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à 7 AT À j + À D Ï À r 4 ; 304 FRANCOIS A SANCIAN (9CTOBRE-NOVEMBRE 1992). de’ son serviteur, nous ‘conduire, après notre mort, là où Je crois que lui se trouve. Amen.
Notre-Seigneur soit avec vous, mon très cher frère,
Le Chinois ANTONIO DE SANTA-FÉ.
Antonio vécut longtemps à Macao, où les Pères du Japon le connurent et laimèrent. Le P. Valignam raconte :
J’ai connu, en Chine, le »70ç0 Antonio de Santa-Fé qui, autrefois, avait assisté François à Sanchoan. C'était, quand Je le rencontrai, un vieillard, homme d’honneur et excellent chrétien. Il me disait : « Je n’avais rien de ce qu'il lui eût fallu pour secourir le Père, malade comme il était. J’allai au vaisseau : je n’en rapportai que quelques amandes, que le
Capitan me donna : encore n’arrivèrent-elles pas à temps, car
je trouvai le Père déjà si bas qu'il ne pouvait rien prendre. Les Portugais étaient en bien petit nombre, et ils ne quittaient guère leur vaisseau : ils ne soupçonnaient pas, d’ailleurs, que le Père fût si mal, et, de fait, sa maladie fut violente, mais courte : elle lPemporta en cinq Jours; de sorte que, durant ce temps et jusqu’à la mort, il fut dans un extrême dénûment de tout secours humain, couché dans une misérable casrlla, ouverte au froid et au vent, et sans autre consolation que celle qui lui venait de Dieu... Après la mort, le visage du Père devint si beau, si rosé, que tous ceux qui le virent s’en émerveillèrent : on eût dit que le Père était vivant.
L’historien de François de Xavier devra, croyonsnous, restituer à ce document sa valeur de premier
25 Li dl 1: Ayuda, a, fol, 109;
FRANCOÏS À SANCIAN (OCTOBRE-NOVEMBRE 1902). 359
ordre. Le témoin est, de toute facon, recommandable au plus haut degré : ce qu’il tait révèle ses mérites, plus peut-être que ce qu’il dit. — Quelle délicatesse de cœur manifeste le silence d’Antonio, au sujet de Cristobal, le m0oço indien, venu de Goa avec lui, qui attrista les derniers moments du Saint; — son silence, au sujet de la fuite de Jorge Alvrez, qui laissa François sans secours ! La modération, la générosité du langage d’Antonio quand il parle des Portugais, agents d’Ataide, ne l’honore pas moins. Le témoin apparaît, d’ailleurs, aussi riche d'intelligence qu’il l’est de cœur. De ce qu’il souffrit lui-même, Antonio ne dit rien; ses actes personnels, il ne les fait point valoir; 1l relève, au contraire, avec une joie naïve, les bonnes actions, les bonnes pensées d’autrui, comme l’heureuse idée du mulâtre, auprès de la fosse de François. Tout, chez Antonio, inspire ab- solue confiance : — il est vraiment, comme Île dit Valignani, « homme d'honneur et parfait chrétien. »
Après cela, il est étrange que, pour déterminer le jour de la mort du Saint, on ait mieux aimé s’en tenir au dire d’un marchand qu’au témoignage d’Antonio. Sans doute, le témoignage d’Antonio vint plus lard, et 1l est demeuré peu connu, puisqu'on ne le Louve dans aucune biographie du Saint; mais Sébastien Goncçalvez ne lignora point. Il écrit : . & Antonio de Santa-Fé, dans sa lettre, que j'ai lue, dit, à trois reprises, que François mourut le dimanche 27 novembre. »
Gonçalvez ajoute : «Le chatim (marchand de l’Inde) Gonçalvez-le-riche, qui était à Sanchoan quand
François mourut, écrivit sur son mémorial qu'il était mort, le 2 décembre, un vendredi.
Gonçalvez conclut : « L’opinion la plus sûre me paraît être celle qui est communément reçue dans la Compagnie, savoir, que François mourut, le samedi matin, 2 décembre. »
Lucena avait déjà dit : « Au lever du jour, le samedi, 2 décembre... » | R
Et Gonçalvez et Lucena veulent, d’ailleurs, que François ait été enseveli, le dimanche. Mais difficulté surgit, quand on observa que le » décembre, en 155», était un vendredi, comme avait noté le chatim, et le renvoi de la sépulture au dimanche, 4 décembre, devint un mystère. Le P. de Sousa, sur la foi du P. Sébastien Gonçalvez, son guide ordinaire, fait mourir François le 2 décembre; mais il confesse ne pas comprendre pourquoi la sépulture fut remise, du vendredi au dimanche après midi : ( naäo sey por que rasäo. » Serait-ce pour rendre ce retard moins mystérieux, que Sousa, le premier, veut que Francois ait quitté ce monde, non pas au lever du jour, mais à deux heures après midi?
Le jour de la mort de François, le riche marchand Goncçalvez était dans le vaisseau de Pereira, avec les intrus qui l’occupaient. Il n’en sortit peut-être pas jusqu’au jour de février 1593, qui vit surgir de terre, intact, le corps du Saint. Que le chatim, durant les loisirs de la traversée, ait noté des souvenirs et, par à peu près, daté ses souvenirs ou ceux d’autrui, qu'importe, — en une question où nous avons un témoin que personne ne saurait supplanter?
Malheureusement, le chatim, quand il arriva à Malaca, parla le premier, et 1l fut cru sur parole ou sur note; la date du 2 décembre passa de Malaca à Goa : elle fut bientôt dans le monde entier : elle règne encore.
Elle régnait déjà si bien, au commencement du dix-septième siècle, que l’on se permit, dans les copies du mémoire d’Antonio, de substituer, à trois reprises, aux mots : « le dimanche 27 novembre », les mots : « /e dimanche 2 décembre. »
Pour avoir pris au sérieux le chatim, les biographes de François se sont mis en un autre embarras, celui de déterminer l'emploi des jours qui précèdent le > décembre : — Antonio les autorise à fixer au 20 novembre le point de départ de la gravité du mal de François; — mais, cela fait, ils sont réduits, ou à ne plus préciser de jour, comme fait Torsellini ; ou à distribuer arbitrairement les jours, comme fait Lucena ; et tous doublent les jours de la maladie de François.
Qui, mieux que Antonio, aussi bien que lui, connut le nombre de ces jours et leur emploi? Que peut-on imaginer de plus précis que le bulletin, écrit par Antonio, de la maladie de François durant les cing jours qu’elle dura? — Et, de longues années aprés, le P. Valignani entendra Antonio redire, vieillard, ce que, jeune homme, il avait écrit : « la maladie dura cinq jours. »