même de Paul de Sainte- Foi. Tout le monde nous y reçut avec beaucoup d'amitié, et ceux qui étaient de la parenté de Paul, et ceux qui n’en étaient pas. |
Voici, maintenant, ce que nous pouvons vous apprendre du Japon, pour lavoir observé nous-mêmes :
À en juger par ceux avec qui nous avons traité, les Japos nais sont le meilleur d’entre les peuples découverts jusqu’à présent, et 1l me semble qu'il ne s’en trouvera pas d’autre, parmi les infidèles, qui lemporte sur les Japonais. Ils sont d’un commerce agréable, généralement bons ; nulle malice, et fort jaloux de lhonneur, qu'ils estiment plus qu'aucune autre chose. Ils sont pauvres, pour la plupart; mais la pauvreté ne déshonore personne, n1 entre les gentilshommes, ni parmi ceux qui ne le sont pas. J’ai vu chez eux une chose qu’on ne
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rencontre, ce me semble, nulle part chez les chrétiens : c’est que les gentilshommes, quelque riches qu'ils soient, honorent tout autant le gentilhomme pauvre qu'ils lhonoreraient s’il était riche; et pour rien au monde, un gentilhomme n’épouserait une fille de caste inférieure, quelques richesses qu’on lui donnât; et cela, parce qu’ils jugent que s’allier ainsi serait, pour eux, une perte d'honneur; de sorte que lhonneur, à leurs yeux, a plus de prix que la richesse.
Ils se font mutuellement force courtoisies ; ils estiment beaucoup les armes et comptent sur elles; ils portent toujours épées et poignards, le bas peuple comme les gentilshommes : le garçon de quatorze ans porte déjà son épée et sa dague. Ce sont gens qui ne supportent pas une injure, ni une parole de mépris. Ceux qui ne sont pas nobles honorent beaucoup les gentilshommes, et ceux-ci s’estiment fort honorés de servir le seigneur de leur région et ils lui sont très soumis ; et cela, ils le font, je crois, non par crainte du châtiment que leur pourrait infliger le seigneur, mais parce qu’ils jugent ne pouvoir faire autrement sans préjudice pour leur honneur.
Ils se modèrent beaucoup pour le manger; quelque peu moins pour le boire. Leur boisson est le vin de riz : il n’y a pas, ici, de vignes.
Jamais ils ne jouent, estimant que jouer est un grand déshonneur : puis, les joueurs désirent le bien d’autrui, et, de là à être larrons, il peut n’y avoir pas loin, à leur avis.
Ils jurent peu : quand ils le font, c’est par le soleil.
Une grande partie du peuple sait lire et écrire : bonne ressource pour leur enseigner, en peu de temps, les prières et les choses de Dieu.
Les mariés n’ont qu'une femme.
Il y a peu de voleurs dans ce pays, si sévère est la justice que l’on fait de ceux que l’on y trouve : pas un n'échappe à la mort. Ce vice du vol est grandement abhorré-parmi eux.
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Ils sont complaisants, affables, désireux d'apprendre : ils aiment beaucoup entendre parler de choses de Dieu, surtout quand ils les comprennent bien.
De tous les peuples que j'ai vus en ma vie, chrétiens ou infidèles, je n’en ai pas connu qui fût aussi irréprochable en matière de vol.
Ils n’adorent pas d’idoles ayant figures d'animaux : la plupart d’entre eux honorent d’antiques personnages, qui menèrent, en leur temps, vie de philosophes, et ils croient à leurs enseignements. Un grand nombre adorent le soleil ; d’autres la lune.
Ils se plaisent à entendre les choses conformes à la raison : il y a sans doute parmi eux des vices et des péchés, mais quand, par raisonnements, on leur montre que ce qu'ils font est mal fait, 1ls approuvent la sentence que la raison porte contre eux. |
Les séculiers font moins de mal, je les trouve plus soumis à la raison que ceux qu’ils tiennent pour Pères et appellent Bonzes : ceux-ci sont inclinés à des péchés que la nature abhorre, et ils ne le nient pas, ils le reconnaissent. Le mal, d’ailleurs, est si public, si manifeste à tous, hommes et femmes, petits et grands, que, pour être accoutumés à le voir, ils ne s’en étonnent pas et n’en ont point horreur.
Ceux, toutefois, qui ne sont pas Bonzes ont plaisir à nous entendre condamner cet abominable péché : ils jugent que nous avons grandement raison de dire combien sont mauvais et offensent Dieu ceux qui le commettent. Aux Bonzes euxmêmes nous disons, bien des fois, de ne pas faire de si vilains péchés : ils prennent cela comme badinage, ils se rient et n’ont pas vergogne de s'entendre reprocher de telles vilenies !.
1. Tienen estos Bonjos, en sus monesteiros, muchos minimos, hijos de hidalgos, a los quales enseñan a leer e escrevir, y con estos cometen sus maldades,
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Le mal est à tel point passé en coutume que tous, bien qu’ils jugent la chose mauvaise, la voient sans étonnement.
Il en est, parmi ces Bonzes, qui ont quelque chose des dehors de frayles : ils vont vêtus d’habits bruns et tout rasés : on dirait, à les voir, que, tous les trois ou quatre jours, ils se rasent la tête et la barbe. Ceux-là vivent fort librement, en compagnie de freylas du même ordre. Tout le monde sait que l'avortement, l’infanticide se joignent au désordre de leurs accointances ‘. Ce que j'ai pu voir moi-même dans un de ces couvents me persuade qu'avec grande raison le peuple les juge ainsi. J'ai demandé à certaines gens si ces frayles ne vivaient pas encore en quelque autre péché : on m'a répondu que si”. |
Du reste, ces frayles et les autres Bonzes, qui vont vêtus comme clerigos, se haïssent les uns les autres.
Deux choses m'étonnent fort en ce pays : la première est de voir le peu de cas que l’on y fait de graves et abominables péchés : les anciens vivaient ainsi, ceux qui sont venus après eux les imitent. On s’est accoutumé à faire et à voir le mal : voyez à quel point l'habitude de crimes contre nature peut vicier la nature; et c’est encore ainsi que la continuité des actes d’une vie imparfaite éteint le sentiment et le goût de la perfection. Le second sujet de mon étonnement est de voir que les laïques, dans leur condition, vivent mieux que les Bonzes dans la leur. La chose est évidente et cependant les Bonzes sont en grande estime : de quoi l’on peut encore s’émerveiller.
Là ne sont pas les seuls égarements des Bonzes, et les plus doctes, chez eux, vivent en de pires erreurs. J’ai conversé, bien des fois, avec certains de ces Bonzes plus instruits, avec
1. Ÿ quando alguna destas monjas se sienten preñadas, toman medecina con que luego echan la criança; y esto es muy publico.…. 2. Dixeronme que si, con los moços que enseñan a leer y éscrevir.,
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un surtout, que les autres de ce pays respectent fort, pour sa doctrine, sa vie, la dignité qu’il exerce, et aussi son grand âge : il a quatre-vingts ans. Son nom, Ninxit, signifie, en japonais, Cœur de vérité. M est, entre les autres, comme un évêque : heureux serait-il, si son nom lui convenait. Dans les nombreux entretiens que nous avons eus, je lai trouvé indécis, en doute, sur la question même de savoir si notre âme
est immortelle ou si elle finit avec le corps : un jour il dit ou,
et l’autre non. Je crains que les autres lettrés du Japon n’en soient 1à. Ce Ninxit me témoigne si grande amitié, que c’est merveille.
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Tous, du reste, laïques et Bonzes, se plaisent à traiter avec nous. Ils s’étonnent fort (se espantan en gran manera) que nous soyons venus de si loin, du Portugal au Japon (six mille lieues de chemin), uniquement pour parler des choses de Dieu aux infidèles et leur apprendre comment ils doivent croire en Jésus-Christ pour se sauver, et de nous entendre déclarer que si nous venons à cette fin, c’est par l’ordre même de Dieu.
Sachez-le bien, pour en rendre grâces à Dieu Notre-Seigneur, cette terre de Japon est grandement apte à recevoir
notre sainte Foi et la propager. Si nous savions la langue, :
il s’y ferait, je n’en puis douter, beaucoup de chrétiens. Plût à Dieu Notre-Seigneur que nous lPapprissions en peu de temps ; et déjà, après nous être appliqués quarante jours à l’étudier, nous nous y essayons, en expliquant les dix Commandements.
J’entre dans ce si grand détail, afin que tous vous rendiez
srâces à Dieu Notre-Seigneur d'ouvrir ainsi des voies à l’exé-
Fr PURE
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cution et accomplissement de vos saints désirs; et aussi que vous approvisionniez vos âmes de nombreuses vertus et y nourrissiez le désir de souffrir et travailler beaucoup pour le service de notre Rédempteur et Seigneur ; — et souvenez-vous toujours que ce que Dieu estime, apprécie davantage, ce ne sont pas les services à Lui rendus, quelque grands qu’ils soient, mais une bonne volonté, pleine d’humilité, avec laquelle les hommes s'offrent à Lui et Lui dédient leurs vies, uniquement pour son amour et sa gloire. Tenez-vous prêts ; car il se peut bien qu'avant deux ans, j'écrive pour appeler beaucoup d’entre vous au Japon ; disposez-vous donc : cherchez, amassez beaucoup d’humilité ; à cette fin, persécutez-vous, faites-vous violence là où vous sentez ou pourriez, un jour, sentir répugnance ; de toutes les forces que Dieu vous donne, travaillez à vous connaître intimement tels que vous êtes (por lo que Sois) : avec cela croîtront en vous la foi, l'espérance, la confiance en Dieu, son amour, l’amour du prochain. (est de la défiance de soi-même que naît la vraie confiance en Dieu. Le même chemin vous mènera à l’humilité intérieure, laquelle est partout nécessaire, mais dont vous aurez, ici plus qu'ailleurs, besoin, et plus que vous ne pensez.
Gardez-vous de chercher appui dans la bonne opinion que le peuple à de vous : n’en tirez que votre confusion : pour s'être négligés à ce propos, certains en viennent à perdre Phumilité intérieure, à choir dans la vanité, jusqu'à ne pas discerner combien cette disposition leur nuit; et si, tout à coup, ceux qui les honoraient changent de sentiment à leur endroit (vienen a perderles devocion), eux s’en inquiètent, et ne retrouvent, ni au dedans ni au dehors, la paix. Je vous en prie donc, pour tout ce qui vous intéresse, mettez votre confiance totalement en Dieu : ne comptez ni sur votre pouvoir, ni sur votre savoir, ni sur l'opinion des hommes. Si vous en
êtes là, je vous tiens pour armés (aparejados) contre toutes
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les adversités, soit corporelles, soit spirituelles, qui vous pourront advenir. Dieu, en effet, soutient et fortifie les humbles, ceux en particulier qui, en des choses petites et basses,
ont vu, comme en un miroir, leurs défaillances (flaquezas) et.
s’y sont vaincus; ceux-là, quand ils viennent en des tribulations plus grandes, ni le démon et ses ministres, ni toutes les tempêtes de la mer, ni les gens méchants et barbares, ou de terre ou de mer, ni aucune autre créature ne peuvent les déconcerter : affermis dans leur confiance en Dieu, sachant bien que, sans sa permission expresse, rien ne peut leur nuire,
puisque toute créature est sujette de son autorité; sûrs, d'ail.
leurs, qu’à ses yeux sont manifestes l’intention, le désir qu'ils
ont de le servir, — il n’est rien, qu'avec une telle confiance en Lui, ils puissent craindre : leur seule crainte est de Poffen-
ser. Ils savent encore que lorsque Dieu permet au démon de faire son métier (haga su officio) et aux créatures de les tourmenter, c’est pour les éprouver, pour leur donner occasion de se mieux connaître, — pour leur faire expier leurs péchés, ou acquérir de plus grands mérites, ou pour les humilier ; et, voyant en cela des faveurs signalées de Dieu, 1ls Lui en rendent grâces de tout leur cœur, et ils se jugeraient ingrats, s'ils ne recommandaient à Dieu leurs ennemis. Vous serez, je lespère de Dieu, les hommes dont je parle. |
Je sais quelqu'un à qui Dieu a fait cette grande grâce, que, bien souvent, qu'il se trouve au milieu des périls où qu'il en soit hors, il occupe son âme à mettre toute son espérance en Lui : dire le profit qu'il en a retiré serait bien long.
Les peines les plus ‘grandes que vous avez jusqu’à présent connues sont petites, auprès de celles qui vous restent à connaître, de celles que vous rencontrerez au Japon. Je vous en
prie donc, je vous en supplie, de toutes mes forces, pour
l’amour et service de Dieu Notre-Seigneur, préparez-vous à beaucoup (dispongais vos para mucho); et, pour cela, dé-
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faites-vous beaucoup de l’amour-propre (propias affecciones), qui est l’empêchement d’un si grand bien.
Prenez bien garde à vous, mes frères en Jésus-Christ, car beaucoup vont en enfer qui, lorsqu'ils vivaient en ce monde, furent, par leurs paroles, cause, instrument du salut de plusieurs : Ceux-ci, par leur moyen, allèrent dans la gloire du Paradis, et eux allèrent dans l’enfer, pour avoir manqué d’hunulité intérieure, pour s’être appuyés (por hacer fundamento) sur une trompeuse et fausse opinion qu'ils avaient d’eux-mémes. Nul, au contraire, n’est dans lenfer, de ceux qui, durant la vie présente, tendirent à cette humilité et prirent les moyens de l’acquérir. Souvenez-vous de cette parole du Maitre : Quid prodest homini si mundum universum lucretur, animæ vero suæ detrimentum patiatur ? — Qu'ils se gardent, tels d’entre vous, d'imaginer qu'étant depuis longtemps dans la Compagnie et plus anciens que d’autres, 1ls ont, pour cela, sujet de s'appuyer sur eux-mêmes et qu'ils peuvent plus que tels ou tels, qui comptent moins d’années de Compagnie : J’aimerais, moi, je serais très heureux de savoir que les plus anciens appliquent souvent leur entendement à considérer combien mal ils ont mis à profit leurs années passées dans la Compagnie ; combien ils en ont perdues à ne pas avancer, ou
plutôt à reculer, car celui-là perd ce qu'il a gagné, qui ne va pas s’enrichissant dans le chemin de la perfection. S'ils méditent ces choses, les plus anciens se sentiront bien confus ; ils se mettront à l’œuvre pour atteindre à lhumilité, non point des dehors, mais intérieure ; ils renouvelleront leurs forces et prendront cœur pour recouvrer les biens perdus; édifiant ainsi par leur exemple et la bonne odeur de leur vie les novices et tous ceux avec qui ils demeurent.
Que ce soit là le continuel exercice de vous tous, puisque vous désirez vous signaler au service de Jésus-Christ; et,
IT 2
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croyez-moi, vous qui viendrez au Japon, lPépreuve montrera vite À quoi vous pouvez atteindre, et quelque diligence que
vous mettiez à amasser et acquérir force vertus, sachez TS
vous n’en aurez pas de reste.
Si Je vous parle ainsi, ce n’est certes pas pour vous donner
à entendre que le service de Dieu est chose fatigante (trabajosa cosa), et que le joug du Seigneur n’est pas doux et léger. Si les hommes, en effet, se disposaient à chercher Dieu ; s'ils prenaient et embrassaient, pour cela, les moyens nécessaires,
ils trouveraient, à le servir, tant de douceur et de consolation,
qu'il leur serait, dès lors, bien facile d’aller contre toutes les répugnances qu'ils auraient à se vaincre. Si nous savions que de plaisirs, que de joies spirituelles nous perdons, pour ne
nous faire pas violence (no se esforçar) dans les tentations’!
C’est alors que les Tâches (/os Jlacos) empêchent un si grand bien d’arriver à eux; Je veux dire, la connaissance de linfimie bonté de Dieu, délassement de cette laborieuse vie; et sans doute, être en ce monde sans y jouir de Dieu, ce n’est pas
vivre, c’est continuellement mourir.
J'ai peur que l’Ennemi n’agite tels d’entre vous, èn leur mettant sous les yeux des choses ardues ‘et grandes, qu'ils
feraient pour le service de Dieu, s'ils se trouvaient ailleurs
que là où ils vivent : l’intention du démon, en tout ceci, est.
de vous persuader que votre temps se perd, afin que, attristés,
inquiets, vous ne fassiez fruit, là où vous êtes, ni dans vos :
âmes, ni dans celles du prochain : c’est là tentation claire,
manifeste : elle est commune cependant parmi ceux qui désirent servir Dieu : je vous supplie (ruego mucho) d’y résister : elle est, en effet, si dommageable à l’âme, si opposée à la
perfection : elle empêche d’aller en avant; elle fait retourner en arrière ; elle dessèche grandement le cœur et le désole: Là
donc où chacun de vous se:trouve, qu'il travaille fort à son
À CANGOXIMA (AOUT-NOVEMBRE 1549). 19 profit personnel, et puis au bien des autres ; tenez pour certain ({entendo por cierto) que nulle part vous ne pouvez servir Dieu, comme là où lobéissance vous retient ; ayez en Dieu
Notr e-Seigneur cette confiance que, l’heure venue, il ins spiret "A
(dara de sentir) à votre supérieur de vous envoyer, par obéissance, là où vous le servirez davantage : et, de cette façon, vos âmes feront de grands progrès, vous vivrez heureux, et vous méttrez bien à profit le temps, chose d’un si grand prix, quoique plusieurs ne l’apprécient pas. Là où vous désirez être, vous ne faites aucun fruit, n’v étant pas; et, [à où vous êtes, ces désirs vous empêchent d’être utile à vous-même et aux autres, parce qu'ils tirent votre âme ailleurs : ce sera à matière redoutable d’un compte à rendre à Dieu. |
Vous, qui êtes au collège de Sainte-Foi, exercez-vous à bien connaître expérimentalement vos faiblesses ; manifestez-les à ceux qui vous peuvent aider à les guérir, comme sont vos confesseurs et autres personnes spirituelles de la maison, afin
que, sortis de là, vous sachiez, grâces aux leçons de votre
expérience et à celles de vos Pères spirituels, remédier à vos misères et guérir celles d'autrui. N’en doutez pas, vous aurez à subir bien des genres de tentations, quand vous irez, seuls ou deux à deux, à travers les dangers des pays infidèles, ou des témpêtes de la mer : vous n ‘avez rien de semblable à affronter, tant que vous vivez au collège; et si vous n’en sortez pas, très exercés, très experts à vaincre lamour-propre et vos affections désordonnées et à reconnaître les pièges de l’'Ennemi, jugez, mes frères, combien vous serez exposés au milieu d’un monde tout plongé dans le mal; et comment vaincrez-vous ce monde, sans une grande humilité ?
J’ai aussi une continuelle et vive crainte (vivo tambien con mucho lemor) que Lucifer n’use, pour vous troubler, d’une autre de ses nombreuses tromperies, Transfiguré en ange de
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lumière, 1l vous représentera les grandes grâces que Dieu Notre-Seigneur vous a faites, depuis votre entrée au collège, et comment 1l vous a délivrés de bien des misères qui vous captivaient dans le monde; puis, pour vous tirer du collège, éveillant en vous de vaines espérances, il argumenterà et vous dira : si Dieu Notre-Seigneur, durant le peu de temps que vous avez passé en cette maison, vous a, à tel point, enrichi de ses grâces, que ne fera-t-il pas pour vous, lorsque, hors d'ici, vous travaillerez à sauver les âmes (a hacer fruto en las animas)? — Et il vous laisse à conclure que vous perdez le temps. | A cette tentation, vous pouvez résister de deux manières : La première : — considérez attentivement en vous-mêmes
que si les grands pécheurs qui sont dans le monde se trou-
varient où vous êtes, loin des occasions de péché, en un milieu fait pour acquérir toute vertu (mucha perfeccion), quels autres hommes ils seraient, et peut-être sujets de confusion pour beaucoup d’entre vous. Je dis cela pour vous faire entendre que si vous ne péchez pas gravement, la cause en est dans l'éloignement des occasions d’offenser Dieu et dans la multiplicité des moyens que vous trouvez, au collège, et des grâces
que vous y recevez pour le servir avec Joie. — Ne pas savoir.
d’où procède un bien si grand, s’attribuer à soi-même ce fruit du recueillement de la maison et des exercices spirituels qui s’y font, c’est le principe de la négligence de plusieurs à ürer profit de choses qui leur semblent petites : elles sont grandes cependant, et ceux-là sont petits qui les font à la légère. La seconde : — remettez à votre Supérieur vos jugements, désirs et avis (pareceres); ayez en Dieu Notre-Seisneur foi, espérance, confiance que, par sa miséricorde, 1l lui donnera de sentir ce qui convient le mieux à votre bien spirituel. N’importunez jamais votre Recteur ; n’agissez pas comme certains qui harcèlent le Supérieur et lui font violence, à tel point qu'il
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en vient enfin à leur commander ce que, à leur grand détriment, 1ls lui demandent. Leur refuse-t-on, 1ls disent que leur vie est fort triste ; et ils ne voient pas, les misérables, que leur tristesse naît, s'accroît et va grandissant chaque jour, parce qu'ils veulent faire leur propre volonté, eux qui, par le vœu d’obéissance, y ont renoncé et en ont offert à Dieu Notre- Seigneur le total sacrifice. Ceux-là, plus ils vont, usant ainsi de leur volonté, plus ils vivent tristes et inquiets en leur conscience. [ls sont pourtant nombreux ces inférieurs, à tel point propriétaires et amis de leurs jugements et opinions, qu'ils n’ont la volonté conforme aux ordres du Supérieur qu’autant que le Supérieur leur commande ce qu'ils veulent. Gardezvous, pour l’amour de Dieu Notre-Seigneur, d’être de leur nombre. Dans les offices de la Maison, que le Supérieur vous donne à remplir, travaillez donc de toutes vos forces à bien mettre à profit la grâce qui vous vient de Dieu Notre-Seigneur pour vaincre les tentations de l’Ennemi : elles auraient pour fin de vous frustrer du bien que vous acquerriez dans cet office, en vous suggérant l’idée qu’en un autre vous en acquerriez davantage.
Ainsi fait encore communément l’Ennemi auprès de ceux qui étudient.
Pour l’amour de Dieu, je vous en supplie, travaillez de toutes vos forces, dans l'exercice d’humbles offices, à confondre le démon, à vaincre les tentations dont il vous assiège à l’encontre de tels offices ; travaillez à cela plus qu’à cet office même corporel dont vous vous acquittez pour obéir : beaucoup, en effet, qui s’en acquittent bien au dehors, en retirent peu de profit intérieur, parce qu'ils ne s’efforcent pas de vaincre les tentations et inquiétudes que PEnnemi leur suggère contre l'office, afin qu'ils n’en retirent pas profit spirituel. Ceux-là vivent en une quasi-continuelle tristesse ou agitation,
et leurs âmes n’avancent pas.
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Que personne donc, parmi vous, ne s’illusionne et ne rêve de se signaler en de grandes choses, si d’abord il ne se signale dans les petites. Croyez-moi, il y a des fervents ou, pour mieux dire, des tentés de bien des sortes : tels sont, par exemple, ceux qui occupent leur imagination à la recherche de voies
et moyens qui leur permettraient de dissimuler, sous un pré-
texte de piété ou de zèle des âmes, la fuite d’une petite croix. Pour ne se mortifier point en faisant le peu que l’obéissance leur impose, ils désirent atteindre à une croix plus grande; et ils ne considèrent point que celui-là n’aura pas la force de faire beaucoup qui n’a pas celle de faire peu : aussi, dès l’abord des choses difficiles et grandes, le peu d’abnégation et de vigueur d'esprit qn'ils y apportent se trahit, et la faiblesse même qu'ils y expérimentent leur apprend que leurs ferveurs furent des tentations.
Il pourrait bien, je le crains, arriver que certains partissent de Coïmbre avec ces ferveurs, et que bientôt, au fort
d’une tempête, 1ls en vinssent, peut-être, à désirer de se trou-
ver, non pas dans le vaisseau, mais plutôt dans la sainte Maison de Coïmbre ; de sorte qu’il y a certaines ferveurs qui s’éteignent avant d'arriver dans l’Inde; et tels, qui y arrivent encore fervents, y voient leurs superficielles ferveurs s’éteindre à la rencontre des grandes tribulations semées par ces contrées infidèles. À peine dans lInde, ils vivent, appelant le Portugal de leurs désirs.
Il s’en pourrait aussi trouver d’autres qui, après avoir pieusement goûté les consolations du collège, se fiant trop à leurs ferveurs, sortent, avant l'heure, pour fructifier ailleurs dans
les âmes; et, arrivés où ils désiraient aller, se découragent
pour n’y pas ressentir leurs ferveurs premières. Voyez donc combien sont périlleuses et à quoi se terminent ces ardeurs, de surface, quand on leur donne prématurément carrière.
Ce que je vous dis là n’est pas pour vous empêcher d’as-
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pirer à des œuvres ardues, de vous signaler comme grands serviteurs de Dieu, de laisser mémoire de vous à ceux qui viendront après vous : je vous le dis uniquement pour que, dans les petites choses, vous sachiez vous montrer grands ; pour que vous appreniez à reconnaître les tentations et que, les mettant à profit, vous discerniez le peu que vous pouvez de vous-même, et ne cherchiez d'appui qu’en Dieu seul. Dans cette voie, si vous y persévérez, je ne doute pas que lhumilité et toute vie spirituelle ne s’accroissent en vous, et, un jour, où que l’on vous envoie, vous garderez la paix du cœur et ferez beaucoup de fruit : la raison, en effet, persuade que celui-là sentira vivement les misères de ses frères et leur viendra en aide avec charité, qui, d’abord, ressentit les siennes, et travailla diligemment à les guérir : seul, un tel homme s’empressera de secourir le prochain dans ses nécessités; seul il y pourra dépenser sa vie : je ne vois pas, en effet, par quelle autre voie arriverait le vif sentiment des misères d’autrui et le savoir-faire pour les guérir, à celui qui n’a pas eu le sentiment de ses propres misères.
Ainsi encore l’on doit dire que par où nous viendra le sentiment de la Passion de Jésus-Christ, par là nous serons ins-
truments pour que d’autres la sentent.
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Au pays de Paul de Sainte-Foi, notre bon et véritable ami, nous avons été reçus du Capitan de l'endroit et de PA/cayde de la région, avec beaucoup de bienveillance et d'amitié, et également aussi de tout le peuple. Chacun s’émerveillait fort de voir des Pères du pays des Portugais. Loin de trouver étrange que Paul se soit, fait chrétien, 1ls ont grandement apprécié cet acte, et tous, parents et étrangers, l’ont félicité
24 A CANGOXIMA (AOUT-NOVEMBRE 1549).
d’être allé dans l'Inde et d’y avoir vu des choses qu'on n’a pas encore vues au Japon. Le Duc de la contrée a, lui aussi, bien félicité Paul; il Pa honorablement reçu, et lui a fait bien des questions sur le genre de vie et la puissance des Portugais : Paul lui a rendu compte de tout, et le Duc en a été très satisfait.
Ce Duc réside à cinq lieues de Cangoxima. Lorsque Paul alla lui parler, il prit une très dévote image de Notre-Dame, | tenant en ses bras l’Enfant-Jésus, que nous avions apportée
de l'Inde. Le Duc eut si grand plaisir à la voir qu'il s’agenouilla devant l’image de Notre-Seigneur et de Notre-Dame, les révérant avec un profond respect, et il ordonna à tous les assistants de faire de même. Depuis, l’image fut montrée à la mère du Duc, qui eut un plaisir extrême à la considérer. Paul revint à Cangoxima, où nous résidions, et, peu de jours après, y arriva un hidalgo que la mère du Duc envoyait, avec charge de faire exécuter une copie de notre image :
il manqua, pour cela, plus d’une chose, et le projet fut
abandonné. FER
Cette dame fit encore demander qu’on lui donnât, par écrit, l'exposé de la Foi des Chrétiens. Paul s’occupa, quelques jours, à le faire, et il écrivit longuement sur ce sujet, en sa langue. À
Croyez une chose et rendez-en bien grâces à Dieu : un beau chemin s'ouvre à lexécution de vos désirs : déjà, si nous savions parler, nous aurions fait beaucoup de fruit. Paul s’est mis si activement à l’œuvre auprès d’un grand nombre de ses parents et amis, leur prêchant Jour et nuit, que, grâces à lui, déjà sa mère, sa femme, sa fille, beaucoup de ses parents, hommes et femmes, et des amis se sont faits chrétiens.
Que l’on se fasse chrétien n’étonne personne, en ce pays, et comme la plupart savent lire et écrire, ils apprennent vite
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les prières. Plaise à Dieu Notre-Seigneur nous donner langue pour parler des choses divines, parce que, avec sa grâce et faveur, nous ferons alors beaucoup de fruit. Pour le moment, -nous sommes au milieu d'eux comme des statues : eux parlent, ils conversent beaucoup, à notre sujet, et nous, pour n’entendre pas leur langue, nous nous taisons, réduits que nous ‘sommes à nous faire petits enfants et apprendre à parler; et plût à Dieu que nous devinssions encore imitateurs de leur pureté de cœur et de leur simplicité. Aussi bien nous est-il nécessaire de travailler et d’user de tous les moyens requis pour nous faire semblables à eux, non seulement en apprenant la langue, mais en devenant simples, comme eux, et sans malice. Dieu, du reste, nous y aide grandement par la seule grâce qu’il nous a faite de nous mener sur ces terres infidèles. Ici, en effet, nous sommes seuls à veiller sur nousmêmes ; 1l n’y a, autour de nous, qu'idolâtrie, ennemis de Jésus-Christ; aucune piété chrétienne; point de parents, ni d'amis, ni de connaissances ; personne à qui se confier : Dieu seul est notre espérance. Infidèles, ces peuples sont, par là même, ennemis de Dieu, du Créateur du ciel et de la terre : nous sommes donc forcés, ne trouvant appui en aucune créature vivante, de mettre toute notre foi, espérance et confiance en Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ailleurs, où notre Dieu créateur et rédempteur est connu, bien des créatures nous détournent de ce plein recours à Dieu : nous avons l’âme captivée par l’amour d’un père, d’une mère, de parents, d'amis, de connaissances, du pays natal; puis, rien ne nous manque, en maladie comme en santé, et, ne fussions-nous pas pourvus de ce nécessaire corporel, des personnes charitables suppléent, pour l’amour de Dieu, à notre indigence. Mais, sur ces terres étrangères, où Dieu n’est pas connu, nous recevons de Lui cette grande grâce, que les créatures elles-mêmes, pour n'avoir ni amour de Dieu, ni piété chrétienne, nous contraignent et
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nous aident à mettre toute notre foi, espérance et confiance en sa divine Bonté.
La considération de cette faveur insigne, ajoutée à tant d’autres, que nous fait Notre-Seigneur, nous remplit de confusion, tant y éclate la miséricorde dont 1l use à notre égard. Nous nous figurions Lui rendre quelque service en venant ici propager sa sainte Foi, et voilà-que sa Bonté nous manifeste clairement, et dans l’intime du cœur, la grâce immense qu'Il nous a faite, en nous menant au Japon, de nous dégager de l'amour de tant de créatures, qui nous empêchaient d’avoir plus de foi, d'espérance et de confiance en Elle. Jugez, maintenant, quelle vie paisible, consolée, pleine de joie nous mène-
rions si nous étions ce que nous devons être, puisque nous
n’espérons qu’en Celui de qui tout bien procède, et qui non seulement ne trompa jamais une telle confiance, mais donne toujours au-delà de ce que l’homme Lui demande ou espère de Lui. | Aidez-nous, pour l’amour de Notre-Seigneur, à Le remercier
de si grands bienfaits ; de peur que nous ne soyons convaincus d’être ingrats : Dieu, en effet, quand ceux qui désiraient Le
servir tombent en ce péché, quand ils méconnaissent le prix des grâces reçues et ne s’en aident point, arrête le cours de grâces meilleures encore, qui leur seraient venues.
Il faut aussi vous faire part d’autres faveurs que nous recevons de Dieu et que sa miséricorde nous donne de discerner, afin que vous nous aidiez, ici encore, à Lui en rendre toujours grâces. Ailleurs, l’abondance des provisions de bouche amène ou occasionne bien des victoires de nos convoitises désordonnées, et la vertu d’abstinence, dans sa ‘lutte contre elles, demeure trop souvent humiliée. De Ià grand détriment, et pour les âmes, et pour les corps : des maladies nombreuses,
et corporelles et spirituelles, naissent de ces excès, et donnent
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beaucoup à souffrir aux hommes, avant qu’ils se soient réduits à un milieu de tempérance; et combien, avant d'y arriver, ont déjà irrémédiablement abrégé leur vie, ou se sont condamnés à bien des genres de tourments et douleurs ; ne fût-ce qu'à prendre, pour guérir, des médecines plus répugnantes au goût que ne lui purent être sayoureux les délicats mangers : et ils n’échappent pas encore à de pires ennuis, comme est celui de remettre sa vie aux mains de médecins qui, S'ils parviennent à guérir, n’y arrivent que par un long chemin d'erreurs. Et voici que Dieu nous a fait, à nous, linsigne grâce de nous mener en un pays où cette abondance fait tellement défaut, que, voulussions-nous donner au corps des superfluités, la terre elle-même se refuserait à les fournir. On ne tue pas d’animaux ; on n’en élève point pour les manger ; on s’alimente, quelquefois, bien que peu, de poisson, de
. riz, de froment ; la plupart se nourrissent d’herbages variés,
qui abondent, et de quelque peu de fruit, car les fruits sont rares. Or, les gens de ce pays se portent à merveille, et les vieillards y sont nombreux. Rien ne suffit à contenter la nature ; mais les Japonais sont [à, pour prouver que bien peu suffit à la sustenter. Quant à nous, la santé de nos corps est parfaite : plût à Dieu que telle fût aussi la santé de nos âmes.
Nous avons encore l'obligation de vous instruire d’une faveur qu’il semble que Dieu nous réserve, pour bientôt, afin qué, par vos saints sacrifices et prières, vous nous aidiez à ne la pas démériter (a que no la demerezcamos) : il s’agit de la victoire à remporter sur les principaux adversaires de notre
: ah sainte Foi.
Un grand nombre de Japonais sont Bonzes, et ces Bonzes, malgré l’évidence de leurs péchés, sont fort obéis, là où ils vivent. Qu’on les estime à ce point, la cause en est, ce me semble, dans la rigueur de leur abstinence. Ils ne mangent ni
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viande ni poisson, mais seulement des herbes, des fruits et du riz, et cela, une fois le jour, et d’une façon fort réglée. On ne leur donne pas de vin. Vu leur grand nombre, ils ont des maisons pauvrement rentées. Si donc on les vénère tant, c'est, je crois, parce qu'ils gardent cette continuelle abstinence ; à quoi s'ajoute l'éloignement où ils doivent, sous peine de mort, se maintenir (ceux, en particulier, qui vont vêtus de noir, comme des clercs) de tout commerce avec les femmes ; enfin, ils savent conter quelques histoires, ou, pour mieux dire, des fables, à propos de leurs croyances. : Telle est la contrariété de leurs opinions et de notre foi, au sujet de Dieu et du salut des nations par la connaissance de leur Créateur et Rédempteur, qu'ils ne pourront guère manquer de nous contredire et persécuter; mais nous avons grande confiance et espérance que Jésus-Christ nous donnera force, grâce, aide et faveur pour aller en avant. La contradiction et la persécution ne viendront pas, ce me semble, du peuple : s’il se tourne contre nous, ce ne sera pas de lui-même, mais par linstigation très pressante des Bonzes. Quant à nous, nous ne prétendons pas susciter des différends avec les Bonzes, mais leurs menaces ne nous empêcheront pas de glorifier. Dieu et de travailler au salut des âmes. Ils ne peuvent nous faire d'autre mal que celui que Dieu Notre-Seigneur permettra, et le mal qui nous viendrait d’eux nous serait grâce insigne : nos désirs, en effet, seraient vite comblés, puisque nous, irions régner à jamais avec Jésus-Christ, si, par leur moyen, prenait fin cette continuelle mort de notre vie présente. Plaise donc à Notre-Seigneur que les jours nous en soient abrégés pour l'avoir aimé et servi et pour avoir voulu sauver les âmes. Pour tant qu’ils s’y opposent, nous sommes résolus à manifester et proclamer la vérité : Dieu lui-même nous oblige à préférer le salut des âmes à tous, nos intérêts corporels, et nous prétendons, avec sonZaide et sa grâce, accomplir, en
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cela, son précepte : Lui nous donnera, au dedans, la force qu'il nous faudra pour faire luire sa lumière entre les ténèbres de tant d’idolâtries comme il y en a au Japon. Si nous vivons pleins de la confiance que Dieu nous aidera ainsi, la raison en est que nous nous défions totalement de nos propres forces, et mettons notre espérance entière en l’assistance de Jésus-Christ Notre-Seigneur, de la très sainte Vierge Marie, sa Mère, et des neuf chœurs des anges. Entre eux nous choisissons pour spécial protecteur l’archange saint Michel, leur Prince, défenseur de l’Église militante. Nous comptons beaucoup sur lui, et tous les jours nous nous recommandons à lui, comme au patron de ce grand royaume. Nous invoquons, en même temps, tous les Anges gardiens des Japonais, ministres de Dieu auprès d’eux pour leur conversion, et nous n’omettons pas de solliciter le secours des Saints, qui ne sauraient, du ciel, voir tant d’âmes périr sans crier pour le salut de ces vivantes images de Dieu. Nous méêlons, 1l est vrai, à tout cela bien des fautes et des négligences ; nous ne savons pas nous recommander à la Cour céleste comme nous le devrions faire; mais nous avons la grande confiance qu’à ces déficits suppléent les Bienheureux de notre Compagnie, qui sont là-haut, ne cessant de représenter à la Très Sante Trinité nos pauvres désirs.
Avec de tels auxiliaires, nous avons, grâces à la bonté de Dieu Notre-Seigneur, des espérances de victoire supérieures à tous les obstacles que l'Ennemi pourra dresser devant nous pour nous faire reculer, Ces obstacles, toutefois, sont grands et nombreux, et nul doute qu'ils ne nous fissent plus d’impression, si nous comptions le moins du monde, pour les vaincre, sur notre pouvoir ou notre savoir. Ces grands sujets de craindre, ces obstacles à vaincre, Dieu Notre-Seigneur permet que l’Ennemi nous les mette devant les yeux; afin que, ne pouvant trouver en nos forces un sujet de confiance, nous
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n’en cherchions qu’en Lui seul et en ceux dans qui sa bonté g s’épanche. Dieu nous montre encore sa clémence infinie et le souvenir qu'Il a de nous, en nous donnant, tous les jours, à sentir dans l’intime de l’âme le peu que nous pouvons; II permet que nous ayons à subir de petites épreuves, que nous nous trouvions en de petits dangers. Cette expérience nous empêche d'oublier que notre force n’est pas en nous, mais en Lui. Une petite tentation, en effet, une petite persécution sont plus difficiles à soutenir, à surmonter, dès que l’on s’appuie sur soi-même, que ne le sont de nombreux et grands périls ou labeurs, quand, se défiant totalement de soi-même, on se fie grandement à Dieu. |
Et maintenant, pour notre consolation, nous vous ferons part d’un souci dans lequel nous vivons, afin que vous nous y aidiez de vos saints Sacrifices et prières. Dieu Notre-Seigneur ayant sous les yeux nos continuelles malices (maldades) et nos grands péchés, nous vivons en une très juste crainte que, si nous ne nous amendons sérieusement, Il ne laisse de nous faire merced et de nous donner sa grâce, pour commencer à le servir et y persévérer jusqu’au bout. Ici donc il nous devient nécessaire de prendre, sur la terre, pour intercesseurs tous ceux de la bénie Compagnie du Nom de Jésus, avec tous ses dévots et amis, afin que, par eux, nous soyons présentés à la sainte Mère Église, l'Épouse de Jésus-Christ, notre Rédempteur et Seigneur, laquelle, nous le croyons et n’en pouvons douter, nous de part à ses nombreux et immenses mérites, et nous présentera et recommandera aux Bienheureux du ciel, et plus spécialement à son Époux Jésus-Christ, notre Rédempteur et Seigneur, à la très sainte Vierge, sa Mère, les priant de nous recommander au Père éternel, de qui tout bien naît et procède, afin qu’il nous délivre à jamais du péché et qu’'Il ne cesse pas de nous faire de continuelles fa-
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veurs, sans regarder à nos malices, si ce n’est dans son infinie bonté. Pour son seul amour, en effet, comme bien Il le sait, — puisque nos cœurs lui sont ouverts et qu’Il y discerne nos intentions et pauvres désirs, — nous sommes venus en ces contrées délivrer des âmes depuis plus de quinze cents ans esclaves de Lucifer, qui se fait, sur la terre, adorer d’elles comme un dieu, après n'avoir pu se faire adorer dans le ciel. Précipité de là, 1l se venge comme il peut, et entre ses victimes
sont ces pauvres Japonais.
Il faut bien aussi vous parler de notre séjour à Cangoxima. Nous y arrivämes en un temps où les vents ne nous permettaient pas d’aller à Miaco, capitale du Japon, où résident le Roi et les principaux seigneurs du royaume. Il n’y aura de vent, pour s’y rendre, que d'ici à cinq mois. Nous irons alors avec l’aide de Dieu. Miaco est à trois cents lieues d'ici. On nous dit merveilles de cette ville; par exemple, qu’elle compte plus de quatre-vingt-dix mille maisons. Il y a, dit-on, une grande université d'étudiants ; elle comprend cinq collèges principaux. On parle encore de deux cents maisons de Bonzes,
et d’autres qui sont vêtus comme des /rayles et que l’on ap-
pelle Gixu, et de certaines monjas qu’ils appellent Amacata.
Outre l'Université de Miaco, il y a, ailleurs, cinq autres uni-
versités principales, savoir : celles de Cova, Negru, Fieçon, Omi. Ces quatre sont aux alentours de Miaco, et chacune d'elles compterait, nous dit-on, plus de trois mille cinq cents étudiants. La cinquième, qui est fort loin de Miaco, s’appelle Bandu ; elle est la plus grande et'principale du Japon, à laquelle affluent plus d'étudiants qu’à aucune autre. Bandu est une fort grande seigneurie comprenant six duchés : un des dues a le premier rang et les autres lui obéissent, et lui obéit au roi de Japon. On nous dit tant de choses de l’étendue de
ces pays et de l’importance de ces universités qu'avant d'en
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rien affirmer ou donner comme vrai par écrit, nous serions bien aises de voir les choses de nos veux. Si elles sont telles qu'on les dit, nous vous lPécrirons, après avoir vu, et nous entrerons dans bien des détails. |
En dehors de ces universités principales, on nous dit qu'il
y a, par le royaume, beaucoup de petites universités. Quand nous aurons été À même de juger du fruit qui se peut opérer dans les âmes, au Japon, ce ne sera pas, pour nous, trop faire que d'écrire à toutes les principales universités de la chrétienté : nous déchargerons notre conscience et chargerons la leur. Il y a, en effet, dans ces universités, vertus et doctrine pour remédier à tant de maux et amener tous ces infidèles à la connaissance de leur Créateur, Rédempteur et Sauveur. Nous écrirons à ces docteurs, comme à nos Supérieurs et Pères, désirant qu’ils nous tiennent pour les derniers de leurs fils, et nous leur parlerons du fruit qui se ferait ici avec leur aide et faveur, afin que, s’ils ne peuvent eux-mêmes venir, 1ls encouragent ceux qui, pour la gloire de Dieu et le salut des ämes, s’offriraient à partager avec nous des consolations, des joies spirituelles, plus grandes et meilleures, sans doute (por ventura), que celles dont ils jouissent ailleurs.
Si même la porte s’ouvrait à l'Évangile, aussi grande qu’elle nous paraît devoir s’ouvrir, nous ne manquerons pas d’en informer Sa Sainteté, puisqu'il est le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, le Pasteur de ceux qui croient en lui et de ceux qui sont près d'arriver à la connaissance de leur Rédempteur et Sauveur et de se soumettre à sa juridiction spirituelle. Nous n’omettrons pas non plus d'écrire à tous les dévots et bénis Frayles, qui vivent en de saints désirs de glorifier Jésus-Christ dans les âmes qui ne le connaissent pas encore. Quelque nom-
breux qu’ils viennent, il y a dans ce vaste royaume et dans. celui de Chine, plus grand encore, place et au delà pour con-
tenter les désirs de tous. On peut, sans avoir à craindre d'y