CHAPITRE III
où l'on verra QVK la naissance de FRANÇOIS DE XAVIER PARUT ÊTRE LA RECOMPENSE DES VERTUS ET MERITES DE TOUS LES SIENS.
(i4<jo à lôoO^)
Guillerma de Atondo survécut près de ving-l ans à son mari, et ses exemples autant que ses leçons durent aider à la noble et chrétienne formation de la génération nouvelle.
Quand il aura plu à Dieu Noire-Seiçiieur de disposer de moi, je veux et coinmaude que mou corps, revêtu de l'habit de saiuf Domiuique, soit euseveli dans Téçlise Saint Jacques, des Frères Prêcheurs de Pampeluue, où est euseveU mon mari Arualt Periz de Jassu (à qui Dieu pardonne!), savoir, dans la chapelle de Saint-Pierre-Martyr, que je reçois pour mon avocat et pour avocat de mes descendants à jamais. Durant la neuvaiue qui suivra ma sépidture, je veux et commande que Von célèbre des messes des confréries de Saint- Gréifoire, de Sainf-Pierre, de Saint-François, « de Sainte-
1. Docftmenfs et sontres, [. I, eh. ix, x, xi; t. II, eh. xiï, xiii.
.MKRITKS DKS PARKNTS I)K KRANœiS (14î)0-1500.). 'M
ClaflMM-iiK», «le Saiiit-Iilaise ot de Sainf-PitMre-Marlvr, avec les offrandes accoiitninées de pain, de lorehes, de cieri,a»s el ehaii- «lelles de cire; ef, aussitôt après la neuvaine, mes exéculeiirs feront rt^li4)rer, dans ladite chapelle de Saint-I^ierre-Marfyr, une messe (piotidienne durant rann<k% avec offrande de pain el chandelles de cire, comme il fut fait pour mon mari (ipie Dieu pardonne!)
Au lemps où Guillerma dictait ces dispositions dernières, une des filles de Juan de Jassu et de Maria de Azpilcueta, l'aînée de toutes probablement, était déjà nubile, car Guillerma dicte encore : « Je « veux el commande que 5o florins soient donnés à « Maria de Jassu, ma petite-fille, fille de Juan de « Jassu, mon fils, en vue de son mariag-e, et afin i( qu'elle soit tenue de prier Dieu pour mon âme. » Maria vivait encore en i5o3, mais au castillo de Xavier, comme si elle ei\t préféré à toute alliance la vie pieuse et dévouée que menait, sous ce toit ou à Montréal, la sœur de sa mère Violanta de Azpilcuela. Bientôt elle se fil un sorl meilleur, en se donnant toute à Dieu dans l'abbaye de Santa Engracia de Pampeluue. Elle y vivait en ir)i3.
Juan de Jassu, ambassadeur de ses roi et reine, connut, en i494i la cour de Gastille, et il ne put qu'y être apprécié; alors, probablement, Isabelle voulut avoir entre ses filles d'honneur Madalena de Jassu, au sujet de laquelle le P. Antonio de La Pena écrivait en 1620 :
Don Juan de Jassu et sa femme élevaienf avec t^rand soin tous leurs enfants; mais Madalena fut partieulière/nent formée
à toute modestie et vertu. Elle vécut à la cour d'Isabelle la Catholique, comme dame d'honneur, et Isabelle la chérissait à cause de son aimable caractère et de son bon juçeinenl. Madalena, avec ces dons de Dieu, avait d'ailleurs reçu de lui une g-rande beauté et tout ce qui charme le monde. Aussi, de riches alliances lui furent-elles vite offertes; mais elle avait les yeux trop bien ouverts pour ne pas discerner le peu que valent les biens du monde; et, sachant quelle sainte vie menaient les Clarisses déchaussées du couvent de Gandie, elle demanda à la Reine permission de s'y retirer, avec la bénédiction de son père et de sa mère. Dès le noviciat, elle parut un modèle de religieuse, et Dieu la favorisa de bonne heure de grâces extraordinaires.
Ana, troisième fille du docteur, précéda ses frères dans la vie. Un parent des Atondo, Bernai de Jaca, abad de Eulza, qui les connut tous, dit en elFet : « Miguel de Xavier, fils aîné du docteur de Jassu, avait plusieurs sœurs plus âgées que lui... » ; mais Ana dut venir au monde peu de temps avant Miguel, car elle ne fut mariée qu'en i5i2, et Miguel naquit vers Tan i495. Le second fils, Juan, vers Tan i497-
Autour de ces enfants vivait une parenté qui ne leur donnait guère que des exemples de vertu. Au castillo même, Violanla, à propos de laquelle le P. de La Pefia écrit : « On sait que Violanta de Xavier fut toujours considérée comme une sainte fille. ))
A Pampelune, Les Cruzat, fils de Maria Periz de Jassu, se sanctifiaient en suivant les traces de leur mère. Ce serait une édifiante histoire que celle des six garçons de Maria Periz, Lope, Bernai, Dieg'o,
MÉRITES DES PARENTS DE FRANCjOIS (^1190-1506). 33
Luis, Juan et Martin, et celle de sa fille Rosa, Tabbesse de Santa : Engracia Luis et Juan, qui eurent successivement au chapitre cathédral la dignité d'archidiacre de la Valdonsella ; Martin, qui y posséda celle de chantre; Dieg-o, veedor de la moneda^ qui « pour récompense de ses long-s services, demande (( et obtient la merced d'avoir son écu d'armes bordé « de croîjc de Jérusalem^ k cause de la dévotion « qu'il a à la'sainte Croix, et de son nom même de « Cruzat, qui rappelle la sainte Croix » ; — Bernai, alguasil mayoPj jasticia^ etc., qui sut si bien inspirer à ses enfants le mépris des biens du monde, (|ue l'aîné ne voulut pas mourir sans y avoir d'abord renoncé. 11 maria sa fille unique et, cela fait, il se retira dans un ermitajre, où il mena, sous l'habit d'ermite, jusqu'à son dernier jour, la vie des plus austères anachorètes; — Lope enfin, auditeur des comptes. Sans préjudice des largesses que Lope fait aux églises, il laisse un bel héritage à chacun de ses quatorze enfants. Pour celles de ses filles qui préfèrent le cloître au monde, il laisse ù leurs couvents une aumône de i,ooo florins.
A ce testament, daté de 1545, intervient Hosa, l'abbesse de Santa Engracia, sœur du testateur : elle reçut i,ooo florins, au nom de Juana, fille de Lope. Rosa Cruzat eut |)u suffire à l'illustration chrétienne de sa maison. Le monastère de Santa Engracia était loin d'être réglé quand elle y entra religieuse. Ce fut elle qui travailla efficacement à le réformer. Le labeur y fui grand; tels et tels procès ne le prouveraient que trop. Mais Rosa ne
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se dëcoiirag-ea point; elle eut même la rare g^énérosité de se démettre, pour un temps, de sa dig-nité d'abbesse, afin que rautorité d'une étrang-ère, moins difficilement acceptée, put, mieux que la sienne, riamener dans le couvent le bon ordre et toute vertu.
Quelle part eut à ces travaux Maria Periz de Jassu, sa mère, nous l'ignorons; mais elle n'y fut sûrement pas étrangère, puisque le couvent de Santa Eng-racia devint, à la fin, sa maison de famille, et qu'elle y voulut mourir sous l'habit de relig-ieuse.
Il faut noter ici que tous ces personnages sont les contemporains des filles et des fils du docteur de Jassu. Lorsque, en i545, Lope fait son testament, trois seulement de ses filles, sur six, ont atteint l'âge nubile. C'étaient, d'ailleurs, les plus proches parents des Jassu : les relations avec eux ne pouvaient qu'être continues et intimes.
Des vingt-six enfants que Dieu donna à Catalina Ferez de Jassu, femme de Nicolas de Eguia d'Eslella^ quatorze, huit filles et six garçons survivants, édifièrent autant par leurs vertus la famille de Xavier que celle-ci la put édifier par les siennes. Le dernier testament de Nicolas de Eguia, écrit de sa main, s'ouvre par ces mots :
Comme, avec le cours du temps, les biens temporels s'accroissent ou diminuent selon le bon plaisir de Dieu Nolre- Seii;;neur, et ipie les volontés aussi se meuvent raisonnablement, selon la varitMé des circonstances, ma bénie et très chère femme, Catalina Periz de Jassu, dont il plut à Dieu de terminer les jours le» 27 juin de Tannée lô'ii, voulut me laisser le pouvoir de réii;^ler, par des dispositions nouvelles, tout ce
MKIUTKS DES PAUKNTS DK FllANCOJS (1490-l50()j. 35
qui rt'crarde la iraiisinissioii de nos biens à nos fils <»! filles... Dieu a voulu que, moi vivant, mon fils aîiu», Juan Martinez de Eiï^uia, se fît moine à Saufa Maria de Iracln', etc. Puis(|ue mon fils Diei^o Marfinez veut Hre ecclésiastique..., je vcmix qnt* mes petits-fils aient soin de lui, connue s'il était leur père, etc....
II rend grâces à Dieu de lui avoir donné de si
nombreux enfants, et de les avoir « de sa divine
main » si bien conduits et col/or/ués^ lui vivant, etc.
Il conclut : « Que Ton ensevelisse mon corps dans
'a tombe de la chapelle de Santa Ayueda^ et que
I^on y transfère les ossements de ma femme Gata-
lîna Periz de Jassu : « nous fûmes toujours bien
^^ unis de pensées et de sentiments pendant la vie;
^^ il convient que nos os reposent en une même
^^ tombe,.. »
Oeux des fils de Catalina Periz de Jassu, Esteban ^ï- Dieg'o, iront de bonne heure joindre à Rome P^^^tnçois, pour y être, avec lui, disciples d'Ignace ^^^ Lioyola. Mais l'union de leurs cœurs ne datera P^^s de i538 : ils s'étaient connus dès leur jeunesse, «è» Tenfance, et les mérites de ces familles allaient ^^I>uis lonjçtemps s'accumulant jusqu'à ce qu'enfin * ^^i^ire des Jassu donnât au monde son plus beau
-^ux Arcos, Bernard Periz de Jassu avait eu deux
"ï^^ Pedro et Diego. Pedro allia le premier les Jassu
^ l«t sainte race des Goni, et Dieg-o de Jassu, reli-
S^^iix de Saint-Dominique, docteur en théologie,
sei^s^ jusqu'à sa mort, le conseiller préféré des Egiiia
^l cde la famille de Xavier. Près de mourir, la mère
36 MÉRITES DEà PARENTS DE FRANÇOIS (1490-1506).
de François le consultera pour rég-ler ses pieuses fondations, et il avait déjà été rexécuteur teslamentaire du docteur Juan de Jassu, son neveu, et de la mère des Ëg^uia, sa sœur.
La Corte niayor de Pampelune^ à la requête de François, portera un jour cette sentence : « Nous (( déclarons que Francisco de Jassu y Xavier a bien (( et dûment prouvé qu'il fut et qu'il est, en lég'îtime (( et droite ligne de ses parents et aïeux, suivant les « quatre tiges de sa généalogie paternelle et mater^ « nelle, homme hijodalgo^ noble et gentilhomme... » Mais en prouvant par ses procureurs qu'il descendait, d'une part, des Jassu et des Atondo, et de l'autre, des Azpilcueta et des Xavier, François prouvait surtout qu'il avait, plus que d'autres, le devoir, le droit et les moyens de devenir un très grand saint : la sève même des quatre tiges d'où il procédait le poussait à la sainteté.
Quand Martin de Azpilcueta, docteur Navarro, fut mort, à Rome, un témoin de sa sépulture écrivit : « A l'heure de la levée du corps, il s'est assemblé « pour le voir une si grande multitude dans les (i rues, sur les places, que ceux qui vivent aujour- « d'hui déclarent n'avoir jamais vu chose pareille. <( On mit en pièces ses vêtements pour en emporter « des débris comme reliques. » Mais cet, homme, avec la double autorité de sa sainteté et de sa doctrine,
MÉRITES DES PARENTS DE FRANœiS (1490- 1500). 37
appréciait entre tous les dons qu'il avait reçus de Dieu, celui d'avoir dans ses veines le sang- des Azpilcueta, parce qu'cnls furent toujours fidèles à Dieu, et à TEg-lise. » C'était faire remonter h ces Azpilcueta fidèles du passé l'honneur des vertus ou de la sainteté de tous les Azpilcueta de l'avenir.
Les Xavier d'autrefois nous sont moins connus, et nous n'avons pas de témoig-nage qui les puisse honorer autant que celui du docteur Navarro honore les Azpilcueta. Il est cependant deux faits bien lumineux dans leur histoire : le culte plusieurs fois séculaire [du glorieux archange saint Michel, et le culte plusieurs fois séculaire de la sainte Croix de Jésus-Christ. Saint-Michel (la grande tour du Castillo le proclamait et la chapelle du Palacio le disait également par son litre), saint Michel fut de tout temps le patron des Aznarez, et leur culte traditionnel pour la sainte image de Jésus crucifié n'est pas moins établi par l'histoire du Christ que l'on vénère aujourd'hui encore à Xavier.
Ecoutons le Père de La Pena ; il écrit, en 1620 :
Il y a trois cents ans <|ue Ton déronvrit dans Tancirn casfitto de Xavier, auquel le nouvean est adosstS le christ miraculeux, vt^nén^ maintenant dans la rapilln domestique. Cp fut le premier trésor dont il plut à Dieu d'enrichir les Xavier. Il fut trouvé dans un creux de mur, et non seulement détaché de croix, mais les hras ramenés [>endants contre le corps, et liés aux épaides avec une chaîne (pii les maintenait pendants. L'anneau qui retenait la chafne se voit encore, fixé au christ.
Tout cela démrmtre et l'antiquité du christ, que Ton pense
remonter au temps des premit^res épreuves du chrislianisine en Espaft^ne, et la vertu miraculeuse dont jouissait dès lors cette sainte ima^çe, puisqu'elle fut ainsi cachée , conservée et enfin découverte, tandis qu'une multitude d'autres iinaç^s semblables ont péri. Le g^rand prix que ce christ avait , aux yeux des premiers possesseurs, est encore révélé par le fait qu'ils le déclouèrent de sa croix, afin de le mieux cacher ou de l'emporter plus commodément.
Quant à la matière, elle suffit à démontrer que le christ est des plus antiques : tout persuade qu'il est fait, comme celui de Bury^os, de peau ou de cuir comprimé et moulé; ce qui explique que l'on ait pu facilement abaisser les bras et les relever sans les rompre. J'ai vu les deux : ils se ressemblent fort, et, à l'aspect de l'un et de l'autre, l'Ame est également saisie et pénétrée de compassion pour le Sauveur.
Aujourd'hui , le saint Christ est fixé à une croix, et les fidèles de toute la réi^ion le visitent et le vénèrent. La ville de Sançuessa, celle de Lumbier et d'autres, de Navarre et même d'Araij^on, y viennent en procession, et beaucoup de pèlerins de divers pays aiment à le voir, quand ils viennent à Xavier pour connaître et considérer le lieu ou naquit TA piètre des Indes.
On peut lire dans la Vie du Bienheureux François la relation du miracle des sueurs de ce christ.
Ainsi encore Tég-Iise de Xavier esl-elle là, depuis des siècles, pour allesler, par son seul titre de Santa Maria de Xavier^ que les Aznarez furent, dès Torigine et toujours, dévots h la Mère de Dieu.
Ces héritages des quatre races d'aïeux, le docteur Juan de Jassu et Maria de Azpilcueta en assemblèrent les trésors dans leur cœur; de là, ils s'épanchèrent et grandirent surtout dans le cœur de Mada-
MKRITKS I)i:.S PARKNÏS 1)K FRANÇOIS ( 1 lUO-lolK) I. IVJ
lena, leur fille, et de Fran^!ois, leur fils. C'est a la veille de la naissance de Franç^ois que Dieu semble vouloir manifester cette pure çloire de Juan et de Maria : leurs actes de ce temps les montrent, en effet, Tun et Taulre singulièrement riches de foi et (le piété chrétienne, d'esprit apostolique, de zèle pour la g"Ioire de Dieu.
La foi, la piété, l'esprit aposlolique de Juan de J«assu et de sa compag-ne éclatent dans la pièce suivante, qui est du 26 avril 1500 :
Au nom de Dieu et de la Viernçe sainte Marie sa M(^re, soit manifeste à tous ceux qui la présente charte de donation verront et ouïront, (pie, Tan de la Nativité de Notre-Sei^'-nenr do mil et cinq cents, et le vin*çt-sixième jour du mois d'avril (dimanche de Qnasimodo), dans le rastillo de Exabierr, en [*r«»sence du Révérend don Johan de Monterde, vicaire ^-énéral dans tout le diocèse de Pampelune, pour le Hévérendissime seiçneur le Cardinal de Sainte-Praxède, évoque de Painpelune, résidant en la Cour de Rome, le(|uel au présent acte a interposé son autorité et décret, et en [)résenc(* de moi, notaire, et des témoins ci-dessous nommés;
Constitués personnellement, les ma<i^nifiques don Johan de Jassu et dona Maria d*Ezpilcueta, seiy^neurs du<lit cluUeau et rilla de Exabierr, ladite Maria d*Ezpilcueta avec expresse licence et consentement de son dit mari, ont fait donation et transport, pur et irrévocable, maintenant et à tout jamais, à Fég^lise paroissiale de Santa Maria dudit lieu, de toutes les dîmes de pain, vin, bétail, laine et des autres choses
qu'il est accoutumé de payer en diine dans le royaume d^ Navarre et le diocèse de Pampelune, toutes entièrement^ telles qu'à présent les possèdent et les ont possédées les seig^neurs de Exabierr, leurs prédécesseurs de temps immémorial, afin que lesdites dîmes soient à perpétuité de ladite é^y^lise, et pour les vicaires et hénéficiers qui seront en elle, avec les réserves, modes et conditions plus bas mentionnés, en dépossédant ainsi leurs successeurs à perpétuité, et donnant leur pouvoir à ladite é^^lise, et l'investissant, dès à présent, de tout leur droit et action, afin qu'elle les ait et possède librement et pacifiquement, sans empêchement ni opposition de personne aucune; et ils ont juré de n'y contrevenir ni maintenant, ni en aucun temps, enjoignant à leurs fils et successeurs, sous [)eine de désobéissance et de perdre leur bénédiction, d'avoir à louer et approuver la présente donation et de n'aller, en aucun temps, contre elle, parce que ceci est fait pour le service de Dieu et de ladite église, et pour remède et suffraîçe des Ames de ceux qui y sont ensevelis, et pour la décharge des âmes de leurs prédécesseurs, sei^-neurs dndit lieu et de leurs successeurs, et pour que l'office divin se fasse en ladite éi^lise, de manière que Dieu y soit mieux servi qu'il n'a été jusfpi'à présent.
Ensemble avec ladite dime, ils ont fait donation à ladite éj^lise d'une vi|«^ne qui est située au territoire de ladite villa de Exabierr, laquelle est de douze peonadas environ, et située au-dessous de la vitçne «grande dudit castillo.
Et encore de deux cajizudos d(» tierrn blanca^ Tune audessus et l'autre au-dessous du castillo^ afin que le vicaire perpétuel et les bénéficiers puissent être mieux entrett^ nus, etc.
Ici viennent d'autres considérables et nombreuses largesses. Juan et Maria s'eng-agent, en particulier, à
faire bàlir, celle année ménne, une maison neuve, que Ton appellera laAbhadia^ avec jardin clos el conlig-u, pour servir d'habilalion au vicaire perpéluel, à deux racioneros (prébendiers) el à un garçon de service. Juan el Maria poursuivent:
Le vicaire perpétuel sera tenu de faire continuelle résidence et de desservir TéjijlivSe de Exabierr, comme sont desservies les églises paroissiales du diocèse de Painpelune. Etant disposé, il devra célébrer chaque jour la messe (»t, eu cliœur avec les racioneros^ chanter ou psalmodier, chaque jour, les Heures canoniales.
Les racioneros résideront comme le vicaire; ils l'assisteront dans tous les divins offices, spécialement aux messes chantées et aux vêpres, les jours plus bas marqués; enfin, ils seront tenus de dire leurs messes dans l'église Santa Maria de Exabierr, aux fêtes et quelques autres jours.
Lesdits vicaire et hém^iciers devront dire messe chantée tous les dimanches; de même, à toutes les fêtes de Notre- Seigneur, comme Pâques, Corpus Christi ^ Ascensi<m , Transfiç^iration, jour de la Sainte-Croix et les autres. Iteni^ tous les jours de Carême, spécialement en la Semaine sainte, avec chant des vêpres, les mêmes jours; quant aux trois derniers jours de la Semaine sainte, les Matines devront être chantées.^ ftem^ ils chanteront messe et vêpres à toutes les fêtes de la Vierge Marie, de saint Michel, des saints Apôtres, à toutes les fêtes chômées dans le diocèse de l^unpelune, les jours de saint Pierre martyr, de saint Firmin, de sainte Anne, de saint Jérôme.
De plus, en tous ces jours, il y aura chant du Saloe Hegina^ et d(» même tous les samedis de l'année a[)rès Complies, et encore tous les jours, depuis la Sainte-Croix de mai jusqu'à la Sainte-Croix de septembre.
En ces jours ainsi marqués et tous les jours de Painiécr lesdits vicaire et béuéficiers s'efForceront de faire le plus e^ le mieux qu'ils pourront, afin que par leur moyen, dans Téçlise de Exabierr, Dieu soit, dans les offices divins, seni et loué, et que les âmes des défunts dont les corps y reposent en soient efficacement secourues. De quoi lesdits donateurs charg^ent la conscience desdits vicaire et bénéficiers, les priant de s'acquitter de leur devoir le mieux qu'ils pourront, pour le service de Dieu el la déchariife de leurs âmes.
Tous les lundis, ils diront el , s'ils le peuvent, ils chanteront messe de morts, et ils feront ensuite l'absoute sur les tombes de l'éçlise et du cimetière, avec la croix et le chant des répons accoutumés. Les autres jours de la semaine, quand ils le pourront, ils feront l'absoute sur la tombe des seiiçneurs de Exabierr, qui est dans l'ésj^lise.
Chaque samedi^ ils chanteront messe de la Vierg^e Marie.
Après cela, Juan et Maria rég-lementenl, avec une grande sag'csse, tout ce qui, à Yabbadia^ concerne la bonne vie el Tentente des clercs qui y doivent habiter en commun, et ils concluent :
Ceci fut fait audit castillo de Exabierr, en présence dndit vicaire «général, le 26*^ d'avril de l'an de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ i5oo...; et lesdits fondateurs, pour plus ferme assurance des choses dessus dites, onl ordonné de sceller les présentes du sceau de leurs armes... J. de Monterde, vicaire ii^énéral, si^-né.
La foi, la piété, le zèle apostolique de Juan de Jassu ne se manifestent pas moins dans deux suppliques, une de i5oi, Tautre de ifmS, par lesquelles il sollicite, autant pour sa famille, sa parenté el ses
amis de la cort mayoi\ de la Cour des comptes, etc., que pour lui-même, des grAces spirituelles, « en vue, dit-il, d'obtenir aide meilleure pour le salut de nos âmes. »
Enfin, les mêmes vertus et mérites du seig-neur de Xavier et de sa compagne éclatent de nouveau dans les Ordonnances de rég/ise de Sainte ^Marie^de^ Xavier j œuvre manifeste du docteur, que le vicaire g-énéral Juan de Monterde revêt de son autorité. En voici Tavant-propos et la conclusion :
Au nom de la Sainte-Triiiitë, Père, Fils et Saint-Esprit, et de la Vierg^e Notre-Dame, et de sefior saint Michel, arcliaii4i^e, commencent les ordonnances et statnts faits par le très vt^nt^rable don Jnan de Monterde, vicaire 4;:én(^ral en tont le diocèse de Pampeinne, pour le Rèvërendissime seig^neur cardinal de Sainte-Praxède , èvêqne de Pampeinne, résidant en Cour rnmaine, en la visite qu'il fit de IVi^lise de Saint<»-Marie de Exavierr, le i{\ septembre de Tan i5()4.
Le vicaire général s'adresse « aux vénérables et aimés en Jésus- Gbrist don Miguel de Ezpilcueta, vicaire perpétuel, et à don Martin de Larga et don Garcia de Equissoayn, bénéficiers de l'église Santa Maria » :
En Tannée ifxx), dit-il, je vins an cdstillo de Exavierr, on les magnifiques seiii^neurs don Juan de Jassu et doiia Maria de Ezpilcueta firent donation perpétuelle à l'éiii^lise Santa Maria des dîmes et de la priniicia qu'eux et leurs devanciers possédaient, de temps immémorial, et sûrement depuis plus de trois cents ans. Or, au temps où cette donation fut faite, ré|çlise de Xavier n'était (|u'une petite hasilica^ et il nV
avait pas d'hahitation pour les clercs. Depuis, lesdits donateurs et fondateurs ont fait construire la maison qui est à pr«^sent et réédifier et ae^randir Té^i^lise; de sorte que les clercs ont, maintenant, une maison où ils peuvent honorablement vivre, et réalise est bien a[)pro[)riée à la célébration des divins offices.
Lesdits donateurs et fondateurs nous ont donc prié, avec de vives instances, de vouloir venir en personne audit lieu de Xavier, visiter Té^^lise nouvelle et ré^^lementer le service divin, (pii, pour l'honneur de Dieu, s'y devrait faire à perpétuité. Accédant à leurs prières, désirant compléter l'œuvre cpie, nuis d'un bon zèle, ils ont entreprise et menée à fin , non sans de ^^randes dépenses, nous sommes venu parfaire ce qui fut commencé dans l'acte de donation de l'année looo.
Suivent les quatorze chapitres des ordonnances, et le vicaire génëral conclut par une exhortation aux pnHres de Santa Maria :
Vous donc, vicaire et bénéficiers de l'éi^'Use' et ahhadin de Santa Maria de Exabierr, Nous vous exhortons et Nous vous commandons que vous et ceux qui viendront après vous ordonniez votre vie au service de Dieu, vous exerçant aux actes de vertu et à la contemplation, vous écartant des vices et des pratiques mondaines. Les divins offices achevés, n'ayez que des occupations honnêtes; (pie l'étude soit votre récréation; n'ayez du moins que des délassements convenables, la pèche, par exenq)le, ou la culture du jardin; ne consumez pas le temps en de vains entretiens, d(mt il faudra rendre à Dieu un compte étroit.
Nous vous prions d'avoir touj<mrs en ménu)ire que la vie et rèîfle primitive des Clercs, ordoimée par les saints Apôtres de Jésus-Christ et ses disciples, fut (pTils eussent à vivre en communauté, ne possédant rien en propre, et que leur demeure
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fiil continue à Té^lise, afin <jirils se inaintiiissent séparés des pratiques mondaines et de nonibrenses oreasions de pérlié, se c^intentanl d'avoir le virtnni et vestitnm\ sans antres biens terrestres. En celte vie sainte et assnrée, les Clercs vécnrent jusques au temps on le diable, qui toujours veille et travaille {HHir corrompre et déréy^ler la bonne vie des serviteurs de Dieu, parAÎnt à allumer dans les t\mes ecclésiastiques un tel feu de cupidité, que la vie apostolique leur devint insupportable. De là vint que saint Auti^ustin aima mieux, la loi primitive étant mal observée, recourir au remède de la dispense que de laisser les Clercs [)érir sous le jouç d'une loi qu'ils violaient; c'est ce qu'il dit lui-même dans son traité De coni" muni vita clericoriim. Il permit donc aux Clercs de posséder des biens temporels, aimant mieux les voir en péril par cette possession que dans une perdition conq)lète où les mettait l'hvpocrite simulation d'une pauvreté qu'ils foulaient aux pieds : Malui fiahere cœcos et claudoSy quant plangere nior^ tnos : fjni enini hypocrita est, niortuus est.
Mais la vie propre des Clercs et leur vie la plus sure, c'est qu'ils servent Dieu séparés du monde; aussi les Saints Pères voulurent-ils que les Clercs vacpiassent au service de Dieu, sans relations habituelles avec leur famille et parenté. C'est ce que dit saint Ambroise in libro De fntja steculi : h(PC est ver a sacerdotis fuffu, ahdicatio domesticorunij et f/uœdam aliéna tio carissimoruni.
Tous ces a van taises de la vie apostolicpn» vous sont offerts; vous avez un bon abri contre les périls du monde dans ré«^lise et abbadia de Santa Maria de Exavierr, et rien m» vous y manque de ce (pii est nécessaire pour traverser la vie présente et mériter \\\\^ belle récompense dans la vie éternelle.
Tout ce dessus a été ordonné et connnandé par ledit vicaire jfénéral, en présence des susdits don Miiç^u(»l <le Azpilcueta et don Martin de Ler«^a, et aussi en présence de don Johan de
Jassu, docliMir, et de dofia Maria de Ezpilcueta, sa feiiiine, seijçiieurs de Exavierr. Lesdits vicaire et l)énéficiers ont sig^iié pour eux el au luun de don Garcia de Equissoayii, absent, avec promesse de lui faire ratifier toutes les choses susdites.
Le Vicaire ffçénéval scella la pièce du sceau cpiscopal.
Redisons, en terminant, que loul dans la fondation de i5oo et dans les ordonnances de i5o4 ^^1 évidemment l'ouvrage de la tête, du cœur et de la main du docteur de Jassu, unis aux pieuses inspirations de Maria de Azpilcuela ; que ces actes s'accomplissent à la veille de la naissance de François de Xavier et l'appellent comme une récompense de Dieu. L'acte est dressé en i5o4; mais l'exemplaire sur vélin destiné à Don Juan et à sa compag-ne ne s'achève que le 2 janvier i5o5.
Quant aux détails notables de cet écrit, nous n'en signalerons qu'un, c'est la dévotion des Xavier el des Jassu au docteur saint Jérôme. Patron honoré des deux maisons, saint Jérôme se montrera plus tard palron du plus illustre de leurs descendants, l'Apôtre des Indes.
Que la fondation des deux chefs de la famille de Xavier ait été inspirée par une foi, une piété dégagées de toutes considérations humaines, bien des raisons le persuadent; mais comment en douter, si l'on observe que Xavier, en ce temps, était une solitude, un désert : Dieu seul y serait témoin des solennités du culte que Don Juan el Dona Maria fondaient pour sa majesté.
MKRITES DKS 1»AHKNTS DE FRAN(;()I8 (1490-1506). 47
Ce fut donc pour la seule g^Ioire de Dieu et de Noire-Dame, et pour la sanctification de leur fa-^ mille, que Don Juan de Jassu et Dona Maria de Azpilcueta commencèrent, en i5oo, et achevèrent, en i5o4, le l>el ouvragée de leur fondation, dans Péglise de Sanla Maria de Xavier : Dieu et Notre-Dame se hâtèrent de les récompenser.