AVANT-PROPOS. XV
deux qu’ils ont commis une erreur en s’adressant à lui. Afin de ne point compromettre le fruit de vos peines, et de ne point perdre de plus les bonnes grâces de l’une des parties ou de toutes les deux, vous vous efforcerez de faire paraître une charité patiente, une prudence pleine de ménagements en ses moindres paroles, qui permette aux deux adversaires de s'éloigner de vous dans des dispositions modérées et bienveillantes à votre égard. |
XII. — Je vous conjure, d’une manière générale, d’être toujours recueillis en vous-mêmes et de vous posséder toujours, dans vos rapports avec tous les hommes quels qu’ils soient. Ne perdez jamais de vue que nous sommes donnés en spectacle à ce monde pervers, qu’à toute heure nous sommes observés par les regards assidus et curieux de l’envie et par une malice toujours inclinée vers de mauvais jugements, qui saura saisir avec empressement toute occasion de mal penser de nous et d'en mal parler. Souvenez-vous que nous sommes tentés par notre propre instinct et par les séductions du mauvais esprit, notre adversaire infatigable et qui veille toujours; et demeurez convaincus que de toutes les chutes causées par l’imprudence, la plus funeste est celle où le mal présent s'accroît, comme par l'effet d’une semence, de ce qui est à réparer dans l’avenir. Emportés, à ce qu'il nous paraît, par le zèle le plus pur de la gloire divine, par notre intention uniquement dirigée vers le bien, nous courons à notre ruine, sans tenir compte de nos actes ou de nos paroles, pourvu que nous fassions avancer l’œuvre de la Religion; et nous commettons des actes, nous proférons des paroles, dont nous éprouverons, plus tard, de la confusion et du regret, sous l'impression cuisante des maux immenses qui en seront résultés : ce qui devait être pour nous l’objet de prévisions circonspectes, de précautions scrupuleuses, étant réalisé témérairement, nous produit de longs fruits d’un repentir inutile et tardif.
XIII. — Appréhendez surtout de vous abandonner à cette colère que fait naître, en mille occasions, la vue de tant de crimes, et qui entraîne et perd ceux qui se livrent à leur zèle, si