‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 42 sur 144 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

OÙ L'ON RACONTE LES DERNIERS TRAVAUX DE FRANÇOIS DE XAVIER A YAMAGUCHI.

(Mars à septembre 1551)

Ces travaux, François de Xavier les résume ainsi, dans la lettre de 1551 :

Revenus à Ayamanguchi1, noûs avons remis au Roi les let-

tres amicales et les présents du Vice-roi de l'Inde et de l'Évéque de Goa. Le Roi, fort satisfait des présents et des lettres, nous à offert, en retour, une grosse somme d'argent : nous la lui avons renvoyée, et lui avons fait dire que le plus agréable don qui püt venir de sa main aux deux étrangers serait de

leur permettre de prêcher la Loi de Dieu dans ses Etats, et

de permettre à ses sujets de lembrasser ; rien ne pouvant autant nous plaire.

Le Roi a très bien accueilli notre requête : il a fait afficher, en plusieurs endroits de la ville un décret portant qu'il agréait

que la Loi de Dieu fût prêchée dans ses Etats, et que ceux.

qui voudraient l’embrasser le pussent faire Hibrement. Il nous

a, de plus, donné un monastère inoccupé.

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Bien des gens arrivaient à nous pour s’instruire ; nous prèchions, deux fois le jour, et de très longues disputes venaient ensuite, à cé propos ; nous ne cessions ou de prècher, ou de résoudre les difficultés qu'on nous proposait. Des Bonzes, en bon nombre, des /'idalgos assistaient à nos instructions avec la foule de gens du peuple. Notre logis ne désemplissait pas d'hommes, et plusieurs n’y pouvaient trouver place. Les difficultés furent si bien poussées, que les réponses manifestèrent aux opposants la fausseté de leurs lois et la vérité de la Loi chrétienne. Enfin, après bien des jours de ces disputes, ils se déclarèrent vaincus et commencèrent de venir à la For de Jésus-Christ. Les premiers furent ceux qui avaient le plus ardemment combattu ; entre lesquels, beaucoup de Æidalgos qui, une fois chrétiens, se sont montrés nos anus, au-delà de tout ce que je pourrais dire.

Ces nouveaux chrétiens nous ont bien fait connaître le fond des doctrines, ou plutôt des ineptes, très diverses, des neuf sectes religieuses du Japon, et cette connaissance nous à permis d'en étudier et d’en faire une réfutation meilleure. Chaque Jour, nos interrogations, nos arguments, procédant de cette connaissance nouvelle, déconcertaient à tel point les Bonzes

et autres ennemis de la Loi chrétienne, qu'ils n’osaient plus

ouvrir la bouche. Les chrétiens, voyant les Bonzes muets, s’affermissaient dans la Foi, et d’autres venaient se joindre à eux, ou se détachaient peu à peu de vieux enseignements sans consistance. Les Bonzes, sans doute, s’en irritaient et reprochaïent aux néophytes, comme un crime, l’abandon qu'ils faisaient de la religion des aïeux, pour une religion nouvelle; mais on

leur répondait : « Nous embrassons la Loi chrétienne, parce

que nous la jugeons plus conforme que la vôtre à la droite raison, et que ces étrangers répondent à nos difficultés, tandis

que vous ne pouvez répondre aux leurs, »

Ces Japonais sont souverainement curieux, avides de s’instruire, au plus haut point : ils ne cessent de s’entretenir de leurs difficultés et de nos réponses; ouïr choses nouvelles, surtout en matière religieuse, c’est leur goût le plus vif : on nous à dit qu'avant même notre venue, ils étaient en perpétuelles disputes, au sujet de leurs sectes et de la prééminence que chacun attribuait à la sienne; mais, depuis qu'ils nous ont entendus, laissant tout cela, ils ne disputent plus que sur la Loi chrétienne, et c’est chose admirable qu’en une si grande ville, dans les maisons et au-dehors, la Loi de Dieu soit ainsi l’objet des entretiens de tous. Si je voulais entrer dans le détail des questions qu’ils soulèvent, je ne finirais

pas.

Les Japonais estiment fort la sagesse des Chinois, au fait

de la religion, des mœurs, des lois civiles : aussi opposaientils à nos prédications cet argument : ( Si ce qué vous dites est la vérité, d’où vient que les Chinois l'ont ignoré? »

Après donc bien des discussions, le mouvement d'entrée dans l'Église de Jésus-Christ a commencé, et parmi le peuple, et parmi les Fidalgos : 11 s’est fait, en deux mois, cinq cents chrétiens au moins, et le nombre augmente chaque jour.

Grand sujet de joie et d'action de grâces à Dieu, que tant.

d’âmes s’attachent ainsi à Jésus-Christ et dénoncent les tromperies des Bonzes et les secrets de leurs livres et de leurs sectes. Nos néophytes, en effet, appartenaient à des sectes de

différentes doctrines, et les plus instruits Part eux nous les

exposent : à défaut de ces révélations, je n’aurais pu assez les connaître pour les bien réfuter.

Il n’est pas croyable combien ces chrétiens nous aiment : ils viennent et reviennent chez nous, s’enquérir de ce qu'ils

pourraient faire pour nous être agréables : le Japonais est, je

crois, naturellement serviable, et les chrétiens se montrent tels pour nous, à lexcès. Plaise à Dieu, dans sa miséricorde,

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les en récompenser et nous donner à tous le bonheur céleste. Avamanguchi (mai 1551).

L'année d’après, François écrivit son dernier mot sur le Japon, les Japonais et ses travaux à Ayamanguchi :

Le Japon est un pays immense, tout composé d'îles; on v parle une langue unique : elle n’est pas très difficile à apprendre. La découverte du Japon par les Portaigais date de huit ou neuf ans. Le pays n’a qu’un seul Roi ; mais les Seigneurs, depuis cent cinquante ans, se sont soustraits à son autorité, et de là de perpétuelles guerres.

Les Japonais aiment lhonneur, la gloire, surtout celle des

armes ; 11s se tiennent pour le plus vaillant des peuples. De

fait, ils sont fort belliqueux et toujours à se battre. Personne

plus qu'eux n’aime les armes : à la maison comme par les rues, ils portent épées et poignards, enrichis d’argent et d’or; la nuit, ils les suspendent à portée de leur main. Les chevaux ne manquent pas; mais c’est à pied surtout que les Japonais combattent. Leurs archers sont très adroits. Avoir de belles armes, de beaux habits, de nombreux valets, c’est à cela qu'ils dépensent leur bien ; nul n’a souci de thésauriser. Fort polis entre eux, ils ne le sont pas à l’égard des étrangers : ils les méprisent.

Ils ont lesprit tellement curieux, qu'ils en deviendraient importuns ; ils interrogent et argumentent sans savoir finir, jaloux d’avoir réponse à tout et de communiquer à d’autres ce qu’on leur a répondu. |

La plupart, hommes et femmes, les nobles en particulier et les marchands, savent lire. Les nobles et les riches ont des précepteurs domestiques pour leurs enfants; les autres font

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130 ENCORE À YAMAGUCHI (MARS-SEPTBMBRE 1551).

instruire leurs garçons dans les monastères des Bonzes et leurs filles dans ceux des Bonzesses. Les caractères de Pécriture des femmes sont autres que ceux de lécriture des hom

mes. | Les Japonais ignorent la rondeur de la terre; 1ls ne savent rien de lastronomie, rien des causes de nombreux phéno-

mènes. Interrogés par eux au sujet de la pluie, de la foudre, des comètes, etc., nos réponses les charmaient, et 1ls nous tenaient pour grands savants; ce qui nous a bien servi pour.

leur faire mieux agréer notre enseignement religieux.

Grand est le nombre de ces sortes de religieux et religieuses, que l’on appelle Bonzes et Bonzesses. Il y en a de deux | habits, — gris et noir; et les Bonzesses de chacun des deux “22 habits dépendent des Bonzes du même habit. Le nombre de i ces Bonzes et Bonzesses est tellement considérable, qu'on ne le M peut croire qu'après avoir vu. Je tiens de bonne source que … tel petit Roi a dans sés États jusqu’à huit cents de ces monastères, chacun desquels compte au moins trente sujets; et beaucoup plus nombreux sont les monastères où vivent quatre, six, huit sujets. Du reste, entre noirs et gris, division profonde : ceux-ci né supportent pas les noirs, qu'ils traitent 1

d'ignorants et de fripons.

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Un autre principe de division se trouve, au sein même de chaque famille, dans la diversité des sectes auxquelles tous:

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les Japonais se rattachent : elles sont au nombre de neuf, venues originairement de la Chine. Les Japonais ont dans leurs Livres l’histoire des fondateurs des neuf sectes : ce furent des hommes qui, au dire des Japonais ou de leurs livres, : passèrent deux et trois mille ans à faire pénitence en des lieux déserts. Les deux principaux, desquels procèdent les autres, seraient Xaca et Amida. Libre à chacun d’adhérer à la secte |

qu'il préfère, et, dans une même maison, plusieurs sectes ont ainsi leurs adhérents : de là, sinon des brouilleries, du moins des controverses dans les familles. Une seule, entre ces sectes, me Pimmortalité de Pâme : ceux qui la suivent sont méprisés des autres sectes, et ce sont, en effet, des scélérats dignes de tout mépris ; le nom même d’enfer n’est pas toléré chez eux. Les Bonzes et Bonzesses d’habit gris et la majeure partie du peuple vénèrent Amida; les autres, sans dédaigner Amida, honorent davantage Xaca. J'ai diigemment recherché si cet Amida et ce Xaca furent d'anciens Sages, et j'ai prié de nos chrétiens d'écrire ce que lon savait de leurs vies : il résulte pour moi de ces écrits que Xaca et Amida ne furent pas des hommes, mais de monstrueuses inventions du Diable. Xaca serait né huit mille fois ; les deux auraient vécu des milliers d’années, et il serait long d’exposer les fabuleux, les impossibles prodiges qui se racontent à leur sujet. Que ceux qui iront ma lettre nous obtiennent, je les en prie, de Jésus- Christ Notre-Seigneur victoire contre les deux diables Xaca et Amida : J'attends cela de leur zèle pour la gloire de Dieu.

Les Bonzes persuadent aux Japonais que s'ils invoquent avec confiance les fondateurs de leurs sectes, ils n’ont pas à craindre les châtiments qui seraient dus à leurs péchés : ces patrons les üirerarent, au besoin, de FPenfer même; eux, d'avance, expièrent, par de terribles et de longs tourments, les

péchés de ceux qui devaient ne pas faire pénitence.

Chaque secte a ses lois ou ses préceptes : telles en ont jus-

qu’à trois cents, jusqu’à cinq cents. Il'en est cinq de communs

À toutes : — Îls défendent de tuer, et de manger aucune chair

tuée, — de voler, — d’adultérer, — de mentir, — de boire du

vin. Mais les Bonzes et Bonzesses enseignent au peuple et lui persuadent que l'observation de ces préceptes est impossible

‘aux séculiers, engagés dans les affaires, et qu'ils prennent,

eux, la charge des peines que la violation des préceptes attirerait sur d’autres ; à la condition que ceux-ci les pourvoiront de maisons, de monastères, de rentes annuelles, de tout l’argent que leurs nécessités requièrent, et qu’ils honoreront leur personne. Moyennant cela, eux se chargeront de l'observation des préceptes au nom du peuple. Les riches donc, les puissants ont tout accordé aux Bonzes, pour s’acquérir le droit de pécher à leur guise. De là, grand crédit pour les Bonzes, que’ tous vénèrent, comptant que leurs prières,- adressées aux patrons des sectes, tirent les âmes de l’enfer… : c’est À confirmer le peuple dans cette persuasion que tendent les sermons qu'ils lui font, en des jours marqués.

Les Bonzes prêchent eux-mêmes leur sainteté, leur fidélité à accomplir les cinq préceptes : rien de plus faux cependant; car la plupart mangent de la viande, boivent du vin; leurs mensonges sont continuels, et ils se livrent à toutes les abo= © minations de l’impudicité, ÿ compris la plus révoltante, de M laquelle ils prèchent qu’elle n’est point péché; de sorte que cette peste est commune, le peuple disant : « Ce que font les . Bonzes, nous pouvons le faire. » Anciennement, Bonzes ‘et Bonzesses convaincus d’avoir violé un des préceptes étaient

punis ;. mais il ne reste plus rien, aujourd’hui, dè cette loi ou

coutume antique...

Le Saint achève de révéler la grossière incontinence des Bonzes et Bonzesses, que d’autres crimes, comme l’infanticide, n’empêchent pas d’être notoire, et il revient à leur cupidité, non moins grossière, qui demande toujours sans jamais rien donner; qui. condamne irrémédiablement à l’enfer le pauvre,

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parce qu'il ne les peut enrichir, ou dresse plus d'obstacles au salut devant les femmes, pour les con=

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