XIV AVANT-PROPOS
éviteront d’offenser les femmes, auxquelles ils pourraient paraître suspects d’une injuste partialité en faveur des maris : il ne faut pas paraître ajouter foi aux accusations que ces derniers font entendre contre leurs femmes ; mais on doit observer une juste balance et ne faire pencher le poids d'aucune part; réserver, comme on le dit encore, une oreille pour l'accusé; ne condamner personne avant de l'avoir entendu, et apprécier toujours la défense en regard de l'accusation. C’est en administrant ainsi l’office de la justice, que non seulement on évite d’offenser l’une des parties, ce qui pourrait compromettre la conclusion de l'affaire, mais que l’on arrive le plus près de la vérité. En effet, dans les différends de ce genre, ordinairement les deux parties ont tort, l’une davantage et l’autre moins; et la part qui est à faire à chacun dans la faute doit obliger l’arbitre à réprimander tous les deux et à n’absoudre entièrement personne : il doit donc n’accueillir qu'avec une réserve et une circonspection singulières les allégations et les justifications respectives. C’est une voie très simple pour arriver au but désiré, qui est la conciliation des parties, en même temps qu’on prévient d’une manière infaillible les plaintes et les longs discours des gens mal disposés.
XI. — Enfin, après avoir reconnu que tous les efforts sont demeurés inutiles, on devra renvoyer devant le seigneur Evéque ou devant son vicaire les parties que l’on désespère de pouvoir amener à la conciliation; et, en le faisant, l’on doit éviter encore d’aigrir l’une des parties ou de lui faire entendre des paroles sévères; car vous connaissez la faiblesse humaine : on est enclin naturellement à se répandre en reproches contre quiconque n’a point accordé ce qu’on réclamait comme un droit; et sile médiateur malheureux dans son entreprise ne montre pas une prudence extrême, s’il laisse échapper quelques paroles vives, capables d’offenser les deux adversaires ou l’un d’eux au moins, en les reprenant de leur esprit contentieux et de leur peu d'équité, il n’aura rien gagné, si ce n’est d’encourir la haine de celui qu’il aura censuré, et peut-être le mépris des deux : à la vue d’un arbitre aussi inconsidéré, il doit leur paraître à tous