‹ Saint François de XavierChapitre 10 sur 84 · AVANT-PROPOS. XXXV · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XXXV

Iraire. François, en effet, n'écrit jamais la date en

lêle de ses lettres : les dates n'ont pu être inscrites en

tète que par un archiviste qui classait les écrits du

Saint. Le P. Barradas copie fidèlement tout ce qu'il

trouve écrit; il signale, là où il la rencontre, la main

du Saint, qu'elle écrive ou qu'elle rature; mais il ne

discute rien. La date finale conserve donc, jusqu'à

preuve d'erreur, autorité dominante*.

Un exemple fera entrevoir d'autres difficultés, à ce même propos, que l'éditeur des Lettres devra résoudre :

Au manuscrit j, fol. 29, verso, une lettre est ainsi datée ; — « Aujourd'hui, lundi {secunda feria)^ 20 juin 1544. »

Le P. Poussines traduit, d'après la copie, conforme à la précédente, qui lui fut envoyée : « Hac feria secunda XII Kal. Julias (20 juin) 1544. )> M. Pages : « Mardi, 20 juin 1544. »

Le 20 juin 1544 était un vendredi. D'autre part, si Ton étudie attentivement la lettre qui vient peu après, du 30 juin, on s'aperçoit vite que ce que le Saint y raconte est inconciliable avec la date du 20 juin, quand même le 20 juin 1544 eût été un lundi, et on voit que la lettre a pour vraie date le lundi, 16 juin 1544.

I. Le niaiiiiscril du Ministère fies Affaires étninijères aura, pouNMri*, (eodu ce pièjçc à M. Camara Manocl, A propos de la liMIre du Saint du < mai iS^r». (:}fissnes, ofr., pp. 'A-j-^n).

XXXVJ AVANT-PROl'OS.

Le P. Barradas n^eut pas sous les yeux l^original de celte lettre j il ne manque pas, en effet, quand Toriginal est à sa disposition, de le noter clairement. Le premier copiste dut lire XX, là où François avait écrit XVL

Quanta M. Pages, il faut savoir et se souvenir que, par une erreur assez excusable, il considère lundi comme feria 1" : — pour lui donc, ici et ailleurs, feria -8^ ne peut être qu'un mardi; feria 5* sera un mercredi, etc.

Partout, dans notre livre, nous donnerons aux lettres les dates que nous jugerons être les vraies, mais nous ne les discuterons pas ; ce sera l'œuvre du Maître-éditeur.

11 n'est pas non plus toujours facile, là où ne se rencontre pas l'autographe du Saint, de déterminer en quelle des deux langues, portugaise ou castillane, François l'écrivit.

Les lettres de François furent toutes écrites en portugais ou en castillan : nous n'en connaissons aucune qu'il ait écrite en latin. Le plus grand nombre, quatrevingt-dix au moins, des lettres ou écrits analogues du Saint sont en langue portugaise. Nous croirions volontiers que telles et telles lettres plus longues, François les écrivit d'abord en castillan j elles devaient aller à Rome. Le Saint, peut-être, en surveillait la traduction portugaise, et signait seulement ces traductions

AVAM'-PUOi»OS. XX.VVij

revisées et approuvées, que Ton expédiait à Goa ou à Lisbonne. Ainsi, on ne peut douter que Toriginal de la grande lettre du 5 novembre 1549 n'ait d'abord été écrite en castillan : le P. Barradas, copiant cette lettre (f*^ 47-56) la dit u tirée du propre original », et le texte en est tout entier castillan. Mais il est certain que, le plus souvent, François écrit ou dicte en portugais; ses lettres étant, pour la plupart, adressées à des Portugais. Observons que si François destine à des Portugais une de ses lettres, écrite ou dictée en castillan, il ne manque pas de saluer en portugais. Avant de signer, il écrit de sa main : Vosso em X!"" irmâo. Une fois, par surprise, François a déjà écrit : Vicestro en Christo hermano; il biffe, et écrit au-dessous : Vosso em Christo irmâo. — Francisco. Le P. de Sousa {Oriente conquistado^ I, p. 490) le fait remarquer avec une légitime satisfaction.

On voit le soin que devra mettre l'éditeur des lettres de François à déterminer quel des deux textes, ou portugais ou castillan, est le vrai ou le plus vrai texte, pour telle et telle lettres du Saint. II n'est pas rare de trouver les deux dans les collections de Lisbonne et de Rome.

Ajoutons une observation trop hardie, peut-être : — Quand il fut obligé d'écrire ou de dicter à la hâte, en portugais, François ne biffa pas toujours ce que sa plume ou sa langue laissa tomber de castillan. Cinq

XXXviij AVANT-l'ROPOS.

OU six lettres au moins, copiées sur les originaux par une main portugaise, semblent autoriser ou excuser la hardiesse de notre allégation. Entre ces lettres, nous ne comptons pas celle que le Saint dicta en portugais, à l'adresse de Cypriano, et à laquelle, de sa main, il ajouta d'admirables lignes en castillan. Cypriano, Espagnol d'origine, avait, dit-on, connu saint Ignace-, il aurait vécu près de lui à Barcelone. Le castillan lui était plus familier que le portugais, et François voulait faire entendre à Cypriano Técho fidèle d'une parole castillane d'Ignace, que lui-même n'avait pu lire et ne pouvait relire sans pleurer. Ce •castillan final ne tomba donc pas de la plume de François; il lui fut dicté par son cœur; mais, en d'autres lettres, croyons-nous, le castillan échappe ou à la langue, ou à la plume. A l'éditeur des lettres originales de les bien scruter, et de ne pas nous dérober, s'il les rencontre, ces charmants oublis^ ou charmants ressouvenirs de François : Portugais, Castillans, Navarrais, Français même lui en seront obligés ^

I. Comme exem|)l(\s di» ces Icllrcs, où les dv.ux liiiiiçiies s'enlreinèlcnt, nous siti^iialcrons celle «lu 't novembre i54<j, iidressêe de (^ansfoxima aux PP. (^ameriiio et Gomez, et vcWc du niOme jour au muiI P. (lomez.

Les dernières li«;nes de la leltre adressée au P. (.ioniez sont de la main du Saint. (îomez était Porlutjfais, et, |)his (|ue (Apriano, ex()osé à [)érir. Le eaMir dicte à Franeciis les liv^'nes tinales; c'est dire <|ue tout y est portuu^ais. Seul (jomez les lirait ; il lui serait bon «l'observer (|ue le sc'crétairc de Franc;ois les ig'nora, et (jue Fran(;ois se faisait Portutçais pour lui rendre plus acceptables de nécessaires corrections : <« Por anior de Noviso S^r vos rosço ipie os faenis annu*... Ho«(o vos nuiifo, etc. »

AVAM-PROPOS. XXXIX

Disons, enfin, que Téditeur des lettres originales de François de Xavier nous donnera, espérons-le, bien dressé, le catalogue des seuls vrais autographes que Ton ait possédés et que Ton possède. Ce sera Tobjet d'un travail plus difficile que nous n'imaginerions de prime abord.

En voici quelques raisons :

1"* L'écriture d'un homme n'est pas toujours, en tout, semblable à elle-même. Suivant ses dispositions diverses d'âme ou de corps, l'homme donne à son écriture des formes souvent très dissemblables. François ne put échapper à cette loi.

2** Comme le firent tous ses contemporains, François, le plus souvent, dut expédier ses lettres (les plus importantes, du moins) en plusieurs exemplaires, pour avoir quelque assurance qu'un exemplaire arriverait à destination : si, faute de copiste, François copia lui-même telle de ses lettres, on put avoir d'une même lettre deux ou plusieurs exemplaires autographes. Il ne faudrait donc pas, de l'existence d'un autographe, conclure à l'inexistence d'un second, pour une même lettre.

3** Dès le temps où François, quand il le put faire.

Xl AVAxNT-PKOl'OS.

donna ses lettres autographes à des copistes, pour en multiplier les exemplaires et les expédier en un même lieu ou en divers lieux, tel copiste put s'étudier à imiter fidèlement l'écriture de François, comme fidèlement il reproduisait son texte et son orthographe. Au bas de telles anciennes copies de lettres du Saint, nous avons vu sa signature probablement imitée, François n'étant plus là pour signer lui-même, le copiste signait comme le Saint, le mieux possible; ainsi le copiste aurait pu faire pour la lettre tout entière : imiter de son mieux.

4'' Plus tard, quand les lettres de François furent devenues des reliques de saint, aux yeux des fidèles, — des lettres de grand homme, aux yeux de tous, — une famille nouvelle de copistes surgit nécessairement. Au seizième siècle déjà, les scolastiques de Coïmbre, plus d'une fois, en transcrivant des lettres de François, ne résistent pas à la tentation pieuse de bien imiter la signature du Saint, au bas de leur transcription. Ainsi, à Rome, tel Frère coadjuteur calligraphe, chargé de prendre copie d'une lettre de François, dont l'autographe était donné, comme relique, à une église, s'efforcera de si bien copier, que Rome, en donnant tout, paraisse n'avoir rien perdu.

5'* Faut-il oublier la famille des copistes intéressés, qui se font, qui passent maîtres dans l'art, dans le métier de procurer à qui les veut bien payer des

AVANT-PHOPOS. xlj

autographes de grands hommes? Cette famille, on le sait, n'est pas encore éteinte.

6" Enfin, — pour nous borner, — difficulté peut se rencontrer, là même où Ton inclinerait davantage à reconnaître l'écriture du Saint : c'est lorsque deux, trois exemplaires d'une même lettre, en apparence autographes, présentent de notables variantes, ou de forme, ou de fond. Sûrement, en copiant ses lettres, le Saint demeurait libre de retrancher, d'ajouter, de modifier j mais telle lacune, telle modification peuvent, on le comprend, trahir, dans la page la plus apparemment autographe, une main de copiste, à la fois habile et maladroit.

Telle ou telle des observations qui précèdent, nous l'éclairerons mieux par un ou deux exemples :

Plus loin, page 163, en note, nous dirons : — « La « lettre de François du 13 juillet 1540 est traduite « d'après le texte castillan, original et autographe, a conservé à Rome. » Un autographe de cette lettre serait donc encore à Rome? Nous ne voulons pas l'affirmer, et nous le disons moins encore, à la page suivante 164, à propos de la même lettre : u La copie romaine, faite, ce semble, sur l'autographe... »

Nous avons sous les yeux une copie de cette copie romaine, œuvre d'un calligraphe, qui s'est pieuse-

Alij AVANT-PKOPOS.

ment étudie à la reproduire : on dirait la main de François de Xavier.

De la copie originale, le P. Delpace écrivait, en 1887 (Select. Indiar. Epist.^ page xiv) : — « ...exem- « plum adeo accurate, ne exteriore quidem neglecta c< suscriptione, excriptum, ut crederet quis primo « intuitu esse epistolam aliquam authenticam » (autographe). Cet eûoemplum ne serait il pas un autographe?... Le P. Delplace ne donnant pas absolument, à ce propos, son jugement personnel, il faut attendre; mais l'autographe de François fut sûrement reçu et conservé à Rome, et si Texemplaire que Ton y possède maintenant n'est pas, ou Tautographe unique, ou un second autographe, il est, ce semble^ il est, sans aucune doute, copie fidèle et, en même temps, fac-similé parfait de l'autographe, fac-similé exécuté à Rome, au temps même où Toriginal autographe y était conservé. De là nos formules indécises (pages 163 et 164), auxquelles l'éditeur définitif des Lettres de saint François de Xavier pourra seul substituer le dernier mot de sa critique.

A la même page 163, même note, nous disons : « La lettre... du 18 mars 1541 (est traduite) d'après « le texte original conservé au séminaire de Salace manque. »

Nous disons : teœte original, c'est-à-dire, texte castillan. Nous n'avons pas osé écrire : autographe^

A VanT-propos. xli ij

parce que nous avons eu sous les yeux et dans les mains trois exemplaires de cette même lettre, tenus, tous les trois, pour autographes j savoir : celui du Séminaire de Salamanque, celui du Collège de Barcelone, et celui de la Résidence de Pau. — Un des trois, du moins, est-il vraiment autographe? — Nous Tignorons. Un des trois dérive-t-il immédiatement^ à titre de fac-similé, de l'original autographe du Saint? — Nous rignorons : les trois pourraient, à la rigueur, n'être que des reproductions d'un ou de plusieurs facsimilé, et nul doute qu'ils ne soient, au moins, cela.

Il ne nous appartient pas de juger les exemplaires de Salamanque et de Barcelone ; nous pouvons parler plus librement de l'exemplaire de Pau.

La lettre est richement encadrée, et son histoire est ainsi racontée par celui qui la possédait, en 1698 :

« Esta carta del glorioso Francisco Xavier adquiriô, (( en Roma, el Oardenal Moscoso^ de quien la hubo « Don Andres Pasano, su albazea (exécuteur testa- (c mentaire) ; y de este. Don Matheo de (Sbrquera, su « sobrinoj de quien yo la hube; lo cual juro, in « verbo sacerdotis, constarme por relaciones veridi- (c cas, de cuyo crédite no se puede dudar : y lo firme, « en Toledo, en 15 de noviembre de 1698 anos — tt L"" Diego de Na... » (Le reste de la signature a disparu sous une tache.)

Celte lettre est-elle un original autographe? — Nous

Xliv AVANT-PROPOS.

ne pouvons le croire, trop de détails y traliissant un copiste ignorant; — sans parler de notables lacunes, que Ton ae saurait attribuer à François, le supposât-on copiste. Nous y avons observé un grand nombre de ces détails inquiétants. Tous, sans doute, la plupart 4nême ne seraient pas décisifs; ceux, par exemple, qui sont de pure forme orthographique : François, en efFet, ne s'astreint même pas à écrire toujours également son nom : — Il signe Francisco et Francysco; ■ — mais François n'a pu écrire : — tan qican, au lieu de tanquam; — prêter, au lieu de propter; — si él no, au lieu de sino el; — que, au lieu de qiiœ; — solitan^ au lieu de solitam^ etc.

Il y a cependant toujours intérêt à rencontrer plusieurs exemplaires d'une même lettre de François, alors surtout que ces exemplaires, médiatement du moins, dérivent de l'original autographe. Les éditeurs àQsCartas de saint Ignace ont donné (t. I, p. 443-447) la lettre dont il s'agit, d'après l'exemplaire de Salamanque : o^ôst le texte que nous avons traduit. L'exemplaire de Barcelone nous a fourni (tome I, S. Fr. Xav.^ Bocum. nouv.^ p. 376) une signature de François, qui n'est cependant pas rassurante; — à l'exemplaire de Pau, il faut emprunter le salut final de François, que l'on doit tenir pour authentique :

« Por todos in Domino dilectos »

Francisco de Xabier*

AVANT -PROPOS. xlv

Que Dieu nous donne un éditeur définitif des Lettres de saint François de Xavier !

En attendant, la pieuse curiosité des fidèles et celle même des érudits trouveront quelque aliment dans notre livre : la plupart des lettres du Saint y sont, en effet, traduites d'un texte certainement original et avec une fidélité scrupuleuse. Si Ton y remarque peu d'élégance et, çà et là, à peine la stricte correction, qu'on nous le pardonne : François de Xavier n'est, en sa langue de Navarrais, de Portugais, ni plus élégant ni plus correct; il n'eut pas le souci, il n'eut pas le temps de faire mieux qu'il ne fit; et vouloir, aujourd'hui, se montrer jaloux de l'honneur littéraire de l'Apôtre, comme en furent, peut-être, trop jaloux les Pères Maffei, Torsellini et Poussines, ce serait, au jugement de tous, une faute impardonnable. Les âmes, d'ailleurs, pour qui, grâces à Dieu, nous travaillons, n'ont rien à gagner à ce que les lettres d'un tel homme, écrites, le plus souvent, currente calamo et à bâtons rompus, prennent on ne sait quelle forme, quel ton fatigants et même ridicules, de discours d'Académie. Jamais les Saints ne parlèrent ainsi, et quand ils eurent le temps et jugèrent à propos de penser à leur style, ils écrivirent, même alors, d'une façon bien difierente.

Les contemporains des Pères Mafifei et Torsellini leur surent gré, — et avec raison, — d'avoir publié

Xlvj AVANT-PUOPOS.

ce qu'ils publièrent des lettres de François de Xavier^ Le Père Poussines, en un temps où la simplicité, le négligé des lettres du Saint ne pouvait assez plaire, se crut obligé, pour l'honneur même du Saint et le bien des âmes, de le traduire en latin élégant. Dieu récompense, au ciel, non pas tant les œuvres que les saintes intentions, les saints désirs qui les inspirèrent; mais il est évident que Thonneur du Saint et le bien des âmes exigent, aujourd'hui, des procédés tout différents.

Un digne héritier de l'apostolat de François de Xavier dans les Indes, S. E. Ladislas-Michel Zalezki, archevêque de Thèbes, délégué apostolique des Indes orientales, écrivait de Kanty (Ceylan), le 24 mai 1898 :

« La traduction des lettres de saint François Xavier a en latin, que nous possédons, est très savante ç( peut-être, mais très décourageante. Chaque fois « que je la relis (et c'est ma lecture ordinaire, en « voyage), il me semble que le traducteur, qui devait (c être très versé dans les classiques, s'amusait à cher- (t cher les tournures de phrases les plus difficiles et a les plus inusitées. Cela décourage les Missionnaires, « et de là vient que ces lettres précieuses sont si peu <r lues... »

Possédant si bien notre langue, l'Archevêque missionnaire gagnerait-il à lire les Lettres de saint François de Xavier traduites par M. Léon Pages? — Non, car elles sont traduites sur l'édition latine de Bologne^

AVANT-PROPOS. xlvij

et W. Pages, comme il le devait, s'efforça de traduire le Père Poussines, sans le trahir, et il ne douta point qu'yen traduisant le Père Poussines, ou les textes que l^ Père Menchaca composa de divers alliages, il ne tt'aduisît François de Xavier : « ... Tampleur de son langage..., trop abondante peut-êti^e en paroles..., devait être conservée sans altération '. » M. Pages Ta conservée : nul doute certes, que Dieu n'ait déjà récompensé un si consciencieux travail, qui révèle, d^ailleurs, chez son auteur, non seulement la plus haute piété, mais les meilleures qualités de Thistorien.

Appréciateur sévère des travaux d'autrui, nous n'avons guère le droit de solliciter, pour le nôtre, l'indulgence du lecteur; nous sommes cependant réduit à le faire, ou à plaider notre propre cause :

Certains pourront être surpris de ne pas trouver, dans notre livre, des exposés historiques ou géographiques, à l'occasion des voyages et des travaux du Saint : rien de la conquête des Indes orientales; rien des premiers établissements religieux en ce pays, depuis la conquête jusqu'au temps de saint François

1. Lettres de saint François Xavier,,, Dpux voinnïps in-8«. Paris, Pous- «»iHfni<*« i8r>r>. Prôfacp, p. 11.

Xlviij AVANT-I»ROPOS.

de Xavier. Goa, Cochin, Diu, Baçaïm, Malaca, Maluco, etc., ont une histoire politique et chrétienne, antérieure à la venue de François j nous n'en parlons pas. Nous ne décrivons ni Goa, ni Cochin, ni Malaoa, ni Ternate...; les mœurs, les coutumes deô diverses populations, que le Saint évangélise, nou? nous en taisons, comme si nous les ignorions absolument, ou si, pour les étudier, les documents nous faisaient défaut. Sur le Japon même, où tant il y aurait à dire, pas un mot de nous. Il semble que Ton est en droit de ' requérir Texplication d'un tel silence.

Nous répondrons d'abord que, sur tous ces points, lumière ne nous manquait pas : on ferait une bibliothèque des livres, anciens et modernes, déjà imprimés, où se trouvent les histoires et les descriptions dont il s'agit. Pour ne parler que de la France, elles sont dans toutes les Vies^ déjà publiées, de l'Apôtre des Indes et du Japon. Elles sont, mieux encore, et avec tout le détail désirable, dans beaucoup d'autres livres : citons deux œuvres de maîtres : — Pour les Indes,- 1' « Histoire des choses plus mémora- « blés advenues, tant es Indes orientales que autres « pays de la découverte des Portugais, en Tétablisse- « ment et progrès de la foi chrétienne,.,, jusques à « l'an 1600; le tout, recueilli des lettres et autres « histoires qui en ont été décrites ci-devant, et mis « en ordre par le Père Pierre Du Jarric... » — Pour

AVANT-PROPOS. xlix

le Japon, « Histoire et description générale du Japon, « où l'on trouvera tout ce qu'on a pu apprendre de la « nature et des productions du pays, du caractère et (( des coutumes des habitants, du gouvernement et (c du commerce, des révolutions arrivées dans TEm- (( pire et dans la Religion, et Texamen de tous les a auteurs qui ont écrit sur le même sujet, avec les <( fastes chronologiques de la découverte du Nouveau - (( Monde,... par le Père de Charlevoix... »

Le Père Du Jarric et le Père de Charlevoix puisèrent aux meilleures sources : ils le prouvent, et, en vérité, on n'a pas fait, on ne fera guère mieux qu'ils n'ont fait.

Ajoutons que, sur tous ces points, il nous était facile de produire des lumières nouvelles^ en ce sens que nous pouvions, sur tous ces points, publier des écrits primitifs et totalement inédits. Ainsi, pour ne parler que du Japon, nous avons copié, à Lisbonne,

le meilleur du précieux manuscrit original ^ de la

bibliothèque de Ajuda, intitulé : — Historia da Igreja do Japao^... composta pelos Religiosos da C* de lesu que, do anno 1575 athe este présente de 1634, residem nestas partes... — Du fol. 3 au fol 141, « ...se trata do sitio, descripçïïo et qualidade das ilhas do Japâo e de aigus costumes geraes da gente délias. » — Du fol. 141 au fol 181, « ...se trata das artesliberâes e mecanicas do Japâo, de sus letras ou caractères,

sua antiguidade, e da lingua e poesia japoa, etc..

Nous avons aussi copié le meilleur de rexcellen^ traité du Père Alexandre Valignani : Del princijn y progressa de la Religion christiana en Japon^ œu :3 vre ipédite de Tillustre missionnaire Visiteur, qu'S acheva, le 25 juillet 1601. — Copies d'autres manusHi crits traitant le même sujet, non moins importants e— également inédits, sont dans nos cartons.

Pourquoi donc ne pas tirer de ces sources, de premier choix, des récits et des descriptions? — Voie/ notre réponse : tout ce qui est inédit n'est pas pour cela nouveau^ et notre préoccupation, en publiant un essai de Vie de saint François de Xavier, a été surtout de donner, à ce sujet, du nouveau. Nous n'aurions pas songé à publier ses lettres, si quelqu'un, avant nous, les avait fidèlement traduites en notre langue de leur texte original. Nous les donnons vraiment nouvelles.

Que l'historien de François de Xavier exploite, un jour, toutes les sources, imprimées et manuscrites, pour donner à l'histoire de l'Apôtre un cadre complet, rien de mieux : pour nous, sans beaucoup emprunter aux livres, nous tirons des manuscrits ce qu'ils renferment de nouveau; et, quant aux choses déjà bien connues, fussent-elles dans des manuscrits inédits, nous n'en mêlons à notre texte ou n'en citons, au bas des pages, que ce qu'il en faut strictement, pour aider le

AVANT-PROPOS. Ij

lecteur à suivre la marche de TApôtre et à mieux entendre ses lettres. Le nouveau de ces manuscrits inédits, on le trouvera dans notre livre, pour la part du moins que nous avons jugée plus notable et plus intéressante. Leurs auteurs n'écrivirent eux-mêmes que pour donner du nouveau^ ou pour corriger les récits antérieurs aux leurs. Après avoir loué les travaux du P. Maflfei, du P. Torsellini, du P. Lucena, et décerné la palme au P. MafFei, Valignani ajoute : « Le ce P. Lucena a écrit en Europe; ... il lui manque « d'avoir connu bien des choses par expérience...; .c il les grossit par trop, etc. D'autres ont écrit « d'après des lettres, où l'on racontait d'ouï-dire, sans (c informations suffisantes. De là, dans les livres (c connus, bien des obscurités et même des contradic- « tions, sans parler de quelques exagérations, etc. » Nous nous aiderons du P. V^alignani et d'autres, mais uniquement pour éclairer les points obscurcis, et ramener à leurs proportions réelles les faits exagérés.

Nous eûmes, d'abord, la pensée de joindre à nos deux volumes des cartes géographiques. Avec raison, on nous a dit qu'en un temps où le plus jeune enfant des écoles n'a qu'à ouvrir son sac ou son pupitre pour en tirer un atlas, il e?t plus qu'inutile de charger nos volumes de la carte des Indes et de la carte du Japon.

lij AVANÏ-PROPOS.

Sans doute, bien des détails des cartes du temps de saint François de Xavier^ Tatlas de Técolier ne les signale points et vainement on les chercherait dans les cartes, même les plus savantes, du temps présent; mais cette connaissance des moindres détails n^est pas nécessaire, pour qu^un enfant même puisse accompagner François de Xavier et avoir Tintelligence de ses récits de voyages : à cela suffisent les grandes lignes et les points de repère d^un atlas d'écolier.

La carte du pays natal de François, moins facile à trouver que la carte des Indes, elle était nécessaire pour mieux suivre le récit des événements, auxquels François et les siens furent mêlés, durant les premières années du seizième siècle : un cartographe distingué a dressé, pour nos lecteurs, une carte de la Navarre au temps de saint François de Xavier.

On voudra bien ne pas se scandaliser, à la rencontre de diverses formes orthographiques d'un même mot, d'un même nom de personne ou de lieu : nous avons dû ne pas rajeunir ou corriger nos documents. Citons un ou deux exemples, pour les premières et les dernières lettres initiales :

On rencontrera : abad et abat; — Athaondo et Atondo; — Aranadale et Alendale; — Aznariz et Aznarez; — Azpilcueta, Azplyctieta, Ezpilcueia; —

AV.\M'-1»R0IM)S. liij

Beterhemale, Betibumal; — Cande, Canide, Kandy ;

— ; — Ydocin, Idocin; — et le nom même du

Saint a passé par bien des formes avant d'arriver à sa forme actuelle espagnole : Javier. On trouvera : Issabier, Exabierr, Eœavier, Xabier, Xavier; — et aussi : Yatsou, Jaxu, Jassu, Jasso.

Il nous arrive d'écrire un nom de personne ou de lieu autrement qu'il n'est écrit par le P. Poussines, par Léon Pages et autres : nous ne le faisons que sur la foi des manuscrits les plus autorisés; nous reproduisons ces noms tels que, plus probablement, le Saint les écrivit : le plus vrai nom, du reste, ou de la personne ou du lieu, pourrait bien être celui que préfèrent le P. Poussines, Léon Pages ou d'autres.

Dans le premier volume, déjà publié, de documents nouveaux^ sur le pays, la famille et la vie de saint François de Xavier, — et dans le manuscrit du deuxième volume, encore à publier, — les sources de nos documents sont clairement indiquées. Lors donc que, dans le présent travail, ces documents seront utilisés, nous nous contenterons, pour en signaler les sources, d'un simple renvoi aux chapitres de l'un ou de l'autre volume, ou des deux réunis.

Nous prions enfin le lecteur de vouloir bien corriger, sur son exemplaire, les fautes plus notables

liv aVam'-1»roPos.

ci-dessous indiquées, que nous avons eu le tort de ne pas corriger nous-même, en temps opportun :

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