CHAPITRE XXII
OÙ L’ON RACONTE LES PREMIERS TRAVAUX DE FRANÇOIS A FIRANDO ET A YAMAGUCHI.
(Fin septembre à 17 décembre 1550)
François s’éloigne de Cangoxima et de la province de Saxuma, après y avoir passé € un an et plus »; par conséquent, dans les premiers jours de septembre, au plus tôt; l'arrêt à la forteresse de Ychicu et le parcours de cent lieues, par terre ou par eau, prirent assez de jours, pour que l’arrivée à Firando soit raisonnablement fixée à la fin de septembre, au plus tôt.
Le Saint eut pour compagnons de. voyage le
P. Cosme Torres et le Frère Juan Fernandez. Le P. Frois ajoute les deux garçons amenés de Goa,
Amador et Manoel; le premier, Malabare, et le second
Chinois; et, si nous en croyons l’Annaliste de Macao,
Bernard, le jeune convert de Cangoxima, s’attacha, dès lors, à la personne de François et l’accompagna dans toutes ses courses apostoliques. Il ne resta à Cangoxima, des précédents compagnons du Saint,
RE > A tn ad 14
FRANCOIS À FIRANDO (OCTOBRE 1550). 95
que Paul de Sainte-Foi, son frère Jean, et son criado Antoine. Paul, que ses devoirs et ses intérêts de famille retenaient au pays, entendait s’y établir aussi pour continuer el mener à perfection une œuvre apostolique, qu'il pouvait appeler son œuvre : cet apostolat finit, hélas ! bientôt. Ecoutons lAnnaliste de Macao :
: François, en s’éloignant de Satçuma, y laissa Paul de Sainte- Foi pour soutenir les nouveaux chrétiens ; mais, cinq mois après le départ du Saint, les Bonzes chassèrent Paul; ils le persécutèrent même tellement, après qu'il eut quitté Cangoxima, que, ne pouvant plus vivre au Japon, 1l s'embarqua pour la Chine. F. Mendez Pinto dit que Paul mourut avant d'arriver en Chine : il eut ainsi une sorte de martyre pour récompense. Il fut homme de grande vertu, comme, plusieurs fois et vivement, le Saint en rend témoignage.
Mendez Pinto écrit (fol. 272, 273) : « Paul de Santa-Fé continua d’'instruire les huit cents fidèles de Cangoxima Pespace de plus de cinq mois; mais, se voyant en butte à la persécution des Bonzes, 1l s’'embarqua pour la Chine, où 1l fut tué par des larrons qui allaient piratant, au royaume de Liampoo.
Il n’est guère d’historien de l’évangélisation du Japon ou de biographe de François de Xavier qui ne Joue ainsi, jusqu’à la fin, Paul de Sainte-Foi, ou qui ne garde, sur ses derniers jours, un silence dont on a lieu de s'étonner. Torsellini ne dit qu'un mot : « Peu de mois après, les fidèles de Cangoxima perdirent Paul, leur maître » ; Bartoli : « Paul de Sainte-Foi pouvait être d’un grand secours au petit
96 FRANÇOIS A FIRANDO (OCTOBRE 1990).
troupeau; mais il plut à Dieu de ne pas lui faire attendre la récompense due à son éminente vertu; Paul mourut six mois à peine écoulés depuis le départ de François ». Valignani se tait, plus encore que Torsellini; et Charlevoix, un jour, louera plus que n’avait fait Bartoli : « François recommanda à Paul de veiller à la conservation de cette Église naissante. Paul se sentit infiniment honôré de cette commission, et quitla tout pour vaquer uniquement à un si saint ministère; mais Dieu n'avait pas com blé ce fervent néophyte de tant de faveurs pour n’en faire qu’un chrétien ordinaire. Les Bonzes lui suscitèrent tant d’affaires fâcheuses, qu’ils lobligèrent à se bannir volontairement de son pays. »
Après cela, nous n’osons qu’à peine faire entendre 1e PFroIsS
On doit désirer savoir ce que devint Paul de Sainte-Foi, cet homme de qui Dieu se servit pour introduire la Foi chrétienne au Japon; ce guide des Pères de l'Inde sur les terres de Japon; leur maître pour la langue de son pays; un homme si bien instruit des choses de notre sainte Foi, et de qui la vertu : semblait déjà müûrie. Hélas! son malheureux sort est bien fait pour instruire, et il donne sujet d’admirer les secrets jugements de Dieu. Comme Pétoile qui mena les Mages et n’entra pas avec eux, Paul, après avoir introduit les autres, deméura dehors : on ne dit cependant pas qu’il ait Jamais abandonné la Foi chrétienne; mais, peu d'années après son retour au Japon, poussé à cela par la misère, il se mit à faire le métier de bafan, le long des côtes de la Chine. Le bafan n’est qu’un pirate, qui joint à ses coups de main sur mer des
FRANÇOIS À FIRANDO (OCTOBRE 1590). 97
coups de main sur les rivages, aux dépens des groupes de pêcheurs ou autres pauvres gens qui ont là leurs habitations. Paru avec d’autres pour une de ces expéditions, il y fut tué. Espérons qu'avant de mourir 1l aura eu la contrition de ses péchés. On n’a pas su autre chose de sa fin.
Arrivés à Firando, François et ses compagnons furent bien reçus du Tono, ou seigneur du pays, et de tout le reste du peuple, à cause du vaisseau des Portugais, qui, depuis deux mois, était dans le port".
Ainsi parle le P. Frois. L’Annaliste de Macao reprend :
. Firando est une ile, au royaume de Figen; elle a un Sei-
gneur, comme nous dirions un marquis ou comte. Sans doute, les Portugais. l’appellent rot de Firando: mais ils font de même pour des seigneurs moindres encore. Le Seigneur de Firando demeura fort obstiné dans ses erreurs et se montra toujours ennemi du nom chrétien ; et tel fut aussi son fils (Foyn), qui, plus tard, exila, d’un seul coup, sept cents chréüiens, parmi lesquels se trouvaient les principaux fidalgos du pays et de sa parenté. Mais le père dissimula, d’abord, ses sentiments, désirant entrer en relations commerciales avec les Portugais. |
- Cet avenir n’était pas appréhendé, au mois d’octobre 1550, et la chrétienté de Firando allait, en peu de jours, grandir sous la conduite de Cosme dr Torres.
1. Nul doute que les Portugais, venus à Firando en 1550, n'aient fait à François aussi honorable accueil que celui que lui firent les Portugais venus en 1949, et qu'ils n'aient aussi généreusement secondé ses desseins apostoliques.