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CHAPITRE XXXI

OÙ FRANÇOIS DE XAVIER EXPOSE ET RECOMMANDE A: GASPARD BARZÉE SES DEVOIRS D'ADMINISTRATEUR DE COLLÈGE ET DE PRÉDICATEUR.

(Avril 1552.)

Ici, nous verrons, comme en un miroir, François de Xavier, administrateur spirituel et temporel des Collèges et autres Maisons de la Compagnie, et prédicateur de la parole de Dieu.

Notes, avis (apontamentos) pour le P. Maitre Gaspard, recteur du collège de Goa :

Premièrement, souvenez-vous de vous-même, puisque,

comme vous le savez, l’Ecriture dit : « Qui n’est pas bon pour

soi, comment le sera-t-il pour les autres ? »

Secondement, avec les Pères et Frères, vous devez user de beaucoup d'amour, charité et modestie, et non pas d’äpreté et de rigueur ; si ce n’est qu'eux abusassent (wsassen mal) de votre bénignité, parce qu’alors, pour leur profit, il est bon d’user, à leur égard, de quelque sévérité, et particulièrement

si vous discerniez (sentiez) en eux quelque sorte de prétention (opiniao) et de superbe. Comme 1l est bien, en effet, de pardonner plus aisément ceux qui pèchent par ignorance ou négligence, aussi est-1l nécessaire de mettre plus de soin et de diligence à réprimer et humilier ceux qui procèdent par voie de. DIAEnUen et de superbe. IT ne faut, d'aucune façon, les auto= riser à penser qu'ils n’ont.qu’à marcher ainsi, pour qu'on leur passe leurs manquements et défauts : sachez, et n’en doutez … pas, qu’une des choses qui nuisent le plus aux inférieurs IM= parfaits et superbes, et les laisse se perdre, c’est de comprendre (sentir) qu'ils ont affaire à des supérieurs faibles, indolents, ou qui n’osent ({emerosos) les reprendre et les punir de leurs fautes ; de là, en effet, ils prennent occasion d’aller en avant (crescer) dans leur prétention et superbe.

Ne vous piquez pas de recevoir beaucoup de monde dans la Compagnie : peu d’admis, mais bons. De ceux-là, en effet, la Compagnie a besoin, et nous expérimentons que peu, quand ils sont bons, valent et font plus qu un grand nombre qui ne le sont pas.

Ne recevez jamais dans la Compagnie des sujets pauvres de dons naturels (de poucas partes), sans énergie (/fracos), de qui on ne peut beaucoup attendre (pera pouco), puisque la Compagnie n’a pas besoin de tels sujets, mais de personnes bien douées (de muitas partes), et de cœur à entreprendre des choses grandes (de animo para muito).. |

Ceux que vous recevez, exercez-les toujours à la véritable abnégation et mortification intérieure de leurs passions, plus qu’en des étrangetés ( nouidades) extérieures; : et si, pour âider à la morüfication intérieure, on juge à propos de les mortifier au dehors, que ce soit en des choses qui édifient, comme seér-

FRANÇOIS A GOA (AVRIL 1552). 271 vir à l'hôpital, mendier pour les pauvres, et autres actes semblables, et non pas en des choses dont ceux qui les voient rient et se moquent, et qui donnent vanité, vaine gloire à ceux qui les font.

Il faut amener les nouveaux admis à lhumilité et les y maintenir : à quoi sert beaucoup, quelques fois, que, devant les Frères, ils disent leurs défauts, ce qu'ils furent dans le

monde, à quoi 1ls s’y occupaient ; mais tout dépend, ici, de la

qualité des sujets, de leurs dispositions, de la vertu que lon voit en eux, car, si la disposition voulue est absente, l'épreuve nuit au lieu de servir.

Ne faites jamais promouvoir aux Ordres, dans la Compagnie, des hommes dépourvus de doctrine et dont les vertus n'ont pas été éprouvées durant bien des années ; tout cela est si nécessaire aux prêtres, pour bien remplir leurs offices et ministères, et l’on n’a vu que trop les grands inconvénients

du procédé contraire.

Avant tout, faites toujours passer les obligations de votre

charge et les intérêts de ceux de la Maison; puis viendront

ceux des gens du dehors. C’est aux nôtres que vous vous de-

vez d’abord, et c’est d’eux que Notre-Seigneur vous deman-

dera compte. Sachez-le bien, comme 1l se trompe, celui qui,

pour se faire agréer des hommes, cultive des dehors qui leur

plaisent, et néglige de contenter, au dedans, Dieu et sa cons-

cience ; ainsi il se trompe et s’égare celui qui, ayant charge d’autres, dans sa propre maison, les néglige et sa charge,

pour s'occuper des gens du dehors. Vous donc, ayez soin

d’abord des vôtres, et puis, autant que, dans le Seigneur, vous

le pourrez faire, aidez ceux du dehors.

Entre les moyens d’aider le prochain, ceux-là sont meil-

leurs, qui sont plus universels, comme prêcher, confesser,

enseigner la doctrine chrétienne, etc. Dans ces œuvres de

zèle, considérez bien avec qui vous traitez. Il en est qui vien-

nent à nous, plus pour le temporel que pour le spirituel : ils.

vont aux Sacrements, ils se confessent pour manifester plutôt

leurs nécessités corporelles que leurs misères spirituelles ; le

profit qu'ils en retirent est généralement peu de chose; A la

direction de telles personnes, plus en souci des besoins du corps que de ceux de l’âme, employez peu de temps; expédiezles vite.

Ne vous inquiétez guère de ce que les gens qui viennent à vous, sans bonnes intentions, ne pensent ni ne disent du bien de vous ; ne donnez jamais à ces gens du monde, quand vous faites votre devoir, et qu’ils ne font pas le leur, sujet de penser que vous les craignez : craindre le monde, en pareil Cas, c’est participer à ses œuvres et avoir plus d’égard à lui qu’à Dieu ‘. |

IT

Quant aux rentes du Collège, vous ferez ce qui suit :

Premièrement, les alvaras et mercedes que le Roi N.S.

a octroyées à cette maison au sujet des rentes des pagodes, ainsi que les autres mercedes par lui faites, par alvaras de

Son Altesse et confirmation des Gouverneurs passés, tous ces

papiers, vous les réunirez et les garderez en votre pouvoir.

Avec le Procureur de la maison et avec Cosme Anes, qui

sont bien au courant de toutes ces affaires, vous traiterez de

OT

1, Ajuda, ne fol. 89.

ce qui touche les biens et intérêts de la maison. Ainsi, au sujet des rentes des pagodes, il en est beaucoup de frauduleusement déniées ou soustraites. Il serait bon d’avoir des Lettres d’excommunication contre les injustes détenteurs, afin

que, restituant le bien d’autrui, ils mettent leur âme en assurance.

Ces choses et autres, dont le public pourrait se scandaliser, le Procureur de la maison s’en chargera; comme s'il était nécessaire de faire emprisonner des tenanciers qui ne paient pas, et autres choses pareilles, qui pourraient soulever scandale dans le peuple.

Tout l'argent sera en votre pouvoir, et se distribuera par vos mains. Vous pourvoirez aux besoins de tous ceux de la maison, Frères et moços du pays.

Vous aiderez aussi, dans leurs nécessités, les Frères qui vivent hors du Collège ; car, faute d’être assistés, 1ls souffrent de dures privations, et, de là, préjudice pour un grand nombre d’âmes : on ne peut, en effet, leur envover des Pères, à l'entretien desquels on ne saurait pourvoir. Je vous recommande donc beaucoup d’avoir très grand som de subvenir aux nécessités du Collège, et puis aux nécessités des Pères et Frères du dehors, qui, pour manquer du nécessaire, laissent de faire du fruit dans les âmes; comme sont ceux du cap de Comorin, du More, de Maluco et du Japon. Quant à ceux qui vivent dans les forteresses où 1l y a des Portugais, n’eussentils pas des revenus suffisants, 1ls ne lasseraient pas de faire du fruit dans les âmes.

Par-dessus tout, je vous recommande que les dettes de la maison se paient, car c’est charger sa conscience que de retenir le bien d'autrui quand on le peut rendre, et scandaliser grandement le peuple que de ne point payer ses dettes. Je

vous recommande done, une fois encore, d’avoir grand soin

de payer vos dettes.

Laissez les bâtisses, parce qu'il y en a assez de faites, Jusqu’à ce que les dettes soient payées ; après quoi, vous pourrez achever de bâtir. Ayez beaucoup plus de soin des édifices spirituels de la maison que des matériels ; occupez-vous beaucoup de l’avancement spirituel des Frères et des enfants du pays: 14 : | Il est cependant telles constructions matérielles, que l’on ne peut remettre à plus tard; ainsi, il faut terminer les murs de clôture du jardin et d’autres parties de la maison, afin de prévenir des scandales. ;

Je crains bien que plusieurs ne vous importunent pour obtenir aumône sur les rentes de la maison, ou exemption de payement de rentes dues; ils allègueront diverses raisons, leur pauvreté, par exemple ; d’autres, en grand nombre, au confessionnal et hors du confessionnal, viendront vous conter, moins les misères de leurs âmes, que leurs nécessités temporelles. Pour vous tirer de ces embarras, je vous commande, en vertu de l’obéissance, de dire à tous ceux qui viendront à vous avec de telles requêtes, que de grandes dettes de la maison vous avez à payer, les privations que souffrent nos Pères du dehors, lobligation où vous êtes de les assister; ajoutez les secours à donner à l’hôpital et ailleurs, et enfin que moi, en vertu de l’obéissance, je vous ai défendu d'employer à d’autres choses les rentes du Collège, vu qu’elles n’y suffisent même pas. Ne manquez pas d'exécuter cet avis, et défendezvous des gens qui viendront vous confier surtout leurs indigences corporelles, à propos des spirituelles ; soye: bref avec ces gens-là. Qui vient vous présenter de telles pétitions (petilorios) n’a rien à gagner avec vous pour son âme, et il vous empêche grandement de travailler au bien des autres.

de

Il y a beaucoup de Portugais mariés qui demandent de prendre à fief des terres du Collège ; ce mode de tirer revenu des terres pouvant un jour porter préjudice à la Maison, ne faites rien de semblable, sans l’avis du Procureur de la Maison et de ses autres amis, afin qu'aucun de ses biens ne se perde.

Voyez, avec beaucoup de diligence, vous y aidant d’informations, quelles sommes sont dues à la Maison ; faites dresser par le Procureur compte exact de’ce que peuvent devoir encore les anciens fermiers et celui d’à présent, et de ce qui est dû par le Roi, et, en un registre spécial, notez exactement toutes les créances de la Maison.

Avec beaucoup plus de diligence, vous rechercherez ce que la Maison doit à d’autres, et avec empressement vous paierez ces dettes. Lorsque, dans la levée des rentes, vous serez importun, dites à tous que vous devez ainsi faire pour payer les dettes de la Maison, pour entretenir ceux qui y vivent, pour subvenir aux besoins des Frères du dehors, pour achever les

constructions, pour secourir l'hôpital, etc. Une fois de plus,

remarquez-le bien, je vous recommande d’avoir grand som de payer les dettes.

Quand lexpérience vous montrera que telles et telles choses sont profitables à la maison, faites-les diigemment.

Soyez prudent dans le choix de ceux à qui vous confierez les affaires, parce qu’un fidèle administrateur n’est pas facile

à trouver; tâchez que ce soit un fils spirituel, ou de vous ou de

quelqu'un des Pères de la Maison, et qu'il se confesse et communie souvent, ou du moins tous les mois.

Quand, au mois de septembre, vous enverrez, à Malaca, des

lettres que François Perez me fera passer en Chine, que ce soient des lettres longues ; parlez-y, avec détail, des dettes de la Maison et de ses créances, de tout ce qui touche à ses intérêts ; oui, une lettre bien remplie, où vous me donnerez des nouvelles du royaume, des nouvelles des Frères, du fruit que vous faites au Collège, et en particulier de celui qui s’opère dans les âmes des gens de la maison; nouvelles de tout ce qui s’est passé, en fait de paix et de guerre; nouvelles de tous les Pères et Frères qui vivent hors de Goa. Enfin, que la lettre

soit d’une bonne écriture, bien lisible.

Quant à la maison à louer, tâcher d’avoir pour locataire un homme honorable de cette ville, quelque marchand riche ou du moins fort aisé, et non pas des pauvres, afin d’éviter les

procès.

Payez deux blanchisseurs qui, dans la maison même, aient charge de laver le linge, et cela sans retard, si vous pensez qu'il y à économie à faire ainsi, au lieu de donner le linge à laver à des blanchisseurs (mainates) du dehors.

Et, de même, ayez un Frère jardinier, car il paraît qu'à faire les choses comme elles se font, par un jardinier gagé et les nègres qu'il emploie, la dépense est grande. Ayez un Frère jardinier et achetez deux esclaves ; 1ls suffiront à tout. Ayez bien soin de ménager les revenus de la Maison, et, pour cela, prenez conseil de personnes entendues, pieuses et amis des

intérêts de la maison.

À Alvaro Afonso, on à fait largesse de 500 pardaos; faiteslui payer les 500 qu'il doit encore, et vous, ne donnez pas

ainsi largement, comme d’autres, ce qui ne vous appartient: pas. Souvenez-vous plutôt des nécessités des Pères et Frères

qui vivent loin d'ici; souvenez-vous qu’au Japon, à Maluco, au cap de Comorin, leurs privations sont nombreuses.

à rx,

N'oubliez pas d'envoyer, tous les dimanches et fêtes, à Chorao, le P. Augustin, et, pour cela, payez-lui une rétribution (premio). Ne laissez à Chorao aucun Frère de la Maison, et faites rentrer à la Maison celui qui s’y trouve.

Ceux qui feront les Exercices, quand ils les auront achevés, ayez soin, qu'avant de les admettre à manger avec les Frères, ils disent publiquement, comme font à présent les autres, qui ils étaient dans le monde, quelles y étaient leurs occupations.

Vous ordonnerez au P. Manoel de Moraes de faire quelques prédications, les dimanches et fêtes, à la Sé, en l’avertissant, quelques jours auparavant, qu’il doit prêcher à la Sé; et, si vous le Jugez à propos, prêchez, vous une semaine, et Manoel de Moraes l’autre; voyez ce qui sera mieux.

Souvenez-vous de ce que Je vous ai recommandé, au sujet de Baltasar Nunez ; exécutez-le comme je vous ai dit, et, pour que vous ne le négligiez pas, je vous commande, en vertu de l’obéissance, de faire ainsi; vous lui donnerez des Exercices, et puis, vous lPappliquerez à des offices humbles, dans l’inté-

rieur de la maison, et non pas dehors.

Je vous recommande beaucoup les Japonais; ayez bien soin d’eux, et, le temps venu, envoyez-les en Portugal.

Voyez s’il ne serait pas bon que certains des Frères, qui sont à la Maison, fissent quelques jours d’Exercices, afin que, les connaissant dans l’intime de l’âme, vous puissiez retenir ceux que vous verriez être pour la Compagnie, et congédier ceux qui ne seraient pas pour elle. Prenez garde de ne jamais admettre, quellés que puissent être les importunités de plusieurs, des sujets dépourvus du talent requis pour la Compa-

gnie.

Souvenez-vous de la Maison de Choräo, et que le P. Augustin y doit aller, tous les dimanches et fêtes. Ce que vous ne pouvez faire par vous-même, confiez-le à des personnes qui, à votre avis, le feront. Vous ne pouvez suffire à tout.

A François Lopez, quand 1l viendra 1c1 vaquer aux Exercices, vous ferez faire une confession générale; puis, vous l’appliquerez au service de la cuisine ou à de bas offices.

A Mathieu, vous paierez, dès qu’il les demandera, les 36 pardaos qu’il a prêtés, au Japon (em Japon). Quant à ce que doit Alvaro Alfonso, que ce soit payé après Pâques.

FRaANçoIs.

Les Pères et Frères n’enverront pas de lettres au Roi, n1 à d’autres, dans le royaume, qu’ils ne les aient d’abord expédiées, ouvertes, au Collège de Goa, d’où elles seront envoyées en Portugal dans divers paquets adressés soit au Roi, soit à Maître Simon, soit au Recteur (de Coïmbre).

IT

On säit qu’un des dons les plus remarquables de Gaspard Barzée fut celui d’une éloquence vraiment apostolique. Jaloux de voir ce don confirmé, dilaté même, François écrivit, pour que Gaspard les méditât, dix points, que les prédicateurs de la parole de Dieu ne méditeront jamais assez :

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