‹ Saint François de Xavier (volume 2)Chapitre 87 sur 144 · Ajuda, fol · texte numérisé non relu

Ajuda, fol

Il 20

afin de payer une dette de pareille somme, que je contractai, au Japon, pour la construction de Péglise de la ville de Ayamanguchi, où sont les Pères de la Compagnie.

Ma présente vue, et le plus vite possible (com muita breuidade), payez au señor D. Pedro de Sylva les 300 cruzados, qu'avec tant d'amour et de bonté il m’a prêtés ici. Prenez-les sur les revenus du collège, ou sur les deux mille cruzados de rente annuelle que lui fait le Roi. Payez-les très vite, et n’attendez pas que le señor D. Pedro vous les envoie demander : j'en serais vivement peiné, et il me semblerait que vous auriez mis de la négligence à exécuter ce que tant je vous recommande.

Notre-Seigneur nous réunisse en la gloire du paradis.

Tout vôtre, en Jésus-Christ, FRANÇOIS ”.

La lettre de François du 16 juillet est la dernière qu'il ait écrite de Malaca : il en dut partir sans re-

tard, car 1l était, le 21, à Singapour, d’où il écrit”

encore au Recteur de Goa :

La grâce et l’amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous soient toujours en aide et favorables.

Maître Gaspard, vous ne sauriez croire com RENE al été persécuté à Malaca. Je ne vous écris rien, en particulier, de ces persécutions : j'ai chargé le Père François Perez de vous tout

écrire par le menu.

. Ajuda, fol. 67.

Il vous écrira aussi, au sujet de l’excommunication que Don Alvaro a encourue, en empêchant mon départ pour la Chine, qui importait si fort au service de Dieu et à la propagation de notre sainte Foi. Ce faisant, il est allé contre les Bulles que le Pape Paul IIT, actuellement régnant, a accordées à la Compagnie du Nom de Jésus ; il a également violé l'£xtravagante, qui excommunie ceux qui mettent empêchement à ce que les Nonces apostoliques exercent leur office, pour le service de Dieu et l’accroissement de notre sainte Foi.

Mettez bien de la diligence à procurer que, par la voie du seigneur Évêque, soit ici notifiée l’excommunication encourue par ceux qui ont empêché une expédition si profitable au service de Dieu, afin que l’on n'arrête pas, une autre fois, les Pères de la Compagnie du Nom de Jésus, qui se rendraient au Japon ou en Chine. Veillez à ce que, dans la Provision que le seigneur Évêque expédiera au Vicaire de Malaca, il soit dit comment, pour me garantir plus d’appui au service de Dieu, le Pape Paul IIT me fit son Nonce en ces régions de l'Inde. Les Lettres du Pape je les montrai au seigneur Évèque, et Sa Seigneurie les vérifia (approuva).

J'écris moi-même au seigneur Évêque, à ce sujet, afin que Sa Seigneurie Révérendissime notifie, par une Provision, l’excommunication que Don Alvaro a encourue. Vous avez, ce me semble, au collège, un Bref où il est dit que je suis Nonce apostolique. S'il y a nécessité, vous le montrerez au seigneur Évèque. Ceci, je le fais, afin que, à l’avenir, on n’entrave pas les ministères de ceux de notre Compagnie.

Je n’adresserai jamais requête à un Prélat pour qu'il excommunie qui que ce soit; mais je me garderai aussi de dissimuler avec ceux que je saurai être excommuniés, en vertu des Saints Canons ou des Bulles concédées à notre Compagnie : au contraire, je les leur notifierai, afin qu’ils se sachent excommuniés et qu'ils fassent pénitence de leurs méfaits; et aussi,

pour empêcher qu’à l'avenir, nul ne se permette des actes si préjudiciables au service de Dieu Notre-Seigneur : et c’est pour cela que si fort je vous recommande, et au Père Jean de Beira, d'envoyer une provision de l’Évèque où tout soit bien spécifié; — où expressément il ordonne au Vicaire de Malaca de notifier publiquement l’excommunication, que Don Alvaro a encourue pour avoir empêché un voyage intéressant grandement le service de Dieu et la propagation de notre sainte For.

Moi, je vais aux iles de Canton, démarré (desamarrado) de toute faveur humaine, avec l'espérance que quelque More ou païen me mènera à la terre ferme de Chine. Le vaisseau que j'avais pour m’y rendre, Don Alvaro l’a, par violence, arrêté. H n’a pas voulu exécuter la Provision du seigneur Vice-Roi, par laquelle il commandait à Diogo Pereira de se rendre, à titre d’ambassadeur, auprès du Roi de Chine, et à moi, en sa compagnie. Don Alvaro n’a pas voulu que des provisions si favorables au service de Dieu s’exécutassent, et 1l m'a, en conséquence, pris le vaisseau que j'avais pour me rendre à la terre ferme de Chine.

. Les avis (lembranças) que je vous ai laissés, ne négligez pas de les observer, ceux surtout qui regardent votre conscience et puis celle des autres de la Compagnie. ;

Tâchez que, dans l’année, quelqu'un aille au Japon, amsi que je l’ai laissé recommandé quand je suis parti de Goa pour ici. Cette année, y sont allés Baltasar Gago, Duarte de Sylva. et Pero de Alcaçova : ils sont partis en un très bon vaisseau et avec très beau temps. Dieu veuille les mener, à bon port, à Ayamanguchi, où sont lé Père Cosme de Torres et Jean Fer-

nandez *. | “|

1. Ils partirent de Malaca, le 6 juin 1552, par le vaisseau de Duarte da Gama, Ils étaient à Bungo, le 7 septembre. Juan Fernandez les y joignit, et

Travaillez à recueillir tout ce que vous pourrez d’aumônes, pour les envoyer au Japon, d'ici à un an, lors du départ des vaisseaux pour Malaca, au mois d’avril. S'il arrivait, par hasard, que vous ne puissiez, d'aucune manière, envoyer au Japon un Père de la Compagnie, homme docte (lettrado), vous enverrez un Frère laïque, homme bien intelligent et de grande confiance, avec une aumône et la nouvelle de la venue

d’un Père, pour l’année suivante. Gardez-vous d’envoyer au

Japon ou en Chine un Père qui ne serait pas docte (lettrado). Quant au Frère, s’il n’y a pas de Père, qu’il soit intelligent, afin de pouvoir apprendre la langue. Par toutes les voies que vous pourrez, recours aux Confrères de la Miséricorde, à d’autres personnes dévotes, au Roi, — et toute autre voie quelconque, travaillez à recueillir une aumône, que vous enverrez aux Frères du Japon. À Malaca, le Père François Perez cherchera une embarcation pour le Frère qui s’y rendra.

À Jean de Beira, vous donnerez toute l’aide et faveur que

vous pourrez; appuyez-le auprès du Vice-Roi; procurez-lui

tous les Frères disponibles, afin que, avec lui, ils travaillent à faire des chrétiens, à Maluco. Tâchez, par tous moyens, que le Père Jean de Beira s’en aille avec le vaisseau qui se rend à Maluco, au mois d'avril, vu que son éloignement de Maluco y a de fâcheuses conséquences.

S'il arrivait, cette année, de Portugal un Père qui pût aller avec lui à Maluco, donnez-le lui pour compagnon, quand il n'aurait pas de science (ainda que no tenga letras), parce

ils se rendirent ensemble, par Firando, à Ayamanguchi, où ils secondèrent le zèle de Cosme de Torres.

Le Frère Pierre de Alcaçova, revenu dans l’Inde, à la fin de l’année 1553, eut l'honneur de ramener, de Malaca à Goa, le corps de François. Il s’y dévoua, pendant vingt-quatre ans qu'il vécut encore, à l’instruction et à l’éducation des enfants du Collège.

que, à Malu:o, ce n’est pas la science qui est nécessaire, mais

la vertu et la constance dans la vertu. Envoyez, en même

temps, un Frère de grande confiance et vertu. Si vous n’aviez pas de Père qui pût accompagner Jean de Beira, donnez-lui deux Frères laïques de grande vertu et perfection.

Bien par le menu, vous m’écrirez, d’ici à un an, à Malaca, et aussi le Père Jean de Beira, parce que, de là, les lettres me seront envoyées en Chine. Et si (ce que Dieu ne veuille), je n’allais pas en Chine, je reviendrai dans l’Inde (Dieu me donnant vie et santé), au cours de décembre ou de janvier prochains.

Vous me donnerez des nouvelles de toute l’Inde et du Portugal, du seigneur Évêque, des Frades de Saint-François et de Saint-Dominique, que vous saluerez bien affectueusement, les priant beaucoup de me recommander à Dieu Notre-Seigneur en leurs saints Sacrifices et oraisons.

Au collège, faites spéciale mémoire auprès de Dieu, et de moi, et des Pères et Frères qui sont au Japon; car vous savez bien certainement que nous avons grand besoin du secours de Dieu Notre-Seigneur.

Qu'il Lui plaise nous réunir dans la gloire du Paradis, où nous aurons plus de repos qu’en cette vie.

Du détroit de Singapour, le 21 juillet 1552.

Alvaro Ferreira vient avec moi, et aussi le Chinois Antonio, qui était à Cochin. Tous deux sont malades de fièvres, et ils me donnent plus de travail et de souci que je ne le saurais écrire. Plaise à Dieu Notre-Seigneur qu’ils recouvrent la santé.

Votre ami et frère en Jésus-Christ,

ee 1. Ajada, =, fol. 68,

De PE LR

FRANÇOIS A SINGAPOUR (JUILLET 1552). 311 Le même jour, à Jean de Beira :

La grâce et l’amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous soient toujours en aidé et favorables.

Jean de Beira, pour le service et l’amour de Notre-Seigneur, je vous recommande et vous prie que, des choses intérieures que Dieu vous a donné de sentir, vous ne rendiez compte à personne ; J'entends parler de ces choses, qui n’intéressent pas le bien et profit spirituel des chrétiens de Maluco, de Moro et d’autres régions.

Les choses qui touchent au bien et profit des chrétiens, travaillez à les dépêcher auprès du seigneur Vice-Roïi. S'il y avait nécessité, parlez à l’Évêque, afin qu'il vous aide à obtenir quelques Provisions du seigneur Vice-Roi contre le Roi de Maluco, qui, comme vous le dites, n’est pas notre ami.

Vous dépêcherez vos affaires, au plus vite, afin de revenir, au mois de mai, par le vaisseau qui ira à Maluco ; et si vous ne pouvez amener des Pères, amenez des Frères, vu que, dans ces pays-là, autant font ceux qui ne sont pas Pères que ceux qui le sont, et même, ce me semble, il y vaut mieux des Frères, parce qu'ils vivent plus humbles et plus pacifiques. Qu'il demeure réglé avec Maître Gaspard que, chaque année, quelqu'un de la Compagnie, ou Père ou Frère, ira à Maluco.

Prenez garde que, pour aucun motif, vous ne manquiez de retourner à Maluco, cette année, au mois de mai, parce que votre absence y est fort regrettable, et gardez ma présente

lettre, afin que, là-bas, dans l’Inde, personne ne mette empé-

chement à votre retour à Maluco; — et gardez-vous de communiquer les choses que vous me dites dans l’église de Malaca.

J'écris au Père Maître Gaspard, afin qu’il vous donne toute

aide et appui, de sorte que vous puissiez expédier vite vos

affaires et rentrer à Maluco, où vous reviendrez bien muni, à l'encontre du Roi de ce pays, puisqu'il remplit si mal ses

engagements, de Provisions du Vice-Roï, révoquant celles que

Juan de Castro avait concédées en sa faveur.

Notre-Seigneur nous réunisse en la gloire du paradis.

Du détroit de Singapour, 21 juillet 1552.

Votre frère en Jésus-Christ, FRANÇOIS *.

Le lendemain, 22 juillet, François est encore à Singapour, d’où il redit à Diogo Péreira ses regrets. et sa reconnaissance :

Il me suffirait bien, pour avoir continuel souvenir de Votre Merced, que je vous aie laissé sur une terre que la peste ravage, — et Je ne puis qu'en avoir souvenir plus reconnaissant (maior lembrança), dans ce sien navire, où tous, en sa considération, me font grand honneur et merced, et me fournissent très abondamment le nécessaire, et pour moi, qui me porte bien, et pour les malades que j'embarquai à Malaca. Par la miséricorde de Dieu, ils se trouvent toujours plus mal, et Dieu sait les peines et soucis qu'ils me donnent. Loué soit Dieu, pour tout et toujours, au ciel et sur la terre.

J’envoie, Señor, à V. M. la lettre adressée au Roi : elle vous vient ouverte; V. M., après l'avoir lue, la cachètera. Moi, Señor, pour le grand amour que je vous porte, je désirerais beaucoup que, par l'entremise d’une personne à qui l’on

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