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CHAPITRE IX

COMMENT FRANÇOIS DE XAVIER, APRÈS TROIS ANS PASSÉS EN ITALIE, ALLA sV.MBARQUER A LISBONNE,

POUR l'iNDE^

(8 janvier i537-jiiin i54o.)

Arrivé à Venise, le 8 janvier i537, François y donna ses soins aux malades de l'hôpital des Incurables : on sait de quelle façon héroïque il y triompha de la répugnance que lui causait le pansement des plaies.

Le fait, raconté par Simon Rodriguez, qui en fut témoin oculaire, n'a pas tous les caractères répugnants que lui prêtent les biographes de François : la grâce même n'en est pas tout à fait absente :

1. Documenta et sources, t. I, chap. xxiii; — Histoire de la Compagnie de Jésus dans VInde, par le P. Sébastien Gonçalvez. Biblioth. du roi, dite De Ajuddy proche Lisbonne ; ms. 20/3o, petit in-folio de 5o4 pag^s, papier de Chine. Ce manuscrit, qui a beaucoup servi au P. François de Sousa (Oriente conr/uistado) et que nous citerons souvent, fut apporté de Macao à Lisbonne en 17/J7. I^e P. (Jonijalvez, arrivé dans l'Inde en iSgS, mourut à Goa en lOit).

FRANÇOIS A VFNISK (1537). 113

A l'hôpital (1rs Inrurahlos, un léprcMix (\v mal qui couvrait son corps le faisait du moins ju«c<*r tel) api)elant Tun de nous : « < )h ! dit-il, ii^raltez-moi le dos. » Le pt^re se mit aussitôt à lui rendre re service; mais, à la vue des |)laies, il se sentit envahi et par le déii^oiU, et aussi par la crainte de contracter le mal. Le Pè^re, alors, pour uiieux vaincre la tentation, porta à sa bouche et y retint des purulences dont il avait A dessein couvert ses doiiçts. Le lendemain, il disait, en souriant, à un de ses compa;;;nons : « J'ai rêvé, la nuit dernière, que la lèpre « de ce pauvre honune me tenait déjà au palais, et que je cra- « chais de toutes mes forces pour la rejeter, sans y pouvoir « riMissir. » Du reste, aucun accident fâcheux ne suivit l'acte du Père : en lui se vérifia la parole <le Jésus : « Si niortife^ ruin ffuid biberint. non eis noeebit. »

Vers la mi-careme de la mc^rno anrn*e, il fit avec ses compag-nons le pélerinaçe de Rome et, avec eux, il revint à Venise, où tous furent ordonnés prêtres, le 24 juiïij fèt^ de saint Jean-Baptiste. Pour se préparer ti la célébration de sa première messe, François se relira, avec Salmeron, en un lieu solitaire appelé Monselice, entre Padoue et Kovii^o : il y [)assa quarante jours dans la prière et la pénitence, puis il catéchisa ou exhorta les pauvres i^-ens d'alentour et le peuple de Padoue, jusqu'à ce (jue saint li^nace Fefit appelé à Vicence; h\, il offrit pour la première fois le saint sacrifice.

Peu après, raconte Simon Uodrii^^uc»/, Fran(;()is de Xavier et moi tombâmes malades. Admis à Thopital, nous y eiinu^s un seul et même lit, tellement étroit que nous y Irouvions i\ peine place; de là bien des occasions d(* pâlir; ([uand, en effet, l'un çrelottail et ramenait drap et rouverlure, l'autre,

tout en feu, eilt bien voulu les écarter; l'un et Taulre profitèrent de cette occasion de pratiquer la patience et la charité. Du reste, la salle où nous couchions était ouverte à tous 1m vents, et nous ne recevions de THospitalier presque aucun des secours que notre situation eût exigés.

Ce fut là qu'une nuit, François de Xavier, éveillé, à ce qu'A pensait, vit venir à lui saint Jérôme, à qui il était fort dévot. Le saint hii dit d'un ton plein d'affection ; « Vous passerez l'hiver à Bolojçne, où vous aurez beaucoup à souffrir. Quanta vos compagnons, les uns iront à Rome, d'autres à Padoue, quelques-uns à Ferrare, quelques-uns à Sienne. » Or, Ignace et ceux cpii se trouvaient avec lui, sans rien savoir de cequf François de Xavier avait entendu, décidèrent alors que If P. Ignace, Le Fèvre et Laynez iraient à Rome; Salmeron cl Broët à Sienne , François de Xavier et Nicolas Baladîlla à Bologne , Le Jay et moi à Ferrare , Codure et Hozes à Padoue*.

François , poursuit le P. Sébastien Gonçalvez , arriva i Bologne au mois d'octobre iGSy. Son premier soin fut d'aller visiter le tombeau de saint Dominique; il avait, en effet, grande dévotion au patriarche des Frères Prêcheurs. (]e fut là qu'il dit la sainte messe, le jour même de son arrivée. Il s'y trouva une béate appelée Isabelle Gasilini, qui, à voir seulement sa dévotion à Tautel, le tint pour un grand saint. Elle lui parla après la messe et, disait-elle, ce cet

I . D'après Polanco (Chronic, I, pajç. 62), la distribution des ministères se fit autremeut : u la^nace, I^c Fcvre et Laynez iraient droit à Rome ; — Hroët et Rodri^ez à Sienue ; — Xavier et Salnieron, à Bologne; — Le Jaj et Bobadilla, à Ferrare ; — Codure et Hozes, à Padoue. » Il est certain que iiobadilla prêcha à Bologne avec Franç;ois : le vicaire général leur en donne altestatiou, le 2O juin i538; certain aussi que Bobadilla prêcha à Ferrare, avec Le Jay : le vicaire général de Ferrare Tatteste, le 28 juin de la même année, et il y a attestation des prédications de Salmeron et de Pascase Broët à Sienne, datée du -ja) juin i538. (BoIIand., 3i juillet, paç. 4^7-468, édit. Bruxell.)

entretien m'anima fortement à pratiquer toute vertu. » Isabelle avait un oncle, Jérôme Casilini, docte et noble chanoine de San Patronio et recteur de l'église de Santa Lucia. A la prière d'Isabelle, François alla le visiter et le chanoine lui offrit sa maison et sa table. François accepta le logement, mais il voulut mendier au dehors son pain de chaque jour. Après avoir de bon matin célébré la messe et récité les Heures, il s'occupait jusqu'au soir à des ministères de charité auprès des prisonniers et de tous les affligés. Il parcourait aussi les rues, agitant en l'air son chapeau et criant : « Venez ouïr la parole de Dieu ! » Le premier banc venu lui servait de chaire, et il prêchait en une langue composée de plusieurs, parce qu'il ne savait pas encore bien l'italien. Il recommandait surtout à ses auditeurs de fréquenter les sacrements de confession et de communion, remèdes singuliers contre les péchés, et dès lors se renouvela à Bologne la coutume de communier comme dans la primitive Église; aussi s'opéra-t-il dans cette ville, chez un grand nombre, changement très notable de vie.

Jérôme Casilini disait de François : « Il parlait peu, mais ses paroles étaient d'une efficacité merveilleuse. Dans ses prédications, telle était son ardeur qu'elle se communiquait vite aux auditeurs. Je l'ai vu souvent répandre d'abondantes larmes à l'autel, quand il célébrait surtout la messe de la Passion. Ainsi encore Tai-je vu quelquefois tellement ravi, au mémento des vivants, qu'on ne pouvait le tirer de son ravissement, et il fallait attendre jusqu'à une heure entière qu'il en revînt de lui-même. On peut bien dire de lui qu'il était homme de grande oraison, et, comme Daniel, un homme de désirs. »

Rappelé à Rome, où les autres s^élaient réunis, François quitta Bologne au mois de mars i538. On

se souvient que saint Jërôme lui avait annoncé de grandes souffrances; à ce propos, Simon Rodriçuez | écrit :

L'annonce des souffrances de François de Xavier à Bologne se vérifia si Lien, que lorsque je le revis à Rome, quelques mois après, il me parut plus semblable à un cadavre qu'à un homme vivant, tant il était, à suite de longues privations el de maladies, pâli, amaigri, défiguré. A le voir si différent dr lui-même, grêle, chétif, épuisé, je ne pus m'empêcher de juçer qu'il ne recouvrerait jamais ses anciennes forces et que tout travail lui serait à jamais interdit.

Bologne n'oublia jamais François, comme le prouvent les lignes suivantes que le P. Gonçalvez écrivait en i6o4 :

Isabelle Casilini garda bon souvenir des vertus de François; aussi, depuis, la maison de son oncle, devenue sienne, fut comme rhôlellerie de fous les Pères de la Compagnie qui passaient à Bologne, et plus tard, quand la Compagnie a voulu s'établir dans cette ville, la maison du chanoine lui a été donnée. Sur cet emplacement s'est élevée l'église du Gesù, qui est une des plus belles de Bologne, et les habitants ont le désir de la dédier à Dieu en Thonncur de François, quand le le Siège apostolique l'aura n)is au nombre des saints.

Un neveu de Jérôme Casilini entra dans la Compagnie, et je le vis arriver à Goa en ifioi. Il nous raconta ainsi Tliistoire de sa vocation à l'apostolat : les supérieurs l'envoyèrent de Bologne à Vicence avec un Père français. C'était au fort de l'hiver, l.-n jour, ils se virent engagés en un si évident péril de mort qu'ils n'espéraient pas y échapper. Ce fut alors qu'invoquant François de Xavier, il fit à Dieu le vœu de venir aux Indes si la vie lui était conservée : et lui et son compagnon

PRAJfÇOIS A ROME (1538-1540). 147

furent miraculeusement sauvés, et le P. Aquaviva, informé de ce qui s'était passé, décida qu'il fallait accomplir le vœu.

A Rome, François, dès que sa santé fut un peu rétablie, s'employa à prêcher avec le P. Le Fèvre dans FégfHse San Lorenzo in Damaso. II remplit ce ministère et d'autres, ou de zèle ou de charité, jusqu'au milieu de mars i54o, c'est-à-dire l'espace de deux années.

Dès ce temps et même avant, tandis qu'il travaillait à Bologne, François eut le pressentiment ou l'annonce vag'ue de la mission que Dieu lui destinait dans rinde. Jérôme Domenech, qui le connut à Bologne, disait plus tard : « J'entendis bien des fois François de Xavier parler de la conversion des gentils de l'Orient, comme si Dieu lui eût déjà mis au cœur que ce grand ouvrage lui était destiné. »

De son côté, le P. Laynez racontait :

Dans nos voyages en Italie, me trouvant, la nuit, à reposer dans une même chambre avec François de Xavier, il lui arriva souvent (mâchas veces) de se réveiller, en témoignant épouvante, — ce qui me réveillait moi-même, — et il me disait : « Mon Dieu! que je suis rompu. Savez-vous, Mattre Laynez, ce que je rêvais tout à l'heure? J'étais à porter sur mon dos, depuis un bon moment, un Indien ou un nègre d'Ethiopie, mais si lourd qu'il m'accablait de son poids; il pesait jus^jue sur ma tête, et je ne pouvais la relever. A présent même, tout réveillé que je suis, je me sens éreinté, moulu (molido). »

Plus tard, à Lisbonne, il dira à Simon Rodriguez : Vous souvenez-vous, mon frère Simon, de cette nuit de

l'hôpital de Rome, où je vous réveillai par mon cri répété Mas! Mas! Mas! Vous me demandâtes la raison de mon cri^ et je vous répondis de n'en pas faire cas. Sachez maintenaoC que je me voyais en de très çrands labeurs et périls, pour le service de Dieu Notre-Seig^neur, et, en même temps, sa grkt me soutenait et m'animait à tel point, que je ne pouvais m'einpêcher d'en demander davantage. J'espère que l'heure arri?f où ce qui me fut montré d'avance se réahsera.

Après avoir d'abord vécu dans la maison de campag'ne d'un ami, Quirino Garzonio, et puis, quelque? i mois, dans une maison louée en ville, saint Ignace et ses compagnons s'établirent en un autre endroit, à proximité de la maison d'Antonio Frangipane : le logis des Pères était vulgairement appelé Torre del Melangolo. Simon Rodriguez raconte comment ce logis parut être hanté par de mauvais esprits, et il ajoute :

Ce fut là qu'arriva le fait suivant : Un des Pères, réveillé en sursaut, poussait de grands cris, entremêlés de pieuses aspirations^ et, en même temps, il jaillit de ses narines du sang: en abondance. Inlerrot^é à ce sujet, il ne répondit pas, et ses compagnons pensèrent que le démon avait tenté de Tétransi^ler. Plus tard, un d'eux Tinterrotii'ea encore, et il répondit : (( Je rêvais que Ton me provoquait à mal, et l'angoisse où je me trouvais, l'effort que je faisais pour échapper me tirèrent du sommeil et occasionnèrent l'Iiémorras^ie. »

Il s'agit, ici, de François, comme le prouvent les lignes suivantes, écrites, le lo décembre 1696, par le Père F'rançois Vasquez :

Tandis que j'étais recteur à Montilla, le P. Simon Rodri-

e^ez (il peut y avoir vinçt-lrois ou vinçt quatre ans) passa par cette ville et demeura quelques jours au collège. Or, entr'au- Ires choses qu'il nous raconta des premiers temps de la Compagnie, se trouva celle que voici ; c'est Simon Rodriguez qui parle :

« Peu de temps après l'arrivée des Pères à Rome, je tombai malade, et notre P. Ignace ordonna à Maître Xavier d'être mon infirmier. Or, une nuit que Xavier, étendu sur une natte, dormait près de mon lit, et que moi, attendant l'heure où je devais prendre un remède, je veillais, les yeux arrêtés sur Xavier et l'âme occupée de la méditation de ses admirables vertus, tout à coup je le vis s'éveiller, se dresser en gesticu- /anl avec force, comme qui veut repousser un ennemi, et, en même temps, il jaillit beaucoup de sang de sa bouche, (f Qu'est-ce donc? » lui demandai-je. Il me répondit : « Ce ir n'est rien. » Je repris : « Ce n'est rien; vous jetez le sang € à pleine bouche ; n'est-ce rien cela ? » Mais Xavier ne m'en , lit pas, pour lors, davantage. Plus tard, quand nous vécûmes ensemble en Portugal, nous y eûmes des entretiens intimes. >r, à cette occasion, je demandai à Xavier : « Qu'aviez-vous, : la nuit où le sang vous jaillit si fort de la bouche? » Xavier épondit : « Je vous le dirai ; mais, tant que je vivrai, n'en parlez pas. Dieu m'a fait la grande grâce 'de demeurer vierge; or, cette nuit-là, je révais que, voyageant, nous étions arrivés dans une auberge où je ne sais quelle femme venait à moi comme pour m'étreindre. Ce fut alors que je me démenai pour l'écarter; et la violence de l'effort fit jaillir le sang de ma bouche. »

Le P. Vasquez ajoute :

4Ze fut ainsi, je l'affirme, que le P. Simon Rodriguez me 3iconta le fait.

L'heure de Ja vocation de François à l'aposlolal dans rinde approchait, et Dieu se choisit pour premier instrument Diego de Gouvea , l'ancien principal du collège de Sainte-Barbe, Tami dévoué d'Ignace et de ses compagnons.

Informé de leur arrivée à Rome, Gouvea leur écrivit pour savoir d'eux s'ils accepteraient une mission dans l'Inde, au cas où elle leur serait oflFerte par le roi de Portugal Jean IIL Au nom de tous, Pierre Le Fèvre répondit, le 28 novembre i538 :

IHS. La grâce et la paix de Noire-Seigneur Jésu&-Chrisl soit avec nous tous.

Il y a peu de jours nous arriva votre messager avec vos lettres à nous adressées. De vive voix, il nous a donné de vos nouvelles. Par vos lettres, nous avons vu le très bon souvenir que vous gardez de nous, et le désir ardent que vous avez de sauver les âmes de vos Indiens et de recueillir cette moisson qui mûrit. Nos cœurs partagent votre zèle et nous voudrions contenter vos désirs et les nôtres; mais tant d'autres nous sollicitent, qu'il est difficile, pour le moment, de répondre, non seulement à vos demandes, mais aux leurs. Ce que je vais dire vous le fera entendre :

Nous tous, liés mutuellement dans cette Société, nous nous sommes voués au Souverain Pontife, comme au maître de toute la moisson de Jésus-Christ. En nous offrant au Pape, nous lui avons déclaré que nous étions prêts à tout, selon qu'il lui plairait de disposer de nous, en Jésus-Christ. Si donc il nous envoie lui-même là où vous nous appelez, ibimus gaa^

dentés. Ce qui nous a déterminés à nous soumettre ainsi par vœu au jugement et à la volonté du Pape, c'est que lui, rious le savons, connaît mieux que personne ce qui est plus expédient à la chrétienté entière.

Plusieurs déjà ont puissamment agi auprès de Sa Sainteté, pour qu'Elle nous envoyât à ces autres Indiens, que les Espagnols, d'un jour à l'autre, acquièrent à l'Empereur : en leur nom, la démarche a été faite par certain évêque d'Espagne et par l'ambassadeur de l'Empereur ; mais ils ont compris que le Pape ne veut pas que nous nous éloignions de Rome, parce que la moisson y est grande.

Les distances qui nous séparent de l'Inde, la difficulté d'en apprendre les langues ne nous effraient sûrement pas : faire ce qui plaira davantage à Jésus-Christ, tout est là pour nous. Priez-le donc de nous faire ses ministres pour prêcher la parole de vie ; bien que^ en effet, nous ne soyons pas sufflaientes ex nobiSy quasi ex nobis, notre espoir est cependant en son abondance et ses richesses.

Quant à nos personnes et à nos affaires, vous en serez amplement informé par les lettres que nous avons écrites à notre intime ami et frère en Jésu^-Christ, Diego de Caceres, Espagnol. Il vous les montrera. Vous y verrez que nous avons, jusqu'à ce jour, souffert à Home bien des tribulations pour Jésus-Christ, et comment nous en sommes sortis intacts. Il n'en manque pas, même à Rome, ils y sont nombreux, à qui est odieuse la lumière de la vérité et de la vie ecclésiastique. A vous donc de veiller, et de dépenser à instruire le peuple chrétien par l'exemple d'une sainte vie autant d'efforts que vous en avez déployés pour la défense de la Foi et de la saine doctrine : conmient, en effet, croire que Dieu gardera en nous l'intégrité de la Foi, si nous négligeons la sainteté de la vie? Il y a bien lieu de craindre que la cause principale des erreurs de doctrine ne [)rocéde des erreurs de la vie, et que les pre-

mières ne se puissent détruire si l'on ne corrig'e les autres. Mais en voilà bien assez sur ce sujet.

Il ne nous reste, en terminant, qu'à vous prier de nous rappeler au souvenir de nos très vénérés Maîtres Barthélemi De Cornibus, Picard, Adam Wancos, Laurent Benoît et des autres docteurs qui veulent être bien appelés nos maîtres, et nous leurs disciples et fils en Jésus-Christ. De Rome, 23 novembre i538.

Tui in Domino, Petrus Faber et ceteri ejus socii ar. fratres \

Gouvea communiqua celte lettre à Jean III, qui, le 4 août i539, écrivit à Pedro de Mascarenhas, son ambassadeur auprès du pape Paul III :

Vous le savez, notre principale fin, et la mienne et celle de mon père (en gloire soit-il), dans la conquête de l'Inde et dans toutes mes expéditions, poursuivies avec tant de labeurs, de périls et de dépenses, cette fin a toujours été la propagation de notre sainte foi catholique, fin si belle que, de bon cœur, on a tout affronté pour y atteindre; mais j'ai travaillé surtout en vue de procurer à tous les pays qui me sont soumis des hommes doctes à la fois et de bonne vie, chargés spécialement de prêcher et de donner les enseignements nécessaires aux peuples nouvellement appelés et convertis à la Foi. Grâces à Notrc-Seigneur, mes efforts ont si bien réussi sur ce point, que j'ai dû voir dans ce succès un signe évident que Toeuvreest agréée de Dieu. Comment, en effet, sans une spéciale intervention de sa grâce, de tels biens auraient-ils pu être opérés? J'y trouve aussi la preuve que Notre-Seigneur m'oblige de poursuivre le même travail et même de multiplier dans ces pays les ouvriers, à mesure que l'ouvrage y grandit.

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