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Revenons maintenant à François, que nous avons
laissé en mer, entre San-Chuan et Malaca.
La lettre du 5 novembre 1549 était encore la seule
que l’on eût reçue dans lInde, à Lisbonne et à
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Rome. Tandis que le Saint s’embarquait à Figi, Francois Perez, le 24 novembre 1581, écrivait, de Malaca, aux Pères de Portugal :
Nous ne savons rien du Père Maître François, parce que,
l’année passée, 1550, aucun vaisseau ne partit d'ici pour le
Japon. Six ou sept fois, les marchands s’apprêtèrent à partir, et avec grand désir d'exécuter le voyage; finalement, ils ne le purent faire. Je ne sais s’il faut en accuser Mammon et Lucifer.
Cette année 1551, aucun vaisseau n’est parti; un allait mettre à la voile, quand il fut incendié, et avec lui trois autres. Dieu châtie Malaca. La ville est demeurée assiégée par les Mores, l’espace de cent trois jours, du 5 juillet au 16 octobre. On commençait de profaner le dimanche : ce fut un dimanche, que le feu prit aux vaisseaux; un dimanche, que fut tué Garcia de Meneses, etc.
Chacun cependant avait exécuté les ordres de no-
vembre 1549, ou se préparait à le faire. Le P. Gas-
pard Barzée avait laissé la belle mission d’Ormuz, et, sans savoir que François allait aborder à Malaca,
1l écrivait aux Pères et Frères de Coïmbre, le 20 dé-
cembre 1951 :
Le Père Maître François me fait appeler, avec deux autres Pères et deux Frères, pour aller au Japon, — comme vous le verrez par l'obédience dont je vous envoie copie.
Je crois que nous aurons à traverser la Chine, puisque, comme nous l'écrit le Père Maître François, il y a, dans ces contrées, des dispositions telles qu’on doit espérer y faire beaucoup de fruit.
Ô mes très chers frères, aidez-moi à louer le Seigneur, quë
Jecit misericordiam cum servo suo et adimplevit desiderium meumt Il y a longtemps aue lEsprit-Saint me menait là...
À la fin de ce mois de décembre, le vaisseau qui portait François entrait au port de Singapour, tandis qu’un bateau prenait les devants pour annoncer,
à Malaca, l’arrivée des marchands. Le bateau porta
le billet suivant de l’apôtre au P. Francisco Perez :
La grâce et l’amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous soient toujours en aide et favorables.
Il y a trente-neuf jours que je partis du Japon, où la foi de
Notre-Seigneur Jésus-Christ va prenant de grands accroissements, en une ville principale. Cosme de Torres et Juan Fernandez demeurent avec ceux qui sont déjà chrétiens et ceux qui, chaque jour, le deviennent. Envoyez vite Antonio,
par quelque bateau, pour me faire savoir s'il y a un vaisseau | en partance pour l’Inde, et, s’il y en a un, parlez au señor
Capilan et priez-le d'attendre un jour de plus; jespère, en
effet, être à Malaca, dans la journée de dimanche. De ceux de
la Mason, n'envoyez ici, avec Antonio, que Jean Botelho.
Tâchez de me trouver le nécessaire pour la traversée de. Malaca jusqu’à l’Inde. Si quelqu'un pressait le départ du vais= seau, dites-lui qu'il importe grandement au service de Dieu que j'aille vite dans l’Inde, pour retourner sans retard, au mois
de mai.
Je n’en dis pas plus long, puisque nous allons nous voir et
nous consoler beaucoup en Notre-Seigneur.
Tout vôtre, in Domino,
François |.
ï, Ayuda, —, fol. 59.
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François ne s’arréta pas à Malaca. Il y trouva, renvoyés de Maluco, Manoel Moraes et François Gonçalez, qui lui furent, de Malaca à Cochin, société peu consolante. Avec eux se trouvaient l’ambassadeur du Roi de Bungo, deux Japonais de Bungo, compagnons de l'ambassadeur, et les deux disciples de François, Bernard de Cangoxima et Mathieu de Yamaguchi. Ils arrivèrent à Cochin, le 24 janvier. François s’y arrêta pour écrire en Europe.
Le 29 janvier 1952, François écrivit sa longue lettre à Simon Rodriguez, déjà citée, moins les dernières pages, que voici: |
J’ai vu des Chinois au Japon et ailleurs. Ils sont blancs, comme les Japonais, jaloux, eux aussi, de s’instruire et d’une
intelligence encore plus étendue et plus pénétrante. Le sol de.
la Chine est très ferüule. Entre les productions de cette riche contrée, la soie est une des principales. L’on y rencontre eaucou orandes villes avec d’élégantes maisons de pierre. b: de grandes villes avec d’élég
- Des Chinois m'ont dit qu'il y à chez eux des gens de diverses
nations et religions, et, de ce que J'ai entendu, je conjecture
qu'il s’y trouve des Juifs et des Mores. Rien ne m’autorise à
penser qu'il y ait des chrétiens.
-Jespère m’y rendre, cette année 1552, et tout persuade que l'Évangile, dès qu’on l’aura semé dans ce royaume, s'y propagera en long et en large. Que si les Chinois font bon accueil à la Foi chrétienne, les Japonais n'auront pas de peine
à abandonner des erreurs, que les Chinois leur communiquè-
rent. Du Japon à Liampo, ville importante de Chine, proche
de la mer, la traversée est de cent lieues environ. J’ai très
srande confiance que Dieu Notre-Seigneur ouvrira les portes
de la Chine, non seulement à notre Compagnie, mais aux LE 13
autres Ordres religieux, et que ce pays deviendra un champ commun, où l’ardeur de tous les hommes apostoliques s’exer-
cera à ramener des âmes dans la voie du salut. Je supplie donc quiconque a le zèle dela propagation de la Foi chré-
tienne d’aider, de ses prières et saints Sacrifices, les efforts |
tels quels que je vais faire pour leur en ouvrir l'entrée.
Me voici déjà blanchi, mais aussi alerte et robuste que jamais, si fortifiants sont les fruits de joie que lon recueille dans les travaux employés à cultiver un peuple sensé, et dési-
reux d'acquérir la connaissance de la vérité et le salut éternel. A Ayamanguchi, dès que le Roi nous eut permis de prêcher.
l'Évangile, et que l’on vint en foule nous écouter, la joie de mon âme, une des plus vives que j'aie ressenties, éveilla dans le corps une animation pareille. Je voyais que, par nous, Dieu abattait l'audace des Bonzes et triomphait de ces implacables ennemis ; je voyais les néophytes, heureux de ces victoires, déployer eux-mêmes un zèle ardent à les étendre, à conduire au baptême les païens qu'ils avaient vaincus ; je les entendais se raconter leurs combats et leurs succès contre Ja
superstition; j'étais témoin de la jubilation dont ils avaient
l'âme remplie; et un sentiment de bonheur si pénétrant et si doux envahissait alors mon âme, que j'en perdais celui des fatigues du corps.
Les consolations célestes dont je parle, ainsi mêlées à nos travaux par la Bonté de Dieu, que ne puis-je, non seulement
les donner à entendre à l'oreille, mais, par un spécimen que
j'en enverrais, les faire goûter au cœur dans nos Universités.
d'Europe ! Un grand nombre sûrement de ces jeunes étudiants
dirigeraient tous leurs désirs et leurs études à la conversion des. Infidèles, s'ils avaient, une fois, goûté la céleste joie qu’un tel. labeur répand dans Pâme. Que si lon savait communément, si.
l’on voyait à quel point Pesprit des Japonais est disposé à recevoir l'Evangile, certes, bien des Docteurs laisseraient là leurs
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