Ajuda, ms. Mascarenhas
plus précieux. François observait déjà la loi que la Gompag-nie devait bientôt imposer à tous ses fils de « ne rien écrire sur les livres. »
Quand Ignace partit de Paris, au mois de mars i535, François voulut procurer à son frère Juan la grâce des entretiens du père de son ftme. Ignace, à son tour, désira que Théritier de la maison de Loyola profitât des exemples et des conseils de son fils spirituel; il remit donc à François la lettre suivante, adressée à Beltran de Loyola :
iHs. Notre-Sei;çneur nous soit toujours favorable et secourable.
Me voici dans une çrande, une extrême presse d'occupations, obligé que je me trouve subitement de pourvoir au départ de quelques-uns pour les Indes, et d'en envoyer plusieurs, soit en Irlande, soit dans une province d'Italie autre que celle-ci; je n'ai donc pas moyen de m'étendrc autant que je le voudrais.
Le porteur de la présente est un de notre Compagnie, Maître François de Xavier, Navarrais, fils du seigneur de Xavier. Par ordre du Pape et à la requête du Roi de Portugal, il va auprès du Roi. Deux autres s'y rendent par voie de mer. Maître François vous dira le reste, et il vous exposera toutes nos affaires en mon nom, comme je le ferais moi-même si j'étais près de vous.
Sachez que l'ambassadeur du Roi de Portugal, en la compagnie duquel va Maître François, est grandement et entièrement de nos amis; nous lui sommes déjà obligés de tant de manières, et il désire encore, il espère nous donner auprès du Roi et, le plus possible, auprès de tous, l'appui de sa faveur; je vous en prie donc, pour le service de Dieu Notre-Seigneur,
traitez-le avec toute courtoisie ; fêtez-le le plus que vous pourrez.
Si Araoz est à Loyola, il fera sienne la présente, et, en toutes choses, il sera donné à Maître François, parlant de ma part, la créance qui me serait donnée.
Mes devoirs, je vous prie, à la dame de la maison et à toute la famille.
Que Notre-Seigneur nous demeure favorable et nous soit toujours en aide.
De Rome, i6 mars i54o.
Pauvre de bonté, Inigo.
De Bologne, François écrivit à saint Ig-nace le mercredi de la semaine de Pâques, 3i mars :
La grâce et Famour de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous soient toujours en aide et favorables.
Le jour de Pâques, je reçus, sous le couvert du seigneur Ambassadeur, quelques lettres de vous ; Dieu sait quelle consolation et joie elles m'ont données. Je crois qu'en cette vie nous ne pourrons plus nous revoir que par des lettres ; nous TQyoïvfacie adfaciem, avec force embrassements, ce sera pour l'autre vie : tant que durera ce peu qui nous reste de la présente, visitons-nous donc fréquemment par lettres; ainsi feraije. J'écrirai souvent, comme vous me le faites recommander, et je distribuerai les feuillets selon vos instructions'.
1 . Saint Ignace voulait qu*au lieu de charger une lettre principale, qu*oii lui adressait, de détails étrangers à l'objet de cette iellre, ou requérant secret, etc.» on les mît sur des feuillets distincts. Pour avoir ignoré cctlc instruction d'Ignace, un premier traducteur a étrangement égaré tous les autres. Ils traduisent, après lui : « Je serai très exact, étant persuadé de œ que vous me dites si sagement, à mon départ, qu'il doit y avoir un commerce réglé et une correspondance mutuelle entre les colonies et les métropoles, ainsi qu'entre les filles et les mères, etc. »
Comme vous me le marquiez daus voire lettre, je parlai louguemeut et à mon s^ré au seigneur cardinal Yurea. II me reçut avec beaucoup de bienveillance et s'offrit à nous aider de lout son pouvoir. Quand je pris congé, le bon vieillard se prit à m'embrasser et moi à lui baiser les mains, et avant d'achever mes formules d'adieu, je m'agenouillai et je lui baisai les mains au nom de toute la Compagnie. Je crois, et sa réponse me Ta encore persuadé, que notre esprit et nos procédés lui vont.
Le seigneur Ambassadeur me traite si bien, que le récit détaillé de ses bontés serait infini, et j'en scmffrirais vraiment trop si je ne pensais, si je n'étais quasi-certain que je paierai ma dette aux Indes, et non pas à un moindre prix qu'à celui de ma vie. A Notre-Dame de Lorette, le dimanche des Hameaux, je le confessai et communiai, ainsi que beaucoup de gens de sa suite. Je dis la messe dans la capilla de Notre- Dame, et le bon Ambassadeur obtint qu'avec lui tous ceux de sa maison qui communiaient le pussent faire dans l'intérieur de la capilla. Depuis le jour de Pâques, j'ai confessé et communié de nouveau l'Ambassadeur et d'autres pieuses gens de sa maison.
Le chapelain du seigneur Ambassadeur se recommande beaucoup aux prières de tous; il s'oflVe à venir aux Indes avec nous.
Mes respects à madona Faustina Anrolina. Dites-lui que j'ai célébré une messe pour son Vincencio, mon Vincencio, et que demain j'en célébrerai une pour elle. Dites-lui qu'elle peut compter que jamais je ne perdrai souvenir d'elle, même quand je serai aux Indes. De ma part, micer Pedro {Codazo)^ mon très cher frère, rappelez-lui la promesse qu'elle me fit de se confesser et de communier, et qu'elle m'infqrme si elle l'a fait, et combien de fois; et si elle désire être agréable a Vincencio, son fils devenu mien, dites-lui, de ma part, (pi'elle
pardonne à ceux qui le tuèrent, puisque, pour eux, Vincendo prie beaucoup dans le ciel.
Ici, à Bolog^ne, je suis plus occupé à entendre des confessions que je ne Tétais à Saint-Louis.
Recommandez-moi beaucoup à tous, car il est vrai que si je ne les nomme pas, ce n'est pas que je les oublie.
Votre frère et serviteur en Jésus-Christ,
F'rancisco.
Le vendredi 2 avril, François et ses compagnons arrivèrent à Parme. Le Saint espérait y rencontrer Pierre Le Fèvre : Dieu ne voulut pas pour les deux amis cette consolation. Pierre, quinze jours plus tard, écrivit à saint Ig^nace :
Maître François Xavier arriva à Parme, le jour même que je m'en éloig^nai pour aller à Brescia. Il mit en délibération si oui ou non il irait après moi pour me voir; mais les compagnons et l'Ambassadeur lui-même furent d'avis qu'il demeurât, et ce fut l'avis le meilleur. Plaise à Notre-Seigneur que, par sa grâce, si nous ne devons pas nous revoir en ce monde, nous puissions au ciel nous réjouir ensemble, et de nos séparations accomplies pour l'amour de Jésus-Christ, et de nos unions pareillement. Demandons-lui toujours que ceux qu'il a lui-même unis, le vieil homme ou l'esprit mauvais ne les sépare point...
François édifia, au plus haut point, et charma ses compag^nons de voyage. Il sauva la vîe à trois d'entre eux, et il mil à profit ces services rendus pour mieux gag-ner à Dieu ceux à qui il les rendait.
A ces faits déjà connus, le P. Gonçalvez ajoute le suivant :
Don Francisco de Lima, capitan mayor de Parmée du Nord,
disait, en 1610, au Père Francisco Vieyra, provincial, avoir ouï son oncle, Philippe de Aguiar, raconter ainsi comment le Père François de Xavier Tavait converti :
« Encore garçon, hidalgo, et jeune, et riche, je m'en allai « courir le monde. Je visitai la France, TAlIemagne, Tltalie et « finalement j'arrivai à Rome en i54o. Ayant visité D. Pedro <t Mascarenhas, ambassadeur de Jean III, D. Pedro voulut « que je lui fusse compagnon de voyage pour retourner en « Portugal. J'avais la conscience fort chargée, comme il arrive « aux jeunes hommes riches et libres en pays étranger, où « leur vie échappe à toute surveillance. En chemin, je fis la « connaissance de Maître François, et lui me témoigna grande « amitié; il recherchait ma compagnie et me dilatait le cœur « par son honnête gaieté, tandis que, côte à côte, nous che- « minions. Peu à peu, il en vint à me parler de confession a générale, et il me détermina à la faire. Je la lui fis à lui- « même, et avec grande satisfaction, dans une égHse qui se « rencontra sur la route. Depuis, je fus, grâces à Dieu, un «c autre homme. Il est vrai que Maître François avait un don «c admirable d'imprimer dans les âmes la crainte de Dieu : je «c la sentais se répandre en moi pendant qu'il me confessait. a Ce fut alors que, pour la première fois de ma vie, je com- « pris ce que c'est qu'être chrétien. »
Tous les biographes de François supposent que Pedro de Mascarenhas engagea le Saint à saluer sa mère, à lui dire adieu, en passant à peu de distance de Xavier, et ils admirent que François ait renoncé à la consolation de Maria de Azpilcueta et à la sienne propre. Nous avons établi ailleurs qu'un tel sacrifice ne se pouvait plus faire depuis 1629, ^^^^ ^^ '^ mort de Maria. On n'en montre pas moins, à Xavier, une hauteur que les gens du pays appellent Las penas
del A Dios, parce que, disent-ils, François passant pour aller aux Indes voulut revoir son villag^e natal; pius, au départ, arrive à ce point, il se retourna pour considérer encore, avant de le perdre de vue pour toujours, le castilloj où il avait g-randi sous Taile de parents bien-aimés et l'église où leur vénérée dépouille attendait la résurrection.
Comment douter, en effet, que, sur le chemin de Bayonne à Alsasua, Dieu n'ait vu, cent et cent fois, le reçard du cœur de François se détourner avec émotion vers Pampelune, vers Xavier, et s'y arrêter avec amour? Dieu vit ce long* chemin tout parsemé de penas del A Dios, et le peuple de Xavier, bien inspiré, les a toutes ramenées au point d'où François, s'il fût venu à Xavier, eut pu mieux considérer les trésors dont il offrait généreusement le sacrifice à Dieu pour le salut des âmes.
Quand le Père François arriva à Lisbonne, écrit le P. Gonçalvez, il y avait déjà longtemps que le Père Simon s'y trouvait avec son compagnon, Paul Camerino, savoir, depuis le 17 avril de celle année i54o. J'ai lu cette date notée par le P. Simon lui-même dans la Bible dont il usait et qu'il donna au P. Antonio Quadros, quand il l'envoya de Portugal dans l'Inde. Déjà, quand Maître François arriva, M« Simon et Paul avaient i^açné, par leurs saints exemples, un jeune homme portui^ais appelé Francisco Mansilhas*.
1 . Ce nom est écrit de manières bien diverses par les historiens de saint François Xavier Le P. Sébastien Gonçalvez déclare que Torthographe vraie du nom est Mansilhas, Il semble que Mausilhas avait commencé d'étudlîer à Paris, car, à propos de son insuffisante doctrine, François écrira aux Pères Lejay et Laynez : u (Jue n'est-il demeuré en contact avec Bobadilla « autant ((u*il Ta été avec Caceres! »>