Ajuda, fol
I. — Premièrement, chercher beaucoup d’humilité, au sujet des prédications (acerca do pregar), attribuant d’abord et très parfaitement tout le bien à Dieu.
II. — Secondement, vous aurez devant les yeux le peuple, considérant comme Dieu donne au peuple dévotion pour ouïr sa parole, et comment, par égard pour cette dévotion du peuple, 1l vous donne [a grâce de (bien) prêcher, et au peuple la grâce de (bien) vous écouter.
HI. — Travaillez à beaucoup aimer le peuple, considérant l'obligation que vous lui avez, puisque, par son entremise (intercessao), Dieu vous donne grâce de (bien) prêcher.
IV. — Considérez aussi comment ce bien vous vient par les prières et mérites de ceux de la Compagnie, lesquels, avec beaucoup de charité, d'amour et d’humilité, demandent à Dieu grâces et dons pour ceux de la Compagnie; et cela, pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes.
V. — Songez continuellement comme vous devez vous humilier toujours, car ce que vous prêchez n’est pas du tout vôtre, mais don libéral de Dieu; — usez de cette grâce avec crainte et amour, — comme sachant que vous en rendrez à Dieu Notre-Seigneur compte rigoureux. Gardez-vous de vous rien attribuer, si ce n’est beaucoup de fautes, de péchés, de vanités (soberbas), de négligences, d’ingratitudes et à l’égard de Dieu, et à l’égard du peuple, et à l’égard de ceux de la Compagnie, en considération desquels (por cuyo respeito) Dieu vous donne cette grâce.
. VI. — Demandez à Dieu, avec grande force (efficacia), qu'il vous donne de sentir, dans l’intime de lâme, les empêche-
ments venant de vous (que de vossa parte ponets), à cause desquels 1l laisse de vous faire de plus grandes faveurs (mercedes), et de se servir de vous en des choses grandes.
VIE. — Humiliez-vous beaucoup, au-dedans (intertormente), devant Dieu, qui voit le cœur des hommes; — gardez-vous fort et grandement (muito e de grande manceira) de donner scandale au peuple, ni dans la prédication, n1 dans les entretiens, ni en d’autres œuvres (nem en obrar) ; — humiliez-vous beaucoup devant le peuple, puisque tant vous lui devez, comme j'ai dit.
VIII. — Ce que vous avez à faire, par-dessus tout, quand vous méditerez sur les points ci-dessus, c’est de noter soigneusement les choses que Dieu Notre-Seigneur vous donnera de sentir dans l’intime de l’âme, de les écrire en un petit caler (librinho), afin de les mieux imprimer en votre âme; dans l'impression de ces grâces est le fruit des méditations, — et d’elles en surgissent d’autres de grande utilité (de muito fruto), à mesure que vous méditez sur les dons déjà reçus. Si vous persévérez dans ce saint exercice d’humilité, vous irez grandissant, par la seule miséricorde de Dieu, et vous amasserez force biens spirituels : le meilleur sera la connaissance intime de vos péchés.
Pour lamour de Dieu, je vous en prie; en retour de tout ce que vous devez (/o muilo que deveis) à notre Père Ignace et à tous ceux de la Compagnie du Nom de Jésus, je vous supplie, une, deux, trois fois, et autant que je le puis, de vous appliquer continuellement à ces exercices d’humilité ; car, si vous faites le contraire, j'ai peur que vous ne vous perdiez, comme vous en avez vu (como leneis expertencia) beaucoup d’autres se perdre, faute d’humilité : prenez garde que vous ne soyiez, un Jour, de ceux-là.
IX. — Ne perdez pas de vue, un moment, qu’il y a, dans l’enfer, beaucoup de prédicateurs qui eurent, plus que vous, grâce de (bien) prêcher; qui, par leurs prédications, firent plus de fruit que vous n’en faites : ils furent même instruments de la conversion d’un grand nombre; ce qui épouvante davantage, à cause d'eux, par leur moyen, un grand nombre sont allés au ciel, et eux, les misérables (os tristes), dans l'enfer ! Ils s’attribuèrent ce qui était de Dieu ; ils voulurent plaire au monde; leur joie était dans les louanges du monde, et leur vanité, leur orgueil, alla toujours croissant. À chacun donc de veiller sur soi; et vraiment, si nous y regardons bien, nous n'avons rien de quoi nous puissions tirer gloire, à moins que nous ne la tirions de nos péchés (maldades), qui seuls sont nos œuvres; car les œuvres bonnes, Dieu les fait par nous, afin de manifester sa bonté à d’autres et pour nous donner, en même temps, sujet de nous confondre, en considérant quels vils instruments 1l y emploie.
X. — Gardez-vous de mépriser les Frères de la Compagnie, jugeant en vous-même que vous faites plus qu'eux, et que même eux ne font rien. Tenez, au contraire, pour plus certain qu'à cause des Frères, qui le servent en d’humbles et bas offices, et en considération de leurs mérites, Dieu vous accorde plus de grâces et vous donne celle de bien remplir votre ministère ; de sorte que vous leur devez plus qu'ils ne vous doivent. Ayez cette persuasion intime; elle vous sera d’un grand secours, pour ne jamais mépriser les Frères, pour les aimer, au contraire, et vous humilier toujours ‘.
En tête de la pièce originale, quelqu'un écrivit :