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trouvé beaucoup d’autres vaisseaux de marchands. Le port de Sanchoan est à trente lieues de Canton ; de la ville de ce nom viennent beaucoup de marchands faire commerce avec les Portugais.
Plusieurs se sont donné du mouvement pour voir si quelqu'un de ces marchands voudrait me porter à Canton. Tous s’en sont excusés, disant que c'était mettre leurs biens et leur
vie en grand péril, si le Gouverneur de Canton apprenait que
J'y eusse été porté; ils ne voulaient donc, pour aucun prix, me mener à Canton sur leurs vaisseaux.
Il plut cependant à Dieu Notre-Seigneur qu’un homme ho-
norable, marchand de la ville de Canton, s’offrit, au prix de
200 crusados, à me porter à Canton. Ce serait dans une petite embarcation, où ne se trouveraient pas d’autres mariniers que ses fils et ses serviteurs (moços), afin que le Gouverneur ne puisse pas savoir, par l’indiscrétion de gens d'équipage, quel marchand m'a porté. Il s’est, de plus, offert à me tenir caché dans sa maison, trois ou quatre Jours, et à me déposer, un matin, avant le jour, à la porte de la ville, avec mes livres
et autres petits bagages (outro fatinho). De là, j'irais bientôt chez le Gouverneur, lui dire comment nous étions venus pour nous rendre là où est le Roi de Chine; je lui montrerais la
lettre du seigneur Evêque, dont nous sommes porteurs, à l’adresse du Roi de Chine, par laquelle 1l me déclare que Son Altesse nous envoie pour prêcher la Loi de Dieu. |
Au dire des gens du pays, nous courons deux dangers : le premier est que l’homme qui nous porte, quand il aura en main les deux cents cruzados, ne nous laisse dans quelque
île déserte ou ne nous jette à la mer, pour n’avoir pas à crain=
dre le Gouverneur de Canton; le second est que, portés à Canton et arrivés en présence du Gouverneur, celui-ci ne nous fasse maltraiter et jeter en prison, pour être notre démarche
Le.
si étrange et inouïe, et vu, de plus, qu'il y a tant de défenses publiées de n’entrer pas en Chine sans permission du Roi, et que le Roi lui-même défend aux étrangers d’entrer sans être munis de son autorisation écrite (sua chapa).
Outre ces deux dangers, il en est d’autres, nombreux et plus grands, que les gens du pays ne soupçonnent pas et qu’il serait trop long d’énumérer. Je ne laisserai cependant pas d’en signaler quelques-uns :
Le premier est que nous ne perdions notre espérance et confiance en la Miséricorde de Dieu. Nous allons, pour son amour et service, publier la Loi de Jésus-Christ, son Fils, notre Rédempteur et Seigneur. Lui le sait bien, puisque ces désirs nous viennent de sa sainte Miséricorde. Nous défier, maintenant, de cette miséricorde et de la puissance de Dieu, à cause des périls où nous pourrions nous trouver pour son service ; cesser de compter sur cette miséricorde et puissance : le voilà, le péril plus grand. Dieu n’a qu’à vouloir, et nous serons préservés de tous les maux de cette vie, des maux qui nous peuvent venir de ses ennemis, Car, sans sa permission, ni le démon ni ses ministres ne sauraient nous nuire en rien, Puis, n’y a-t-1l pas un encouragement pour nous dans cette parole du Seigneur : Qui aime sa vie en ce monde, etc., et celui qui la perdra pour Dieu la trouvera? et dans cette autre parole analogue de Jésus-Christ : Celui qui met la main à la charrue et regarde derrière sot n'est pas propre au royaume de Dieu?
Nous donc, considérant ces périls de l’âme, qui sont beaucoup plus grands que ceux du corps, nous Jugeons que le
plus sûr pour nous est de subir tous les dangers corporels,
au lieu de nous engager, devant Dieu, dans les périls spiri-
tuels, et nous sommes déterminés à nous rendre en Chine par
un chemin quelconque. Le succès de notre voyage, je l'espère
de Dieu Notre-Seigneur : il se fera, pour l'accroissement de notre sainte Foi, pour tant que nos ennemis et leurs ministres nous pérsécutent; car, si Dieu est pour nous, qui aura victoire contre nous ? | | Quand le vaisseau s’en ira de ce port de Sanchoan à Malaca, j'espère en Dieu Notre-Seigneur qu'il portera nouvelles de nous, et comment nous avons été reçus à Canton, parce que, de Canton à ce port de Sanchoan, il va sans cesse des vaisseaux, par lesquels je pourrai écrire ce qui nous est arrivé d’ici à Canton, et ce que nous a fait le Gouverneur de Canton.
Alvaro Ferreira et le Chinois Antoine sont venus, toujours malades ; maintenant, par la miséricorde de Dieu, ils se trouvent mieux. Je me suis aperçu qu'Antoine ne sert de rien comme interprète, parce qu'il a oublié la langue chinoise. Un Pero Lopez, qui fut esclave de Antonio Lopez, celui qui mourut au siège de Malaca, s’est offert à venir avec moi. Il sait lire et écrire le portugais, et il lit bien et écrit un peu le chinois. Il a fait son offre avec bien du courage et de la bonne volonté. Dieu le paiera, en cette vie et en l’autre. Recommandez-le à Dieu Notre-Seigneur, afin qu’il lui donne la persévé-
rance.
Dès notre arrivée à Sanchoan, nous fîmes une église, et j'ai dit la messe, chaque jour, jusqu’à ce que je tombai malade de fièvres : la maladie dura quinze jours. Maintenant, par la miséricorde de Dieu, je me trouve bien portant. Il ne manque pas, ici, d’occupations spirituelles, comme confesser de nombreux malades, mettre fin à des brouilleries (fazer amizades) et autres bonnes œuvres.
Je ne sais que vous annoncer encore (que mais vos faça saber), si ce n’est que nous sommes très déterminés d'aller en Chine. Tous les Chinois (j'entends parler des hommes hono-
rables, marchands) que nous voyons témoignent désirer et être
contents que nous allions en Chine ; ils ont peut-être l’idée
(parecendolles) que nous portons, écrite dans nos livres, une Loi meilleure que la leur; peut-être aussi ont-ils ces sentiments pour être amis des nouveautés. Tous donc se montrent fort satisfaits, bien qu'aucun ne veuille nous porter à Canton, à cause des périls où 1ls se pourraient voir.
Ecrit à Sanchoan.
L'église de Notre-Dame et le collège, s’il est nôtre, et tout ce qui est de la Compagnie, confiez-le à la garde du Père Vicente Viegas. Vous lui remettrez copie de la donation que le seigneur Évêque a faite à la Compagnie du Nom de Jésus de la maison de Notre-Dame, afin que ni le Vicaire, ni aucun autre, nile P. Vicente Viegas lui-même ne puissent prétendre aucun droit sur l’église de Notre-Dame. Vous prierez beaucoup le P. Vicente Viegas, en votre nom et au mien, de vouloir bien, pour lamour de Dieu, accepter charge de l’église, jusqu’à ce que le Recteur de Saint-Paul désigne quelqu'un qui vienne résider à Malaca. S'il vous semble à propos que Bernard demeure avec lui, qu'il demeure pour enseigner les enfants. |
Et moi, je suis ici, attendant, chaque jour, un Chinois qui
doit venir de Canton me prendre. Plaise à Dieu qu’il vienne
comme je le désire. Si, par cas, Dieu ne le voulait pas, je ne sais ce que je ferais ; si je retournerais dans l’Inde ou si j'irais à Siam, pour de là passer en Chine avec Pambassade que le Roi de Siam envoie au Roi de Chine. Je vous écris ceci, afin que vous disiez à Diogo Pereira que si lui doit aller en Chine et que, par une voie quelconque, il puisse m'écrire à Siam, il le fasse, afin que nous nous y joignions, ou dans quelque
port de Chine.
Témoignez grande amitié à Diogo Pereira, soit à Malaca, soit dans l’Inde; recommandez-le à Dieu d’abord, et puis partout où votre intervention lui pourra être utile; il est, lui, si grand ami de notre Compagnie ! : |
Jésus-Christ Notre-Seigneur nous donne son aide et faveur. Amen.
De Sanchoan, aujourd’hui, 22 octobre 1552.
Tout vôtre, en Jésus-Christ, | FRANÇOIS ‘.
François Perez, je vous ordonne, en vertu de la sante obéissance, que, vu la présente mienne cédule, vous ne demeuriez plus à Malaca, mais preniez le chemin de l'Inde par les vaisseaux qui s’y rendront, à la mousson.
Si la cédule ne vous était remise qu'après le départ des vaisseaux pour l'Inde, vous irez, par le vaisseau de Coromandel, à Cochin, et serez là en résidence, prêchant, confessant, enseignant, comme vous faisiez à Malaca, selon la méthode et l’ordre marqués au mémorial que je vous laissai à Malaca, lorsque j'allai au Japon, et conformément aussi aux instructions que j'ai laissées à Antonio de EÉredia, lequel est mainteà Cochin. |
Vous demeurerez à Cochin, à la place d’Antonio de Eredia, et Antonio de Eredia, ou tout autre qui l’aurait remplacé, se mettra, la présente vue, en chemin pour Goa, et là se tiendra prêt à parür pour le Japon. Ainsi donc, la présente obédienc® servira, et pour vous, et pour Antonio de Eredia, ou autre quelconque qui le remplacerait, afin que, en vertu de l’obéissance, vous exécutiez ce que Je vous commande.
Du jour de votre arrivée à Cochin, vous serez Recteur de