I. Aj'ndit, iiibs. Mascarenhas
plairait au Pape de les envoyer, fût-ce plus loin que les Indes.
Cette démarche faite, je parlai au Pape; je lui exposai les intentions de Votre Altesse ; « Si ces hommes, dis-je au Saint- « Père, sont tels qu'il les faut pour remplir les vues du Roi, « savoir, édifier et instruire les peuples nouvellement con- « vertis à notre sainte foi, je supplie Votre Sainteté d'en en- « voyer quatre au Roi. Que si Votre Sainteté en envoie davan- « tage, plus grande sera la grâce faite à Son Altesse, si « nombreuses et diverses sont les terres où Ton pourra les « employer au service de Notre-Seigneur. »
Le Saint-Père loua fort les intentions de Votre Altesse et sa pieuse supplique ; il me dit mille biens de ces clercs, de leur science, de leurs vertus, du fruit que produisaient leurs prédications et des saints exercices où ils s'occupent. Il ajouta : « Je « les crois très aptes à instruire ces peuples nouvellement « venus à la Foi ; mais avant de les charger d'une entreprise « si lointaine et si périlleuse, j'ai besoin de savoir qu'ils l'ac- « cepteront volontiers. Sachez donc leurs dispositions à cet « égard et puis je leur commanderai. »
Ici, ma peine fut petite, car les clercs, avec une grande joie, acceptèrent la campagne (Jornada)^ et alors le Papcî leur commanda de l'entreprendre. Mais il y eut difficulté pour le nombre : ils n'en peuvent donner plus de deux; en ce moment ils sont six à Rome, et le Pape en envoie deux en Irlande, à cause de certaines hérésies qu'il y a dans cette île. Des deux qui seront donnés, un est Portugais, estimé parmi eux pour sa doctrine et ses vertus, et qui doit être préféré, comme Portugais et vassal de Votre Altesse; l'autre est un Castillan.
Le Portugais se trouvait à Sienne, occupé, par ordre du Pape, à la réforme d'un monastère; il en est venu avec une fièvre quarte, et à cause de cette indisposition, de laquelle cependant il était déjà un peu remis, grâces à Dieu, je lui ai
fait prendre la voie de mer : il est parti avec mes criado$ et mes bagages. Il sera logé dans ma maison , à Lisbonue, jusqu'à ce qu'il plaise à Votre Altesse de disposer de lui. Il a pour compagnon un prêtre italien qui se prépare à embrasser le même genre de vie*. Quant au Castillan, il \-iendni avec moi par voie de terre. Le surplus de mes informations, au sujet de ces clercs et de leur manière de vivre, je le dirai de vive voix à Votre Altesse.
Je partirai d'ici lundi, i5 du courant^.
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c( Quand Maître François s'embarquait, tout son bagage était l'habit qu'il portait, un bréviaire et un autre livre. » Ainsi nous parlera, plus loin, un de ceux qui, aux Indes, le connurent le mieux. En partant de Rome, François avait déjà cet « autre livre » qui ne le quitta plus, et qui se trouve, aujourd'hui, entre les reliques des saints de la Compagnie de Jésus, en un couvent de Madrid. C'est un in-i8 épais, de 680 pages, intitulé : Marci Mariili opus de reliffiose Vivendi institutione per exempla^ etc.
Toutes les pages du livre sont nettes; pas de trace de ces notes marginales qui gâtent tant de livres d'alors et qui auraient fait de celui-ci un trésor bien
1 . Paul Camerte, ou mieux Paul de Camerino, ainsi nommé de son lieu natal Camerino, petite ville des États de TEglisc, entra déjà prêtre dans la Compagnie; il mourut à Goa, le 21 janvier i56o. Tous ceux qui le conaureni admirèrent ses hautes vertus ; mais il suffirait à sa gloire, devant Dieu et devant les hommes, que François de Xavier ait toujours compté sur lui et n'ait jamais vu sa confiance trompée.