‹ Saint François de XavierChapitre 15 sur 84 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

OU L UISTOIHË DE FRANÇOIS ET DE SES PARENTS SE TROUVE EN ABRÉGÉ DEPUIS LA MORT DE JUAN DE JASSU jusqu'à la GUERRE DE NAVARRE

De i5i6à i52i, François, croyons-nous, ne s'éloigna guère plus de Xavier qu'il ne l'avait fait de i5o6 à i5i6. Sanguessa avait, sans doute, des écoles élémentaires et même un estudio mayor ; mais les prêtres de la ahbadia ou tels autres précepteurs familiers du castillo durent être préférés, après comme avant la mort de Don Juan de Jassu ; des attestations graves ne permettent guère, d'ailleurs, d'être d'un sentiment différent; telles sont les suivantes :

Esteban de Huarte :

Tant que vécurent don Juan de Jassu et Maria de Azpilcueia, je vis François vivre près d'eux au pnlacio de Xavier. Quant à don Juan el dofia Maria..., ils on! vécu au château de Xavier jusqu'à la Hn de leurs jours.

I. Documents et sources, t. I, chap. xiv, xv; t. II, chap. xvi, xvii.

68 FRANÇX)1S ADOLESCENT (1516-1521).

Juan de Azpilcuela :

J'ai vu François nourri et élevé dans la maison de son père et de sa mère, jusqu'à ce qu'il alla aux éludes, hors de ce rovaunie.

Sancho Ramirez :

Vers Tan i5i(), j'habitai au palacio de Xavier pendant un mois. Don Juan de Jassu et dofïa Maria de Azpilcuela s'v trouvaient. François vivait avec eux dans ledit palacion enfant de peu d'années {nwchacho de poca edad), et il y était traité comme fils. Plus tard, vers 1020, je me trouvai au castillo de Xavier, en compa^-nie de dona Maria de .Vzpilcueta, mère de François. Je demeurai lA Tespace de trois mois, avec d*au- Ires : les jy^^ouverneurs de Castille, alors par ce royaume de Navarre, nous avaient donné en ^^arde ledit /ir//f/c/o ; et en c^ temps, où don Juan de Jassu avait fini ses jours, je vis que François était au palacio de Xavier, en compa^^nie de sa dite, mère, qui le nourrissait et le [)ourvoyait de toutes choses nécessaires, comme \\\\ fils. Elle Tapfielait fils, et lui Fappelait mère.

Du reste, en s'éloignanl de ce monde, le docteur Juan n'avait pas laissé sans appui Maria de Azpilcuela et ses trois fils, dont Taîné n'avait que ving-l ans. Martin de Azpilcuela, de Lecaun, demeurait pour remplacer auprès d'eux le vénéré défunt : Vabad de Echag-uë et d'autres témoins bien informés nous en donnent la certitude. Leurs déclarations protivent, sans doute, que ce Martin, cousin g*ermain de dona Maria et de Violanta, fut un homme de çrande intelligence, un vaillant soldat; qu'il eut un

FRANÇOIS ADOLES'CENÏ (151()-1521). 69

cœur 1res fidèle, un beau caractère, une humeur liante; qu'on l'aimait toujours après l'avoir connu, et que le revoir était une fête. Ces témoig^naçes manifestent, plus encore, fies richesses de dévouement chrétien et de profonde piété chez Martin de Azpilcueta : il donne ses fils à Dieu et il s'honore d'être, et dans les limites du royaume de Navarre et au delà, le serviteur des moines de Yrançu et le patron de tous leurs droits et intérêts. Mais, cet homme accompli, les témoins nous le montrent installé, établi comme à demeure dans le palacio de Xavier, de Tan i5oo à l'an i52o et au delà. Il y remplace et Talcayde, retenu loin des siens au castillo de Montréal, et le docteur de Jassu à qui des va-et-vient continuels ne permettent pas de gouvertier sa maison et sa famille autant ou aussi bien quSI le voudrait; et quand la mort de l'alcayde et du docteur n'ont laissé que des femmes au palacio^ Martin y apparaît plus que jamais serviteur g-randement respecté, et parent ayant acquis et exerçant tous les droits d'un père :

A dater de 1516, dit Jean de Echai^ue, et Tespace de cuiq ou six ans encore, j'allais souvent, durant Tannée, au palacio de Xavier : j'y vis alors, durant ces cinq ou six ans, Martin de Azpilcueta, qui, d'office, ré^^issait et 4jfouvernait ledit palacio et les deux femmes de la maison, doua Maria el doiîa Violaiita, restées seules par la mort du docteur de Jassu.

Ainsi, et plus encore évidemment, Martin eut à reg-ir et g-ouverner Francisco, de sa dixième à sa

vinglièrae année : Martin de Azpilcuela fut comme le Joseph de la sainte maison de Xavier.

Martin et doua Maria retenaient donc François au palacio pour mieux garder son âme; encore est-il vrai de dire que l'agitation du pays, le bruit d'armes qui y retentissait de tous côtés eût suffi à justifier leur conduite, A peine la mort de Ferdinand était connue, que le maréchal de Navarre et tous les amis encore fi^dèles de Jean d'Albret faisaient, en mars i5i6, une hardie tentative pour reconquérir le royaume. Ils furent surpris dans les montagnes, au Val de Ronval, cernés, mis dans Fimpuissance de se défendre, et les principaux étaient peu après enchaînés au fond des sosotas de la forteresse de Atienza. Parmi eux, avec le maréchal, se trouvaient Juan de Olloqui^ le fils aîné de Margarita de Jassu, et Valentin de Jassu, le second fils du justicia de Pampelune, Des quatre autres, deux, Frances de Ezpeleta et Juan Ramirez de Baquedano^ étaient de la parenté des Jassu. La mort de Jean d'Albret au mois de juin, celle de Catherine sept mois plus tard, au lieu de tranquilliser les nouveaux maîtres de la Navarre, parurent surexciter leurs craintes : ils n'avaient cependant plus devant eux que le prince Henri, un enfant de quatorze ans.

Ce fut alors, en i5i7, que Cisneros jugea opportune la démolition des castillos de tout le pays conquis. Dès Tannée i5i6, les émissaires du cardinal vont et viennent, comptant les maisons fortes. Le castUlo de Xavier devait périr, et comme castil/o, et comme bien des Jassu; il est, en effet, ainsi noté

dans le procès-verbal d'expertise que Cisneros reçut de ses envoyés : « Dans la merindad de Sanguessa, « la casa de Chahier, qui est assez forte; elle est à « une lieue de Sanguessa et appartient à un fils du (( docteur de Jassu. »

Les scènes qui attristèrent alors les yeux de François, enfant de onze ans, des témoins les mettent ainsi sous nos yeux :

11 y a environ Irois ans, par ordre du n^v^^rondissiine ct^V'' dinal çoiiverneur d'Espa^^ne, fui fait ^-raiid doniina&^e an /y/.vtillo de Xavier. On y démolit tout un unir dVucein(e muni de cHMieaux et de meurtrières; de plus, deux tours rondes; une autre forte tour, en avant du pont-levis de l'entrée; de plus, cette entrée du castillo et une autre tour plus A l'intérieur. Dans la çrande enceinte, on rava^i^ea le jardin qui servait aussi de s^arenne de lapins. On découronna et on abattit jusqu'à demi-hauteur la tour de San Mi^fuel ; de plus, tous les cr('*neaux de la casa, dans son pourtour, ainsi que les meurtrières des arbaletiers et celles des anpiebusiers. On démcdit des escaliers de pierre, et plus à l'intérieur, dans le c<ïrps du loç^is, d'autres meurtrières. Le domma&r^* s'élève bien A sept cents ou huit cents ducats.

Le mur d'enceinte était muni d'un chemhi de ronde; les pierres du vrrand portail du castillo étaient bien travaillées. On ne laissa pas une meurtrière au castillo.

On démolit deux srrands (K>rtails bien ouvrés; on combla les fossés.

On démolit une forte tour au flanc de la casa et les escaliers qui menaient au chemin de ronde ; le mur ri'mr^irite fut éfi^aié au sol.

Ainsi furent ruinées, à la même é[HKpie, la casa, la tour et la borda d'Azpilcueta.

Si nous en croyons le duc de Najera, vice-roi de ce temps et homme du choix de Gisneros, Maria de Azpilcuela et ses fils lui durent le peli d'abri qui leur resta à Xavier ou ailleurs :

Ce fut par ordre du cardinal v^ouverneur d'Espa«[ne (qu'il soit en çloire ! ), que je fis démolir le fort de la casa de Xavier. Quant à la cause de la démolition, tout ce que j'en sais, c'est qu'on disait que là se réunissaient les ennemis (deserin'dores) de Leurs Majestés. On peut se mieux rensei^^ner, au moyen de l'information que le licencié Salazar fit alors par ordre du même cardinal. J'observe que le cardinal ordonna la démolition de la casa tout entière, et que cependant on se borna à démolir la partie forte de la casa ; le reste, à ce que me rapportèrent ceux qui prirent part à la démolition, fut laissé pour servir de logement.

Quant à la tour d'Azpilcueta, je n'ai pas autre chose à dire : la démolition se fit par ordre du cardinal, et on ne la démolit pas tout entière.

La maison même de Pampelune n'échappa point h toute dévastation; Marie de Azpilcueta s'en plaindra plus tard en ces termes :

« On enleva de ma maison, pour fortifier la ville, (( les bois qui s'y trouvaient : ce fut une perle de (( plus de cent ducats d'or. »

A ces peines personnelles s'ajoutaient celles qu'on ne pouvait ne pas ressentir en apprenant que des tribulations pareilles atteig*naient la parenté. Ainsi, les biens de Juan de Olloqui étaient, comme biens de rebelle, donnés à un capitan, Gracian de Ripalda, et Marg-arita de Jassu avait g-rand'peine à congcédier

les huissiers et agriculteurs experts qui venaient, au nom du capitan castillan, vérifier el estimer, au mois de mai 1^17, les récoltes pendantes d'Olloqui,

L'année 1518 eut pour les Jassu son deuil de famille : Juana, la tante de François, mourut à Olaz, proche de Pampelune. Son testament rappelle celui de Guillerma de Atondo; en voici quelques passages :

Moi, Johana de Jassu, femme du très honorable Johan, sei^ç-iieiir des palanos de Artieda, je reeommande, avaiil toutes* choses, mon àme à noire Sei^^neur et t^lorieux Rédempteur, qui voulut, pour me racheter et sauver, souffrir passion et mort sur Tarbre de la croix, e( aussi à la Viert^e sainte Marie, sa m^re, noire avocate.

J'ordonne que, lorsque mon âme sera passée en l'autre ni<»nde, ni(m corps soit enseveli dans Té^-lise paroissiale de Seftar Saint- Adrien, du lieu de Ollo(pii, vu que Tét^lise de SeTkar Santiago de la cité de Pampelune, que Ton accmimencé de bâtir, n'est pas encore achevée; et je veux et ord^inne que, lorscjue ledit monastère sera tout à fait construit, mes os soient déterrés, transportés dans Téi^j^lise dudil monastère de Santiaiço, et là ensevelis dans la chapelle de Senor Saint- Pîerre, martyre

A ma sépulture, il sera porté seize torches, les(|uelles ensuite seront distribuées comme suit : — deux à Téft^lise paroissiale de Xavier, deux à Té^çlise du couvent de Santia^'o de

I. L**éiç'lise primitive des Doniinicnins fut déinolie pour fnire place aux nouvelles fort ifica lions de In ville.

74 FRANœiS ADOLESCENT (1516-1521).

Painpelime, deux à Téî^lise du lieu de Artieda, iiiio A IVî^lisc de la Sainle-Trinit<S prt^s de Villava, uue autre à Té^llse paroissiale de Saiut-Jeau-rEvani^^élisle de Huart, et les antres à l'église de Olloqui : le tout pour la rémission de mes péchés.

J'ordonne qu'il soit donné à inany^er el boire aux rierigot cpii viendront à mon enterrement, et de plus, à chacun d'eux, son Respire: le tout pour la rémission de mes péchés.

.le veux et il me plaît que, dans ré4(lise Saint-Adrien, mes exécuteurs, du plus net de mes biens, fassent chanter une chapellenie entière, pour mon àme et les âmes à in<n nn'oinmandées, et encore trois trenteuaires de messes...

Juana détaille les créances à recouvrer, les dettes à paver; elle donne 20 sols A chacun de ses neveux et nièces, et elle poursuit :

Je lèg^ue à Téii^lise Saint-Adrien d'Olloqui un brini (jupe) de soie écarlate, doublé de velours; que Ton en fasse un ornement pour la rémission de mes péchés.

Iteni^ une robe de camelot; que Ton en fasse «ne chape pour la rémission de mes péchés.

Item^ à Tév^lise de Xavier, un mien ropon (robe de cérémonie) de damas; Ton en fera un ornement pour la rémission de mes péchés.

Je donne et lé^-ue à XotnvDame de Roncevaux, à Notre- , Dame de Pampelune, à Notre-Dame de Unxue, pour la rémission de mes péchés, afin qu'elles soient bonnes avocates de mon Ame auprès de Notre-Seig^neur Jésus-Christ, à chacune un roho (boisseau) de froment; A Senor Santia^^o de Pampelune, deux roùos: et au monastère de Saint-François, de la même ville, une charj^e dudil froment.

Item, A mes nièces Ana et Elena de Olloqui, A chacune cent florins de monnaie, pour qu'elles prient pour mon âme et les Ames A moi recommandées.

/tem, A ma nièce Ana de Jassu, fille du seisrneiir docteur.

mon frère (qu'il soit en la gloire!), autres cent florins, afin qu'elle prie Dieu pour mon âme et se souvienne beaucoup de moi en ses oraisons et dévotions.

Item^ à Juana de Artieda, fille du premier mariage de mon sei^^neur mari, cent florins de monnaie, un hrial violet et une mante noire, des miennes, afin qu'elle prie pour mon àme et se souvienne de moi en ses oraisons et dévotions.

A mon neveu Esteban de Jassu, étudiant, ponr l'aider en ses études, douze ducats vienx, que je prêtai à son père, Pedro de Jassu, alors vivant, afin qu'il prie Dieu pour mon Ame.

Itein^ à Margarita de Artieda, fille du premier mariage de mon seigneur mari, vingt florins de monnaie, afin qu'elle prie Dieu pour mon âme.

Item^ à Marie de Espinal, ma nièce, religieuse de San Pedro, quarante florins, afin qu'elle prie Dieu pour mon Ame.

Item encore, à ma dite nièce Ana de Olloqui, quatre coussins neufs, avec broderie de soie, afin qu'elle prie Dieu pour mon âme.

Item encore, à ladite Juana de Artieda, deux coussins brodés de soie, et deux serviettes avec broderie de fil. afin qu'elle prie Dieu pour mon âme.

Item^ â Sanchico, l'orphelin que nous avons recueilli à la maison, douze florins de monnaie, afin qu'il prie Dieu pour mon âme.

Item^ je donne et lègue à mon seigneur mari le lit où il dort, ainsi que les courtines et coussins dudit lit; et encore quatre nappes, quatre essuie-mains et une douzaine de serviettes, afin qu'il prie Dieu pour mon âme et se souvienne de moi dans ses oraisons et dévotions.

Item^ je donne et lègue à Don Pedro de Montréal, recteur de Olloqui, un de mes manteaux de drap noir de Coutray,

pour en tirer un sayon, afin qu'il prie Dieu pour mon î\me.

Item^ à ma servante Tufanica, dix florins, afin qu'elle prif Dieu pour mon âme.

Je veux et commande qu'aussitôt après ma mort. Ton remette k mon héritière universelle, dofia Marçarita de Jassu, sefiora de Olloqui, ma sœur, les huit cents florins de dot que j'apportai tpiand j'épousai le seîîor Juan de Artieda, ainsi que les deux cents florins qui y furent ajoutés, afin que madite sœur les em[)loie à payer les le^'s contenus dans mon testament. Tout ce <pii restera sera pour ladite Margfuerile de Jassu.

Me confiant en la loyauté et discrétion dudit Juan de Artieda, mon seii^neur mari, et du magnifique Miçuel dé Xavier, seigneur de Xavier, mon neveu, et de ladite Mar^'arita de Jassu, ma sœur, je les institue exécuteurs de ce mien testament , et je choisis à titre de sous-exécuteur le Révérend , seiiçneur Don Fernando de E^fuës, prieur du monastère et hôpital (général de Notre-Dame de Roncevaux, lesquels, avec beaucoup d'aff'ection et d'insistance, je prie et supplie de vouloir, pour le service de Dieu el la déchartçe de ma conscience, prendre la peine de mettre mon dit testament à exécution.

Fait au palacio de Olas^menor^ le 3i*^ jour du mois d'août de l'an de la Nativité de N.-S. J.-C i5i8.

La Gastille cependant ne désarmait pas; elle voulait à tout prix réduire les fidèles Navarrais, el, cetle môme année 1518, le 29 mai, Diego de Hurtado allail, de la pari du roi Charles, tenter la fidélité du

maréchal dans son cachot de Aliença. On trouvera ailleurs Texposé complet de celle démarche; ici, nous citerons seulement quelques lignes de Tadmirable réponse que Pedro de Navarra donna, écrite de sa main, à l'envoyé du roi de Castille. Le docteur de Jassu, Fami, le compagnon d'ambassades du maréchal, n'eftt pas autrement répondu :

...Une fois encore je supplie, avec loiile riuiniiliti^ p()ssil)le, (jiril plaise à Sa Majesté faire acte à mon é^j^ard de la i^^^rande magnificence que Ton est en droit d'espérer d'une telle Majesté, en me donnant liberté entière et permission d'aller servir ceux à cpii je dois tant. La fidélité, la limpiesa (pie Son Altesse veut et qu'elle aime en ses serviteurs, la fidélité que les serviteurs des autres princes doivent à leurs maîtres, je lui devrai de la g^arder aux miens, et je deviendrai par h\ le captif, l'esclave de son service.

Charles efit-il magnifiquement répondu à cette supplique, Pedro de Navarra demeurait toujours plus grand que lui. La supplique n'eut pas de réponse; à moins qu'on ne voie une réponse dans la translation du captif, au mois de mars iBkj, de la forteresse de Aliença à la forteresse de Simancas.

A Xavier, où sans se déclarer en révolte contre h; pouvoir de Charles^ l'on entendait demeurer sujets fidèles du prince Henri, aucune faveur, aucun appui ne se pouvait espérer; vainement aussi l'on y demandait justice. A la fin de Tannée iukj. Maria de Azpilcueta sollicite du roi de Castille indemnité pour la démolition de ses maisons de Xavier et d'Azpilcueta, et payement de sommes considérables que le Trésor

de Navarre devait à Jiiaa de Jassu el qu'il n'avaîl pas encore payées. Après de longs procès, le Conseil ; du Roi admet que mille ducats dédommageront suffi- , samment la senora de Xavier de tous les torts qu'oo \ lui a pu faire en démolissant ses maisons; ses autres ' demandes sont écartées. L'apparente larg'esse de mille ducats ne fut qu'une dérision pour Maria de j Azpilcueta : elle mourut sans en loucher un de- | nier.

A Sanguessa, à Idocin, ceux qui, les années précédentes, avaient si ardemment lutté contre Juan de Jassu pensèrent avec raison qu'ils pouvaient achever de substituer leurs intérêts aux droits des seigneurs de Xavier. Ni Maria ni ses fils n'avaient ose renouveler la démarche si mal accueillie de i5i4 : le besoin les y contraignit six ans plus tard, et ce fut le 5 janvier 1020 que l'héritier du docteur, Miguel, se présenta à Idocin pour essayer d'y faire reconnaître ses droits de seigneur.

Miguel convoque les jiirados et les vezinos; il leur rappelle les droits des seigneurs de Xavier, la sentence de iTwS, l'exécution de i5i2, et il poursuit :

DejHiis mon père iiioiinit, el moi, occupé à d'autres «graves affaires et , le plus souvenl , hors de ce royaume, je irai pu venir recevoir lesdites servitudes; mais aujourd'hui je ■ viens pour faire la visite des bornes...

A quoi tous les lyeziiios de Idocin, d'une seule voix, ont répondu qu'il ne leur était pas tellement facile de comprendre ce cpii faisait l'ohjet (h» sa recpiéte, mais (|u'il voulut bien leur en d<mm'r co[)i(».

FRANœiS Al)OlJ:î5CKiNT ( l.VlO-l.Vil ). 71)

Le inènie jour, le^ Jura dos et oesinos de Itlociri, asseriiijlés devant Li porte du palacio, disent tous d'une voix au seigneur de Idocin : « Qu'on n'appelle pas celle maison palacio^ car elle n'est pas un paki" vto^ elle ne le fut jamais, elle ne saurait l'être. »

A quoi ledit seigneur a répondu qu'il protestait contre eux, et qu'il agirait pour leur faire réparer rînjure infligée à son palacio, ajoutant : « Vous voulez déprimer ma maison sachant bien cependant qu'elle est palacio^ tout le monde la tenant pour telle et l'appelant de ce nom, »

Ue tout quoi il requiert le notaire de dresser acte.

Et le même jour, se présente au palacio un habitant de Ydocin, Johan de Yribarren , qui devant notaire parle ainsi à Miguel de Xavier :

Seîior, pour ce qui uw. rrçarde, je vitMis répondre ii la n'M(iiisilion que Votre J/p/vrrf a faite aujourd'hui aux vecinoa <|t» Vdorin. Considérant cpie, romnie Votre Merced nous Ta «lit , nous fihnes, du vivant du sei^-neur votre pc^re, eondaniiiés aux dites servitudes; (|ue votre dit pèri» étant vruu iri #»ii i5i2, nous acceptâmes la sentence et acconqilfnies les scr- \ iliides, et que maintenant, on ne veut pas faire de ré[)onse à vos réquisitions, moi, pour mon compte, jV ré[)onds el je «lis : « Sachant avec certitude que nous fVinu's tous condamnés; m'élaut trouvé présent, au temps où nous acquittâmes lesdiles servitudes, à la recpiéte du sei^^neur votre père (en içloire suit-il!), j'entends ne contrev(»nir en rien à ces actes passés; je déclare, au contraire, à Votre Merced que j'exécuterai, comme votre pechero^ tout ce cpu^ Votre Merced m'or- «loiiiiera, en conformité de ladite sentence; e( désirant lu' pas

encourir les peines des contrevenants, ni plaider avec Votre Merced sur une chose ju4(ée, je vous prie, vous don Juan de Lassaqua, notaire, de retenir acte public de ma j)résente déclaration.

Mais pour un labrador soumis, que de rebelles, el ; ceux-ci de long-temps n'auront rien à craindre. Les Xavier, en effet, vont se compromettre plus que jamais en soutenant à main armée la cause perdue des i d'Albret.

A Xavier enfin, depuis la mort de Juan de Jassu ] et depuis la disgrâce où sa famille était tonnbée, les .' fils, s'ils voulaient sauver quelques misérables débris de leurs anciens droits, devaient plus d'une fois se réduire à la condition de cri'ados. Ecoutons le fjarde du palacio et de ses terres, Miguel de Larrégui : j

C/étail vers Tan 1019 : il v avait pour senora, au pa/an'o de Xavier, doua Maria de Azpilcueta, et avec elle sa sœur doua Violanta, et les trois fils de dona Maria, savoir : Miiîi^uel, ; Juan et Francisco. J'étais ^j^arde, et je recouvrais les droits ^ sur les troupeaux qui traversaient les terres de Xavier. Or, un jour, il passa plusieurs troupeaux de bétail réunis, el les \ herft^ers, au lieu de les anieiïer à Tendroit voulu pour faire ] compter les télés et lev(T le droit, les firent passer sans rien | dire; mais moi et /es trois fils de la senora de Xavier el d'autres compaiç^nons nous courinnes a[)rès eux et nous ramenâmes tout ce bétail à Xavier, et nous le nu'nies clans la cour de Vabhadid, Je levai aux bertçers le un pour ciiuf des trou[)eaux : il y avait trois cents télés de bétail pour la senora; mais puis, Pedro de Aybarr de Tudela, propriétaire du bétail, et Miy;uel de Afiues-It^-VicMix, cpii lui servit (riutercesseur^

FilANC^OlS xVDuLKîSCENT (151(3-15:^1). 81

iiéi^iK'ièrent rt lraiisi;;;èrt»ii( avec la sefiora. Je ne sais pas ce (|iii fut ré^lé.

Le petit récit qui va suivre d'un autre serviteur du palacioj Martin Ferez de Yessa, nous persuade que, des trois cents têtes de bétail, un petit nombre restèrent à Xavier :

L^aiiiiée qui suivit la morl du dorleur de Jassu, j'élais à Xavier; il passa un troupeau sans ((ue les herg^ers tissent aurnne dérlaratinn : on arrêta le troupeau, cpii fut (luintendo^ dans la rcuu* du salinier de Xavier. Depuis, Mi^^niel de Anues- It--V'ieiix avant interaVlc^ la senora de Xavier, veuve dudil diK-teiir, leur rendit tout c*e (|ui lui revenait du yw////o [iodo lo ifue le tuibia del quinto) excepté cinq aj^neaux ipi'elle retint; el à moi el à mes cojupa<^nons, t»lle nous en donna ini pour le iiiaiiîi^er entre nous; et de fait nous le nian^i^eàuies au iiioiiliii.

On était donc loin, au palacio ruiné de Xavier, en ]5:s09 de la splendeur et des joies des noces de Ana de Jassu en i5i;i; et la mère et les fils cependant durent, en 1020, jui^'er leur condition jneilleurc que celle des Jassu de Saint-Jean-Pied-de-Port, qui avaient espéré g*randir par le chemin des défaillances. Un Martin de Jassu, en loi/i, s'était mis aux ordres du vice-roi castillan pour provoquer à Finfidélîtë les populations ATltrapuertos; mais, en i5u), en 1020, le parti d'Henri de Navarre y devenait si puissant que les Jassu déserteurs de sa cause furent contraints de s'exiler; ils allèrent sVlablir à Mexico. De là, vini^i'l-cinci ans plus lard, ils écriront

aux Jassu de la Haute-Navarre, qui auront déjà reçu \ de Dieu et des hommes la récompense de leur fidé- j lité, pour les prier de diriger au loin sur eux quel- ] ques rayons de la ijloire du docteur de Jassu et de ] celle de ses aïeux,

CHAPITHE VI.

où l'on verra ce yUE firent en NAVARRE LES FILS UK MARLV DE AZPILCUETA PENDANT LA GUERRE ET jusqu'au départ de FRANÇOIS POUR PARIS.

A l'heure môme où Maria de Azpilcueta et ses fils essayaient vainemeut de résister aux injustes préieniions de leurs vassaux d'Idocin, on apprit, en Navarre, qu'un g^rand mouvement populaire, parti de Valence et de toute la région de l'Est, allait, comme une marée montante, envahissant l'Espagne tout entière. Bientôt, en l'ahsence de Charles, la Sainte^ Liyue des Communevos déconcerte, sur vingt points à la lois, les prévisions des gouvernants et rend leurs expédients impuissants. Après dix mois de lutte, ils sont réduits à désarmer la Navarre pour opposer aux Communevos les meilleures troupes de Castille, jusque-là occupées à Pampelune.

Les Jassu et tous les amis du prince Henri jugè-

I. Dofuiiieuls Pl sources, I. I, ch. xvi, xvii; t. Il, rh. xviii, xi.\.

rent qu^il fallait saisir au plus vile Toccasiou que la Providence semblait offrir de recouvrer la Navarre. Mig-uel et Juan, fils du docteur, Valenlin et Esteban, fils du jfisticia, se rencontrèrent sur lous les champs; de bataille : ce fut, de mai 1021 à février i524, Tacte suprême de leur fidélité. François n'était pas d'âge à les suivre; il demeura au palacio pour étudiefi consoler sa mère et, comme elle, prier.

Les émotions de la mère et du fils, dès les pre- ^ mières heures, on les entrevoit quand on Ht les lettres que Miguel de Anues-le-Vieux, parent et ami des Jassu, adressait alors de Sanguessa à un de ses neveux à Peralta. En voici quelques lignes :

ry mai lo'ii : Je vous fais savoir que les Français ont assiégé SaiiU-Jean-Pied-de-(^)r(, et avec une (elle tïirie, que la ville s'esl bientôt rendue à miser irordia. Il entre par le val de Roncal, par Mava et par San Juan une telle multitude (prelle ne se peut nonibrer. San$çuessa, Caseda, (iallipenzo se sont levés hier pour le roi don Enrique, ayant à leur tèlc Pedro de Navarra, fils du ;narérhal. Le sei^:neur duc de Najera a décampé de l^ampelune. Voilà donc la ville niahresse dVIIe-méme. L'armée française y sera demain, et Ton dit que les Fran(;ais n'auront pas à (piitler les éperons pour prendre la forteresse, et la chose parait sûre. Tout le royaume est déjà, comme les montai^nes, soulevé pour le roi don Enrique, et je ci'ois que le duc de Najera {)ourra rendre li^ràces à Dieu s'il arrive en (laslille. Plaise à Dieu (pie ces événements soient pour son service et pour le repos du royaume : nous avous déjà vu assez de malheurs, souffert assez de dis;^râces, pour cpie, s'il plaîl à Dieu, nous souhaitions de n'en pas voir davantay-e.

DKKMKRS JOURS EN NAVAUUK ( 1521 -15'i5). So

2 1 mai : « Vous aurez su coininoiil l(\s (lasdllans, <Mif(*rnii\s dans la torl(T«»ss(» dt» l^ainpeluno, roniuHMi<;ai(Mit à (oui ner IcMir artillerie conlro la ville : les Français dressèrenl hientol la leur, à la barbe de la forteresse, el, rliose inerovable, chose que roii ose k peine dire, après six luMires (riMHlo^;e (pie dura le sîèfi^e, les Castillans se rendirent, demandant la vie. On ne voulait pas la leur donner; il fallut, pour les sauver, Tintervention du fils du inart^chal. Les Français vont maintenant sur Eslella. IJientôt, tout ce (pii est du royaume de Navarre sera pris. »

Ainsi Ton espérait à Xavier; mais hienUM, les choses chang-èreal de face, et dès lors Misfuel de Aâues termine toutes ses lettres par un cri, qui dut être aussi le cri quotidien du cœur de Maria de Azpîlcueta : a Plaise à Dieu nous envoyer l'angle de paix! »

Vaincus à Noaïn, les amis du prince Henri eurenl loiir revanche à Maya et a Fontarahie : ils sVinparèrenl de ces deux fortes places, au mois d'octobre, el s'y enfermèrent. Miguel et Juan, jusqu'au mois d'août 1022, veillent ou combattent à Maya el dans les montagnes voisines; Valentin et Esleban à Fontarabie. Esteban y mourut, et ce fut honneur et bonheur : on l'avait destiné à « chanter messe », mais les camps lui convenaient mieux que Tèglise.

11 y eut sûrement, d'octobre 1021 à juillet 1^22, échange de messages et de lettres entre Xavier el Maya; rien de cela ne nous est resté. Quelques débris de correspondances, surpris par des espions, aident seuls à mieux comprendre quelles anxiétés, quels ennuis remplirent de pari el d'aulre ces longs

mois. Nous les avons publiés ailleurs. C'est peu, mais le lecteur y saura discerner, du moins dans leurs grandes lig-nes ou Iraits principaux, les scènes du drame qui mit fin au royaume de Navarre. Du rastillo de Xavier, François et sa mère n'en détachèrent pas le regard ; outre Thonneur national, tous leurs intérêts humains étaient mis en question^ el, avant tout, les intérêts de leur cœur. On pouvait, d'une heure à l'autre, apprendre à Xavier la mort des meilleurs parents et amis, la mort du capitan Juan, la mort de Miguel, l'aîné de la maison. Il dut alors s'amasser dans l'âme de François des trésors de nobles sentiments, une large mesure de celte assurance au milieu des dangers, de cette facilité à s'émouvoir, à s'attendrir, à s'éprendre, à s'enthousiasmer, et de tant d'autres richesses naturelles que la grâce de Dieu n'eut ensuite qu'à transformer, à compénétrer, pour que François de Xavier devînt un des plus charmants et des plus admirables types de la sainteté.

Quand l'heure du suprême combat fut venue, au commencement de juillet i522, Miguel, qui ne pouvait s'attendre qu'à mourir avec le capitan Jayme Velaz et les autres vaillants enfermés à Maya, fit recommander au prince Henri les intérêts de tous les siens. On lui répondit :

Don Saiicho dr Ycssa al noble ij niuy mngnifico senor el se/lor de Xabler, mi xenor :

.l'ai reçu la lethv cpie XnWi' Aferrecl m'écrit t^i c<'lle qui est (l(»stiné(» î\ M. de Saint-André : j'v vois, seiïor, combien est

DKRMEHS .TOTîRS KN NAVARRK (1521-15:^5).

grand le roiirai^e que Voire Merced a dans le cœur; il me reiBeten mémoire rantiqn'e mai^iianimité du Scipioii romain. jCertes, la détermination que vous avez j)rise, de ronrert avec Son Jayme Velaz et ces autres ;i^entilshomnies de notre pays et li^a^l^e, vous procurera aussi n^rande çi^loire que jamais nation rn put conquérir; la forteresse, d'ailleurs, étant bonne et bien munie d'approvisionnements et surtout de nobles cœurs, elle tiendra, j'espère.

Ce soir même, j'ai adressé par la poste au Roi et au sefior Afmirante^ la lettre ipu» Votre Merred m'a écrite et celle (|ue vous écrivez à M. de Saint-André; ils seront sûrement heureu.v d'apprendre que deux si notables personnalises sont à Maya avec si belle compam^nie. Quant au secours, je vous h» promets aussi hâté qu'il sera besoin.

Le sefior Victor de Mauléon est venu ici, et il a donné sur sa conduite au seiior de Saint-André des explications qui ont satisfait : on lui laisse la liberté d'a^fir à son «^ré et de servir on dans la forteresse ou dans les monta^i^nes.

La première chose à faire, ce me semble, c'est de lever mille Navarrais dans ces monta^'ues avec leurs capitaines.

Que Votre Merced s'assure éy^alement que le sefior capitnn wni frère et la bande qu'il mène ne s'endormiront pas.

Ma femme et ma fille baisent les mains de Votre Merced : leurs prières et leurs larmes ne cesseront de solliciter pour vous la victoire auprès de Xotre-Seia^neur...

Seiiçneur de Xavier, j'ai vi^iiw vos lettres, et par elles je rois l'affection que vous avez au service du Roi ; je vous donne ma parole que j'ai communiqué au Roi et à YAlniirante les eff res que vous m'avez écrites. J'es[)ère en Dieu que vous en inrez bonne réponse et telle que vous en soyez content. Je rous donne avis que M. le maréchal de Châtillon sera, lundi Ml mardi, à A<i|niiz. Il vient accompagné. .res[)ère en Dieu (pie

les Espag-iiols ne ramèneront pas d'artillerie à Pampehine. Tontefois, je vous prie de me faire savoir nouvelles de pardelà.

Quant à votre frère el à ses compaji^nons, je m'occuperai i d'eux et ferai qu'ils soient bien récompensés.

Sur ce, que Dieu vous donne ce que vous désirez. j

Ecrit de Bayonne, ii juillet.

Tout votre, ^

Santandres*.

L'heure des récompenses était encore bien loin. . Maya fui emporté d'assaut le 19 juillet, malgré Théroïsme des assiégés, et Miguel emprisonné, avec Jayme Velaz el cinq autres, dans la forteresse de Pampelune. Jayme el son fils Louis y moururent peu de jours après, el le tour de Miguel serait sans doute venu bientôt si les prières de doua Maria et de François ne Teussent délivré. Il faut rendre au vice-roi Miranda celte justice que, fidèle à sa parole, il n'omit rien pour garder à ses prisonniers la vie sauve ; au lendemain de la prise de Maya, Sanlandrès lui avait écrit :

Vous avez fait prisonnier Jayme Velaz et un ii^entilhomme qui s'a[)pelle le seii^neur de Xavier : faites-nuu savoir par le retour du trompette ce que vous demandez de rachat, et je vous renverrai. Ils sont hommes de «guerre; ils ont fait leur

I. Nous (ievons siïçnalpr ici iiiio notable erreur à corriiç'er dans notre premier volume «le Documents /tonneau. r pour la vie de saint François lie Xavier.

Ayant à tort jujçc rpie les défenseurs de Maya étaient entrés dans la forteresse dès le mois de juillet 1521, nous crûmes devoir dater de juillet i52i les lettres citées aux passes ao'i-'^o^, qui ne portent que la date du mois. Elles sont <le juillet i5'22.

DKRNIKRS JOrUS KN NAVAHHK ( 15"^ 1-1525). 89

devoir, cVst-à-dire bien servi lo roi mon seiy^iieur. O sont là, seit^iieur conUe, clioses cpie vous compriMiez inieMix que je ne

sais les ecnre.

Miranda répondit :

Ils auront la vie sauve...; j'ai érrit à ce pro|)Os h Sa Majesté. J'ol)serve seulement que ces prisonniers sont les sujets de l'Empereur, notre seiçneur; h Son Altesse de dis[)oser d'eux comme il lui plair.i, ce que je leur ai promis demeurant sauf.

Mirandci écrivait lettres sur lettres a l'Empereur pour lui redire : « J'ai donné ma parole que ces prisonniers auraient la vie sauve » : aucune réponse n'était encore venue à la fin d'octobre. Dieu entendit les gémissements de la mère et du frère de Miguel : — Un chroniqueur de ce temps, le licencié Dicjg'o Ramirez de Abalos, termine ainsi la relation manuscrite des événements de i522, qu'il adresse à Charles-Quint :

Le seiftçneur de Xavier fut lui aussi emprisonné dans la forteresse de Pampelune; mais, un soir, il sortit passant au milieu des gardiens, sans qu'ils le r^in'dn\ivdsseni {se salio por entre todos, sin mirar en e//o) : il se sauva, j^râce aux larmes et aux prières de sa noble mère (se salvo par Uujrimas y ornciones de su noble madré). Il eut, à cette èpocpu», de «grandes traverses à supporter. Il était fils du fameux docteur ch» Jassu, du conseil royal, un sur et vrai serviteur de ces rois de Navarre, et, par sa mère, il desceiulait du lii»'na;çe des Aznar d'Araicon.

90 DKRNIKRS JOURS EN NAVARRR (1521-1525).

Nul doute qu\iu sortir de la forteresse, Migfuel ne se soit hâté d'c-^ller à Xavier embrasser Dofia Maria et Francisco; mais, cela fait, il dut se hâter plus encore de gagner la frontière pour s'enfernner dans la seule place qui restât au pouvoir des Navarrais, Fontarabie : le capitaine Juan de Aspilcueta, son frère, et Valentin de Jassu, son cousin germain, Tv attendaient. Il fallut, à Xavier, pleurer et prier pour eux sans repos, car « une sentence, passée à Télal de chose jugée, les condamnait aux peines de mort corporelle et de confiscation de biens », et la mort était d'ailleurs pour eux le péril de chaque jour sur les remparts de la forteresse.

L'heure parut bonne à beaucoup d'autres pour se déclarer serviteurs des nouveaux maîtres : tel, et des plus hauts, s'empressa d'écrire h Gharles-Quinl, qui passait en Navarre :

A rheiire nu^me où je sus la bienheureuse venue de Sa Majesté en st»s siens royaumes, je vouhis partir pour hii baiser les mains, et je l'eusse fait si ma santc^ me Pertt permis; Dieu m'est témoin que les jours (|ui me restent de vie je voudrais les employer au service de Votre Majesté.

Un si grand obligé des anciens rois eût pu se montrer moins humble : sa lettre a pour date le i5 août i522. Elle n'est pas du maréchal de Navarre, que Gharles-Ouint laissa mourir h Simancas, trois

DERNiKRS JOURS EN NAVARRi!: (15::il-152r)). 91

mois plus lard; elle n'est pas de son fils Pedro, qui bientôt, à Fontarabie, avec le fils du docteur de Jassu, aura l'honneur de faire capituler Charles-Quint.

On pouvait, il est vrai, à la fin de 1622, on eût pu même, à la fin de l'année précédente, se soumettre sans déshonneur au rég-ime castillan : ainsi pensait le docteur Navarro, qui ne cessa d'exhorter les siens a reconnaître l'autorité des nouveaux souverains; lui-même nous l'apprend :

Dès les premières années qni suivirent la conquête, j'étais dans ees sentiments. Des lumières qui venaient, je crois, du bon esprit, me persuadaient que la France allait à sa ruine : ceux qui voulurent bien m'écouter alors dissertant sur cette question furent du même avis (pie moi; je citerai le maréchal de Navarre et son frère François, et je concluais qu'il était de leur devoir de chrétiens et de Xavarrais, conforme même aux plus vrais intérêts de Jean d'AIbret ou de ses héritiers, (pTils profitassent de la première occasion pour rentrer dans leurs pays. J'y rentrai moi-même, après avoir refusé en France rl'lKmorables charités qui m'y étaient offertes, et, par mon exemple et mes raisonnements, je parvins (ce ne fut pas sans sueurs) à convaincre ceux des miens qui s'étaient attachés à la cause des d'Albret qu'ils pouvaient, en conscience, tenir pour juste l'occupation de la Navarre et se mettre au service des rois catholiques, afin d'avoir [)art à leurs bonnes g^râces. Je leur rappelais que, non seulement de parole, mais de fait, j'avais été connue eux du parti de Jean d'Albret, et qu'ils me voyaient cependant rentrer en Espa/a^ne, sans tenir compte des offres de la France et sans que le Roi catholique m'attinlt par aucune faveur. Ceci les frappa plus que tout le reste*, et ils se laissèrent persuader.

La persuasion n'était pas encore telle qu'elle désarmât, à Fontarabie, les parents et amis du docteur, et il est bien permis de les féliciter de lui avoir fait encore attendre la récompense de ses sueurs : Luimême n'est pas loin de les en féliciter quand il écrit :

Oui, je suis heureux d'è(re issu de (*es races demeurées célèbres par leur fidélité. A la suite du maréchal de Navarre, les Azpilcuela, les Jaure4i^uiçar sacrifièrent leur fortune pour «garder la foi jurée. Sans condamner les autres, je suis fier des miens.

Il y eut un ^rand pardon le i5 décembre i523; mais entre ceux que Charles-Quint jugea devoir être maintenus sous le coup des peines de mort et de confiscation, il désigne expressément « Don Pedro « de Navarra, fils du maréchal, Frances de Ezpeleta, « Miguel de Xavier, duquel, dit-on, fut Xavier, Juan « de Azpilcueta, frère dudit Miguel de Xavier, Juan « de Olloqui, duquel, dit-on, fut Olloqui, Martin de « Jassu, Juan de Jassu, Esteban de Jassu, Valentin « de Jassu, etc. »

Ceux-là mêmes, l'Empereur-roi dut enfin se résigner à les pardonner^ car on ne pouvait autrement s^emparer de Fontarabie où ils tenaient en échec, depuis près de deux ans, les forces de la Castllle : ils avaient fait, pour sauver l'honneur de leur maison et de leur pays, plus que Thonneur ne demandait. L'acte de capitulation est du 19 février i524- Au nom du Roi, le comte de Miranda garantit au seigneur de Xavier la jouissance des biens et droits de ses aïeux; il «"arantit à Juan, à Valentin do Jassu et aux autres

DERNIERS JOURS EN NAVARRE (ib2i-ib2o). 93

(le prochaines mercedes royales. En retour, Pedro de Navarra fera en sorte que la ville de Fontarabie soit remise aux mains de Sa Majesté dans les huit jours.

Il est notable qu'entre les restitutions que l'on promet de faire « au seig^neur de Ghabier » se trouve « la possession du termino del Real telle que l'avait eue son père. »

Le 29 avril de la même année, Charles-Quint confirma la capitulation signée en son nom par Miranda; mais, à cette date, depuis déjà deux mois, Miguel et Juan avaient rejoint Dona Maria, leur mère, et leur frère Francisco au palacio de Xavier.

Cependant les mercedes promises se firent toujours attendre; les droits acquis eux-mêmes ne furent pas de longtemps restitués : on avRil pardonné ; il resterait maintenant à rendre des services et à conquérir des récompenses.

Le jour même du |)ardon, le 29 avril 1624, à Burgos, en conseil du Roi, on décide que satisfaction sera donnée aux réclamations de Maria de Azpilcueta ; mais, sept mois plus tard, le 9 décembre, à ses instances nouvelles on répond : c( Prouvez d'abord par en(iuéte (jue vous êtes fille légitime de Martin de Azpilcueta, l'ancien Alcayde de Montréal, et aussi femme légitime du docleur.et conseiller royal Juan de Jassu. » Le procès est fait : le marquis de Falces, le seigneur de Kssayn et d'autres affirment, avec serment, que ce dont les juges de Pampelune demandent la |)reuve est de notoriété publique dans toute la Navarre. Il n^Qn faudra pas moins attendre

jusqu'au 19 septembre 1525 pour obtenir un jujj^emenl ainsi conçu : •

Nous tenons le procureur fiscal pour dis[)ensé tle payer à Maria de Azpilcuela les sommes qu'elle réclame en verlu d'anciennes Lettres royales.

Quant aux dommaifes faits à la casa de Xavier et à la tour d'Azpilcueta, nous coudanuions le dit procureur fiscal à payer à ladite Maria de Azpilcueta la somme de mille ducats.

Le procureur fiscal approuve la première partie de la sentence; quant à la seconde partie, il proteste et fait appel.

Dix ans plus tard, le 17 juin i535, rien n'est encore paye. Il faudra attendre jusqu'en i55o. A celte date, le 25 mai, Isabel de Goni, veuve de Miguel de Xavier, donnera au trésorier royal quittance des mille ducats promis, trente ans auparavant, à Maria de Azpilcueta, pour les dommages de la démolition du cas^ tillo de Xavier faite en 1517.

Les bergers de Roncal et certains habitants de Sanguessa avaient acquis bien des droits à Xavier, de i52i à i52^. Maria de Azpilcueta, en une requête du 10 mai i525, raconte entr'autres choses :

Un jour de iTiii, Joan Oclioa et Miuçuel de Julia, arnit^s, allèreiil à la foret de Xavier, et ils y coupèrent vini^t-dcux chênes verts ({ui valaient bien chacun un ducat d'or. Les cardes de Xavier ayant voulu s y opposer, Joau et Miguel les nienacèreiit de leurs armes et proférèrent contre la senora de Xavier d'atroces injures.

Malii^ré les protestations d(» ladite senora, durant ces der-

bliHMEKS JOl Rbi EN NAVABIŒ (15*^1-1525). 1)5

ilières années de I roubles e! de «guerres, don Joan l^eriz, don Joaii de Çaliala et d'anlres on( lahonré des terres, propriélés de ladite seiîora, el y onl semé du (^-rain, planté des vij^nes. I^es herfi^ers de Koneal, ont, ces années dernières, refusé dr payer le droit de [lassa^j^e de leurs troupeaux, mené ces troupeaux par des chemins interdits, e! même ohtemi du (Conseil royal cprinhibition Ml faite 'k ladite sefiora de Xavier d'empéclier d'aucune manière le passaj^e desdits troupeaux sur ses terres ; d'où est résulté et résultera pour ladite senora un ^-rand préjudice; car ces troupeaux sont si considérables qu'ils oui vile foulé ou dévoré tous les pâtura^^i-es où ils s'arrêtent.

Le Conseil royal voulut bien, le 23 octobre 1525, rapporter les Lettres d'inhibition par lui indilmenl concédées aux bergers de Roncal. Ce fut le capitan Juan qui, au nom de sa mère, plaida cette juste cause et put la gagner.

On attendra pour faire bon visage aux Xavier que la domination castillane soit inébranlablement assise. Le 20 décembre i526, Miguel, pour la première fois, sera honoré d'un signe de bienveillance : on lui accordera pour les trois années réunies, i524, i525 «'t 1026, une gratification de 5o livres. En i53o, le Trésor s'ouvrira encore pour dédommager l'héritier de Juan de Jassu, et, dans sa main tendue, le trésorier de l'Empereur-roi déposera encore 5o livres. Si la fidélité ne coûtait rien, elle serait perle moins rare.

Les nouveaux maîtres de la Navarre finirent cependant par comprendre ce que valait cette perle quand ils eurent vu à Tcéuvre, et les hommes prodig-uesde leurs serments, et ceux (jui s'en étaient mon-

très si avares. Ici encore, écoulons le docteur Martin de Azpilcueta :

Parlant des Azpilcuela, des Jaureçiiiçar, des Xavier, Ferdinand le Catholiqne disait :

(( Qnand cenx-là in'anront juré fidélité, je n*aurai pas à « appréhender leurs défaillances. » L'espoir de Ferdinand n'a j pas été trompé; et voici qu'à l'heure même où j'écris ceci, le sei|5fneur d'Azpilcueta y Xavier, vicomte de Zolina, à la tëlc des montagnards de Roucevaux, est chars;^é par le Roi de corder la frontière eutre Navarre et Béarn, tandis que le seiçnew de Janreçuiçar ou Bazlan, honoré pour cela d'un acosiamier^ l« royal perpétuel, défend de ce colé rEspai»;ue contre toute ^^^^ vasion des huguenots de France.

Mais quand le docteur Navarro écrivait ces lign ^' à Rome, en 1078, Juan de Jassu était mort depur '* plus d'un demi-siècle; Mig'uel, le capitan Juan, ^^ capitan Valentin Pavaient suivi dans la tombe, et \W^ n'avaient pas eux-mêmes, avant d'y descendre, pleî-^ nement recueilli le fruit d'une ancienne fidélité et de nouveaux services. Maria de Azpilcueta et François, son dernier fils, avaient di*i, comme eux, accepter les ' suites d'actes délibérés et voulus devant Dieu : leur foi y vit sans doute la meilleure récompense d'un devoir accompli, et peut-être que dans les plans de la Providence, la jjrospérilé amoindrie de la famille entrait comme condition nécessaire de la sanctification de François.

DEUMKHS JOURS KN NAVAKKE (1521-1525j.

A la date du pardon de ses frères, Francisco était près d'achever sa dix-huitième année. Que fit-il, du mois de février ioi[\ au mois d'octobre 1025, c'està-dire pendant les deux années scolaires qui le séparaient de ses premières éludes à l'Université de Paris? Etudia-t-il la philosophie à Pampelune après avoir, quelques mois, suivi le cours des humanités à Saniruessa? Troublé dans ses travaux d'écolier par le bruit des g-uerres et les si sfraves préoccupations de sa famille, se bornc'i-t-il aux humanités et à la rhétorique dans les écoles soit de Sanguessa, soit de It^ampelune, ou tour à tour dans les écoles de la viUe eldans celles de la cité?

Les écoles ne manquèrent jamais à Pampelune, et aujourd'hui encore, dans la maison cjui fut ancienfl^menl maison de Guillerma de Atondo et du docteur son fils, on montre la chambre de François et jusqu'à la [ilanchette de l'alcôve, sur laquelle le lal>orienx écolier posait sa lampe |)our continuer, clil-on, de lire ou d'écrire avant de s'endormir ou dés le premier réveil. Tel des vice-rois de Navarre saluera plus tard celte maison |)Our honorer le séjour qii\y aurait fait saint François de Xavier étudiant. D'autre part, on montre à Sang*uessa la maison (aujourd'hui maison Paris) où François enfant aurait été logé quand il étudiait dans cette ville. Nul doute, d'ailleurs, qu'fi cette époque Sani^-uossa n'eut de flo-

98 derMeus jotus EN naVarhe (1521-1525).

rissanles écoles. Dès Tannée i443, le roi Jean II avait môme défendu qu'aucune autre école du même ordre fi\t établie dans la nierîndad.

Les registres de l'église de Santa Maria de Sanguessa fournissent la preuve que le collèg-e {el EstU" dio) de la ville prospérait, en i545, sous la direction du bénéficier Damian de Ardanaz et du bachelier Alonso de Quinlana. En un local distinct, Martin de Liedena enseignait aux enfants les éléments des let- j très, et de ces classes inférieures les écoliers pas- j saient au collège ou Estudio maijov. j

L'importance de cet Estudio maijov nous est enfin ^ révélée par don Pedro de Montréal, abad de San- \ tiago de Sanguessa, don Joan Frances, bénéficier de j Santa Maria, et don Martin de Ustarroz, bénéficier de l'église de Casseda, vieillards dont le témoignage j personnel et les témoignages ([u'ils allèguent nous j font remonter au temps de la jeunesse de François ]

et au delà, jusques à Tan 1482. Ils disent i |

Le collè;^e de San^:ijessa fut toujours [H)urvu d'excellenis \

maîtres et réf)é(iteurs. La ville ouvrait des concours et les

})ré(endaiils aux ehaires veiiaieut de loiu. Eutr'autres professeurs dis(iiiij;^u«»s que Tou v a vus, ou peut nommer le bachelier Quiulaua, le licencié Caup, Prau(;ais, le licencié Ochagabia, le licencié liurrefe, le licencié Hernaut et son fils surnoannc Esclarino, elc. (Iliaque niahre avait des répétiteurs. \

Il y avait au collè^-e, tous les jours, classes de grammaire, d'humanités, d(* rhétori([ue et de dialecticpie. On n'enseignait |)as les facultés supérieures, parce que le collé«j^e n'avait pas droit de conférer des i^rades; ceux qui y prétendaient allaient aux Univ(»rsités, comme à celle de Hu(»sca. J'ai ce|)endant vu,

bKRiNlEKS JOlHS KN NAVAURt: (^l.V21-lo2o). UO

ol)serv(* ici \). Pedro Mondeal, un Doiiiiiiicain, le P. A^^uillar, eiiseiirner la philosophie, el nu Kraiiriscain, le 1^. Auricana, ensei^^iUT la lhéolo4ç-ie. Dans les riasses de helles-Iedres, le irrtîc éiait enseigné eoinine le latin.

Les lëmoios ajoutent à ce tableau des études qui se faisaient à Sanguessa, et qui s'y font encore de leur temps, la description du collège, de ses grandes salles, de la vaste salle qui est au-devant; ils parlent des nombreuses et excellentes pensions où les étudiants qui viennent, qui affluent, et de bien loin à Sangnessa, trouvent logement, nourriture, paternelle surveillance; ils exposent les ressources de la ville pour la piété dans ses quatre églises paroissiales et ses quatre couvents, et enfin les agréments, les charmes des rives de TAragon, etc.

Peut-être le lecteur, à la lumière de tous les faits déjà connus, inclinera-t-il à penser que François, s'il étudia quelque temps hors du palacio et de Vabbadia de Xavier, étudia plutôt à Sanguessa qu'à Pampelune : à quoi la chambre, l'alcôve et la planchette de Pampelune ne font sûrement pas difficulté pour (|ui les a pu considérer de près. Rien, d'ailleurs, n'empêche d'admettre que François enfant, adolescenl, jeune homme n'ait suivi tel ou tel cours, étudié dans telle ou telle école à l'occasion d'un séjour ou d'un passage à Pampelune.

Du reste, que François eiH ou non achevé les humanités et la rhétorique, et qu'il vécût ou à Pampelune, ou à Sanguessa, ou à Xavier, il devait trouver, en i525, le loisir de s'occuper, comme faisaient Juai!

et Mig'uel, des affaires courantes de la famille, el un acte de cette année nous le montre employé à des démarches pour lesquelles, en de meilleurs temps, on eût payé un procureur.

Ecoutons d'abord Mig*uel de Xavier :

De temps iinméinorial, dit-il, il y a à Biirs^iiete, tout contre le villaçe, près du chemiu dit De baxo del lugar, et sur le ru» Ansoy, appelé aussi rio mayor, \\\\ moulin qui appartint autrefois à la couronne de Navarre. Les rois, par lettres de i4î>2 périodiquement confirmées, en firent don à Martin de Erro e! à ses descendants. Plus tard, il f'nt donné à don (jlraciaii de Ripalda. Peu après, en loiS, (iracian de Ripalda, d'abord dépossédé du moulin entier, parvint à s'en faire attribuer la moitié. Enfin, dernièrement, moi, Mi^y^uel de Xavier, j'ai, par justes titres, ac^piis le moulin de moitié avec Martin de Ayanz,

Le lecteur entendra mieux maintenant Pacte qui suit :

I/an lô-iô, le r'^''' jour de février, en la inlla du Burço de Koncesvalles, en présence de moi, notaire, et des témoins plus bas écrits, sVst constitué personnellement Francisco de Jasso, procnreur, à ce qu'il a dit, de la noble seîîora de Xahierr, sa mère; — leqnel a arrenlé el donné par voie d'arreutement nn demi-monlin qne la dite seilora de Xabierr a et qu'il lui appartient avoir dans la dite vilhi, — savoir est à Johanot de Orbavcela, charpentier, nesino de la dite villa, pour le temps et (»space d(* qmitre ans continus et de suite, en conimenyanl l'année au H) janvier dernier passé, — pour le prix, chaque année, de dix nihires (12 boisseaux le ca/iic) de froment, — à })aver le jour de la Sainl-Marlin, ou, à la place du froment, sa juste valeur, en la fornu* el manière cpi'il esl accoutumé

de payer les rentes, dans les moulins de Pampehine, et aux conditions et modifications que pourraient introduire les donneurs à ferme des moulins de Pampelune. — El de même, lesdils Francisco de Jasso e( Joliaiu)t se sont ol)litj:(^s et ont [>romis leurs fois (env^aiçé leurs paroles) de tenir, observer et ^•arder, — le premier, de maintenir valide ledit arrentement, durant le temps de quatre aniu»es, comme il est dit, avec les conditions sus-énoncées, — et le second, é«^alement, de les accomplir et de restituer, en propriétt^ et possession, ledit moulin à ladite Senora de Xabierr ou sur son commandement, accompli ledit temps, sous peine de cent Horins d'or, à rt^partir, s'il arrivait que la peine fût eiu*ourue; renon(;ant pour cela à leurs fueros^ et ohlii^eant, l'un, les biens de la constituante et ledit Johanot les siens.

Et là même, à l'instant, ledit Francisco, — à titre de procureur qu'il a dit être, — a donné possession actuelle et réelle audit Johanot de Orbayceta dudit demi-moulin, avec les cérémonies accoutumées.

De tout ce dessus ils m'ont prié, moi notaire soussigné, d<* recevoir acte, étant présents pour témoins Martin del Bursi^o, de Roncevaux, bourrelier, et Johanot, de Roncevaux, forgeron, tous deux vezinos de ladite villa.

Francisco de Roncesv allés, notaire.

« La juste valeur » des dix cahices de froment du moulin de Burguete fut-elle annuellement employée à payer tout ou partie de la pension de Francisco, au collège de Sainte-Barbe, à Paris, nous Tignorons; mais la famille ne pouvait se trouver que dans la gêne en un temps où des sentences judiciaires lui interdisaient la levée de ses plus légitimes rentes, comme était le droit perçu, h Xavier, sur les

troupeaux qui en Iraversaîenl et ravageaient les terres. L'acte de février i525 prouve, du moins, que François n'avait pas, comme on le croyait, commencé d'étudier à Paris en octobre i524; on sait, d'ailleurs, qu'il était à Sainte-Barbe durant Tannée scolaire i526. Ce fut donc au commencement de septembre i525 que François dit adieu à sa mère et prit, avec d'autres étudiants navarrais, le chemin de la France, pour arriver k Paris, au plus tard, à la Saint-Rémi (i®' octobre), jour de l'ouverture des cours de l'Université. Le départ de François dut bien coûter à Maria de Azpilcueta; mais Dieu lui laissait l'espérance de revoir à Xavier ce Benjamin de la maison, qu'elle ne reverra cependant qu'au ciel.

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