‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 28 sur 144 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

OÙ L’ON TROUVERA EXPOSÉS LES PREMIERS TRAVAUX DE FRANÇOIS DE XAVIER AU JAPON, D'APRÈS LES RÉCITS DE CEUX QUI LE CONNURENT.

(15 aoùt-5 novembre 15/9.)

Dans le présent chapitre et les suivants, comme

, e . , 4 ’ nous l’avons fait dans ceux qui précèdent, nous réu-

nirons des documents nouveaux, qui aident le futur

historien de François à raconter la vie et les œuvres de l’Apôtre du Japon avec une exactitude irréprochable et un plus vif intérêt.

Disons d’abord de quelles sources procèdent nos documents :

Le 25 juillet 1601, Alexandre Valignani, Visiteur des Missions de l'Inde et du Japon, acheva un travail intitulé : Del principio y progresso de la Religion christiana en Japon. Copie de ce travail se trouve aux folios 244 à 420 du manuscrit # de la Bibliothèque de Ajuda, qui est venu de Mac

Les folios précédents renferment « l'Histoire de l’Église du Japon, composée par les Religieux de la Compagnie de Jésus, qui, de l’année 1575 à la présente année 1634, résident en ces pays. » L'histoire n’est écrite que « de l’année 1549 à l’année 1560 »; elle s'arrête même plus tôt. Le récit vraiment historique ne commence qu'au folio 181, 3° livre, ainsi intitulé : « … No qual se contem como se deu principio à pregaçao do sagrado Evangelho naquelle Reyno; pelo B. Padre Francisco Xavier, e progresso que teve a Christandade, do anno de 15/9 athe o de 1552. » |

L'auteur de cette histoire n’est pas nommé; mais, au cours de ses récits, on reconnaît en Jui un trés ancien missionnaire. Ainsi, à propos d’un des premiers convertis de saint François de Xavier, à Ayamanguchi, plus tard Frère coadjuteur, qui mourut vers l’an 1590, il écrit : « J’ai vécu intimement avec lui bien des années (muitos annos) »; ce qui déjà autoriserait à juger que l’auteur était missionnaire en 1580, ou jeune religieux de la Compagnie, se préparant aux œuvres des missionnaires ; et c’est en 1634, qu'il compose son Histoire de l’Église du Japon. Ailleurs, il fournit une indication plus précise encore, quand il dit : « Nous, qui allâmes au Japon, vingt-six ans après que le B. Père François Xavier en fut revenu... » L'auteur du manuscrit aurait done vécu au Japon dès l’année 1577. Nous l’appellerons l’Annaliste de Macao. On comprend: assez l'importance de l’œuvre d’un tel personnage, œuvre que les Jésuites de la province de Japon voulurent

conserver, quand même on ne remarquerait pas que l’auteur eut sous-la main, à Macao, les archives de la province.

Le P. Valignani, par son nom seul, recommande fort le traité Del principio y progresso de la Religion Christiana en Japon. Ce n’est cependant pas une œuvre tellement personnelle : les citations de. Maffei, de Torsellini, y reviennent souvent; mais, çà et là, le grand Ouvrier nous fournira d’utiles rensei- #nements, fruit de ses personnelles observations ou recherches.

Le P. Valignani, appréciant, en divers endroits de son travail, les œuvres venues avant la sienne, dit en substance :

Je connais les élégants travaux du Père Jean-Pierre Maffer, la Vie du Père Maître François Xavier, écrite par le Père Torsellini.…, et, la présente Histoire as je trouvai au collège de Macao, quand, au mois de février 1603, je vins de Japon le visiter, une Vie du Père Maitre François Xavier, écrite en portugais par le Père Jean de Lucena et publiée en EURE l’an 1600. |

Les œuvres antérieures à cêtte dernière ne donnent pas entière, pleine connaissance de la nation japonaise, ni des. grandes choses que la Providence de Dieu a opérées au Japon. Beaucoup de choses ont été écrites d’après des Lettres où l’on racontait, par ouï-dire, sans informations suffisantes. De là, dans les écrits publiés, bien des obscurités et même des contradictions, sans parler de quelques exagérations et .enchérissements.

. Quant au Pere Jean de Lucena, son res est d'un style très

élégant, très soigné; 1l est plein de fort bonne doctrine ; mais cela s’est écrit en Europe, sans que le Père eût jamais vécu dans ces régions-ci, de sorte qu’il lui manque d’en avoir

connu expérimentalement bien des choses; l’exagération s’y

rencontre bien forte, — et, pour avoir notion exacte ou explication de certains points, il servira de recourir à ce que j'ai dit dans le présent chapitre et dans celui qui précède, etc.

De tous ceux qui jusqu’à présent ont écrit sur le Japon, aucun ne l’a fait avec plus d’exactitude et ordre meilleur que le Père Jean-Pierre Maffer.…

Longtemps, peut-être, avant de rédiger ce travail, le P. Valignani avait envoyé à Rome une autre œuvre, intitulée : Principio y progresso de la Compañia de Jesus en las Indias orientales, que les Monumenta historica Soctetatis Jesu viennent de.

publier (nov. et déc. 1899). Nous puiserons aussi à cette source nouvelle.

Et l’œuvre du P. Valignani et celle de l’Annaliste de Macao étaient demeurées, jusqu’à ce jour, inédites. ”

Un travail non moins précieux, et lui aussi inédit, est celui du P. Louis Frois.

Le manuscrit # de la Bibliothèque de Ajuda, qui

contient l’œuvre du P. Louis Frois, est un petit

registre, papier de Japon, de 423 folios, intitulé : Primera parte da Historia de Japam (1549-1578). Au verso du folio 423, on lit : « Cette première parte « de l'Histoire du Japon s’est achevée, le 50 décem-

. « bre de l’année 1586. Près de quatre ans ont été

«employés à la composer avec quelque médiocrité. «Ge qui reste pour accomplir la période de qua- «rante années, à partir de l’arrivée au Japon du

« Père Maître François Xavier, de sainte mémoire,

«se verra exposé dans la 2° partie, qui va de Pan- « née 1578 à l’année 1589; le tout, à l’honneur et «gloire de la très sainte Trinité, et de la glorieuse « Vierge, et de tous les Saints. Amen.

«Luiz FRors. »

Dans son Proloque, adressé au Père Général Aquaviva, le P. Frois laisse bien entrevoir la valeur de ses récits : |

Il y a trois ans, le Père Alexandre Valignani, Provincial de

l'Inde, écrivit, par ordre de Votre Paternité, au vice-Provin-

cial du Japon, de faire composer l’histoire des événements accomplis en ce pays, depuis l’arrivée du Père Maitre François

Xavier jusqu’à ce jour ; et le R. Père Gaspard Coelho, Vice-

provincial, malgré mon insuffisance, me charge de ce travail. Voici, je pense, les motifs qui l'ont incliné à me choisir : Je suis dans la Compagnie depuis près de quarante ans. J'y entrai, en effet, avant que le Père Maître François Xavier ne vint au Japon ; — j'ai eu dans les mains, pendant quatorze ou quinze ans, les lettres qui allaient de ce pays à Rome ; — je suis au Japon depuis vingt-quatre ans; — j'ai eu grande

communication avec tous les Pères et Frères qui vinrent ici

les premiers. Tout cela cependant ne suffirait pas, si la sainte obéissance ne devait suppléer à mes déficits. Je me mets donc à l’œuvre, appuyé sur cette vertu, qui peut rendre facile ce que notre raison juge plein de difficultés.

Des premiers qui cultivèrent cette vigne, quatre ou cinq

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