LÉ US
POSE er. POP ET ET
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confesser à Bungo. J’allai voir le roi; je le remerciai du bon désir qu'il avait que la loi de Dieu fût prèchée dans ses terres, et je lui fis une platica, par l'intermédiaire du Japonais, mon compagnon.
« À Cangoxima, des chrétiens vinrent me visiter avec grande affection, aussitôt que je fus arrivé. Je savais que le
Père Maïtre François avait intimement connu un Bouze appelé
Ninyit, de la dignité de Tôd6, supérieur du principal monastère, que l’on nomme Fucuxoji. J’allai le voir. Ce vieillard me reçut avec de grandes manifestations d'amitié, et me raconta ses anciens entretiens avec le Père Maitre François. Ninjit est fort désireux d'apprendre, et, pour un Japonais, il est humble ; ce qui le rend cher à tous. Sachant qu’il souffrait des veux, je: lui offris un collyre, ce dont il me remercia beaucoup. Il me
. disait : « J’aurais bien désiré savoir tout ce que venait prêcher
au Japon le Père François, mais, faute d’interprète, je ne ai pu entendre. » Il me disait encore : « Je voudrais mourir baptisé; mais la place que j’occupe, ma dignité, la vénération que l’on à pour moi m'en empêchent. » Il me posa une foule de questions sur des sujets très variés : la création, la diversité des saisons, les causes de la pluie, etc.
Proche de Cangoxima est un autre monastère de Jenxus, appelé Nanriji. Le supérieur, qui a, lui aussi, dignité de Tôd6, se trouvait au monastère de Ninjit, et son ministre et prenner disciple, à l’époque où Maître François vivait à Cangoxima.
On le fit supérieur à l’âge de soixante ans. Informé de ma
mes à d’utiles fondations, et puis il se voua aux plus humbles travaux de
lapostolat. Ce ne fut que trois ans avant sa mort qu'il fut ordonné prêtre ; mais, dès lors, on le considérait comme un des plus solides appuis de la mission. Epuisé par ses travaux, auxquels plusieurs autres ensemble n’aus raient pu suffire, il alla en recevoir la récompense (1° octobre 1583). I était dans sa cinquante-neuvième année.
venue, il me fit prier de laller voir à son monastère, où il me reçut avec le même amour que m'avait témoigné son maïi-
re. Il voulut avoir plusieurs entretiens avec moi, et si je tar-
dais à me rendre auprès de lui, il venait me chercher. Tel est le fruit des impressions premières que produisirent en leurs âmes les paroles et les vertus du Père Maître François. Lui aussi, comme Ninjit, ne se lassait pas de m’interroger. Il me pria de prendre logement au monastère, d’y coucher, et, bien avant dans la nuit, nous poursuivions nos entretiens, jusqu'à ce que, de part et d'autre, le sommeil et la fatigue y missent fin. Il a étudié tons les livres de Xaca. Sa chambre est tapissée, de haut en bas, de rayons pleins de livres. Il me dit, un Jour : « J'avais noté soixante-dix questions à vous faire; mais vos réponses aux trois principales m'ont tellement dessillé les yeux que Je laisse les autres. Une seule chose me üent en perplexité : J'ai vu et examiné plus de sept mille livres des lois de Xaca, imprimés en Chine ; CEUX qui les ont écrits
n'avaient pas moins d'intelligence ou de savoir que vous. Il
faut cependant que je le confesse, telle est l’efficacité des raisons, sur lesquelles se fonde la loi de Dieu que vous prèchez, qu’elles m'ébranlent; elles seules me semblent exprimer la
vérité, et Je le vois mieux encore lorsque je les rapproche de.
ce que disent tous nos livres. » Il ajoutait : « Quand le Père Maître François était ici, bien qu'il n’eût presque pas de lan-
gue pour s'expliquer (que quasi nao tenia.lingoa para se
explicar), mon intelligence restait convaincue; combien plus maintenant, grâces à ces entretiens particuliers que nous avons, vous et moi, par l’intermédiaire d’un interprète de ce pays et si bien instruit des choses que vous enseignez. »
Le bon vieillard en vint à me dire, à la fin : «Il ne me reste
plus aucun doute; je sais par cœur les prières; j’ai bonne
volonté; je suis vieux : je vous en prie donc, les mains levées, ayez la bonté de me donner le baptême, mais secrétement.
Les /idalgos et autre gent noble, qui viennent ici se faire Jenæus, c’est-à-dire de la secte religieuse à laquelle j’appartiens, je leur enseignerai sans doute, au commencement, les méditations des Jenxus, mais je procéderai de telle sorte que j'arriverai à leur enseigner la loi évangélique. » Je m’efforçai de lui montrer que cette dissimulation n’était pas acceptable ; mais 1 ne put se résoudre à tout sacrifier pour Dieu et le salut de son âme. Je laissai Ninjit dans la même peine.
Une seconde fois, je m’arrêtai à Cangoxima pour consoler les deux Bonzes. Je les trouvai mieux que jamais convaincus de la vérité de l'Évangile, et, jusqu’à l'heure de mon départ, ils me supplièrent de leur donner secrètement le baptêmé. Ils me disaient, entre autres choses : « Si le roi ou un grand seigneur vient à mourir, nous ne pourrons nous dispenser d'aller à l'enterrement et de faire des prières tirées des livres de notre secte. » [ls donnaient force raisons à l’appui. Je persistai à leur dire et prouver que cela ne se pouvait permettre, et ils parurent, au dernier moment, décidés à résigner leurs charges et à quitter le monastère. À cette condition, je leur promis qu'un Père viendrait les baptiser. »
Le P. Luis Frois note, à la suite de la lettre du Frère de Almeida : « Les espérances du Frère ne se sont pas réalisées. Ninyit vécut, quelques années encore, sans se décider à quitter, pour Jésus-Christ, sa dignité et ses rentes, et l’on a trop sujet de craindre qu'il ne soit allé débarquer en enfer. »
. L’Annaliste de Macao permet d’espérer le salut de Ninjit, quand il cite les lignes suivantes du livre du
P. Louis :
On m'a dit, à Saxuma, que Ninjit avait compris la vérité du Christianisme, qu’il désirait se faire chrétien; mais, comme IT 6
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il aurait perdu sa dignité de Tôdo et les rentes qu’il possédait au monastère, il ne se déclara Jamais. A la mort cependant, il témoigna grand repentir de ne lavoir pas fait. Cest ce que disaient les chrétiens de l'endroit. ;
IT
Et le P. Frois ei l’Annaliste de Macao racontent l’intéressante histoire de [a famille de l’a/cayde de Ychicu. On se souvient que François visita, de bonne heure, l’alcayde, et que Miguel, le eriado de l’alcayde, fut une des premières conquêtes du zèle du Saint, à Cangoxima.
Nos deux auteurs éclairent cette œuvre de François à l’aide d’une lettre du Frère Louis de Almeyda,
datée de 156» :
Me trouvant à deux lieues de la forteresse de Ychicu, sur le chemin même qui devait me conduire à Cangoxima, Je voulus y aller pour voir la femme et le fils du Capitan, que le Père Maitre François, de sainte mémoire, fit chrétien. Cette forteresse est une hauteur (serra) dans laquelle on a formé, à la pioche, au pic, une série de dix boulevards, à une bonne distance les uns des autres et ayant chacun leurs fossés très profonds; on passe de lun à l'autre par des ponts-levis. Au centre est le fort principal, où réside le Capitaine.
Arrivés là, nous fûmes reçus avec grande affection, surtout par quelque quinze chrétiens qu'il y pouvait avoir, fils spirituels du Père Maître François. Après que j’eus salué le Capitan de la forteresse, de la part du P. Cosme de Torres, la dame, ses fils, ses serviteurs chrétiens m’entourèrent et me
firent beaucoup de questions, sur bien des choses qu’ils désiraient savoir, et d’abord, au sujet du Père Maitre François, au Sujet des progrès de la chrétienté de Bungo et de celles de Miaco et d’ailleurs. Ce que je leur dis les remplit de joie. Il y avait treize ans qu ils n'avaient pas vu de Père de la Compagnie.
Celui qui les gardait dans la Foi était un vieillard, appelé Miguel, ayant loffice d'administrateur de la maison (veador de casa), et que tous respectent pour sa vertu. Le Père Maitre François le chargea de baptiser les enfants. Ce bon vieux et la señora me racontèrent beaucoup de miracles, arrivés depuis le départ du Père, par la vertu de quelques oraisons qu’il leur laissa et que la señora me montra, enfermées en un sachet (zomina) qu'elle portait. Ces prières, auxquelles sont mêlées les Litanies (as litanias), sont longues (copiosa escriplura) et écrites de la main du Père Maître François. Quand je les eus lues, la señora me dit que beaucoup de malades ont été guéris, en posant le sachet sur leur poitrine. Un des prin= cipaux a été son mari. En une maladie grave, alors que l’on désespérait de le sauver, pue lui mit le sachet sur la poitrine et 1l fut vite guéri.
Le vieux arriva et 1l me montra une discipline que lui avait
donnée le Père Maître François ; il dit ensuite : « Une fois la
semaine, Je fais une réunion de tous les chrétiens de la forte-
resse, et je leur remets la discipline, pour que chacun s’en donne trois coups; pas plus. Si quelqu'un veut dépasser, je
ne le permets pas, de peur qu'on ne rompe la discipline. Cet
exercice nous procure une bonne santé. La senñnora étant malade, elle me demanda la discipline, et je sais que ce fut pour
s’en donner quelques coups, comme remède; et bien que la
maladie fût grave, il plut à Dieu que, par la vertu de ce der-
ner remède, elle fût vite guérie. »
Nous commençâmes ensuite à parler de choses de Dieu, le Capitaine étant lui aussi présent, et, Pentretien fini, comme il
était déjà nuit, nous nous retirâmes, après avoir décidé que |
je partirais le lendemain, mais que je reviendrais passer dix ou quinze jours avec eux. Ils me prièrent de baptiser, avant de partir, quelques enfants, deux desquels étaient du Capitan. Celui-ci n’était pas encore chrétien par le baptême et la profession extérieure, mais il désirait beaucoup le devenir. Le
matin donc du Jour suivant, Je disposai une sorte d’autel, ?
avec une très dévote image de Notre-Dame, que je portais, et j'eus le bonheur de faire neuf chrétiens ; ils savaient déjà tous les prières, parce que le bon vieux Miguel les avait instruits. Le baptême donné, nous partimes. On nous pourvut de mon-
tures et de tout ce dont nous pouvions avoir besoin, D. Ma-.
nuel de Mendoça, trois Portugais, moi et autre nombreuse
suite, et cela, avec une telle affection, que je n’en saurais don-
ner une idée ; aussi m’éloignai-je avec autant de regret que si, depuis bien des années, j'avais été au milieu d'eux...
Quand j'eus vu les chrétiens de Cangoxima, un des chré-
tüens de la forteresse de Ychicu vint me chercher, et, selon
ma promesse, jy retournai; 1l devait, d’ailleurs, s’y rencon-
RE L ne à
trer quelques païens, venus là pour m’entendre. Cette fois, Je …
passat à la forteresse dix à douze jours, prêchant deux fois.
par Jour, sans compter les catéchismes que Jje faisais aux
païens; nous y employions la nuit, afin d’être plus libres. Dieu les toucha, et cinq des principaux de la forteresse furent
baptusés. Un d’entre eux avait lintelligence admirablement, ouverte aux vérités divines, de sorte qu'il écrivit un traité, où …
il exposait, avec méthode, tout ce que je leur avais dit au sujet de la création du monde, de lIncarnation et de la Rédemp-
tion. Ce travail me parut si remarquable, que je voulus le
prendre pour le montrer aux chrétiens de Bungo et d’ailleurs. Je lui donnai à copier un cahier, renfermant l'exposé des
Mystères, avec de nombreuses questions bien utiles pour les Japonais. En un Jour et demi, il eut copié ces cinquante-cinq pages d'écriture Japonaise; en quoi il fit preuve, non seulement d’habileté, mais de grande ferveur, et je le chargeai de lire, chaque dimanche, ce cahier aux chrétiens réunis. A cela devait concourir le fils aîné du Capitan de la forteresse, alors âgé de dix-sept ans. Le Père Maître François l'avait baptisé; il a, lui aussi, une vive intelligence. En peu de temps, quand il était enfant, il apprit les prières, les articles de la Foi et l'explication de chacun des articles; de sorte que depuis il à toujours, avec Miguel, enseigné la doctrine chrétienne aux autres; ce qu'il fait avec une merveilleuse dévotion.
La plupart de ces chrétiens sont bien instruits. La forteresse est une vraie solitude. N’entendant parler de rien autre chose, ils s'appliquent tout entiers à l’étude de la Foi chrétienne. Ainsi, le jeune homme qui copia mon cahier n’a pas, depuis ce temps, de plus agréable récréation que de se retirer au plus épais d’un bois voisin, pour y méditer sur tel ou tel des mystères qui sont exposés dans le cahier. Souvent, m'’a-t-1l dit, il ne peut retenir ses larmes, tant 1} est heureux de connaître Dieu Notre-Seigneur, et si pénétrantes sont les lumières que la grâce répand dans son intelligence, et les affections qu’elle excite dans son cœur. Je lui demandai ce qu'il ferait si le duc de Saxuma l’appelait auprès de lui et lui disait : « Ne sovez plus chrétien ; je vous le défends : vous êtes mon vassal; et vivez du salaire que je vous donne. » — IT répondit : « Je lui dirais : Seigneur, si vous désirez que je vous serve en toute fidélité et loyauté, que je ne vous dérobe rien, que je vous aime ; si vous me désirez doux, patient, bon pour tous, commandez-moi d’être chrétien ; car me commander de ne lêtre pas, c’est me commander le contraire de ce que je disais tout à l'heure. Qui est chrétien fait tout ce que vous désirez que je
fasse. »
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Depuis, les chrétiens de la forteresse (ils sont, aujourd'hui, 70 en tout) ont fait une dévote chapelle bien décorée, avec un rétable où est représenté le mystère de la Visitation. Ils vivent en une paix, une concorde admirables ; leur vie est une vie d’oraison : on dirait un couvent. Une seule chose les attriste, c’est de voir que le Capitan de la forteresse ne jouit pas de la grâce du Christianisme. Sa femme surtout s’en afflige et ne cesse de prier pour que lheure de la conversion arrive. Invité par elle à le faire, je demandai au Capitan pourquoi il ne recevait pas le baptême. Il me répondit : « Si je n'étais pas convaincu que votre Loi est la véritable, je ne la laisserais pas suivre à ma femme et à mes enfants. Je n’adore aucun Dieu, si ce n’est le vôtre, et Je recours à Lui en toutes mes nécessités. Je ne me déclare pas encore publiquement, en considération du seigneur Duc; mais j'espère que Dieu y poufvoira, et que je pourrai, avec lPagrément du Duc, me déclarer chrétien. » Cette réponse encouragea et consola sa femme et les autres chrétiens de la forteresse.
De la forteresse, je retournai à Cangoxima, pour m’embarquer ou faire préparer mon embarquement. En attendant que ce fût.achevé, je fis une troisième visite, d’un ou deux jours, aux chrétiens de la forteresse, et, à l’heure des adieux, dans la chapelle, 1l y eut plus de larmes que je ne pourrais dire. On me pressa de ne pas me retarder à Bungo et de revenir à ‘Ychicu. Le fils du Capitaine et d’autres de la parenté voulurent m'accompagner jusqu'au port, et ainsi firent beaucoup de
‘chrétiens de Cangoxima, qui tous (ils sont 200) n’offraient, à
lenvi, des provisions et de l'argent. J’eus grande tristesse de les voir ainsi, environnés de païens, sans Père ni Frère qui
les instruise, et sans espérance qu'on les puisse visiter sou-
vent, vu notre petit nombre, et la multitude des pays et localités à visiter, »
L’Annaliste de Macao cite, de plus, le livre du P. Louis, Japonais. Le P. Louis y raconte comment, vers l’année 1609, 1l connut, au village de Cavanahe, à treize lieues de Cangoxima, le fils de l’ancien criado de lalcayde de Ychicu, baptisé par Francois, en 1949 ou 1900, et appelé Miguel, comme son père. Miguel, établi à Cavanahe, y conservait précieusement une relique de la vraie Croix, deux chapelets, un flacon de porcelaine, plein d’eau bénite, et une image de Notre-Dame de lAnnonciation. En mourant, Six ou sept ans auparavant, Miguel avait légué à son fils des saints objets, que François lui avait donnés, en lui disant : « estimez-les beaucoup, comme choses de grande vertu. » De fait, bien des prodiges de guérison atteslaient cette vertu divine : l’eau bénite, par exemple, guérissait beaucoup d'enfants. Je demandai à Miguel, observe le P. Louis, comment cette eau avait ainsi duré depuis tant d’années : il répondit : &« à mesure que nous en türons, nous ajoutons au flacon autant d’eau commune. » |
Nous négligeons plusieurs autres pieux détails du récit du P. Louis, que l’on peut trouver dans les Lettres annuelles de 1605, et dans les écrits de Bartoli.
L’Annaliste de Macao suppose que la conversion de la maison de l’alcayde fut le dernier acte de François dans le Saxuma ; — mais 1l n’est pas probable que le zèle du Saint ait ainsi tardé à mettre à
profit celui de Miguel, prêt à le servir dès les premiers Jours, el aussi le bon accueil que, dès ces premiers Jours, lui fit l’alcayde. |
François ne donne qu’une raison de son départ de Cangoxima, savoir, la haine des Bonzes, les frayeurs qu'ils inspirèrent au duc de Saxuma, et le décret de ce dernier, porté contre ceux qui désormais se feraient chrétiens.
Le P. Frois dit seulement :
Le zèle qui dévorait le cœur de François ne lui permettait pas la longue attente ou les délais auxquels le roi de Saxuma le condamnait : il pria donc le roi de leur permettre de se retirer à Firando avant que le vaisseau des Portugais ne fût. reparti pour l’Inde : le roi en témoigna grande satisfaction, et il leur procura une embarcation pour faire ce voyage.
Le P. Valignani :
François fut, d’abord, bien accueilli par le Seigneur du pays, ce seigneur ayant désir de faire amitié avec les Portugais et d'attirer leurs vaisseaux, pour commercer dans ses ports; mais lorsque les Bonzes se soulevèrent contre les premiers chrétiens et pressèrent le Seigneur d'interdire cette religion nouvelle, à cause de cela, et aussi pour avoir vu que les Portugais allaient aborder à d’autres terres, 1l manifesta le fond de son cœur. Voyant donc qu'il n’y avait rien à faire dans ce pays, François se résolut d’aller à Firando, où était arrivé un vaisseau portugais.
L’'Annaliste de Macao :
Voyant les progrès de l'Évangile, les Bonzes comprirent que ce serait la ruine de leurs monastères; ils résolurent donc de faire partir Maître François et ses compagnons. Pour cela, ils défendirent au peuple de les entendre; ils répandirent ensuite contre eux de faux bruits : on disait, en particulier, qu'ils mangeaient de la chair humaine, et, pour le mieux persuader, les Bonzes faisaient jeter, la nuit, devant la porte des étrangers, des lambeaux de linges ensanglantés.
Cependant, le Capitan de Cangoxima les protégeait, parce que le Duc ne se montrait pas mal disposé à leur égard. Les Bonzes se tournèrent donc contre le Duc et lui annoncèrent que les Camus et Fotoques ne tarderaient pas à se venger sur fui du tort que les étrangers faisaient à leur culte. Le Duc parut s’effrayer; mais 1l fut, peut-être, plus désaffectionné encore de Maître Francois, lorsqu'il eut compris que les Portugais allaient négocier, non pas dans ses terres, mais à Firando, et que leur vaisseau ne viendrait pas à Cangoxima. Il ne voulut plus, dès lors, voir les prédicateurs de l'Évangile, et 1l fit publier un arrêt de mort contre quiconque, à l'avenir, se déclarerait chrétien. Il ne persécuta cependant pas ceux qui ‘avaient déjà reçu le baptème.
L'hypothèse d’un seul vaisseau portugais abordant à Firando, du mois de septembre 1549 au mois de septembre 1550, ne jusüfie pas assez les préoccupatons commerciales et les dispositions moins bienveillantes du duc de Saxuma : deux arrivages, au contraire, sur un même point, étranger à ses Etats, purent éveiller en son âme de fâcheuses impressions.
La même hypothèse a engagé le P. Frois en des embarras, dont 1l ne sort pas, même en abrégeant
de,.deux mois le séjour de François dans la province de Saxuma. Pour avoir, en effet, supposé présent encore dans le port de Firando, vers la fin de ce séjour, le vaisseau qu’il nous y avait montré, visité par François, au commencement de novembre 15/9, il se trouve réduit à écrire :
Deux mois après son arrivée à Cangoxima, François va à Firando, où vient d'aborder le vaisseau portugais. Un mois après, François rentre à Cangoxima. Il prie le roi de lui permettre de retourner à Firando avant que le vaisseau portugais ne soit reparti pour l’Inde. Il retrouve à Firando le vaisseau qui, depuis deux mots, était dans le port.
Mais que devient alors le séjour d’un an et plus de François et de ses compagnons à Cangoxima? Sans doute, le P. Frois dira : «Ils vécurent dix mois à Cangoxima.» Mais outre que le chiffre un an et plus est seul exact, il résulterait du caleul du P. Frois que François aurait vécu à Cangoxima six mois, Cinq mois à peine.
Dans sa brièveté, le récit de François est, sur ce. point, plus lumineux ; il n’y manque qu’une ligne, où François aurait dit : —J’allai à Firando, une premiére fois, au commencement de novembre 15/49; mais le P. Frois nous apprend que le Saint fit ce voyage. ,
Il faut dire, croyons-nous : Le vaisseau portusais de novembre 1549 venait de Chine et retournait dans lInde : il prit les lettres de François et les quatre Japonais, pour arriver à Malaca, le 2 avril 1550, ses tournées commerciales achevées.
Au mois d'août 1950, un autre vaisseau portugais, qui ne venait pas directement de l'Inde, et qui n’y devait pas retourner prochainement, aborda à Firando, pour s’y charger de marchandises ; ce fut le vaisseau que François et ses compagnons y trouvèrent, au commencement d'octobre 1550.
Ainsi encore ne peut-on pas admettre, avec l’Annaliste de Macao, que François et ses quatre ou cinq compagnons, marchant vers Firando, aient fait un
arrêt de douze jours chez l’alcayde de Ychicu, pour
convertir sa maison; c'était une œuvre accomplie. Mas la forteresse étant sur le chemin qui conduisait les voyageurs, de Cangoxima, par Xenday, au port de Kiodomary, où ils devaient s’embarquer, François ne pouvait manquer de dire adieu à la petute chréüenté de Ychicu, et de lui donner ses derniers enseignements et avis. La page suivante du P. Frois se rapporte aux Jours des adieux ; nous la citons, bien qu’elle rappelle des choses déjà connues ; le P. Frois en tenait probablement le détail du Frère Jean Fernandez :
Avant que le Père ne s’éloignât, Miguel le pria de lui laisser quelque chose qui pût servir à guérir les maladies, vu que le pays manquait de médecins et de remèdes. Le Père, alors, lui donna deux objets : une image de Notre-Dame et une discipline. En lui donnant l’image, il dit : « Mon fils Miguel, voici « un remède pour les âmes. Vénérez cette image de la très « sainte Vierge, et, lorsque vous ou d’autres désirerez obtenir
« le pardon de vos péchés, agenouillez-vous devant l’image,
«et priez Notre-Dame de solliciter pour vous ce pardon au-
« près de son divin Fils. »
Il dit ensuite, en Ini remettant la discipline : « Ceci, mon « fils Miguel, sera pour la santé des corps. Si quelqu'un, « chrétien ou païen, était saisi de fièvres, vous lui donnerez, « ou il se donnera, trois (d’autres disent cinq) coups de cette « discipline, tout doucement (brandamente), en invoquant les « très saints Noms de Jésus et de Marie, et les malades seront « guéris. » Telle fut la foi du bon Miguel, que, pendant quatorze ou quinze ans qu'il vécut encore, bien des malades
venaient à lui, de divers endroits, attirés par les heureux effets
que d’autres avaient ressentis de ce remède. Miguel, du reste, observait si fidèlement les recommandations du Père François, qu'il ne voulut jamais frapper un coup de plus, ni plus fort que n’avait dit le Père, ni permettre aux malades de se frapper eux-mêmes autrement : « ce serait, déclarait-il, s’exposer à augmenter le mal au leu de le guérir. »
Miguel vénérait les deux objets comme des reliques, et por-
tait la discipline sur sa poitrine ; 1l disait à son fils, appelé
comme lui Miguel : « Si nous changeons de résidence et que jé n’aie pas, à cause de ma vieillesse, la force de porter dans les mains l’image de Notre-Dame, que le Père François me donna, vous me la suspendrez au col, pour l’avoir sur la poitrine ou sur le dos, afin que je ne m'en aille pas sans elle. »
L’Annaliste de Macao ajoute :
Le Bienheureux P. François s’appliqua à bien instruire Miguel, que son intelligence des choses de la Foi rendait plus apte à instruire les autres. Il lui mit par écrit ce qu'il aurait à faire pour baptiser les enfants nouveau-nés et tous ceux qui voudraient être chrétiens ; 1l laissa copie du livre, en langue japonaise, qu’il avait composé sur la Vie et Passion de Jésus-Christ Notre-Seigneur ; copie des sept psaumes de la pénitence et autres prières, et aussi un calendrier. Les diman-
ches et fêtes, on se réunirait pour prier et lire quelque partie du livre de la Vie de Notre-Seigneur ; le vendredi, on réciterait les sept psaumes. N'ayant pas d’Aqgnus Dei, il leur donna, enveloppés dans des sachets de soie, ou le Credo, ou les très saints Noms de Jésus et de Marie, écrits de sa main, que chacun porterait sur sa poitrine. C’était une dévotion que le Bienheureux pratiquait lui-même, comme l’on put s’en convaincre après sa mort. Ce culte des très saints Noms de Jésus et de Marie, 1l le propagea si bien au Japon, que les chrétiens les invoquaient en tous leurs périls, spirituels ou corporels, et les païens, pour les entendre ainsi faire, faisaient comme eux : j'ai, bien des fois, entendu moi-même des païens crier : Jésus ! Marie!