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Nous produirons, maintenant, deux autres relalions; mais nous observerons qu’elles sont de la fin de 1554 et datées de Goa, d’un temps, par conséquent, et d’un lieu où plus d’un intéressé avait pu donner cours à des assertions, dont il était bien difficile d’établir ou même de soupçonner linexactitude. Il faut se souvenir, en effet, que François était parti de Malaca environné, non pas d’amis, mais de gens qui désiraient, par-dessus tout, ne pas se compromettre auprès de l’ennemi du serviteur de Dieu, et que Alvaro de Ataïde les avait choisis, comme gens capa-
bles de le persécuter, à sa place, et jusqu’au bout. Ces quelques Portugais, jusqu’au bout, demeurèrent
dignes de leur patron, et 1l n’est pas vrai que des Portugais aient entouré de leurs soins Xavier mou-
rant ni se soient, un seul excepté, occupés de sa sé-
pulture. Le contraire ne se dit, à Malaca, à Goa, qu'après que le Saint glorifié eut contraint ses ad-
versaires à rougir de leur lâcheté et de leurs méfaits. :
Le Vice-Roi Alphonse de Noronha, bien informé, disait : « Ataïde a, deux fois, tué Maître François :
à Malaca, de lui-même; à Sanchoan, par les siens. »
Le Provincial de l’Inde, le P. Melchior Nunez,
écrit à saint Ignace :
L’an passé, Je vous annonçai la mort de notre Père Maître Gaspard, et comment le P. Morales prit sa charge, le Bienheu-
reux Père Maître François l'ayant ainsi ordonné en une cédule close. Je vous dis aussi comment, à l’heure où les vaisseaux allaient partir pour le Portugal, il s’était répandu, à Cochin, où j'étais alors, quelque bruit de l’heureuse mort de notre Père François; nous n'avions alors reçu aucune lettre; le bruit n'avait rien qui nous donnât certitude; il me fut donc impossible de vous fournir plus amples renseignements. Ce que nous avons su depuis, le voici :
Quand le Père François fut parvenu à Malaca, le capitan du vaisseau qui devait, à titre d’ambassadeur, se rendre en Chine, se trouva empêché de faire le voyage; alors Maître François, frustré des secours humains, s’appuya sur sa confiance en Dieu, et partit seul, en un vaisseau de marchands, pour des îles voisines de la Chine ; il espérait que, là, Dieu lui donnerait moyen de pénétrer sur la terre ferme, et qu’ainsi le démon demeurerait confus, et lui heureux d’arborer sur le sol de la Chine l’étendard de Jésus-Christ.
Parvenu à ces îles, tel fut le désir qu’il eut d'exécuter son dessein, qu’il réunit trois cents ducats d’aumônes et les offrit à un marchand chinois, qui s’engageait, moyennant ce salaire, à le mener, de nuit, jusque sur une des places de la ville appelée Canton. Mais la divine Bonté voulut elle-même rompre le contrat, et donner à son Serviteur les palmes, la couronne, que tant de travaux lui avaient méritées. Le fidèle Serviteur de Notre-Seigneur mourut, dans une île voisine de Canton, après avoir eu annonce surnaturelle de sa fin, et en prononçant de saintes paroles, qui respiraient toutes lamour, et auxquelles il mélait incessamment le nom de JÉSUS. Le Bienheureux Père n’avait auprès de lui aucun Frère de la Compagnie; seul, il se consola avec Dieu seul, et dans les mains de Dieu seul il remit son âme. La sainteté du Père François, tous les peuples de ces régions la proclament ; ils ne l’appellent que le « saint homme », et ses œuvres vertueuses, l’admirable conversion de
360 KRANCOIS A SANCIAN (OCTOBRE-NOVEMBRE 1952).
tant d’infidèles, que son zèle a opérées de toutes parts, ne la manifestent pas moins. On avait eu des preuves de son esprit
de prophétie, mais d’autres faits, qui ont éclaté à tous les.
yeux, sont venus le glorifier plus encore.
Les Portugais qui se trouvèrent aux îles de Sanchoan, où il mourut, mirent son corps en un cercueil rempli de chaux, et l’ensevelirent en une fosse, creusée par eux au bord de la mer. Quatre mois plus tard, ces marchands, près de retourner à Malaca, désirant emporter ses os, trouvèrent le corps enter, et, surpris de ce fait, ils portèrent le corps, ainsi enseveli dans la chaux, jusqu’à Malaca. Ils observèrent qu'il s’en exhalait une bonne odeur; aussi, avant de débarquer, ils firent prévenir le clergé, qui vint, avec tout le peuple, recevoir le saint corps. Cependant, hésitant à déterminer si l'odeur procédait du bois de la bière ou des membres du Serviteur de Dieu, les prêtres et le peuple tirèrent le corps de la bière, et l’enfouirent dans le sol d’un ermitage de Notre-Dame, propriété de la Compagnie ; et comme la terre en est fort dure, on comprima les membres de telle sorte, que le col fut rompu et la chair entamée en maints endroits.
La seconde relation est du P. Pedro de Alcacova ; il écrit, à la même date de décembre 1554, aux Pères de Portugal :
Le 17 avril 1552, le Père Maître François partit de Goa, déterminé à se rendre en Chine : il amenait avec lui le P. Balthasar Gago, le Frère Duarte de Silva et moi!. Arrivés que
1. Pedro de Alcaçova date du 17 avril, jour de Pâques, 1552, le départ de Goa, tandis que d’autres, témoins aussi sûrs que lui, nous ont dit que François fit ses adieux, le Jeudi-Saint, 14 avril, et s’embarqua. La difficulté n’est probablement qu'apparente. Embarqué, le soir du 14 avril, François passa dans le port, sur le vaisseau, les trois jours suivants, et le vaisseau
nous fûmes à Malaca, le Père François décida que le Frère Duarte et moi accompagnerions au Japon le P. Balthasar. Nous partimes, le 6 du mois de juin, laissant à Malaca le Père François, qui poursuivrait seul sa route vers la Chine.
La première terre où nous abordâmes fut une île appelée Tanuxuma. Le Père Maître François s’y était arrêté; aussi, le seigneur de l'ile nous reçut-il fort bien.
Après avoir longuement raconté la suite de ses voyages, et mis sous les yeux des Pères et Frères de Portugal la sainte vie des chrétiens japonais, le Frère de Alcaçova poursuit :
Je partis du Japon, le 19 octobre 1553, sur un vaisseau qui allait en Chine. J’y arrivai, le cœur plein du désir de voir notre Père Maître François. Je me promettais une grande consolation de cette rencontre, et aussi d’avoir à lui dire tout ce que Notre-Seigneur opérait de merveilles de grâce, au Japon, par le ministère de la Compagnie ; mais, dans le port même où nous débarquâmes, j’appris que, le 2 décembre de l’année précédente, 1592, à minuit, sa sainte âme était passée de la vie présente à la vie glorieuse.
Vous pouvez, très chers Frères, vous figurer quelle grande
tristesse Je ressentis, à cette nouvelle, me voyant privé d’un
père que j'aimais si tendrement. Certes, les merveilles dont je
voulais lui parler prouvent clairement que Dieu a voulu Pap-
peler à l’éternel bonheur, et lui donner les récompenses dues à ceux qui, pour son amour, se laissent eux-mêmes, et s’expo-
partit, après que, disposé par François, l'équipage eut célébré la grande fête. On comprend mieux ainsi (v. ci-dessus, p. 290) que François ait daté de Goa sa lettre du 15 avril à Gaspard Barzée.
1. Ce ne fut pas à San-Choan qu’une date si précise put ètre donnée à Pedro de Alcaçova. Écrivant de Goa, en 1554, il date la mort du Saint du jour où elle était, alors, datée à Goa.
362 FRANÇOIS A SANCIAN (OCTOBRE-NOVEMBRE 1992). sent à tous les travaux, à toutes les adversités, à toutes les souffrances.
O mes très chers Frères, qui donc pourrait vous raconter les grands prodiges que Dieu a opérés par son serviteur ! Que de choses j'ai vues de mes yeux et ouï dire à d’autres du
Père Maître François, que je n’écrirai pas, assuré que d’au-
tres le feront mieux que moi.
J'ai passé sept où huit jours dans l’île où il mourut : elle
est toute pierreuse et stérile. J’ai pénétré dans la grotte où
l’on enterra son corps. En pensant à lui, je me souviens de saint Antoine, qui désira tant le martvre, et rendit son âme à Dieu avant de lavoir rencontré.
Dieu nous fasse la grâce d’imiter les vertus d’un si bon
Père !.…
La troisième relation, la plus étendue des trois, est du P. Arias Brandon. Il écrit, de Goa, en Portugal, le 23 décembre 1554 :
Notre-Seigneur a appelé au ciel le Père Maître François... Venu du Japon à Goa, il en repartit pour la Chine, le 17 avril 1552, sur un vaisseau, en compagnie de l’ambassa-
deur que le Vice-Roi envoyait en Chine, avec charge d'y
recommander le Père.
Parvenu à Malaca, qui est à 600 lieues d'ici, le Père François y rencontra des obstacles à l'exécution de ses desseins : l’ambassadeur, propriétaire du vaisseau, dut rester à Malaca ; le Père cependant, qui n'avait qu'un désir, pénétrer en Chine, comptait, pour cela, sur le concours de lambassadeur : il lui fallut se résigner à partir seul, sans autre appui que l'amour de Jésus-Christ.
Arrivé à un port, non loin de la ville de Canton, il y passa quelques jours, arrêté par les grandes difficultés qu’offrait