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tent pas de m'écrire aussi longuement, — recommandez à un Frère, qui vous aurait accompagné à Rome (ce sera acte de charité dont je vous serai très obligé), de m'écrire tout ce qui s’y est passé, car cette lettre me donnera grande consolation,
J'aimerais bien aussi que le Recteur du collège de Coïmbre me voulût écrire une lettre, au nom de tous les Pères et Frères de ce saint collège, dans laquelle me serait rendu compte du nombre des Pères et Frères, de leurs vertus, de leurs désirs, de leur doctrine, de tout le bien que Dieu met en eux; et comme je crains que ses grandes occupations ne Jui laissent pas de temps pour cela, je le prie beaucoup, et pour lamour de Dieu Notre-Seigneur, de charger un Frère de m'écrire, bien par le menu, nouvelles des Pères et Frères, et de leurs exercices, et des saints désirs qu’ils ont de souffrir pour Jésus- Christ : —eux doivent, en effet, de quelque façon, témoigner se souvenir de moi, puisque me souvenant, mot, de leurs saints désirs, je suis allé, ces années passées, au Japon, et maintenant je vais en Chine, afin d’ouvrir chemin par où ils
puissent, réalisant leurs saints désirs, aller faire le sacrifice
de leurs personnes (de suas persoas).
Dieu Notre-Seigneur, par sa miséricorde, mon frère Maître Simon, nous réunisse en sa gloire du paradis, et aussi dans la vie présente, si son service le demande (se fosse seu ser-
| VIGÇO).
Écrit, au collège de Sainte-Foi de Goa, le 7 avril 1552. Le Frère porteur de la présente, je vous recommande beaucoup de lPexpédier pour Rome, de telle sorte que, l’année prochaine, il vienne avec beaucoup de Pères, parce que, s’il s’ouvre en Chine une voie pour y manifester la Foi de Notre-
Seigneur Jésus-Christ et que Dieu me donne, à moi, quelques années de vie, il se peut faire que, d’ici à trois ou quatre ans,
je retourne dans l'Inde chercher des Pères et des Frères, afin
d’aller, avec eux, achever les jours de ma vie ou en Chine ou
au Japon.
Le lendemain, 8 avril, François écrit encore à Rodriguez : |
La grâce et l’amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous
soient toujours en aide et favorables.
Mon très cher frère, Maître Simon, là-bas s’en vont Mattsou | et Bernard, Japonais de nation, qui sont venus, avec moi, du Japon dans l'Inde, ayant intention d’aller en Portugal et à
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Rome, pour voir la Chrétienté, et depuis, retournés dans leur
pays, attester (dar fé) aux Japonais ce qu’ils auront vu. Pour l’amour de Dieu Notre-Seigneur, je vous en prie, mon frère Maître Simon, veillez bien sur eux et faites qu'ils revien-
nent contents, parce que, par le témoignage qu'ils rendront , , (&)
auprès de leurs compatriotes, ils nous donneront grand crédit. Les Japonais sont persuadés ({tenen por si) qu'il n’y a pas d’autres hommes qu’eux dans le monde ; la raison en est qu'ils n'eurent Jamais de relations avec d’autres peuples, jusqu’à ce que, dernièrement, 1l y a huit ou neuf ans, les Portugais découvrirent ces îles.
Les Castillans les appellent /s/as platareas. Des Portugais, que j'ai rencontrés au Japon, m'ont dit que les Castillans, qui se rendent de la Nouvelle-Espagne à Maluco, passent bien proche de ces îles ; ils ajoutent que si quelques-uns des vaisseaux castillans, qui viennent de la Nouvelle-Espagne, à la recherche de ces îles, se perdent en leur voyage, la raison en est, au
dire des Japonais, que, de ce côté, par où les Castillans peuvent
venir au Japon, 1l y a, dans la mer, de nombreux écueils : c’est là qu’ils périssent, Je vous rends compte de cela, mon
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frère Maître Simon, afin que vous disiez au Roi, notre seigneur, et à la Reine, que, pour la décharge de leur conscience, ils devraient donner avis à l'Empereur, roi de Castille, de ne plus envoyer, par la voie de la Nouvelle-Espagne, de flottes à la découverte des {les argentines, parce que autant il en enverra, autant 1l en périra. Supposé, en effet, que tous les vaisseaux ne se perdent pas dans la mer, ceux qui aborderont au Japon auront affaire à un peuple tellement belliqueux et avide (cobiçoso) que, pour tant qu'il vint de vaisseaux d’Espagne, ils les prendraient tous. D’autre part, le sol du Japon est si stérile de vivres, que les Castillans y mourraient de faim. Outre cela, si grandes, si terribles sont les tempêtes, qu’aucun vaisseau n’y échapperait, à moins que les Japonais ne lui donnassent abri en quelqu'un de leurs ports; mais, comme je l’ai dit, leur cupidité est telle que, pour enlever armes et habits, 1ls mettraient à mort tout l’équipage. Tout cela, je lai déjà écrit au Roi, notre seigneur; mais ses grandes occupations peuvent le lui faire oublier. Moi, pour l’acquit de ma conscience, Je vous l’écris, à vous, afin que vous le rappeliez à Son Altesse. Ce n’est pas, en effet, sans grande compassion que j'entends parler de nombreuses flottes, partant de la Nouvelle-Espagne, en quête de ces Iles argentines, et qui périssent en chemin. En dehors de ces îles de Japon, 1l n’y a pas d’autres îles découvertes, où se trouvent des mines d'argent.
. Je vous le recommande beaucoup, mon frère Maïtre Simon, faites que ces Japonais reviennent de là-bas dans leur pays fort contents. Qu'ils aient à raconter beaucoup de choses ad-
1. Polanco (Chronic., IV, p. 551) nous apprend que le roi de Portugal fit donner à Charles-Quint ou au prince Philippe l’avis désiré, et cela, de la facon la plus délicate et la plus sûre : le provincial de Portugal, par l'avis du Roi, envoya au Père Araoz la lettre de François de Xavier, et le Père Araoz communiqua la lettre au Prince d'Espagne,
mirables. Je crois que de voir nos Collèges, d’assister aux disputes, il y aura là, pour eux, matière de grande admiration (se han muito de espantar).
Bernard nous a aidé beaucoup, au Japon, et Mathieu aussi. C’étaient de pauvres gens; ils s’affectionnèrent à nous, et c’est pour cela qu'ils sont venus avec moi du Japon dans Jinde, avec le dessein d’aller en Portugal. Les Japonais de condition élevée n’aiment pas du tout sortir de leur pays. Quelques nouveaux chrétiens dé cette classe désiraient cependant aller à Jérusalem, pour voir la terre où Jésus-Christ na= quit et souffrit. Je ne sais si Mathieu et Bernard, une fois Jä-bas, le désir ne les prendra pas d’aller à Jérusalem. Pour. moi, je désirais amener de Japon une paire de Bonzes, savants dans leurs sectes, afin de vous les envoyer en Portugal, pour que vous vissiez combien sont intelligents et avisés les Japonais ; mais, comme ils ont de quoi vivre et sont gens de distinction, ils n’ont pas voulu venir.
Mathieu et Bernard, je suis bien aise qu'ils aillent là-bas, afin qu’ils accompagnent, au retour, quelques Pères qui se rendraient ici pour aller au Japon, et aussi pour qu’ils puissent -attester aux Japonais la grande différence qu'il y a d'eux à. nous.
Je m'arrête, priant Dieu Notre-Seigneur, si son service le demande, que nous nous retrouvions, un Jour, en Chine, et si ce n’est point là, que ce soit en la gloire qi pe adis, où nous aurons plus de repos qu’en cette vie.
De Goa, 8 avril 1552.
François.
Des deux lettres qui suivent, adressées au P. Cyprien, la première paraît être l’ouvrage de François, avant que l’on eût reçu pleine information, au sujet des procédés peu mesurés du P. Cyprien. La seconde, rédigée par le P. Gaspard ou autre, sur les données
du Saint, ou plutôt, écrite sous sa dictée, est finale- -ment atténuée, adoucie par sa délicate charité :
Comme j'ai su que vous avez, là-bas, quelques ennuis (trabalhos), je vous prie beaucoup, pour l’amour de Dieu et de notre Bienheureux Père Ignace, que vous avez connu, d’être très humble, patient et endurant. Sachez-le bien, ce que l’humilité et la patience n’achèvent pas, l’impatience et lorgueil ne Vachèveront jamais, surtout en ces régions de l’Inde, où, par bien, 1l se fait beaucoup, et, par mal, fort peu (por bem se acaba muito, e por mal muito pouco), et vous êtes bien sûr que Je préfère le moindre petit fruit sans scandale, à cent
fruits avec scandale.
A ce propos, bien souvent, nous nous trompons plusieurs. Sans avoir la vraie humilité et vertu, et sans en donner preuve à ceux avec qui nous vivons, nous voulons toutefois que le peuple nous considère (nos tenha em conta) et fasse ce que nous lui disons et demandons, parce que nous sommes de la Compagnie, hommes (pessoas) de la Compagnie ; oubliant ou ne considérant pas les vraies vertus de la Compagnie, pour lesquelles Dieu lui a donné tant de crédit et d'autorité auprès du peuple ; de sorte que nous voulons profiter de cette autorité,
de ce crédit de la Compagnie, sans faire nôtres l’ humilité et les |
vertus qui les lui ont acquis et les lui gardent.
Le pis est que, quelquefois, nous aggravons nos fautes en nous en disculpant, et,.quand nous ne “je pouvons faire au-
trement, nous les attribuons à la nature. Nous disons : c’est là mon tempérament (condicion natural), mon caractère ; alors que, souvent, c’est notre oubli et de Dieu, et de nous-
mêmes en nos consciences, oubli que nous voulons dissimuler
en parlant de tempérament. | Pour l’amour de Dieu, je vous recommande de ne jamais
rompre (quebrar) avec des personnages publics, quelque |
nombreux et graves sujets que vous pensiez avoir de Île faire, parce que, soyez-en sûr et n’en doutez pas, on obtient tou-
jours beaucoup par là, et le procédé contraire ne saurait. avoir
aucun bon résultat.
Je m'en retourne en Chine. | Notre-Seigneur demeure avec vous et nous réunisse dans sa gloire. Amen. |
De Goa, en avril de 1552 1,
(S'ans signature.)
Voici le dernier mot du Saint :
Vous avez bien mal compris les instructions que je vous
donnai sur ce que vous avez à faire à San-Tomé. Clairement il apparaît que peu de chose vous est resté de l’entretien que nous eûmes sur le Bienheureux (Beato) P. Ignace. Vous procédez, ce me semble, très mal à l'égard du Vicaire, avec vos
enquêtes et requêtes (capitulos e monde Vous suivez, toujours votre humeur emportée ; tout ce que vous emman=.
Qt
1, Ajuda, , fol. 65,
chez d’un côté, vous le démanchez de lautre. Je suis, n’en doutez pas, mécontent de vos brouilleries (desavenças) de par-delà. Le Vicaire fit-1l ce qu'il ne doit pas, ce ne: seront pas vos répréhensions, vu surtout le peu de prudence que vous mettez à les faire, qui pourront le corriger.
Vous êtes déjà tellement accoutumé à faire votre volonté, qu'avec vos façons d'agir (manetras), où que vous soyez, vous scandalisez tout le monde; et vous vous excusez, auprès de plusieurs, en rejetant cela sur votre tempérament. Plaise à
Dieu que vous fassiez, un jour, pénitence de ces imprudences.
Pour l'amour de Notre-Seigneur, je vous en prie, rompez votre volonté, et que l'avenir corrige le passé ; car, enfin, se montrer aussi violent (agastado) ne procède pas du seul tempérament : c’est l’effet du grand oubli où vous êtes et de Dieu, et de votre conscience, et de la charité due au prochain. A heure de la mort, soyez-en certain, vous trouverez que ce que je vous dis maintenant, c'est le vrai.
Je vous en prie beaucoup, au nom de notre Bienheureux Père Ignace, ce peu de jours qui vous restent, exercez-vous : fort à être endurant, doux, patient, humble. Sachez-le bien, avec lhunulité tout se mêne à bon terme. Si vous ne pouvez faire autant que vous désirez, faites bonnement ce que vous pouvez. En ces régions de l’Inde, on n’aboutit à rien par force, et vouloir faire les choses en criant et se démenant (por brados e impactencia), c’est empêcher de naître le bien que lhumilité eût opéré. Le bien qui, sans scandale, se peut faire, ne füt-il pas plus long que ceci ———— , faites-le, quand même vous croiriez que, par une autre vole, et avec discorde et scandale, vous en pourriez faire un de cette longueur-c1 :
Ce que je sais bien, c’est qu'aucune de ces choses ne profitera, IT 16
et je sais également que toutes, à l'heure de la mort, vous.
pèseront.
ne
Gonçalo Fernandez seräit, lui aussi, paraît-il, de votre humeur, mal endurant, peu patient ; et tous deux, dissimulant
vos impatiences sous un voile de service de Dieu Notre-Sei-
gneur, vous dites qu’en ce que vous faites, vous cédez à limpulsion du zèle de Dieu et des âmes. — Non, et ce que, par humilité, vous ne mènerez pas à bonne fin avec le Vicaire, vous ne l’y mènerez pas à force de disputes (con desavenças).
Pour lamour du P. Ignace et lobéissance que vous lui devez, je vous en prie, dès cette lettre vue, allez trouver le
Vicaire, et, les deux genoux en terre, demandez-lui pardon de -
tout le passé et baisez-lui la main; plus consolé je serai, si vous lui baisez les pieds; et vous lui promettrez que, tout le temps que vous résiderez encore là, vous n’irez en rien contre sa volonté ; et croyez-moi, à l'heure de votre mort, vous serez heureux d’avoir ainsi fait. Ayez, d’ailleurs, cette confiance en Dieu Notre-Seigneur ; n’en doutez pas, quand votre humilité sera devenue manifeste aux yeux du peuple, tout ce que vous demanderez, pour le service de Dieu et le salut des âmes, vous sera accordé. ”
Et vous et d’autres errez évidemment, en ce que, sans avoir.
grande humilité ni en donner de grands signes aux gens avec qui vous vivez, vous prétendez que tout le monde exécute vos
ordres, par cela seul que vous êtes Frères de la Compagnie;
et vous oubliez et vous ne considérez pas du tout les vertus
de notre Père Ignace, par lesquelles Dieu lui a donné si
grande autorité auprès des hommes. Vous voudriez exercer grande autorité sur le peuple, tout en négligeant les vertus qui sont nécessaires pour que le peuple reconnaisse lautorité. de votre parole et s’y soumette.
J'en suis bien sûr, si vous étiez là, vous me diriez qu’il n’y a pas eu faute de votre part dans ce qui s’est fait; que vous avez agi uniquement pour l’amour de Dieu et le salut des âmes ; mais moi, soyez-en certain et n’en doutez pas, je n’accepterais de vous aucune disculpation ; rien ne me pourrait désoler autant que de vous entendre vous justifier; comme aussi, je l’avoue, ma consolation meilleure serait de vous entendre vous accuser. |
Par-dessus tout, je vous en prie, point de brouilleries mamifestes avec le Vicaire, le Capitaine et autres personnes ayant autorité dans le pays, et cela, quand vous seriez témom d’actes mauvais (cousas mal feitas). Là où vous pourrez bonnement porter remède, faites-le ; mais ne vous exposez pas à tout perdre, avec des discussions, là où lPhumilité et la douceur peuvent bonnement tout sauver.
Ce qui suit est de la main du Saint :
O Cyprien, si vous saviez avec quel amour je vous écris ces choses, jour et nuit vous vous souviendriez de moi, et peut-être pleureriez-vous, au souvenir du grand amour que je vous porte ; et si les cœurs des hommes pouvaient se voir, en cette vie, croyez, mon frère Cyprien, que vous vous verriez clairement en mon âme.
Avril de 1552.
Tout vôtre, sans jamais pouvoir vous oublier, FRANÇOIS !;