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sont mo’ts : eux, mieux que d’autres, auraient pu tout raconter. Il en reste deux, et aussi quelques anciens chrétiens : bien des choses se peuvent encore tirer de leur mémoire. La Providence m'a aussi aidé en ce que, cette présente année 1586, j'ai dû, comme soctus, accompagner le Provincial dans la visite des chrétientés; ce qui m’a permis d'interroger tous les anciens et d'obtenir d’eux les renseignements qu'ils por vaient bonnement fournir.
Nos trois auteurs nous aideront, d’abord, à mieux entendre des écrits sur le Japon venus avant les leurs. Écoutons, en premier lieu, le P. Valignani :
Pour tirer des ténèbres de l’Infidélité ces terres du Japon, Dieu choisit la vaillante nation portugaise, comme il l'avait choisie, plusieurs années auparavant, pour porter la lumière du Christianisme à d’autres peuples ; aussi peut-on l'appeler bienheureuse, cette noble nation, pour ce don, plus que pour
d’autres que Dieu lui a aussi départis… Les Japonais appellent leur pays MVipon ou Mifon, ce qui signifie : principe du soleil. Les Chinois l’appellent Jrppon, et ce mot signifie a même chose. Jusqu'à ces derniers temps, les Espagnols appelaient ce pays : /slas. platarias, mais ils commencent à dire, comme les Portugais : Japüao. Japon.
La population paraït être venue anciennement de ka Chine.
Le P. Valignani (fol. 255 et suiv.) relève les erreurs de Maffei et de Torsellini au sujet du Japon, et 11 les excuse en disant :
Les Japonais eux-mêmes ignorent beaucoup. Les Portugais, ne sortant guère dés ports, ne peuvent avoir des connaissances bien étendues; et nous-mêmes, si occupés d’autres
choses, nous ne saurions appliquer notre esprit à étudier le payS autant qu'il le faudrait pour acquérir des notions toujours sûres. Encore ne faut-il pas négliger une autre observation : Il y à peu de temps, Quambacudono réunit sous son autorité tous les États du Japon; mais il y avait précédem-
ment tant de guerres, que les communications d’une région à
l’autre étaient fort difficiles. Quand j’arrivai au Japon, 1l y à vingt-deux ans (1579), nous ne savions quasi-rien des royaumes du Nord. Lorsque je revins, en 1590, un Portugais, Ignacio Morera, qui avait quelques notions de cosmographie, se trouva avec moi à la cour de Miyaco.-Il travailla beaucoup
pour faire une vraie description du Japon, et la description.
est exacte, là où il parle de ce qu'il a pu voir; le reste n’est que probable.
Maffei et Torsellini ont fait ce pays beaucoup moins grand
qu'il ne l’est en réalité, et ils donnent quelquefois aux dis-
tances une étendue qu’elles n’ont pas; ainsi, le Père Maffei compte cent lieues de Firando à Yamaguchi : ce sont des lieues de Japon; les cent valent soixante des nôtres. Le nom de la ville est Yamaguchi et non Amanguchi. De Yamaguchi à Miyaco, il met cent quarante lieues ; 1l faut entendre un peu plus de quatre-vingt-quinze de nos lieues. |
Le P. Frois nous signale d’autres redressements à faire. En voici quelques-uns :
Un conto de soldats (en japonais /chimannim), ce n’est pas un million de soldats, mais dix mille.
Quand on parle de torches, — il est bon d’ observer qu il n'y a pas d’abeilles au Japon et que les torches sont d’autres matières que la cire.
Quand on dit que lon se guérit de certaines maladies, au
Japon, par l'application de deux ou trois mille boutons de :
feu. — il faut observer que ces boutons ne sont pas ceux d’'Europe : les premiers seuls causent une douleur notable; je le sais pour m'en être appliqué plus de trois mille.
Là où lon écrit que les Japonais ne s’essuient ou ne se mouchent pas deux fois avec le même mouchoir, — 11 faut ajouter que les Japonais portent leur petite provision de morceaux de papier fin pliés en forme de mouchoir : ces morceaux de papièr ne leur servent, en effet, qu’une fois. Outre ces morceaux de papier, les gens de distinction ont un Hnge fin, blanc ou bleu, dont ils s’essuient où se mouchent plus d’une fois.
Là où l’on dit que les Japonais ont leur épée dans un fourreau d'or, — il faut observer que le fourreau n’est tel que par le dehors, c’est-à-dire la mince feuille d’or ouvrée qui recouvre le bois du fourreau.
Quand on parle de cadeaux de quinze ou vingt pipes de vin, — il faut observer d’abord que la pipe de Japon (faru) est vingt-cinq fois moindre qué la pipe d'Europe, — et puis, qu'il s’agit, non pas de vin de raisin, qui n’existe pas au Japon, mais de vin de riz.
Quand on dit qu'un seigneur fait présent de tant de barres d'argent où barres d'or. — il faut observer que la barre (ychimaiï) est d’un poids fixe. La barre d’or vaut 43 cru- £zados.
Quand on parle de palais. d’édifices. de forteresses, de cités, — il ne faut pas oublier que la pierre est à peine employée et que le bois est la matièré des édifices, ce qui n’empêche pas que les palais de bois ne soient, au dehors et au dedans, somptueux et beaux à voir.
Les Portugais, marchands pour la plupart, n’ont guère vu que les ports où leurs vaisseaux abordent : ils ne jugent donc de bien des choses que par ce qu’on leur dit et ce qu’ils imaginent d’après ces dires. Ainsi, 1ls prodiguent le titre de or. HI n’y a, à vrai dire, qu'un roi au Japon, savoir, le Nô:ou
Daïri; les autres, qui gouvernent sur divers points, sont des Tonos. des jidalgos, investis d'autorité pour Padministration de diverses parties du royaume ; ce sont comme des Ducs : on
les appelle yacatas. est vrai cependant que leur autorité est fort absolue; de à, tendance naturelle à les appeler rots..
Quant aux soixante-six royaumes, il y en a peu d'aussi grands que ce que nous appelons royaume en Europe.
Quand on parle d’universités de Japon, — il ne faut imaginer rien qui ressemble aux universités d'Europe. La plupart des étudiants sont Bonzes ou étudient pour le devenir, et l’objet principal de leur travail est d'apprendre les caractères chinois et japonais. Ils tâchent aussi de savoir ce qu’enseignent les diverses sectes (c’est Ià leur théologie) ; quelque peu
d'astronomie, quelque peu de médecine; mais, dans le mode d'enseigner et d’étudier, rien de méthodique et de rigoureux
comme les procédés des écoles européennes. Encore n’y a-t-il,
au Japon, qu'une seule Université où l’on voie un semblant
de facultés réunies; elle est dans la région de Bandou, au Heu dit Axicanga. - : |
Venu le dernier, l’Annaliste de Macao est plus
instruclif encore; nous citerons une de ses pages :
Les premiers, entre les Européens, qui découvrirent ces îles furent les Portugais. Après que, en 1511, Afonso de Albuquerque eut pris Malaca, Fernando Perez de Andrade alla, en 1518, comme ambassadeur du roi Manoel, en Chine. Il eut alors connaissance des îles de Liu-Kio, qui font suite à celles de Japon, en sont fort rapprochées et, à vrai dire, appartiennent au Japon, car c’est de là que vinrent les rois de Japon. Mais, comme le prouve le livre d’Antonio Galvao, intitulé : Dos varios descubrimentos, ce fut seulement en 1542 que l’on eut vraie connaissance des îles du Japon. ‘Cette
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année-là, Martim-Afonso de Sousa étant gouverneur de l’Inde, et François Xavier y arrivant, Antonio da Motta, Francisco Zeimotto et Antonio Peixoto allaient, en un junco, de Siño en Chine, lorsqu'une grande tempête, qu’on appelle T'yfao (du chinois Z'ay-fum, ou du japonais Tay-fu, grand vent), emporta leur junco, vingt-quatre heurés durant, en pleine mer, et les mena entre les îles du Japon : ils abordèrent à une de ces iles, appelée Zanegaxima, dans la mer de Satçuma. Les Portugais apprirent aux habitants de l’île à fabriquer les arquebuses (espingardas), art qui se répandit bien vite dans tout le Japon. On garde encore, à Zanegaxima, souvenir de ces trois Portugais, de leurs noms et du service qu’ils rendirent.
Fernao Mendez Pinto, en son livre des l'ingimentos, se veut faire un des trois du Junco: mais cela est faux, comme sont fausses beaucoup d’autres choses de son livre, qu’il semble avoir composé plutôt pour récréer que pour dire des vérités.
Depuis, un autre vaisseau de Portugais alla à Bungo, comme écrit notre Frère Yiofoken Paulo, Japonais, en son Monengatasi (Dialogues) ; et lui-même m'a exposé le fait, de vive voix. On négocia, à Bungo, avec ces Portugais sans dire mot; les balances et les poids servirent de paroles. Le Duc de Bungo d'alors, père du Duc Francisco, qui s’est fait chrétien, voyant les richesses du vaisseau, voulait tuer les Portugais pour S’approprier la cargaison ; son fils l’en dissuada, en lui disant qu’un pareil acte le déshonorerait, étant contraire à la raison et aux sentiments de respect et de bienveillance toujours dus à des étrangers. Les relations de commerce avec les Portugais se sont continuées, à Bungo, jusqu’à l’année présente 1033.
Les îles comprises dans le royaume de Japon sont sans . nombre ; il y en a huit principales, d’où le nom de Vayaætimano cuny (les huit îles grandes) donné au Japon.
Ce pays, du reste, est très différemment nommé par les indigènes, d’une part, et par les étrangers, de Pautre. Au Japon même, il y a d’abord les noms usités dans le langage vulgaire
et les noms oratoires ou poétiques. Le nom de Les huit iles
est un des plus anciens, et, dans le style poétique, le Japan est encore ainsi appelé.
Une des principales dénominations du pays est celle de Xingocu (royaume des génies, des esprits) : ces génies sont
les Camis, qui donnèrent commencement au monde, et de la
race desquels procèdent les rois de Japon.
Un autre des principaux noms est Yosocu (royaume oriental, royaume du soleil); et les Chinois donnent au Japon un nom fort semblable, quand ils l’appellent Yego (terme ou point de départ du soleil, de Porient).
Le nom le plus commun est, en japonais vulgaire, Tinomoyo, — et, en japonais littéraire, Nifon ou Nippon, qui signifie : principe, naissance du soleil, ces îles étant les plus orientales que l’on connaisse." Les Chinois prononcent le mot
Nippon, Jopuen, — ou, dans la langue de Canton, VO
de là les Portugais ont tiré Japao.
Les Portugais appelèrent d’abord ces îles has dos La-
droens, parce que la mer y est infestée de pirates. Les Cas-
tüllans, de leur côté, sachant qu’elles renferment de riches mines d'argent, les appelaient /s/as platarias.
Des huit îles principales, — les trois grandes, comprenant chacune plusieurs royaumes, sont : 1° Teucuxi, où Nippon (celle-ci est, à proprement parler, le Japon ; là est la ville de
Miyaco, dans la province du Milieu); — 2° Kiuxu, où Ximo;
— 5° Xicocu. | Les cinq moindres sont : Sado, Voki, Avagi, Yki, Teuxima: Le Japon à connu trois périodes de gouvernement : le pre-
mier se termina en 1340. Tout le Japon, divisé en soixante-
buit provinces, était gouverné par un seul ror. Les provinces
étaient administrées par des vice-rois temporaires. Le second régime, inauguré par un capitan général où connétable du royaume, amena, avec la faiblesse du pouvoir central, Pindépendance des vice-rois, — et d’inévitables guerres, tyrannies, brigandages, pirateries : c'était la situation du Japon quand saint François Xavier y arriva.
L'unité monarchique fut restaurée par Nabunanga et son capitan général, qui lui succéda. Commencée en 1585, cette restauration était achevée en 1588.
FE
Le P. Frois, en son premier chapitre, expose «comment le Père Maître François se détermina à se rendre aux tles du Japon pour y annoncer le saint Évangile » : |
Dieu Notre-Seigneur, voulant faire luire sa clémence sur les Japonais plongés dans les ténèbres de Pidolatrie, permit que le P. Maître François, à son retour de Maluco, où il avait converti bien des âmes, renconträt à Malaca un Japonais appelé Anjiro , venu de Chine pour le voir, attiré qu’il était
1. Le P. Alexandre Valignano (Del principio y progresso, etc.), écrit : « Ce Japonais est communément appelé Angero : son vrai nom fut Yajiro. I prit ensuite le nom de Anxey, quand, au Japon, en signe de renoncement au monde, il se fut coupé les cheveux et la barbe; et enfin, il reçut au bapième le nom de Paul de Sainte-Foi. Maître François ne le baptisa pas, afin de réserver à l’évèque de Goa l'honneur d'introduire dans l’Église les prémices du peuple japonais. Ce fut Cosme de Anes qui voulut que. l’on appelàt le nouveau baptisé Paul de Sainte-Foi. Avec lui fut-baptisé un sien criado, qu'il avait amené, et aussi un troisième Japonais, que Maître François.envoya de Malaca à Goa, pour y être instruit. »
par la renommée de sa vie apostolique. C'était en 1548. Le
cœur de Maître François s’enflamma, aux récits que lui fit Anjiro et à l’idée qu’il lui donna des dispositions où étaient les peuples du Japon, de sorte qu'aucune de ses entreprises apostoliques en Orient n’excita, dans son âme, d’aussi véhéments désirs.
Cette année même 1548, nous arrivâmes de Portugal cinq
Pères et six Frères, et nous trouvâmes, à Goa, le P. Maitre François qui faisait ses préparatifs pour la grande entreprise. Là, au collège, vivait, sous le nom de Paul de Santa-Fé, le
Japonais Anjiro, vêtu comme les Frères. C’était un homme de
trente-six ans environ. [| mangeait avec nous au réfectoire, il se confessait tous les samedis et communiait le dimanche comme les Frères. IL fit, pendant plus de vingt jours, les Exercices, et puis il les donna à un sien frère qu’il avait amené et qu’on appelait Jean.
Il y avait alors peu de temps que lon avait reçu dans la
Compagnie, à Goa, le P. Cosme de Torres, Espagnol, venu de Maluco. Le P. Maître François l’avait chargé d’employer,
chaque jour, un temps déterminé à expliquer l'Evangile de
saint Matthieu au Japonais Anjiro, afin de le mieux introduire, par cette voie, à la connaissance des choses de Dieu. Anjiro avait une belle intelligence; aussi parlait-il déjà le portugais ; il se faisait du moins bien entendre, et tout ce qu'on lui enseignait, 1l lPapprenait. Quand on lui avait expliqué les
choses de la Foi, 1l rédigeait par écrit ce qu’on lui en avait
dit. Sa mémoire était des plus heureuses ; de sorte que, après avoir entendu le P. Torres lui faire, à deux reprises, le commentaire de saint Matthieu, il sut par cœur tout le texte des
récits de cet évangéliste, du premier au dernier chapitre, ainsi que le P. Torres le rapporte lui-même dans une de ses lettres. Il lui suffit des six mois de son séjour au collège pour
apprendre à lire et écrire le portugais, et il y avait, dans