XV) ANT AVANT-PROPOS
dans cette pente ils ne posent un pas après l’autre, s’ils ne captivent leur langue, qui laisserait échapper des paroles amères, par le frein d’une modération pleine de douceur. Sans ce'te modération, toute la vivacité des reproches s’exhalerait en une ardeur stérile. A-t-on jama:s vu personne qui soit devenu meilleur par les discours agités d’un censeur plein de courroux ? N’adressez jamais de reproches à ceux qu’il est nécessaire de corriger avec un calme parfait; qu'aucune irritation ne paraisse dans les discours que vous avez médités pour la guérison de gens qui n’ont eux mêmes failli que par un mouvement déréglé : autrement, vous donneriez l’exemple du mal plutôt que son remède. La plupart des hommes voient dans la colère une action coupable; ils ne pourraient jamais croire que la charité divine allume seule le zèle des personnes consacrées à Dieu, qui se livrent à des emportements extrêmes envers les pécheurs : ils s’imaginent plutôt, croyant en posséder la preuve, que ces personnes ne différent en rien des autres hommes, et qu'absolument pareilles aux créatures les plus inférieures, elles se livrent comme elles au flux et au reflux de leurs mouvements passionnés.
XIV. — Avec les Religieux des autres Ordres, et en général avec tous les prêtres qui, pour une cause quelconque, seront en différend avec vous, vous vous montrerez toujours pleins de déférence et d’humilité, donnant, suivant le précepte de VA pÔ-
tre, intervalle à la colère et à l'agitation, s’il s’en élève quelque
apparence en vous-mêmes. Ceci n’est point seulement pour le cas où votre conscience vous ferait sentir ses reproches, mais pour Île cas même où vous reconnaitriez avec évidence que vous êtes innocents et que les torts sont chez vos adversaires. N’ambitionnez pas, en ces occasions, de plus grande vengeance contre ceux qui vous oppriment avec injustice, que de leur opposer un humble silence, qui tait modestement la justification de son droit, lorsque vous avez compris que vos paroles ne seraient point entendues de personnes égarées par les préjugés et la colère. Vous recueillant alors au plus profond de votre âme, vous gémirez sur la condition de ces individus, qui cou-