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Enfin, les 12 et 13 novembre, François adresse au Supérieur de Malaca les dernières lettres que nous ayons de lui.
La grâce et l’amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous soient toujours en aide et favorables.
Par la barque de Gaspard Mendez, je vous écrivis, et François Sanchez se chargea des lettres : ce que je vous dis alors et ce que je vous écris aujourd’hui, tâchez de le faire avec grand soin.
D'ici à huit jours, j'attends le marchand qui doit me porter à Canton. Très certainement, s’il ne meurt pas, il viendra ici, vu la grande quantité (interesse) de poivre que je lui promis (donnai) ; car, s'il me porte sain et sauf à Canton, il y gagne plus de 350 cruzados.
Je dois cela à mon bon ami Diogo Pereira. Dieu le récompense, puisque moi je ne le puis faire. En tout ce que vous pourrez, donnez-lui, dans l’Inde, appui et faveur, car je ne sais vraiment quand nous pourrons, tous ensemble, lui payer le bon acheminement qu'il nous donne pour la propagation de notre sainte Foi dans les régions de Chine, et pour que ceux de la Compagnie du Nom de Jésus puissent réaliser les désirs qu'ils ont de propager cette sainte Foi. II m'a été si grand auxillaire (neto tao grando) pour que je pusse aller en Chine, et tous les frais de mon voyage, c’est lui qui les supporte.
Vous saurez de Diogo Pereira s’il doit venir, l’année pro-
chaine, à Canton, comme ambassadeur, ou s’il a, à ce sujet, quelque espérance. Pour moi, je n’en ai point (desconfiado estou) : plaise à Dieu que le contraire de ce que j'attends se réalise, et Dieu pardonne à qui fut cause d’un si grand mal: J’ai peur que Dieu ne lui donne bientôt le châtiment ; qu'il le lui ait déjà donné, je n’en serai pas surpris.
J'écris à Diogo Pereira que s’il doit venir en ces contrées, Maître Gaspard a reçu ordre de moi d’envoyer à Malaca un Père qui, de là, viendrait avec lui. Ce Père prendrait, pour
cela, les vaisseaux qui, au mois de mai, se rendent de Inde
à Malaca; et si, par cas, Diogo Pereira devait aller à la Sonde avec son vaisseau, qui partira bientôt d’ici et qu’il irait joindre loin de Malaca, il ne sera pas, en ce cas, nécessaire qu’un Père vienne de l'Inde pour accompagner Diogo Pereira, car ils ne pourraient se rencontrer. Ceci, vous le règlerez avec Diogo Pereira avant de partir pour l’Inde.
J’ai renvoyé de la Compagnie Ferreira, parce qu'il n’est pas pour elle. Ainsi done, à Cochin, je vous le commande en vertu de l’obéissance, ne le recevez pas dans la Maison. Tout ce que vous pourrez faire, pour l’aider à être Frade chez les Frades de Saint-François ou de Saint-Dominique, faites-le. Écrivez la même chose à Maître Gaspard : qu’en aucune manière (je le lui commande en vertu de l’obéissance), 1l ne reçoive Ferreira à la Maison; mais s’il peut l’aider à être rade de Saint-François ou de Saint-Dominique, qu’il l’aide.
Je voudrais bien pouvoir, cette année, vous faire savoir
nouvelles d'ici, et de la réception au’on m’aura faite à Canton. 3 )
par le vaisseau qui partira, voie de Coromandel. J’aurai soin,
du moins, de vous écrire de Canton, et plaise à Dieu que le ? ;
vaisseau de Diogo Pereira, qui part d'ici, rencontre à Malaca
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le vaisseau qui part pour Coromandel. Vous pourriez, à ce compte, avoir de mes nouvelles de Canton, à Cochin, dans le courant du mois de mars.
À Vicente Viegas vous laisserez recommandé d’avoir soin, dès l’arrivée du vaisseau de Diogo Pereira à Malaca, d’en retirer mes lettres et de les mettre en chemin par la voie de Coromandel. Recommandez aussi à Diogo Pereira de faire ensuite arriver à Cochin mes lettres avec les siennes, voie de terre, par quelque patamar.
La maison de Notre-Dame et le Collège, laissez-les au Père Vicente Viegas, le priant d’en vouloir prendre la charge ; vous lui laisserez aussi la maison, et copie de la donation que le seigneur Évêque en a faite à la Compagnie, afin que personne n'ait à y prétendre de droit. Quant à l’original de l’acte, vous le prendrez avec vous à Cochin, et de là le ferez tenir, par une bonne occasion, au Recteur de Saint-Paul de Goa.
Gardez-vous bien, pour quelque raison que ce soit, de rester à Malaca : vous n’y avez déjà perdu que trop de temps, pouvant mieux employer vos travaux ailleurs. J'ajoute cet article (este capitulhino), afin que, ni pour prières, n1 pour fausses promesses de personne que si vous restez l’on s’amendera, pour aucune raison enfin, vous ne restiez.
Avec le P. Vincent Viegas vous pourrez, si bon vous semble, laisser Bernard, pour enseigner la lecture, l’écriture et les prières aux enfants. Faites cela, si vous le jugez meilleur; sinon, emmenez Bernard avec vous ”.
1. Ce Bernard n’était pas (comme certains l’ont pensé) Bernard le Japonais : celui-ci ne pouvait évidemment enseigner la grammaire aux enfants de Malaca. Il est, d’ailleurs, certain que Bernard partit, de Malaca, avec François, pour Cochin et Goa (Select. epist., p. 155).
Quant à Ferreira, si vous pouvez le faire partir en un vaisseau autre que celui où vous serez, faites-le; sinon, qu'ilagisse à sa guise. S'il vous importunait pour être avec vous sur un même vaisseau, accordez-lui cela, mais à condition qu'il se fera Frade. Prenez-le alors avec vous et soyez bon pour lui, mais toujours à la condition qu'il se fera Frade : 1l vous en donnera sa parole.
L'interprète, qui écrivait qu'il voulait aller avec mot en Chine, a peur et 1l demeure. Nous allons, avec l’aide de Dieu, Antoine, Christophe et moi : priez beaucoup Dieu pour nous, car nous courons très grand risque d’être retenus captifs. Nous nous consolons, d'avance, en pensant qu'il nous est de beaucoup meilleur être captfs, pour le seul amour de Dieu, que libres en fuyant les labeurs de la Croix.
Au cas où, pour le grand péril qu'il court, celui qui devait nous porter à Canton se soit repenti du marché conclu et que, par crainte, 1l laisse de nous y porter, en tel cas, j'irai à Siam, pour de là, au cours de l’année, me rendre à Canton, dans les vaisseaux que le Roi de Siam y envoie. Plaisé à Dieu que nous allions à Canton, cette année.
Saluez bien, de ma part, tous nos dévots et amis, particulièrement le P. Vincent Viegas”.
Dieu Notre-Seigneur nous réunisse en la gloire du paradis.
De ce port de Sanchoan, le 12 novembre 1552.
Votre frère en Jésus-Christ, FRANÇOIS ?.
1. Sébastien Gonçalvez écrit : « Celui à qui François Perez devait laisser la maison de Malaca à garder, en quittant Malaca, était un prêtre castillan, appelé Jean Diaz, un de ceux qui se trouvaient avec les Castillans de la flotte qui arriva à Maluco avec celle de Fernand de Sousa, pendant le carême de 1546. Plus tard, il entra dans la Compagnie. »