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la maison, bien peu d'élèves plus capables que lui. Sa conduite d’ailleurs était fort exemplaire et tous s’en édifiaient.
Au mois d'avril 1549 (Garcia de Sa étant gouverneur, après la mort de Juan de.Castro), le P. Maitre François, qui avait déjà réuni des objets précieux pour les offrir au Roi et aux seigneurs du Japon, s’embarqua, en compagnie de sept personnes, savoir : le P. Cosme de Torres, le Frère Juan Fernandez de Cordoue, Paul de Sainte-Foi, son frère Jean, son domestique japonais, appelé Antoine, et deux garçons de service, lun Malabare, appelé Amador, et Pautre Chinois, appelé Manuel (M°!). |
Arrivé à Malaca, le Père Maïtre François n’y trouva pas de vaisseau qui allât au Japon, ce voyage se faisant alors bien rarement ; mais telle était limpatience de ses saints désirs que, sans tenir compte de la grandeur des périls, il se livra à un Chinois, pirate païen, après que cet homme eût promis au Capitan de Malaca, Pedro de Sylva, de mener le Père et ses compagnons jusqu'au Japon. Le pirate était marié à Malaca : il s'appelait Avan.
- L’Annaliste de Macao fait un peu mieux connaître le Japonais Angero :
La Providence amena à Malaca un Japonais : on l'appelle communément, dans les livres, Angero, mais son vrai nom fut Yajiro. Il prit un autre nom, celui de Anxey, quand, au Japon, en signe de renoncement au monde, 1l se fut coupé les cheveux et la barbe, et enfin il reçut, au baptême, le nom de Paul de Sainte-Foi. Il naquit à Cangoxima, chef-lieu du royaume de Satçuma, un des neuf de Pile de Kinxu. I v vécut et s’y maria. Jeune, il s’adonna aux vices qui règnent parmi les païens, et, plus tard, mquiété par les remords de sa conscience, craignant lenfer et désirant le ciel, il chercha
Il !
90 RÉCITS COMPLÉMENTAIRES (AOUT-NOVEMBRE 1549). remède à ses maux, sans pouvoir Île trouver auprès des Bonzes. Ce que les Portugais lui dirent le détermina à venir à
Malaca, pour y trouver le Père Maïtre François, et lui-même
raconte comment 1l le rencontra. L'erreur du Vicaire de
Malaca fut providentelle ; baptisé, Yajiro serait peut-être
rentré au Japon pour n'en plus sorur.
Le P. Frois raconte ensuite comment le P. Maître François et ses compagnons arrivèrent au Japon, el ce qui leur advint, au premier temps de leur séjour au royaume de Saxuma.
Parts de Malaca le jour de Saint-Jean-Baptiste 1549, Francois et ses compagnons abordèrent, le jour de Notre-Dame d’'Août, au port de Cangoxima, chef-lieu du royaume de Saxuma. Le port est lui-même appelé souvent Saxuma, au leu de Cangoxima. Ils visitèrent d’abord le Aegidor de la ville, et puis Maître François alla saluer le Roi, qui résidait à cinq ou six lieues de là. Le Roi le reçut bien, à titre d’étranger. Maître François désirait voir le Roi principal du Japon, et se rendre pour cela à Miaco, où ce Roi des soixante-six royaumes du Japon faisait sa résidence. Le Roi de Saxuma, à qui 1l dit son dessein, lui répondit : CI y a trop de guerres,
en ce moment, pour faire ce voyage, et ce n’est pas le temps de la mousson. Le temps venu, je vous. procurerai une em-
barcation pour aller à Miaco. » Cette promesse ne s’exécuta pas. |
À Cangoxima, où 1ls Jetèrent les premières semences de la Foi, ils eurent beaucoup à souffrir, faute surtout de pouvoir se faire entendre. Le Frère Juan Fernandez avait cependant appris quelque chose de Ia langue, sur le chemin de Malaca au Japon, en parlant avec les Japonais. La plus grande partie
du jour, ils Pemplovaient à se mettre, comme ils pouväient,
en communication avec les habitants, et la nuit, ils donnaient beaucoup de temps à la prière et à lPétude de la langue. Le Père Maître François et le Frère Juan Fernandez, dès qu'ils surent quelque peu de la langue (alqua cousinha), dépensèrent le jour, avec Paul, à répondre à des questions et à résoudre des difficultés.
Le Roi de Saxuma leur fit prêter, à Cangoxima, une mai-
sonnette où le Père Maître François occupa ses moments libres à composer, avec Paul, une instruction (platica), en langue japonaise, sur la Création du monde, la Venue du Fils de Dieu en ce monde, les Commandements, le Jugement dernier, qui étaient les sujets ordinaires de leurs entretiens avec les Japonais.
Peu après sa venue à Cangoxima, écrit Valignani, Île Père Maître François commença de faire des chrétiens par le baptême : les premiers admis furent de la parenté de Paul de Sainte-Foi ; puis, un jeune homme, d’humble condition, qui reçut le nom de Bernard et fut d’un grand secours aux Missionnaires. D’autres suivirent, non seulement de la ville, mais du dehors. |
Le Père Frois nous fait connaître un de ces nouveaux chrétiens du dehors, qui vinrent chercher la
… vérité auprès du Saint et s’en firent ensuite les pro- pagateurs :
Entre ces derniers, s’en trouva un, que l’on appela Miguel ; il se signala par son zèle apostolique. Miguel était cr'ado d’un Tono païen, appelé Nivro Yxenocamidono, qui commandait la forteresse de Ychicu, à six ou sept lieues de Cangoxima. Dieu se servit de Miguel pour amener à la For toute la nom-
breuse fanulle de son maïtre, Celui-ci seul demeura païen; Î
et aujourd’hui encore, les descendants de cette maison sont chrétiens.
A la date de la lettre de François, la famille du Tono n’était pas encore chrétienne ; mais déjà Francois, peut-être sur l'invitation de Miguel, avait visité le Tono. François dit : l’alcayde de la région; mais
l’alcayde est toujours le commandant, le gouverneur d’une forteresse, et il n’y avait point d’autre forte-
resse dans la région.
L’Annaliste de Macao ajoute :
Entre les chrétiens que le Bienheureux Père fit à Cangoxima, il faut compter le maître de la maison où lui et ses compagnons furent logés. La dernière descendante des hôtes de nos Pères vivait, à la fin du siècle dernier. C’était une excellente chrétienne. En considération de sa vertu, de la constance avec laquelle, au milieu de toute sorte de persécutions, elle était demeurée fidèle aux leçons de François, pour reconnaître le bon accueil fait par elle et les siens au Bienheureuxet à ses
compagnons, et enfin pour honorer le Saint lui-même, le.
P. Gaspard Coelho, étant Vice-provincial, la fit venir à Nansazachi, où elle vécut quelque temps encore, entourée des
soins de la Compagnie et des chrétiens. Elle fit une bien sainte mort, et le Vice-provincial veilla à ce que ses obsèques et son
enterrement fussent des plus solennels.
Et à propos de la Platica, écrit portugais de Franvois, que Paul de Sainte-Foi traduisit en Japonais :
Ce traité du Bienheureux Père François fut le premier ca=
téchisme du Japon, et lon s’en servit jusqu’à larrivée du
P. Belchior Nunez, qui en fit paraître un plus complet : on l'appela Nrjugo cagio, à cause de ses vingt-cinq chapitres ou instructions. Celui-c1 dura jusqu’à la venue du Père Francois Cabrai, en 1570. Nous avions alors des Frères Japonais ou d’autres chrétiens séculiers fort instruits des doctrines des sectes ; on fit donc, avec leur aide, un catéchisme de la doctrine chrétienne, accompagné de la réfutation des principales erreurs des sectes japonaises. C’est le livre dont on se sert encore aujourd’hui.
En somme, du 15 août au 5 novembre 1549, le
travail de François fut une préparation à la prédicaton de l'Evangile dans le Saxuma. Il visita le Capr-
tan, ou, comme parle le P. Frois, le ÆRegidor,:
l'administrateur civil de Cangoxima ; il alla, à cinq ou six licues de Cangoxima, saluer le Duc de la province de Saxuma; à six ou sept lieues, saluer l’Alcayde de la forteresse de Ychicu; il visita fréquemment, aux abords de la ville, les monastères de Bonzes et s’entretint avec eux, Paul de Sainte-Foi lui servant d’interprète ; 1l Ha amitié avec le supérieur des Bonzes, le vieux Ningit; il composa, pour la femme du Duc de Saxuma, un Zxposé de la Foi
des chrétiens, que Paul de Sainte-Foi traduisit en
Japonais ; 1l travailla, avec Paul, à la rédaction de la Platica, dont il ira, plus tard, lisant, en tout lieu, le texte japonais. Enfin, les loisirs qui restent, de
jour ou de nuit, François, Cosme de Torres et Juan
Fernandez les occupent laborieusement à l’étude de la langue japonaise. | Les conversions des parents, des amis de Paul,
celle. de Bernard sont surtout l’ouvrage de Paul luimême; et ce sont les récits de Paul qui allument dans le cœur de « deux Bonzes » et d’autres « nombreux Japonais », le désir d’aller voir, de leurs yeux, dans l’Inde, les merveilles de la civilisation européenne et les beaux actes de la piété des Portugais. Quatre, sur le nombre, réaliseront leur désir.
François écrit, le 5 novembre, que le départ de ces Japonais s'effectuera l’année même 1549; et, de fait, le 2 avril 1950, avec la lettre de Rise les AU Japonais arriveront à Malaca.
Le
Les biographes de François, pour n’avoir pas assez considéré ce fait, ont mêlé, ce nous semble, à leurs récits plus d’une inexactitude. Ils supposent tous, en effet, que François et ses compagnons ne s’éloignèrent de Cangoxima, pour aller à Firando, qu’au mois de septembre 1550; qu'ils s’y rendirent, sur la nou-. velle de l’arrivée à Firando d’un vaisseau portugais, et qu'ils trouvèrent, en effet, le vaisseau dans le port.
Plus loin, le P. François Perez attestera qu'aucun
vaisseau portugais n’alla de l’Inde dans ces régions en 1900; d'autre part, le vaisseau portugais, qui apporta à Malaca les lettres de François du 5 0 novem= bre 1549 et les quatre Japonais, ne put être vu à Firando, en septembre ou octobre 1550, puisqu'il arriva à Malaca le 2 avril de cette année, et il n’est
pas moins certain qu'aucun vaisseau porlugais n’aborda, n1 en 1549, ni en 1550, à Cangoxima.
D'où l’on pourrait déjà conclure que si François ou ses compagnons rencontrérent, à Firando, un vaisseau portugais retournant dans l’Inde, ce fut en
novembre ou décembre 15/49 ; et que si François écrivit ses lettres du 5 novembre 1549, ce fut pour les remettre ou les faire remettre, sans retard, aux marchands portugais, dont il avait appris la présence à Firando. Avec les lettres, parliraient pour l’Inde les quatre voyageurs japonais.
Ces inductions, le P. Frois les justifie, quand il intitule son troisième chapitre : Comment le Père Maître François alla, deux fois, de Saxuma à F'irando, et qu'il poursuit :
Deux mois s'étaient passés depuis que le Père Maître Fran- GOIS était à Cangoxima, et le roi trouvait, de jour en jour, dés prétextes pour ne pas lui fournir les moyens d'aller à Miaco, — lorsqu'il arriva nouvelles qu'un vaisseau portugais, venant de Chine, était abordé à Firando. Il v a, de Cangoxima à Firando, une distance de cent lieues. Le Père François, pour avoir des lettres de l’Inde, se mit aussitôt en chemin, bien qu'il eût les fièvres. Il ne prit avec lui qu'un garçon japonais pour fui servir d’interprète (de langue). Ses affaires traitées avec les Portugais, il revint, dans l’espace d’un mois, retrouver, à Cangoxima, le Père Torres et le Frère Fernandez
qu'il y avait laissés.
Que les Portugais aient pu vite savoir la présence de François à Cangoxima, ou François la présence
des Portugais à Firando, rien de surprenant, Îles
eaux de ces parages étant sillonnées incessamment par des barques qui allaient d’une île à l’autre, d’un port à l’autre.
L’interprète japonais fut probablement ou le criado de Paul de Sainte-Foi, ou l’autre Japonais, qui devaient, tous deux, suffisamment entendre Île portugais ; et si François se hâte, rien n’empéchait
les deux Bonzes et leurs amis ou serviteurs d’aller
he lui, plus commodément, jusqu’à Firando HEAE
s’y embarquer".
À Firando, les Portugais, sans doute, Éon dès lors, à François l’accuerl triomphal que ses biographes renvoient au mois de septembre ou d'octobre 1900 ; dès lors aussi, François put conquérir aisément la faveur du Duc de Firando et de. tout son peuple, dont bénéficieront plus tard ses compag#nons; dès lors enfin, 1] put, aidé de l'influence et des largesses des Portugais, traiter de l'acquisition, à Firando, d’une Rite d’un local pour chapelle, en un mot de tout ce qui, plus tard, faciliterait l’installation des Missionnaires dans cette ville.
Avant de partir de Cangoxima, François rédigea
ses lettres, toutes datées du même jour, 5 novembre
1949 ?. À la grande, il en joignit autres quatre, au
Avec eux probablement, partit É Cangoxima le Portugais Dominique Diaz, venu de Malaca avec François, peut-être avec le désir de s’associer à ses travaux, mais qui aima mieux retourner à Malaca. Ge fut à lui (François nous le dira plus loin) que le Saint confia les lettres écrites par lui et ses on aonons, le 5 nov cmbre 1949.
. Tels éditeurs des Lettres de saint Fr rançois de Xavier se sont, peutêtre, autorisés à en changer les dates, par la considération qu'il était difficile, impossible que le Saint écrivit tant de lettres en un même è jour ; mais
VéeLT ac
moins, sans parler de celles de Cosme de Torres et de Juan Fernandez, que nous n’avons pas. Voici les quatre qui nous restent :
Aux PP. Gaspard Barzée, Baltasar Gago et Dominique Carvalho, le Saint écrit :
Vu la grande disposition qu'il y a, en ce royaume du Japon,
pour l'accroissement de notre sainte Foi; me confiant beaucoup en vos saints désirs et au zèle que vous avez du salut - des âmes de vos frères (de vos prochains), j'espère en Dieu Notre-Seigneur, attendu la connaissance que j'ai de vous, que vous possédez les vertus, et spécialement Phumilité intérieure, à l’aide desquelles vous puissiez mettre vos désirs à exécution; — en vertu donc de la sainte obéissance, — pour que votre mérite en soit plus grand, je vous commande, qu'ayant la santé requise pour accomplir cet ordre, vous, Maître Gaspard, Balthasar Gago et Dominique Carvalho, veniez au Japon, où je suis, près de me rendre, Dieu aidant, à Meaco ; là vous me trouverez, j'espère.
. Vous, Balthasar Gago et Dominique Carvalho, vous obéirez, durant le voyage, à Maître Gaspard, de la prudence et humilité duquel j'attends qu’il aura soin de bien remplir une telle charge.
Je m'arrête : sachant vos âmes si promptes à obéir et si disposées à sacrifier la vie pour l’amour de Celui qui, le premier et pour l'amour de nous, a obéi jusqu’à la mort, je ne doute pas que vous ne veniez. Dieu Notre-Seigneur, j'en ai grandement la confiance, nous réunira bientôt sur ces terres.
rien n’oblige à penser que des lettres, datées d’un même jour, sont écrites ce jour-là même : Francois, ses lettres écrites à Cangoxima, les date du Jour où la rédaction s’achève et où l'expédition est prochaine.
De Cangoxima, 5 novembre 1549. Signé de la main de ce votre très affectionné frère en Jésus-Christ,
FRANçoIs !.
A Micer Paul de Camerino et au P. Antonio Gomez :
Si vous vous souvenez de moi comme je me souviens continuellement de vous, nous nous verrons tellement en esprit, que l'absence corporelle ne nous sera quasi plus sensible.
Écrivez-moi, bien par le menu, nouvelles des Frères qui sont à la maison et de ceux qui sont dehors, dans les forteresses et au cap de Comorin; dites-moi le fruit qu'ils font ; combien sont venus de Portugal et combien en tout ils sont dans Finde, y compris ceux de la maison. Parlez-moi des écoliers du pays : Combien sont-ils? Quels sont leurs progrès ? | :
Travaillez fort à instruire, à former, dans ce collège, des. garçons Chinois et Japonais; veillant par-dessus tout sur leurs âmes. Qu'ils sachent lire, écrire et parler le portugais, afin d’être les interprètes des Pères qui, s'il plaît à Dieu Notre- Seigneur, viendront, avant de longues années, au Japon et en Chine. Il ne me semble pas qu’en aucune autre terre, de celles que l’on a découvertes, il se puisse faire autant de fruit qu’en celle-ci, ni que la Compagnie se puisse perpétuer ailleurs. qu’en Chine et au Japon. Je vous recommande done beaucoup les Chinois et les Japonais. moe
Les lettres qui viendront pour moi de Portugal et de Rome, envoyez-les, à Malaca, à François Perez. |
J'écris à Maître Gaspard de venir, comme vous le verrez en