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CHAPITRE VIII

LKS DERNIERES ANNEES DU SEJOUR DE FRANÇOIS DE XAVIER A l'uNIVERSITÉ DE PARIS.

(Octobre iT»9.ç). — Novembre I^)30^)

En l'aniif^c 1^)29, Ifii^^o de Loyola vint sVtablir av«*c nous, ol dans la même chambrée que nous, au collette de Sainte- Barbe; il se proposait de commencer le cours des Arts à In Sainl-Rémi. Maître Xavier sVtait d'abord chargée de lui donner des le^'ons; mais. Dieu le voulant, ce soin me demeura confié.

Ainsi parle le bienheureux Pieri*e Le FYvre dans son Mémorial.

Dieu n'amenait pas, en effet, Inig'o de Loyola à Sainte-Barbe pour y <^tre le disciple, mais pour y être le maître de François Xavier, et cet office, le Saint Texerça avec la saiçesse , la discrétion , la constance, la bonne jarrâce, tout l'ensemble de (|ualîtés humaines et de dons célestes qui Faisaient de

1. Dwumenls el Hourres, t. I, rhap. xxi, xxii; t. Il, rliap. xix. xx.

1*^4 DKRNIÈRES ANNÉES A PARIS (1529-153(5).

lui rhomme le plus apte à conquérir les âmes. Le travail dura plus de trois ans, et ce que Ton en sait, peu de mots suffisent à le dire. A tous les rêves de çloire humaine de Francisco, Iilig'o répondit : (( Que sert à rhomme de g'ag-ner l'univers s'il perd son Ame? » Quand Francisco eut besoin d'argent, Inig'o délicatement lui fit part des aunnônes qu'il recueillait, à Paris, en Flandre, en Ang-lelerre, ou qui lui venaient d'Espag-ne, pour lui, ses compag-nons, ses amis, tous les écoliers pauvres; enfin, Inig'o cherchait et trouvait le secret d'amener et de ramener des auditeurs autour de la chaire de philosophie de Francisco, au collège de Beauvais. Si Ton ajoute à cela que Francisco avait sous les yeux, dans la personne dMnigo, un gentilhomme d'aussi grande maison que la sienne, à qui la gloire avait plus qu'îi lui souri, et qui méprisait la gloire; que ce grand zélateur de la seule gloire de Dieu sollicitait jour et nuit la miséricorde, en faveur de l'âme de Francisco, autant ou plus que le pouvait faire, à Gandie, sa sœur Madalena; qu'il veillait comme l'eiii fait Maria de Azpilcueta afin d'éloigner de Francisco toute compagnie dangereuse pour sa foi ou ses mœurs, — et qu'enfin l'heure venue, en i634, il jela et maintint, durant trente jours, dans le creuset des Exercices spirituels, l'âme généreuse de Francisco, — on aura l'histoire entière de sa conversion, telle que nous la racontent, d'après les dires des témoins-^ primitifs, les historiens ou biographes de l'Apôtre! des Indes.

Nous n'y saurions rien ajouter si ce n'est quelques

taits personnels à François ou louchant de près à sa vie, qui, s'ils n'éclairenl pas le travail même d'ifiig-o, aident à mieux voir quelles difficultés il eut a vaincre et quel succès couronna cet apostolique labeur.

La pleine conquête de Tàme de François était encore à faire en i53o, en i53i; loin de se déprendre, en eftet, de la gloire humaine, le fils de tant d'illustres aïeux s'attachait d'autant plus à ses rêves que tout et Dieu lui-même travaillaient à les dissiper. Ne voyait-il pas s'évanouir aux yeux du monde toute l'illustration des Jassu, des Athondo, des Azpilcueta, des Xavier? Mig-uel, sur qui elle rayonnait davantage, n'était plus qu'une ombre des Xavier, des Jassu d'autrefois; que pourrait donc jamais être un pauvre cadet de ces maisons déchues?

François écouta, croyons-nous, ces impressions, «jue rendaient plus vives la mort de sa mère et le sentiment de la solitude où celte mort le laissait, lorsque le mardi i3 février i53i il adressa à ses amis de Navarre prière et mandat de lui procurer un titre authentique de sa noblesse. De tous les biens de ce moi^e, il ne lui restait que le sang- de ses veines et so|{ nom, avec Tardent désir de restituer en sa personne, à ce nom, à ce sang*, tous les dehors d'hon-

fcur ([u'ils avaient hier et dont il ne leur restait

[uasi plus de trace. Le titre qu'il sollicitait lui lienllrait lieu d'hérilag-e et lui remettrait, quand il le

voudrait, sous les yeux, la réelle existence de son

trésor, sa noblesse.

D'autre part, de toutes les dig-nités auxquelles son

ambition pourrait prétendre, seules les dig-nités de

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l'Eglise ii'élalenl pas encore pour lui inaccessibles; enfanl, il n'en avait pas désiré d'autres, et de fortes études, la science unie à la noblesse, pouvaient lui en rendre l'accès facile. Il alla donc, accompagné dt deux écoliers du collègue Sainte-Barbe, ses compatriotes, chez un des notaires de sa nation^ Ini^ro bidron de Ce^sfania, et le notaire écrivit :

(loiis(itiié jR'rs()iiiielleiiini( If Uvs iiolile Franijois d«» Jassii \ Xavier, maître es arts, clerc du diocèse de Painpelune, fils li^ t>:itiine du docteur don .luan de .lasso el de doiia Maria tir Azpilcueta, qui fui sei^ueuresse de Xavier...; lequel iioiunir ses procureurs 1res noble Mii»'uel de Xavier, seiiçiieur de Ih casd et lieu de Xavier, et Juan de Azpilcueta, capi'lnn^ ses frères, et Carlos de Larrîiva, Juan de Jacca, Mi^-iiel de Veniniendi, Joan Martinez de Leçaqua, à la fin de provoquer information sur son ori^^ine, descendance et noblesse, vu qu'il procède, en droite li^j^ne, de père, aïeul et parents et prédt^ cesseurs de ceux-ci tous nobles, hijosdahjo et personnes fort prééminentes, si^^nalées et connues dans le royauixie de Navarre, et d'obtenir sur ce lettres testimoniales.

La réponse se fera attendre, et peut-être François lui-même, écoutant des conseils meilleurs, en arrêta l'expédition; mais l'acte du i3 février i53ï nous r^^ vêle les mouvements de l'Ame de Téludiant, à celle date précise. L'âme de Pierre Le Fèvre était alors pliiV élevée que celle de François Xavier, mais elle n'avaif pas atteint les liauteurs où elle devait bientôt s'élever à la suite d'Ijfnace, et nous retrouvons l'âme de François quand Pierre Le Fèvre nous manifeste ainsi la sienne :

DDHMÈRES ANNÉES A l'ARlS (1 529-1 5:50). 127

.ravais Tespril perpéUiellenieiit obscurci ou (rouble ()ar dos s4>ufHcs (l'ambitiou. Tantùl, dans mes rêves d'avenir, j'oplais pour la uiédeciue, (auto( pour (a jurisprudeiu'e, laiilol pour une ré^;euce de collège. Un jour, je voulais être docteur eu lliéolo*»-ie; uu autre jour, je trouvais mieux de demeurer clerc sans «j^rade. Je voidus même, eu un temps, me faire uu)imî : ainsi des impressions ou des affections diverses dominaient lour à tour en moi.

Ki ailleurs, sans cesser de parler de lui-même, il parle aussi de Fran^;ois, quand il écrit à des écoliers de la Compag-nie de «lésus, réunis à Paris, au collèg*e des Lombards :

Votre condition est bien meilleure <pu* la nôtre, ou du moins la mienne; vous ne vous êtes lancés dans ce stade des études qu'après avoir vu et déterminé le but auquel vous vouliez arriver, par le droit chemin d'une intentit)n ramenée à l'ordre. Vous ne possédez pas moins les vrais moyens d'acquérir la science et vous savez de plus à quelle fin ultérieure vous aboutirez, une fois la science acrpiise. Nous n'avions, nous, ni la saine intelligence du principe, ni connaissance de la véritable fin...; nous faisions, au contraire, de la fin le moyen et du moyen la fin. Une autre de nos disgrâces, la mienne du moins, — et elle était bien scrande, — la voici : iu)us ne pensions pas que la Croix de Jésus-C^.hrist méritât d^avoir place ni au commencement, ni au milieu, ni à la fin.

Voih\ bien Tâme de Xavier; il manquait aux deux écoliers la science des Exercices d'Ignace; là ils connurent ie Principe; là ils se passionnèrent, non plus pour la gloire humaine, mais pour les humiliations de Jésus-Christ. En uh\'2j l'heure des Exercices

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iréliiil encore venue ni pour François, ni pour Pierre lui-même, au jugement d'Ignace. Pierre les Hl au commencement de Tannée i534i François après tous les autres, à la fin de celte même année aa pins j tôt.

Kn l7ûV^J François perdit une seconde mère, Tabliesse de Gandie, sa sœur. Le prieur de San Salvador <le Leyre nous disait : « Après la mort de Madalew do Jassn, la nouvelle abbesse écrivit; elle parlait non seulement des vertus, mais aussi des mirades de s(eur Madalena. » Cette lettre ne suivit pas de près la morl de sœur Madalena; elle est datée do ;io décembre \7A}\ ol adressée au P. Ladron de Xavier. Kn voici la Iraduclion littérale et complète :

M(Mi livs Krvrr«Mi(l IVm(», (;a M pour nuii nue ifrandeart»* soliition (Ml N«Hn'-S(*inn<Mir dr roiniahre Volrf Révérence** • <lf \i\ savoir laliarlirt* |)ar iiiic proche parenté à noire lii^v* iMMimisc t*l ani;<'li(|in* Mrn», s<nir Madalena de Jass<> y Xavi(M-, (|iii fui ahhrssc dr rrllr inaisoii (M y vint de si loin.ew sacrifianl pour raiiionr i\r rKpoux céleste sa pairie, ses )Uirrnls, srs IVrrcs, loiii t-r <|n'rllr possédait et pouvait csjiérer Sa fVrvrnr v pariil admirable, mais il est vrai aussi que Ne lrt>S('ii»iHMir Taftirail ri raiiiniail [lonr élre au milieu de ihm lin cxiMiiplairc d(» lonlr vcrlii ri sainteté. Votr«? Révérence siijcl de louer Dieu (pii lui a donné une tante vrainiei sainte; elh* excella dans la pralicpie de riiuinililé, de la cli rifé, de Toraisoiu de la doiireiir et du silence.

Certes, elle fut grandement humble notre Mère, et nous la vîmes toujours s'abaisser et se mépriser. Les bas offices lui étaient si chers que très souvent, au temps même où elle gouverna la maison, elle s'appliquait aux travaux des novices.

Sa charité se manifestait surtout à l'égard des malades. Tant que les charges de portière et d'abbesse ne le lui interdirent pas, elle employa quasi tous les temps libres de ses journées à laver avec soin le linge et les vêtements des sœurs âgées ou infirmes. Elle nettoyait ainsi jusqu'à six ou sept habits de laine chaque jour, non sans grande fatigue et véritable souffrance, car elle était assez petite et peu robuste; mais Tamour de Dieu lui rendait toute peine légère.

L'oraison fut son principal exercice : elle y employait absolument tout le temps, depuis minuit, où sonnent les Matines, jusqu'à six heures. Louer Dieu était le besoin de son cœur; aussi, allant par la maison, elle ne cessait de répéter le Gloria Patriy ou bien : Sit nomen Domini benedictum. Le soin, le souci de louer Dieu la réveillait souvent durant les quelques heures réservées au sommeil, et elle redisait des Gloria Patrie Gloria in excelsis Deo^ etc. Chaque jour elle parcourait, en les méditant, tous les mystères de la Passion et elle avait assigné à chacun de ces mystères un des endroits de la maison où elle devait passer, afin que la vue des objets extérieurs lui rappelât les mystères. C'était chose admirable à considérer que sa dévotion dans la prière. Portière et puis abbesse, elle trouvait dans ces offices bien des occasions de perdre le recueillement, l'attention à Dieu; et cependant nous la voyions, sortant du parloir, aller ou arriver au chœur tellement absorbée dans l'oraison , qu'on en demeurait saisi d'étonnement. Rien ne l'empêchait de se maintenir élevée au-dessus des choses terrestres; les relations avec les hommes ne la retiraient pas du milieu des anges, et elle traversait ainsi le monde sans qu'un grain de poussière mondaine adhérât à son âme.

L'expérience prouva plus d'une fois que les prii^res de sœur Madalena étaient puissantes auprès de Dieu ; telles personnes pour qui elle pria furent délivrées de maux , de châlimeuls dont la colère de Dieu les inena^*ait ; elle-mc^me communiqua ces secrets à une confidents intime.

Quant au silence, on peut dire qu'elle ne le rompait jamais, car on n'entendit jamais sortir de sa bouche une parole oiseuse, une parole plaisante ou faite pour exciter à rire; et quand il était nécessaire de parler, outre qu'elle se bornait strictement au nécessaire, elle parlait bas et sans s'écarter en rien de la modestie.

Avec toutes ses sœurs, elle se montrait tout à fait bénij^e et affable; rien qui prtt les offenser ou leur causer ennui; les moindres défauts en cette matière, elle les évitait comme elle eût fait pour des péchés graves et scandaleux.

Je ne veux pas vous laisser ignorer les deux principales tentations de l'Ennemi qu'elle eut à vaincre pendant son noviciat. La première fut une impression de tristesse et d'abattement. Elle, qui avait tant désiré notre genre de \îe, se sentit tout à coup rebutée par l'austérité du vêtement et du coucher; l'observance de nos règles lui semblait trop difficile. Mais la bonté de Dieu vint bientôt à son aide ; elle vit, en songe, une procession de religieuses, toutes vêtues de brocard cramoisi, moins deux dont la parure était bleue. Elle demanda ce qu'étaient ces religieuses, et il lui fut répondu : « Ce sont les Sœurs du couvent de Gandie déjà défuntes et celles qui vivent encore; ces riches parures sont la récompense de leur patience à supporter l'austérité de la règle. » Sœur Madalena demanda encore pourquoi deux des Sœurs étaient vêtues de bleu. On lui répondit : <( Ces deux-là furent mariées avant de venir au couvent. » Sœur Madalena, nouvellement arrivée, l'ignorait'; mais nous avions alors parmi les Sœurs deux veuves. Instruite par ce songe, la novice marcha plus allègrement dans le chemin que la rè^^le lui traçjail.

Le démon cependant s'efforça, par un autre artifice, de la décourager. Quelque fervente qu'elle fût, il échappait à Madalena de légères fautes, et sa ferveur même les grossissant à ses yeux, elle se disait tristement que la vie parfaite serait pour elle impossible. Or, au temps de ces ennuis, elle vit, en songe, un lieu charmant, une sorte de paradis où se trouvait Notre- Seigneur; mais c'était loin, et, pour y arriver, il fallait gravir une raide côte. Madalena, impatiente d'aller à Notre-Seigneur, s'efforçait de monter; elle n'y pouvait réussir. Un gracieux adolescent s'approcha, lui prit la main et l'aida à monter. Ce secours n'empêcha pas Madalena de tomber; mais l'Ange la soutenait, la relevait, et on avançait un peu. Venait ensuite un autre faux pas et une nouvelle assistance du bon Ange. Cela arriva tant de fois, que Madalena disait en son cœur : « Hélas ! « hélas ! je n'arriverai jamais avec toutes ces chutes. » Aussitôt l'Ange, répondant à sa pensée, lui dit : « Tomber et se « relever, ainsi l'on monte au ciel : Caiendo y leoantandose, « se va al cielo. » Dès lors, la tentation s'évanouit.

Un Père de notre Ordre, grand serviteur de Dieu, nous raconta qu'une sainte personne avait vu solennelle fête au ciel, le jour où l'âme de notre Mère y entra. Plaise à Dieu que, par son intercession, nous allions l'y rejoindre.

Je communique à Votre Révérence toutes ces choses comme biens qui lui appartiennent; elle sera joyeuse à la vue des bienfaits dont il plut à Notre-Seigneur de combler son épouse, et elle lui en rendra grâces. Je me recommande à ses saintes prières, désirant que Dieu la garde en sa grâce et son amour. Amen.

De Santa Clara de Candie, le 3o décembre i56i.

Indigne servante du Seigneur, Son Ana.

Le P. Juan de La Pena ajoute :

Dieu avait révélé à Sœur Madalena que sa mort serait ft»rt paisible, tandis que près d'elle une autre Sœur, appelée Sor Salvadora, mourait en de çrandes angoisses et douleurs; elle conjura Notre-Seigneur de changer la condition des deux, ei il lui fut répondu que sa prière était exaucée. La mort de l'autre parut un doux sommeil , mais la sainte Ahbesse eut à subir, jusqu'au dernier instant, les peines les plus cruelles; pas un de ses membres qui ne fût torturé. Elle g-arda cependant jusqu'au bout la plus parfaite sérénité de visaçe; mais il lui en coûta d'indicibles efforts. On observa, après sa mort, qu'elle avait mis sa langue en pièces dans les violences qu'elle s'était faites pour ne pas crier ^

I. Le confesseur du couvent de Gandie, D. José Llopis, composa^ au conomencemenl de ce siècle, les Chroniques du monastère. De c^, travail inédit, on peut tirer quelques détails de plus : le monastère aurait dû aux prièirs de Madalena d'être délivré pour toujours de répugnants animalcules (chiit" che^ y piojos) qui Tavaient infesté jusque-là, etc.

« Telle fut, telle est encore, disent les Chroniques, la vénération des religieux de Sainte-Claire de Gandie pour Sor Madalena de Jassu, que des reslfs mortels de tant de saintes âmes ({ui vécurent dans le monastère, on n'a conservé, pour les vénérer r>omme reliques, que ceux dq Sor Maria EIscarlata et ceux de Sor Madalena de Jassu. Ils sont enfermés en une châsse, dans le chœur, sous Timajçe de Noire-Dame del Balvarte. »

De patentes erreurs, semées dans les chapitres iv et x de la Chronique du confesseur, autorisent h. douter de IVxactitude de don José Llopis là où il date les faits racontés. Ainsi, par exemple, il veut que Madalena de Jassu ait reçu l'habit reliscieux de la main de Tabbesse Clara Berbejal, « qui gt>uvenia le monastère de Tan ifjio à Tan 1514 »; et, plus loin, il fait mourir Madalena en i533, « Ajçée de près de (piatre-vin^ts ans », alors, dit^il, que François, son frère, w étîût occupé à la conversion des infidèles. »

Madalena, Afi^fée de quatre-vini^ts ans en i533, serait née en ]453, sept ans avant sa mère; — elle serait passée, demoiselle de l'entourage d'Isabelle, au couvent de Santa Clara, six ans au moins après la mort de la reine et âgée d*au moins soixante ans.

Il peut èlre vrai cependant (jue l'abbesse Clara Berbejal ait donné l'habit à Madalena. Rien n'empêche, en effet, que Clara Berbejal ait exercé plusieurs fois avant ifno la charjçe d'abbesse au couvent de (landie, dont la fondation remontait à itfi'i.

Sœur Madalena de Jassu mourut le lundi 20 janvier i533. Du ciel, elle seconda l'action apostolique dMgnace; elle aussi, avec dona Maria et tous les saints aïeux, disait et redisait à François, dans l'intime du cœur : Que sert à rhomme de gagner runi" vers?... et (c la colonne de l'Eglise » annoncée à Madalena se dressa et s'affermit, sous les regards du ciel, à Sainte-Marie de Montmartre, le i5 août i534 •

Nous tous, écrit Pierre Le Fèvre, nous tous qui avions alors le même dessein, et qui d^ailleiirs, Maître François excepté, avions fait les Exercices, nous allâmes à Sainte-Marie de Montmartre et nous y fîmes le vœu de servir Dieu et de partir au jour marqué pour Jérusalem, laissant pour toujours nos parents, el ne prenant de nos biens que le viatique nécessaire. Nous décidâmes, de plus, qu'après notre retour de Jérusalem nous irions nous mettre sous l'obéissance du Pontife romain. Etaient présents à cette première réunion : Ignace, M® François Xavier, moi Le Fèvre, M*^ Nicolas Bobadilla, M« Jacques Laynez, M** Alphonse Salmeron, M* Simon Rodriguez. Claude Le Jay avait déjà le dessein arrêté de se joindre à nous, mais il n'était pas arrivé à Paris. Quant à M® Jean du Codray et à ' Paschase Broët, ils n'étaient pas encore pris.

Le II décembre de cette même anoée i534, Ana de Jassu, femme de Diego de Ezpeleta, seigneur de Veyre, écrivait de sa propre main les dernières volonlés de son mari et les siennes. Ils veulent être ensevelis dans l'église du glorieux San Milian el dans la chapelle qui est dédiée à la bienheureuse Vierge Notre-Dame. Ils fondent une messe de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à célébrer,

tous les vendredis, dans la hermita de Saint-Bernard, à Milagro, qu'ils ont fait rebâtir, etc. Ils recommandent à leurs deux sœurs et belles-sœurs, Catalina et Marg'arita de Ezpeleta, leurs enfants Migpuel, Diego, Francisca, Un des exécuteurs sera « le (( magnifique seigneur Miguei de Xavier, seigneur « de Xavier et de Azpilcueta. » Miguel de Ezpeleta hérite du majorai. Ce Miguel eut pour fils un admirable imitateur du zèle de François Xavier dans les Indes, Geronymo de Ezpeleta, qui ne signera jamais que Geronymo Xavier, plus heureux et fier de se rattacher à Ana de Jassu et à son frère qu'à toute la noble généalogie des Ezpeleta.

La foi vive de Ana se révèle dans son testament par des traits comme le suivant. Elle écrit :

Avant toutes choses, nous confessons et croyons les articles de la sainte foi catholique, et dans cette sainte foi nous voulons vivre le temps qu'il plaira à Dieu, et nous protestons vouloir mourir; et si, eu aucun temps ou à l'heure de la mort, par suggestion ou persécution du diable, trouble de la mémoire, préoccupation ou faiblesse de notre entendement, nous venions à mettre en doute les articles de cette sainte foi catholique, dès maintenant pour alors nous protestons, devant la Majesté de Dieu, de la Vierge Notre-Dame et de toute la cour céleste, que nous ne consentons j)as à telle tentation, mais proteslons, au contraire, vouloir vivre et mourir en la sainte foi catholique et dans l'obéissance à la sainte Église notre mère, comme chrétiens catholiques.

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