CHAPITRE II
où l'on raconte très brièvement l'histoire des
(Du treizième au seizième siècl^ *.)
Xavier est un castillo (château fortifié), dans la merindad de Sanguesa. Il est situé sur une petite éininence, au versant d'une montas^ne et proche du beau rio rArag'on,qiii traverse ses cainpa^^nes et les fertilise. Le territoire de Xavier produit le froment, le vin et Thuile; il y a de beaux pâturaçes et force çibier; on y exploite aussi qiu'lques salines. Le territoire de Xavier peut avoir de trois à (piatre lieues de circuil ; il touche à la province d'Aray^on vers le nord, le levant el le couchant. A deiLv lieues est la ville de San^^uesa, jolie, bien peuplée, avec trois couvents, Dominicains, Franciscains et Carmes déchaussés. Du c(^té de TAraji^on, Xavier a pour voisine la villa (bour4^)de Soz, où naquit Kerdinaïul le Catholique, el la villa de Lumbier, habitée [)ar quatre cents vesinos (habitants domiciliés, ayant droit de cité), i^ent discrète et couiMoise. A tme distance de demi-lieue de Xavier est le fameiLX monastère de San Salvador de Leyre, lieu de sépidture pour les
1. IJociim. ef sources, l. I, ch. vu, viii; t. II» rh. ix, x, xi.
AÏEUX MATERNELS DE FRANÇOIS (Xlll-XVl'^ S.). 17
rois de Navarre. Le iiioiiaslère est occupé par les Bernardins; l'abbé est seii^neiir temporel de plusieurs localités voisines.
Le castil/o est muni de meurtrières pour anpiehuses et de meurtrières pour arbalètes. Jusqu'à ces derniers temps, il était entouré d'un fossé, et Ton n'y pénétrait que par un pont-levis. Les armes de la maison sont sculptées sur la porte principale.
Cette description de Xavier est des premières années du dix-septième siècle.
Cent ans auparavant, en 1017, il y avait, de plus, à Xavier, « un mur d'enceinte, avec chemin de ronde, a créneaux et meurtrières, deux grands portails bien a ouvrés, une forte tour au flanc du castillo, une « autre en avant du pont-levis. La tour principale, i< dite de San Miguel, avait une hauteur double, et a le castillo tout entier avait une couronne de crécc neaux. » Ce fut le Xavier que connut François jusqu'à sa dixième année.
A celte même époque, des vieillards disaient : « Nous ne savons que par ouï dire qu'il y eut ici c< une villa ^ et il est vrai que çà et là on remar- « que sur le sol des débris de murailles, qui semii blent indiquer qu'il y eut en d'autres temps des (c maisons à Xavier; mais nous n'y avons jamais « vu que le castillo et la maison des prêtres a qui desservent l'église. » Des enquêteurs royaux de 1A27, de i366, ne parlent pas autrement; eux aussi n'ont vu à Xavier que le castillo et la maison de l'abbé {abat) ou Vabbaclia.
Quant au castillo^ il fut successivement propriété des rois d'Araçon et des rois de Navarre, qui en
18 AÏEUX MATEHNKl.S DE FRANÇOIS (X111*-XV1« S.).
confiaient la garde à un gentilhomme avec titre cl'a/cayde; il était, en 1286, au pouvoir de Tliibaud I*% et Adam de Sada y entra, celte année, comme alcayde :
In Dei noniine, SachtMit tous ceux (jui sont et qui seront que Nous, Don Thibalt, par la g-ràce de Dieu roi de Navarre et comte palatin de Champagne et de Brie, nous confions notre castillo de Issavier, avec la villa et toutes ses appartenances, à vous Don Adam de Sada, notre aimé caballero (gentilhomme) et loyal vassal, tant (jue vous vivrez , pour Taméliorer et le peupler, et nous voulons qu'après vous le castillo avec la villa retournent à nous, etc.
Adam de Sada accepte la garde du castillo aux conditions marquées, et il donne \yonY Jiadores (cautions) au roi « Don Martin Aznarez, fils de Don Aznar de Sada, son cousin germain, et Don Ineg-o de Sada, son frère. » Les Aznarez descendaient du duc Eridon Aznar, que les rois d'Aragon et de Navarre reconnaissaient pour leur ascendant.
Alcayde de la forteresse de Xavier, Adam de Sada était sans doute intéressé à liien garder cette clef de la Navarre sur la frontière d'Aragon ; mais Thibaud comprit que la place serait encore mieux gardée si elle devenait le bien des Sada, et la place leur fut donnée par échange en 1^52.
Plus tard, le 6 mai iSac), Jeanne et Philippe, reine et roi de Navarre, confirment en faveur du seigneur de Xavier Don Rodrigo Aznarez, qu'ils appellent (( notre parent », les privilèges concédés aux précédents seigneurs et en octroient de nouveaux. Peu
AÏEUX MATERNELS DE FUANCjOIS (X111**-XV1*' S.J. 19
après, en i34(), <t Rodrigo Aznarez de Sada, seigneur de Xavier », a le litre de « Gouverneur en Navarre. » Au siècle suivant, la descendance mâle des Sada ou Aznarez de Sada fait défaut à Xavier : un Alonso de Arlieda, en épousant la fille héritière, y devint seigneur, avec obligation de maintenir dans sa postérité le nom des Aznar. Alonso n'eut qu'une fille, Juana Aznarez; il la donna à Martin de Azpilcueta. De ce mariage naîtront deux filles, une desquelles, Maria, sera l'heureuse mère de François.
Qu'étaient ces Azpilcueta qui, vers l'an i46o, supplantaient à Xavier les Aznarez et les Artieda?
Azpilcueta est aujourd'hui un village d'environ cinq cents Ames; il appartient à la vallée de Baztan, non loin de la frontière de France. La route de Pampelune à Urdax et Dancharinea passe tout proche d^Azpilcueta. On n'y voit plus Irace de l'ancien cas^ tillo des seigneurs du lieu, et, dès l'année 1017, il n'en restait guère que des ruines, comme le prouvent des attestations contemporaines telles que celles-ci : (( Les gens du roi ont fait démolir la casa^ a palacio et tour d'Azpilcueta, qui étaient solidei< ment bâties. J'ai vu de mes yeux la tour, la casa ce et la borda d'Azpilcueta, ainsi que la tour, qui ce était fort belle, bien bâtie et munie de créneaux. ce L'aicayde de Maya fit démolir la tour, et le capitan
« Mondragon fil mettre le feu à la horda^ elle aussi (( bâtie de belle pierre jusqu'au toit, elc. » Déjà depuis longtemps, à cette date, \e palacio et les ter^ res d'Azpilcuela étaient d'ailleurs abandonnés à des fermiers, parce que le dernier héritier de la maison, Martin , avait échangé ce séjour contre celui de Xavier.
Ecoutons maintenant un autre Martin de Azpilcueta que le monde entier, depuis plus de trois siècles, connaît sous le nom de Docteur Navarro :
On me reproche d'avoir dit : Je suis noble. Telle n'a pas été ma parole. J'ai dit : « Mon père et ma mère étaient nobles et de familles, non pas tellement riches, mais fort anciennes. Oui, je m'estime heureux d'être issu des deux palacios d'Azpilcueta et de Jaure^'uiçar. Ni l'un ni l'autre ne sont très opulents, mais tous deux étaient debout longtemps avant Charlemagne, et jamais encore, A^râce à Dieu, seigneur d'Azpilcueta ou de Jaure^y^uiçar ne fut taché d'hérésie. »
En un autre endroit de ses écrits, le docteur Navarro, après s'être félicité de sa parenté avec l'Apôtre des Indes, ajoute :
Les aïeux maternels de Francisco furent des plus nobles, des plus illustres, et par l'antiquité de leur maison, et par la nombreuse série d'hommes de ft»;uerre qui en sortirent. Son aïeul, Martin de Azpilcueta, fut un homme que son mérite personnel honora autant (jue la î^loire acquise par ses ancêtres. Cet honneur était, il est vrai, quasi son unique domaine. Sa maison n'avait que peu de bien, et il demeura seul représentant de si nombreuses «générations disparues. Ce fut alors que la Providence Tunit à l'héritière
d'une autre maison, de noblesse éi^ale mais plus riche, la maison des Xavier.
Quand le docteur Navarre nous dit que Martin représentait seul, vers la fin du quinzième siècle, des gfënérations disparues, il n'entend parler que des générations qui se succédèrent au palacio même d'Azpilcueta; car, en ce temps et depuis, des Azpilcueta, du même sang- que celui de Martin, eurent leurs maisons fondées et s'illustrèrent à Sada, k Lecaun, à Echaguë, à Gasseda, à Montréal, à Barasoain et ailleurs encore.
A Sada, où les Aznarez furent si longtemps seigneurs incontestés, les Azpilcueta ont influence prédominante dès le commencement du quinzième siècle; avant de supplanter les Aznarez à Xavier, les Azpilcueta les avaient ^onc supplantés à Sada, sur le sol même de leurs premières croissances. Garcia, le premier des Azpilcueta de Sada, que nous connaissions, n'ayant pas eu d'enfants, adopta Miguel, fils cadet du seigneur d'Azpilcuela, et le maria, à Sada, avec l'héritière de Pedro de Galan, seigneur du palacio de Garraça. Ge Miguel était oncle de Martin, qui devint seigneur de Xavier. Nous verrons, plus loin, l'arrière-petit-fils de Miguel, Juan de Azpilcueta de Sada, ami intime de François.
Lorsque, vers l'an i/j2o, Miguel alla d'Azpilcu'ita à Sada, il laissa seigneur de la maison natale son frère aîné Juan, père du futur seigneur de Xavier. De ce Juan seul procédèrent plusieurs chefs des maisons Azpilcueta. La mère de saint François Xavier nous
22 AÏKUX MATERNELS DE FRANÇOIS (XIIl^-XVI*^ S.)
l'apprend elle-même. Ecoutons Vabad de Echa/^-uë, Juan de Azpîlcuela, nous dire, à qualre-vinçl-lreize ans, les souvenirs de son enfance qu'il passa au rastil/o de Xavier :
Il y a environ qiiatre-viiitj^ts ans (cVtait vers l'an i5oo), j'allai résider au palncio de Xavier, ponr y servir, à titre de pag^e, Doiïa Maria de Azpilcneta et Dofïa Violanta, sa sœur, duenas du palacio. A cause de la parentt^ qne j'avais avec elle, je les appelais mes tantes {fias).
Dans ce palact'o de Xavier, je connus, l'espace de huit ou neuf ans, un Martin de Azpilcneta, de Lecaun, fils léçitime de Pero Sanz de Azpilcneta et de Maria Sncpiia, cpii vécurent à Estella, au service des maréchaux de Navarre. Martin était cousin jt^ermain de Doiïa Maria et Dofia Violanta.
Je me souviens (pie, nous entretenant de la parenté qu'il y avait entre elles et nous, Dofia Maria et Dofia Violanta nous contaient comme, an palacio de Azpilcneta, qni est en terre de Baztan , un Juan de Azpilcneta et sa femme, diieùos du palacio^ eurent cinq fils légitimes. L'afné, Miy^uel, demeura dueno andit palacio; le second, Martin, qui hérita du palacio de Azpilcneta, par la mort de Mi4J^uel son frère aîné, épousa rhéritière du palacio de Xavier, et fut père desdites Maria et Violanta. Le troisième, l^ero Sanz, alla s'établir à Lecaun; le quatrième, qui s'appelait Pétri Sanz, se maria à Casseda; et le cinquième, Pedro, se maria à Echai^né, dans la maison où je suis né : il a été mon bisaïeul.
Je me sonviens d'avoir entendn dire les nuhnes choses à Juan Perez de Azpilcneta, de Montréal, qui fut oncle des cinq frères. Le docteur Don Martin de Azpilcneta, cpii à présent réside à Rome, et qui était bien an conrant de ces çénéaloij^ies, me parlait souvent des cinq frères du palacio de Azpilcneta, devenus chefs de diverses maisons.
AÏKUX MATKRNKLS DE FRANflOlS (Xlll^'-XVr S.). 23
Ajoutons que ce docteur Navarro était petit-fils d'un Martin de Azpilcuela de Sada, qui donna son fils, du même nom de Martin, à l'héritière des Jaureguiçar de Barasoain.
Martin de Azpilcueta de Lecaun sera, de i5i6 à i525, comme un second père pour François de Xavier, et, quand il écrira au docteur Navarro, François se dira <( son fils en Jésus-Christ, pour la vie; filiiis in Christo^ qiioadiisque vixerit. »
Notons enfin, avant d'aller plus loin, que TApôtre des Indes, bien qu'il porte le nom de Xavier, est plus Jassu et Azpilcueta qu'il n'est Xavier ou Aznar. La g-énéalogie des Aznarez nous les montre, en efiPet, déjà supplantés à Xavier par les Artieda, un siècle avant que Francisco vînt au monde, petit-fils d'un Azpilcuela, lui-même supplanta teur des Artieda, Le sang" des Jassu ou des Echeberria, uni au sang* des Azpilcueta, est donc le plus vrai sang* des veines de Francisco : ce qui lui vient des Aznarez c'est, avec plus de vérité, le rayonnement d'une g'ioire humaine, l'illustration d'un nom; — et comme les Jassu et les Azpilcueta sont de race purement basque, les Jassu- Echeberria, Basques du versant français, les Azpilcueta, Basques du versant navarrais des Pyrénées, on ne peut, ce semble, mieux résoudre la question si souvent agitée de la nationalité de François de Xavier qu'en disant : Il est Basque. Au temps de la naissance de François, Jassu et Azpilcueta seront du royaume de Navarre comme Xavier; le dernier mot sur la nationalité du saint aura donc pour formule : il est Basque-Navarrais. Basque, lui aussi, de père
el de mère, le docteur Navarro écrira : « On me re- « proche d'être Navarrais.,. Je le confesse; c'est pour « moi un sujet de joie, et je le tiens à grand hon- « neur que d'être Navarrais... et Basque. » Les deux raisons de la joie et de la noble fierté du docteur ne purent qu'être bien vivantes dans l'âme de François : « Navarrais et Basques, écrit Navarro, deux peuples (( dont la fidélité à leurs souverains est demeurée « célèbre... Ainsi ont-ils été fidèles à Dieu et à « l'Eig-lise. »
Vers le milieu du siècle dernier, im archiviste des comtes de Xavier s'étonnait de ne pas trouver au palacio les titres qui l'eussent le plus intéressé; il en dresse le catalogue : (( Je suis surpris, dit-il, qu'on « ne rencontre ici, ni aux archives, ni ailleurs, des (( pièces telles que le contrat de mariage de Martin (( de Azpilcueta et de Juana de Aznarez; le testa- « ment de Juana de Aznarez et celui de son mari; le « contrat de mariage du docteur Juan de Jassu avec « Maria de Azpilcueta; le testament du docteur et « celui de sa femme, etc. »
Aujourd'hui encore, après un siècle de recherches, ces précieux documents ne sont pas retrouvés. Ils éclaireraient bien cette fin de chapitre qui sans eux aura plus d'obscurité que de lumière.
Au mois de juin loSG, quelques vieux amis des Xavier et des Jassu, interrogés au sujet des parents
et aïeux de François, donnent d'utiles renseignements.
Juan de Hualde, 'Agé de quatre-vingt-dix ans :
Il y a soixante-huit ans environ (i468), j'allai vivre au palacio de Xavier avec Don Martin de Azpilciieta et Doua Juana Aznarez. Je demeurai avec eux, à titre de serviteur icriado), l'espace de deux ou trois ans. Je voyais ainsi et connaissais, vivant avec eux, leur fille Maria, alors às:<^e d'environ huit ans.
Don Pedro de Atondo, abat de Cemborayn, âgé de quatre-vingts ans :
Je suis parent de Francisco au troisième degré. Je n'ai pas connu Doua Juana Aznariz, femme de Martin de Azpilcueta, mais j'ai connu Martin et je sais qu'ils étaient légitimement mariés, et que Maria de Azpilcueta fut leur fille légitime. Don Martin de Azpilcueta fut camerlingue de nos rois et puis alcayde de la forteresse de Montréal; je Pai mi en possession de ces charges.
Etant donzella^ Doîïa Maria, fille de Martin et de Juana, demeura quelques années à Sanguesa, dans la maison qui fut de Pedro Ortiz; je l'y ai vue et connue. Don Martin, son père, vivait alors par intervalles à Xavier.
Les deux témoins ont vu Dona Maria de Azpilcueta mariée au docteur de Jassu. Don Pedro de Atondo : a Depuis leur mariage, je connus Dona (( Maria et Don Juan de Jassu l'espace de dix-huit à a vingt ans (à partir de lAo^)- » Juan de Hualde : « J'ai connu Don Juan de Jassu, depuis qu'il eut a épousé Dona Maria de Azpilcueta. Il était, avec sa « femme, seigneur des palacios de Xavier, Azpil-
26 AÏEUX MATERNELS DE FRANÇOIS (XlIl^'-XVl* S.)-
« cuela et Ydocin. Je les ai vus vivre ainsi mariés a Fespace de trente-cinq à quarante ans (k partir de « 1 475-1 480). »
Enfin, Esteban de Huarte, seigneur du pa/acîo de Çuazti, fils de Maria de Jassu, sœur du docteur :
J'ai connu Don Martin de Azpilcueta, alors qu'il vivait dans la forteresse de Montréal. Sa fille, alors mariée au docteur Juan de Jassu, allait quelquefois Tv visiter. De ma douzième à ma dix-septième année (1492-1497), j'ai vécu près de Don Juan de Jassu, mon oncle, et de Dofia Maria de Azpilcueta qui résidaient ordinairement à Xavier.
A ces données ajoutons les suivantes : Violanla, sœur cadette de Maria, naquit en 1476; Juana de Aznariz fit son testament en i477> ^^ Martin, son mari, alcayde de la forteresse de Montréal, à partir de 1492, y mourut en 1602; François, dernier fils de Maria, naquit en î5o6; enfin, le docteur Juan de Jassu quitta ce monde le 16 octobre i5i5.
De ces éléments comparés et combinés, le lecteur peut tirer un récit où tout ce qui restera conjectural se rapprochera cependant du vrai :
Martin de Azpilcueta épousa Juana de Aznariz, rhéritière de Xavier, vers Tan 1462, et leur première fille survivante. Maria, naquit vers l'an i463. Camerling-ue de Juan et de la princesse Léonor, Martin de Azpilcueta dut vivre à la cour à partir de 1472 et Juana de Aznariz y vécut avec lui. Là, ils connurent le docteur Juan de Jassu de qui ils apprécièrent grandement les mérites. Juana de Aznariz et Guillerma de Atondo, d'accord avec Martin de Azpilcueta,
eurent bientôt arrêté le dessein d'une union que Dieu ne pourrait manquer de bénir. En attendant. Maria de Azpilcueta grandissait à Sanguesa^ confiée aux soins de la famille Ortiz, une des plus honorables de la ville, et la piété de Maria se pouvait facilement nourrir, car la seule largeur de la rue où elle vivait la séparait de Téglise, sanctuaire vénéi'é de Notre-Dame de Roc-Amadour.
Mère une seconde fois, en 1476^ Juana de Aznariz parut, dès la naissance même de Violanta, avoir le pressentiment d'une fin prochaine; car, Tannée d'après, elle dispose en faveur de Maria du majorât de Xavier et d'Azpilcueta, et en règle la transmission à sa descendance. Maria était alors dans sa quatorzième année. Juana ne voulut pas quitter ce monde qu'elle n'eût, autant qu'elle le pouvait faire, assuré l'avenir, et l'union de Don Juan de Jassu et de Maria de Azpilcueta, méditée à la cour de Léonor entre la mère du docteur et la parenté de la jeune héritière, fut solennellement célébrée au palacio de Xavier.
Le docteur Juan, qui n'avait eu jusque-là que la charge de maestro de finanças^ est de plus alcalde de la cort mayor^ et Ton pourrait voir des mercedes en faveur de son mariage, d'abord dans les lettres de Léonor, datées du i'^" février 1^76, par lesquelles une rente de 100 florins d'or, du poids et coin d'Aragon, est garantie sa vie durant « au fidèle et bien-aimé conseiller D. Juan de Jassu » ; et encore dans les lettres du roi Jean^ datées du 10 juin 1478, qui lui attribuent des droits seigneuriaux au lieu de Ydocin, et en particulier la justice moyenne et basse.
Les termes de ce dernier acte royal honorent au plus haut degré le docteur :
Notre illustre, fidèle et bien-aim(^ conseiller, dit le Roi, a, jusqu'à présent et de bien des manières, rendu de bons, continus, aîçréables services à nous et à la royale couronne de Navarre ; il ne cesse d'en rendre , chaque jour , avec une grande et ardente (intensa) fidélité, et nous comptons qu'il ne fera pas moins pour nous à l'avenir; nous désirons donc le rémunérer et récompenser, vu que nous le reconnaissons diçne de toute récompense et faveur.
Dès lors, si la vie de Juan de Jassu et de sa jeune compagne ne fut pas sans douceur, la croix cependant tempéra toutes leurs joies comme il convient que soient tempérées des joies chrétiennes. Juan ne put jamais se fixer à Xavier ; il n'y résida que par intervalles, et Maria dut le plus souvent ou le suivre ou l'attendre; l'attendre surtout, car de jeunes et nombreux enfants l'enchaînèrent de plus en plus au castillo. Elle n'en sort bientôt que pour aller à Montréal consoler son vieux père; puis, retenue par de plus impérieux devoirs, elle doit se décharger davantage de cette obligation sur Violanta, que nous trouvons, en effet, à Montréal, pieuse consolatrice et dévouée infirmière du vieillard jusqu'à son dernier jour. Elle-même nous l'apprend : « J'allai, vers (( l'an i499> vivre auprès de mon père, et je démence rai avec lui jusqu'à sa mort, c'est-à-dire environ (( trois ans. »
A celte date, François n'a pas encore été donné à Maria de Azpilcueta; mais l'heure du don céleste
n'est plus éloignée, et il n'est pas sans intérêt de rechercher comment, à Xavier, parents et enfants se disposaient à mériter la grâce d'avoir ou pour fils ou pour frère le futur Apôtre des Indes.