‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 86 sur 144 · CHAPITRE XXXIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIIT

OÙ L’ON ENTENDRA FRANÇOIS DE XAVIER PARLER A SES AMIS DES TRIBULATIONS QU'IL A SOUFFERTES A MA= LACA.

(Mai-octobre 1592.)

Diogo Pereira, l’ami de François, devait le conduire en Chine sur son vaisseau le Sainte-Croix. Diogo avait titre d’ambassadeur auprès de l’Empereur de Chine, afin de mieux seconder les desseins apostoliques de François, et le vaisseau allait venir des îles de Sounda, chargé des plus précieuses marchandises de l’Europe et de l'Inde; ce qui servirait encore à mieux introduire l'Évangile par la porte même qui s’ouvrirait au commerce. Le plan était bien concu, et cependant François n’avait cessé, durant la traversée de Chine à Malaca, au mois de décembre précédent, de dire à Diogo : « L’exéculion de nos projets sera bien difficile, car le diable s’y opposera de toutes ses forces. »

L’instrument de l’Ennemi de tout bien fut, à Ma-

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laca, D. Alvaro de Ataïde, quatrième fils de Pillustre Vasco da Gama, alors Capitan de Mar, et à la veille de succéder à son frère, Pedro de Sylva, dans la charge de Capitaine de la forteresse de Malaca. L’orgueil et la cupidité d’Alvaro, exploités par lEnfer, rendirent inutles tous les efforts, toutes les industries charitables de François : jaloux de voir Diogo Pereira investi d’une dignité si haute, et près de réaliser d'immenses profits; écoutant aussi, paraît-il, des désirs de vengeance contre l’ami de François, qui n'avait pas jugé à propos de se fier à lui pour le prêt d’une grosse somme, Alvaro, contre tout droit, et au mépris de l’autorité du Vice-Roi et du Roi luimême, arrêla, de force, Pereira à Malaca; — et s'il laissa le Sainte-Croix parür avec François, ce ne fut qu'après y avoir mis un capitaine et un équipage d'humeur conforme à la sienne.

Le détail des faits, et les documents à l’appui, se trouvent épars dans les diverses biographies du Saint déjà publiées : nous noterons seulement, entre quelques circonstances omises, un acte d’Alvaro, que rapporte le P. Francisco Perez : 1l en fut témoin, le jour où le Vicaire général de Malaca, le Capitaine intérimaire, Francisco Alvarez, et lui allèrent représenter à Alvaro qu'il encourrait, par sa résistance obstinée, la peine de l’excommunication et, de plus, le cas majeur de lèse-majesté, les Provisions du Vice-Roiï, en faveur de François et de Diogo Pereira, étant expresses à cet égard, Pour qu’il n’en doutât point, on lui donna lecture de ces Provisions : « Les Provisions lues, raconte le

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P. François Perez, D. Alvaro se leva et, crachant par terre, 11 dit : « J’en fais cas des Provisions du « Vice-Roiï, comme de cela... »

Ajoutons que, durant ces tristes jours, François ne put guëre se montrer dans les rues de Malaca, sans être grossièrement outragé par une tourbe, jalouse d’acquérir, à tout prix, la faveur du nouveau Capitan, ou de ne pas s’exposer à des rancunes et

vengeances, contre lesquelles François lui-même

s’élait vu impuissant.

Les lettres de François suffiront, maintenant, pour. éclairer le lecteur sur le drame tout enter.

De Malaca même, et près de se rendre au vais-

seau, où 1l se reurait pour échapper à la vue des

tristesses de ses amis et ne pas les accroître, 1l écrit à Diogo Pereira, le 25 juin :

Puisque vos péchés et les miens ont été si grands, qu’à cause d'eux, Dieu Notre-Seigneur n’a pas voulu se servir de nous, 11 n’y a sujet de s’en prendre à personne, si ce n’est à eux. Les miens ont été si grands, qu'ils auront suffi à me perdre et à vous détruire. Vous avez bien sujet de vous plaindre de moi, Señor, car je vous ai ruiné, et tous les vôtres, et ceux qui allaient en notre compagnie. N'est-ce pas une ruine, en effet, que d’avoir, à ma prière, dépensé quarante mille pardaos pour des présents à faire au Roï de Chine, sans compter les frais exposés pour le vaisseau et la cargaison ?

Je vous prie cependant, Señor, de vous souvenir que j’eus toujours lintention d’être utile à V. Merced, en servant Dieu Notre-Seigneur : s’il n’en était ainsi, je mourrais de

peine.

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Je vous en supplie, Señor, ne venez pas où je suis : la tristesse que je ressens en serait plus grande; vous voir seulement me remettrait trop vivement sous les yeux la ruine dont je suis cause. Je m’en vais au vaisseau, pour me tenir là (para estar la), afin que les gens (os homens) ne viennent pas me trouver à la maison, et, les yeux en larmes, me reprocher de les avoir ruinés (dicendome que eu os destrui) : si mon intention n’était là, qui m'excuse (qui me sauve), il y aurait, Je vous l'ai dit, de quoi mourir de tristesse.

J'ai déjà pris congé du señor Don Alvaro. Dieu lui pardonne d’avoir jugé à propos d'empêcher notre voyage.

Je ne saurais, maintenant, m’acquitter envers votre Merced qu’en écrivant au Roi, N.S., pour lui dire le grand préjudice que je vous ai porté, en vous priant et suppliant en grâce, pour le service de Notre-Seigneur et de Son Altesse, de venir en Chine, à ütre d’ambassadeur du seigneur Vice-Roi, afin d’y traiter de la paix entre le Roi de Chine et le Roi, N. $., et comment ce voyage eût procuré au Roi honneur et accroissement de son État, sans compter les grands profits qui s’en pouvaient suivre : — et, de fait, puisque, pour vous retirer l'ambassade dont vous avait chargé le Vice-Roï, on a fat valoir les intérêts du service de Son Altesse, et que de ce retrait d’une mission, par moi demandée, a suivi la perte de urosses sommes dépensées, d’un vaisseau et de sa cargaison, je dois, pour la décharge de ma conscience, écrire au Roi, N. S., qu'il a l’obligation de vous rembourser tous les dommages et pertes que vous avez subis pour son service. Je ne puis faire davantage. |

Dieu sait quelle affliction est aussi la mienne, à la vue du grand tort que se fait le señor D. Alvaro, quand il m’arrête en une entreprise de si grande importance pour le service de Notre-Seigneur : J'en suis triste (pesame), parce que de Dieu

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Notre-Seigneur lui doit venir le châtiment, et plus dur (mayor) qu'il ne pense.

De ce collège de Malaca, le 25 juin 1552.

Votre triste et désolé (desconsolado) ami,

François ”.

Le 16 juillet, 1l écrit à Gaspard Barzée quelques mots, et son âme y épanche la reconnaissance dont elle est pleine pour un digne fils de Vasco da Gama,

Pedro de Sylva :

La grâce et l’amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous soient toujours en aide et favorables.

Maitre Gaspard, sachez que vous ne pourrez jamais payer au señor D. Pedro de Sylva tout ce (le beaucoup) que je lui dois ; car, au temps où 1l était Capitaine de la forteresse de Malaca, 1l me favorisa si fort, aux choses du service de Dieu, que jamais, depuis ma venue dans l’Inde, je ne vis homme qui me favorisât autant. Quand j'allai au Japon, il me pourvut, en deux jours, d’une embarcation à mon gré et d’un présent du prix de deux cents crusados, pour Poffrir, arrivés au Japon, au Seigneur du pays, afin que nous fussions mieux accueillis. Plût à Dieu qu'il fût, en ce moment, Capitaine de Malaca : il m’eût autrement embarqué pour la Chine, et se füt autrement comporté avec moi, que ne fait son frère, Don Alvaro. Celui-ci m'a retiré le vaisseau, que m'avait donné le seigneur Vice-Roi. Dieu Notre-Seigneur lui pardonne, car j'ai bien peur qu'il ne le châue, et plus qu'il ne pense.

Maintenant, le señor Don Pedro de Sylva me fait telle

merced. que, par bonne amitié, 1l m'a prêté 300 crusados,

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