CHAPITRE XI
ou FRANÇOIS DE XAVIER RACONTE SON VOYAGE DE LISBONNE A GOA ET SES PREMIERS TRAVAUX EN CETTE VILLE,
(Avril i54i-octobre i542.)^
Apprenons d'abord de Sébastien Gonçalvez ce qu'étaient les peuples que François de Xavier allait évangéliser :
Les Mofes occupent une grande partie de l'Asie, et leur loi est tellement conforme aux appétits dépravés de la nature, qu'ils ont vite acquis empire sur les cœurs là où ils s'établissent ; encore ajoutent-ils à cetle action corruptrice la violence des armes. Quand les Portugais, à la fin du quinzième siècle, arrivèrent dans l'Inde, les Mores étaient maîtres de Aden, Fartaque, Ormuz, de la Perse, de la Carmanie; maîtres à Cambaye, dans le Décan, le Canara, le Malabar. De Goa à
1. Documents et Sources, t. I, ch. 25; l. II, ch. 20. — Quand la source d*une lettre do Saint n'est pas mentionnée, le lecteur peut conclure que la traduction en a été faite sur copie du texte original, contenue dans un ancien rél^stré âe Lettres des /ndes, autrefois au collège des Jésuites de Lisbonne» aujourd'hui à la bibliothèque de Aj'nda.
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Cochin, il y avait plus de Mores qu'on n'en trouve sur toute la côte d'Afrique, de Ceuta à Alexandrie. Peu après noire arrivée dans Tlnde, les Mores conquirent le royaume de Bengale. Us avaient déjà celui de Malaca et aussi quelques îles des réglions de Sumatra, Maluco, Java. Ils étaient, d'ailleurs, si bien pourvus d'artillerie, que la nôtre ne les étonna pas. C'étaient et ce seront toujours, au temporel et au spirituel, nos grands ennemis. Un More me disait : « Trois choses nous empêcheront d'avoir la paix avec vous : la Croix, le vin et le porc. » La vérité est qu'ils n'en veulent qu'à la Croix; là, en effet, où ils peuvent s'emparer de nos biens, si le vin et le porc s'y trouvent, ils boivent le vin et mançent le porc, eu dépit de leur loi. Outre la haine qu'ils ont pour tout chrétien, ils voient en nous des ennemis de leur commerce, et ils eurent peur de voir arrêté le courant de leurs fidèles vers La Mecque. J'ajoute que les Mores, quand on veut leur montrer la vérité par des arjçuments, ne donnent pas de raisons en réponse, vu qu'ils n'en ont pas : ils répondent avec la lance; leur prophète le leur a commandé, afin de les mieux enchaîner dans l'erreur.
Venaient ensuite les païens, à la conversion desquels s'oppose la difficulté de la corruption de leurs mœurs; un mot la résume : omnis caro vovrnperat viam simm.
Puis, les Juifs, à qui il est si difficile de persuader que le Messie est venu. Le Juif lettré vous oppose les Semaines de Daniel qui, à l'entendre, ne sont pas encore écoulées; et le Juif du peuple croit t(iut ce que le rabbin lui enseig-ne.
Puis, les anciens chrétiens du pays : ceux-là vous éconduisaient avec deux mots : « Nous sommes baptisés, et nous avons nos prêtres. »
Restaient les Portujy^ais, qui n'avaient guère de chrétien que le nom, tant ils s'ençouffrèrent, de bonne heure, dans les affaires d'arg^ent et dans la mauvaise vie. »
Ecoutons maintenant l'Apôtre des Indes : De Mozambique, François écrivit à saint Ignace, le 1*"^ janvier 1642 :
La grâce et l'amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur nous soient toujours en aide et favorables.
De Lisbonne, à mon départ, je vous écrivis tout ce qui s'y était fait. Nous partîmes le 7 avril i54i. J'eus le mal de mer pendant deux mois, et tous bien à souffrir, quarante jours durant, sur les cotes de Guinée, à cause de grands calmes ou de temps peu à souhait. Enfin, le Seigneur a bien voulu nous faire la si grande grâce de nous mener à une île, où nous sommes encore.
Sûr de vous réjouir in Domino^ je vous dirai comment Dieu Notre-Seigneur a bien voulu nous employer au service de ses serviteurs. A peine débarqués, nous nous occupâmes auprès des pauvres malades de la flotte : je les confessai, les communiai, les aidai à bien mourir, usant des indulgences plénières que Sa Sainteté me concéda pour ces contrées. Quasi tous témoignaient grande joie de mourir ainsi assistés par un prêtre qui avait pouvoir de leur donner absolution plénière à leurs derniers moments. Micer Paul et Micer Mansilhas avaient soin du temporel; notre logis était celui des pauvres. Nous nous employâmes ainsi, selon nos petits moyens, à procurer le bien temporel et spirituel de tous; et quant au fruit. Dieu le sait, puisque c'est lui qui l'opère.
Ce nous est une consolation, et pas des moindres, de savoir le seigneur Gouverneur et tous les gentilshommes de la flotte bien persuadés que nos désirs sont très différents de ceux du monde et tendent à plaire, non pas aux hommes, mais à Dieu seul; telle, en effet, était la nature des peines et des labeurs à embrasser, que, pour le monde entier, je n'aurais pas osé les affronter une journée seulement. Nous rendons grâces à
Dieu de nous avoir donné et la vue de notre infirmité, et la force de remplir noire devoir.
Le seigneur Gouverneur ne cesse de me dire respérance qu'il a en Dieu Notre-Seigneur de voir se convertir beaucoup de chrétiens là où il nous enverra. N'oubliez donc pas, de grâce, nous vous en supplions tous, de nous recommander sp(5cialemen( à Dieu dans vos oraisons et saints Sacrifices, puisque vous nous connaissez et savez que nous sommes métal de si bas aloi.
Là est une des sources de notre plus sensible consolation, et ce qui nous fait espérer toujours davantage que Dieu Noire-Seigneur nous viendra en aide. Nous le voyons, des choses requises pour notre emploi de prédicateurs de la Foi de Jésus-Christ, aucune qui ne nous manque; mais, comme nous ne poursuivons dans nos œuvres que le seul senice de Dieu Notre-Seigneur, nous avons toujours en Lui plus de confiance, espérant que pour son service et sa gloire il nous donnera abondamment, l'heure venue, tout ce qui sera nécessaire.
S'il se trouve, là-bas, des personnes très désireuses de servir Dieu Notre-Seigneur, envoyez-en quelques-unes en Portugal, d'où il leur sera facile de venir aux Indes avec la flotte qui fait, tous les ans, la traversée. Le h\en qui se fera sera grand.
En mer, jusqu'à Mozambique, j'ai prêché tous les dimanches. Ici, je l'ai fait toutes les fois que j'ai pu. Le seigneur Gouverneur se montre si bien disposé, si affectionné à notre é^ard, il nous aime à tel point, qu'il nous donnera tout l'appui désirable dans nos œuvres pour le service de Dieu Nolrc^ Seigneur; nous y pouvons absolument compter.
Je désirerais fort pouvoir écrire plus longuement; moo mal, pour le moment, ne me le permet pas. On m'a saigné, aujourd'hui, pour la septième fois; je me sens peu dispos.
Dieu soit loaé. A tous nos amis et connaissances, mes souvenirs affectueux, je vous prie.
De Mozambique, le i®' jour de janvier i542.
Francisco.
Au procès de canonisation, on trouve quelques détails de plus sur le séjour du Saint à Mozambique :
I>ans le vaisseau qui l'amena de Portugal avec ses compagnons. Maître François fit g-^and bien tant que dura la traversée : il ne se donna aucun repos. Aussi tous le considéraient comme un saint.
A Mozambique, il fit de même; et Ton admira comment, malg^ré la çravité des mialadies qui sévirent parmi les cens de la flotte, et en mer et au Mozambique, il ne mourut que quarante ou quarante et un hommes.
Pendant les divagations que lui occasionnèrent la fièvre, à Mozambique, on observa que toutes ses facultés rentraient dans Tordre, dès qu'on lui parlait de choses spirituelles : il ne divaçuait que pour les autres.
Les médecins, de bonne heure, le prièrent d'interrompre son travail auprès des autres malades. Il leur répondit : <c C^tte nuit prochaine, j'ai à m'occuper d'un frère (irmao) cjui est un peu dévoyé {desencaniinhado) : cela fait, je me reposerai. » Ce frère était un matelot, dont on désespérait depuis plusieurs jours, et à qui la fièvre ne laissait pas un moment lucide. Le lendemain matin, tous les malades vus, un médecin entra dans la casinha du Père pour le visiter : il trouva le matelot dans le lit de maître François', un pauvre lit de camp, fait de cordaçes entrelacés, sans autre çarniture qu'un vieux drap en lambeaux {um pedaço de panho velho) et un oreiller (almo/ada) : rien de plus. Le lonç du lit où
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reposait le matelot, était un affût de faucon (fauconneau : repairo de falcâo)^ et sur le bois nu de Taffut, près du chevet du lit, Maître François était assis, causant avec le matelot. Ce pauvre malade, jusque-là dans le délire, avait recouvré le plein usage de sa raison, dès qu'on l'eut étendu sur le lit de Maître François. Il se confessa, reçut le très saint Sacrement et, le même jour, sur le soir, il mourut. Maître François eut grande joie de cette fin. Du reste, on le voyait toujours content, et, quelque grandes quelles fussent, les souffrances n'altéraient pas sa joie.
11 se reposa quelques jours et, à peine convalescent, il reprit ses travaux.
Tandis que François et ses compa^^nons poursuivaient leur traversée vers l'Inde, de pieux personnajg'es, qui ne les connaissaient pas et ig-noraienl leur prochaine arrivée, leur préparaient, sans le savoir, un logement à Goa. Ecoutons le Père Sébastien Gonçalvez, qui vécut à Goa dès Tannée iSgS :
Le roi Jean avait envoyé à Goa, en i538, à titre de théologien-prédicateur salarié, pour y prêcher aux Portugais et aider à la conversion des Indiens, un pieux prêtre, précédemment religieux de Saint-François, mais délié de ses vœux par Bref apostolique : il s'appelait maître Diogo de Borba. 11 disait plus tard à PVançois de Xavier : « Les majordomes de Sainte-Foi ont fait la maison que je vois maintenant maison de la Compagnie de Jésus. Dieu nous excitait à la fonder, tandis qu'à Rome vous travailliez à fonder la Compagnie et qu'on vous nommait, avec maître Simon, pour venir dans l'Inde. 11 semble aussi que Dieu fit hiverner vos deux compagnons à Mozambique, afin que, en arrivant, ils trouvassent la maison prête à les recevoir, »
Mû d'un saint zèle, Dioço de Borba dit, un jour, en chaire : « Nous ferons un res^istre où seront inscrits tous ceux qui voudront aider les nouveaux convertis en se constituant leurs parrains^ afin que les çentils, voyant comment on leur fait honneur et comment on les protèjçe, soient plus excités à demander le saint baptême. »
Maître Diogo et d'autres, en particulier le bachelier Miçuel Vaz, vic^ire-çénéral de Tévêque Fray Juan de Albuquerque, Pedro Fernandez, auditeur içénéral (oiwidor geral)^ et Cosme Anes, notaire de la Matricule (escrwâo dn Matriculn)^ conférèrent pour organiser Fœuvre. Ils arrêtèrent d'en parler à Tévêque et au docteur Fernando Rodriçuez de Castellobranco, Inspecteur du Domaine (Veador de Fazenda) et gouverneur de l'Inde, en l'absence de Don Estevâo da Gama, qui était allé au détroit. Ils désiraient que la confrérie eût le titre de Santa-Fé et fût sous le patronage de saint Paul, docteur des çentils. Le dessein eut l'approbation de tous.
Le 24 avril io4i , dimanche de Quasimodo, dans l'église de Notre-Dame da Luz^ en présence de IVvéque, du Veador de fazenda^ de la noblesse et du peuple, Diogo de Borba fit un sermon sur la conversion de saint Paul, et invita tout le inonde à contribuer à l'œuvre, de leurs aumônes. Dans Féçlise Notre-Dame da Luz, un nommé Anrique de Meneses avait fondé une chapelle, qui existe encore, sous le vocable de la conversion de saint Paul : c'est celle du côté de l'épître. La fondation est d'une messe quotidienne. Quant à l'église même, elle est paroisse des chrétiens du pays.
On s'empressa de nommer quatre majordomes pour recueillir les offrandes : on choisit, entre les plus honorables, deux Portugais et deux chrétiens du pays. On devait y joindre deux protecteurs, qui seraient des plus puissants, comme VOuvidor gérai ^ ou VOuuidor de Goa, ou le Provedor
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mayor des défunts, etc. Le notaire de la Confrérie sérail aussi un personnage principal.
Les majordomes auraient de fort importantes charges : ils devraient travailler à empêcher la construction ou le relèT^ ment des pagodes; faire châtier les brahmes qui injurieraient les chrétiens; réprimer les scandales, Tinconduite des anciens chrétiens, qui détourneraient les païens du christ ianisme; obliger les païens à entretenir leurs parents devenus chrétiens; favoriser ces chrétiens dans leurs demandes et suppliques; leur venir en aide dans leurs nécessités spirituelles et corporelles; faire dire des messes pour les membres défunts de leurs familles; adopter leurs orphelins; procurer des offices aux chrétiens et en exclure les païens; alléfcr les impôts des premiers et alourdir ceux des autres. La fête de la (Confrérie serait le 25 janvier, conversion de saint Paul.
Bientôt les fondateurs, considérant que leur œuvre n'atteignait que Tîle de Goa et le voisinage, alors qu'il y avait les mêmes nécessités à Ceylan, à Malaca, à Maluco, où les prêtres manquaient pour administrer les sacrements aux nouveaux convertis et en convertir d'autres, décidèrent que Ton fonderait un collège [)areil à celui que le capitan Antonio Galvan avait fait à la forteresse de Ternatc, avec si grand profit pour les iles Mohicas, On y élèverait des garçons de diverses nations, Canaras, Paravas, Malayos, Chris, Bengalas, Chingalas, Pegus de Siam, Guzarates, Abexins, Cafres de Sofola et Mozambique et de Tîle Saint-Laurent, et d'autres pays. On n'en recevrait que de treize ans et au-dessus. Deux religieux auraient soin d'eux et leur enseigneraient la grammaire, les cas de conscience, et, par-<lessus tout, les formeraient aux bonnes mœurs et aux ministères de notre sainte Foi. On y donnerait les saints Ordres à ceux qui les désireraient et auraient les qualités requises. On résolut enfin de tout soumettre au gouverneur Estevao da Gama, dès son
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retour. JLe docleiir de Casiellobranco, en attendant, appliqua
à l'œuvre la rent€ des paç^odes de l'île, savoir, deux mille
ï Iranj^asbraças, qui font six cents xerafis (3oo rets le xera-
' fim)j pour l'entretien de trente t^coliers, la rc^paration de
' quelques ermitages et la constructirin du collèAje.
LVvéque approuva tout. Il permit de bâtir le collèj^e pro- ■ che de l'éf^lise de Notre-Dame-da-Luz, sièî^e de la Confrérie. , Là les écoliers assisteraient aux divins offices*. ] Mais les majordomes n'acceptèrent pas celte décision. Le ; site ne leur parut pas à propos, et l'honneur de la (lonfrérie r exis^eait plus d'indépendance. Ils proposèrent de hàtir dans la ' rue dite Cnrreiros dos Canalfos. On fut vite d'accord. Deux [ Pères de Saint-François seraient charijés de la direction spi- ^ rituelle et des classes.
l A cet endroit du compromis, à la marine, Cosme Anes écrivit depuis : « On n'a jamais exécuté cette clause et on ne le devra jamais faire, parce que les intentions des fondateurs sur ce point ont chancre. On détermina, comme chose plus convenable et à propos, que le soin de l'administration et t de renseignement dans cette maison serait confié aux reli-
^ I . Le lo janvier iBSy, Jean III demanda révèchc de Goa pour Fray Juan
* dé Albuquerque. Son ambassadeur à Home (Pedro de Sousa de Tavora) lui écrit, le 12 avril, en lui annont;anl la nomination : « (>uand je lui parlai de ^ a Fray Juan Albuqiierr|ue, le Pape se troubla un peu, parce qu'il a, plus « d*une fois, dit au cardinal Santiquatro de vous écrire que vous ne deviez i. « pas présenter des Frades pour des évêchés, ayant des Clerigos pour cela. » \ J'ai répondu que cet évêché étant si loin, on aurait peine à trouver un C/^- \ rigOy ayant les qualités requises, ({ui consentît à y aller. Le cardinal Santi- \ quatro a ajouté : « Saint-Père, ces Frade», i\\i\ ont déjà renoncé au monde ^ « pour l'amour de Dieu, c^est peu (|ue, pour l'amour de Lui, ils renoncent m aussi à leur pays; et cclui-i'i, qui est d'ailleurs capable, ira résider. » Le pape a été très content d'apprendre que Votre Altesse veut le faire partir saaa retard, et que lui n*a pas d'ambition, (]u'il ne désire pas les honneurs, 1^1 dî^itês... (Torre*do-Tomb., Corp. diphm., t. III.)
Fray Juan était Castillan d'origine, entré dans l'ordre de Saint-Fran(;ois en Portugal. (Sousa, I, p. 26.)
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gieux de TOrdre apostolique de Jésus {da Ordem aposiolica de Jesu)y comme on fait maintenant; et on devra le faire toujours. En foi de quoi , nous signons ici. »
L'acc.ord relatif à la translation de l'œuvre de Xotre-Dameda-Luz à Carreiro dos Caballos est daté du lo novembre i54t. La confirmation du gouverneur Estevao da Gama est du même jour.
Ainsi parle le Père Gonçalvez.
Un mois plus lard, le 24 décembre i54i, François, déjà arrivé à Mozambique, les majordomes de la confrérie da Converçao da jPe écrivent au Roi :
... Entre autres choses qui se sont établies ici pour le service de Dieu, et desquelles on attend de grands biens et de vraies merveilles de propagation de la Foi et de conversion des infidèles dans ces contrées, — fin pour laquelle V. A. en a ordonné la découverte et y appuie tout bien, — est la confrérie de la Conoersion à la Foi de Notre-Seifjneur Jésus- Christ, fondée en cette ville de Goa, la présente année i54i. Les commencements sont petits, et rien n'était encore écrit: les fruits cependant que Ton a déjà recueillis en garantissent de meilleurs. Et c'est pour cela que nous adressons à V. A. copie du compromis récemment accordé et écrit, etc.
On demande approbation royale; on désire obtenir du Pape des indulgences, etc.
La lettre porte les sig-natures de Miguel Vaz, de Gosrae Anes et de cinq autres '.
I. Torr, do T. y corp. chron., P. I, m. 71, d. 3i. — Sébastien Gonçalvez donne de lonçs et intéressants détails sur le collèi^e Sainte-Foi ' depuis sa fondation jusqu^au temps où lui-même y vécut dès la fin du seizième siècle. Nous noterons seulement avec lui que le collège ne fut
De Goa, le 20 septembre lo^a, François écrit eacore à saint Ignace et aux Pères de Rome, et il leur dît avec plus de détail tout ce qui s'est passé depuis le départ de Lisbonne jusqu'au jour présent. Nous n'omettrons que des faits peu notables :
i Partis de Lisbonne le 7 avril 1541, nous ne sommes arrivés
1^ à (Joa que le 6 mai i542 : nous avons mis plus (Vxiu an à faire
[ un voyaçe qui ordinairement se fait en six mois •. Nous
étions sur le vaisseau du Gouverneur, qui uous a toujours bien
honorablement traités, et il y a eu sermon tous les dimanches.
Je demeure très obliçé à Notre-Seiç^neur de m'avoir fait la
grâce de rencontrer, en traversant le royaume des poissons,
tant d'hommes à qui j'ai pu prêcher la vérité divine et admi-
maison de la Gompngnie qu'à dater de la mort de Dio|B^o de Borba, en i54B. Jusque-là, les Pères n'y eurent que le titre et la fonction d'aiiau'^ iiaires pour renseignement et la direction des 6cA)liers. Les Pères et Frères qui venaient de Portugal y étaient sans doute accueillis, logés, entretenus, maïs par la charité des majordomes. François n'y logea, pour In première fois, qu*au mois de décembre i543. Diogo Vy contraignit; mais François rejeta l'offre qui lui était faite de diriger la maison ; ce fut le P. Antonio Gomez qui l'accepta en i548.
t. A la veille de l'arrivée de François à Goa, cm était, à Lisbonne et ailleiirs, impatients d'avoir de ses nouvelles. De Lisbonne, l'étudiant Martin Pezano écrivait à saint Ignace : « Nous ne pourrons avoir aucune nouvelle « de Maître François avant le mois d'août \^t\'i\ aussiuH (jue nous en au- « rons, vous serez averti » {Epist, miœt.y 1, p. 93). On comptait sans l'arrêt forcé à Mozambique, qui doubla et au delà le temps du voyage. Pezano ajoute : « Quant à vos lettres, elles sont parties pour Tlnde. » Si donc François, plus d'une fois, eut à gémir de ne rien recevoir de son bien-aimé Père Ignace et de ses frères, ce ne fut pas que Ton négligeât de lui écrire. Beaucoup de lettres se perdaient.
nistrer le sacrement de pénitence; remède spirituel aussi nécessaire en mer que sur terre.
Nous avons hiverné six mois dans l'île de Mozambique, avec la multitude qui remplissait nos cinq grands vaisseaux. L'île a deux içrou[>es d'habitations : un où habitent des mahamétans amis, et l'autre muni de forteresse pour les Portugais. Nous avons eu bien des malades durant Thivernag-e : il en es( mort quatre-vingts. Nous les avons toujours assistés à l'hôpital. Paul et Mansilhas avaient soin spécial des corps et je m'occupais aussi des âmes ; je confessais et donnais la coiih munion incessamment, sans cependant pouvoir tout seul suffire à l'ouvraçe. Le dimanche, sermon, auquel le Gouverneur se trouvait. Souvent, j'avais à confesser hors de Thôpital ; le travail ne nous a donc pas manqué.
Le Gouverneur cependant, malade lui-même, avait hâte d'arriver à Goa, qui est à neuf cents lieues de Mozambique. Il décida que Paul et Mansilhas resteraient avec les malades et que je partirais avec lui; eux devaient quitter Mozambique au mois de septembre : je les attends d'un jour à Tautre.
Goa est une belle ville, i)euplée de chrétiens ; elle a une maj^nifique cathédrale et beaucoup d'autres églises, et un couvent de Franciscains. Les chanoines de la cathédrale et les religieux du couvent sont nombreux. Béni soit Dieu que le nom de Jésus-Christ soit ainsi glorifié sur une terre si lointaine et au milieu des infidèles.
La traversée de Mozambique à Goa a été de deux mois et un peu plus. Nous nous sommes arrêtés quelques jours seulement à Mélinde, ville maritime de mahométans amis. Il y a un cimetière pour les marchands portugais, avec des croix sur les tombes, et une autre grande croix de pierre a été dressée, |)roche de la ville, par les Portugais. Je ne saurais dire la joie que j'ai ressentie en voyant la croix triompher ainsi sur un sol des mahométans. Nous avons eu un mort sur le vaisseau :
nous lui avons fait, à Mélinde, de solennelles obsèqiiei, qui ont excité Tadmiration de ces infidèles...
De Mélinde, nous passâmes à Tfle de Socotora : elle est habitée par des chrétiens; mais ils ne le sont que de nom. fis honorent grandement saint Thomas, apôtre, et se cçlorifienl de descendre de ceux que l'Apc^tre fit chrétiens; et cependant >es Cacizes, comme ils disent, gens cpii leur tiennent lieu de prêtres, non seulement ne baptisent pas, mais i^-iiorent même Fexistence du baptême. Ils ne savent pas phis que les autres écrire ou lire ; ils n'ont même aucun livre. Je baptisai beaucoup d'enfants à Socotora, ce que les parents agréèrent de très bon cœur. Ils me suppliaient de demeurer avec eux, et je priai démon cAté le seigneur Gouverneur de me le permettre; mais i'fle étant exposée aux incursions des mahométans, il ne le voulut pas, et il m'assura que j'aurais ailleurs des chrétiens à qui mon secours et mes soins seraient autant ou plus nécessaires qu'aux habitants de Socotora.
Entre les enfants que je voulais baptiser s'en trouvèrent deux qui étaient, à mon insu, fils d'une mahométane; quand vint leur tour, ils s'enfuirent vers leur mère et se plaignirent à elle que j'eusse voulu les baptiser, et cette femme vint m'en faire des reproches. A quoi les chrétiens de Socotora réprmdirent en criant : « Ils sont indignes d'un si grand bien, et nous ne souflTririons pas qu'un seul mahométan se fit chrétien ! » C'est à ce point qu'ils les haïssent.
Partis de Mozambique à la fin de février, nous arrivâmes, comme je l'ai dit, a Goa le fi mai. Les cinq navires demeurés à Mozambique en partirent au mois de mars : quatre arrivèrent ; un, le plus grand et chargé de riches marchanriises, périt; l'équipage seul échappa.
' A Goa, je suis logé à l'hôpital : j'y administre les sacremeats de pëniteuce et d'eucharistie aux malades; puis, au dehors, si grand est le nmBbfff dr eewx f\m denriamtept à s«
208 FRANÇOIS A OOA (iS42l.
confesser que« fussé-je en dix endroits à la fois, les pénitents ne me manqueraient jamais.
Jusqu'à ces derniers jours, je me mettais à confesser, de bon matin , après les soins donnés aux malades ; après midi| ; j'allais aux prisons entendre les confessiofis générales des prisonniers, après leur avoir enseîçné la méthode * ; cela fiut, je me rendais â la chapelle de Notre-Dame, proche de rbdpital, et j'v enseii^ais les prières, le Credo, les commandements aux enfants : ils étaient souvent plus de trois cents. L'évèqoe a depuis étendu cet exercice à toutes les ^lises, où il se bit avec i^rand fruit et à la satisfaction de tout le monde.
Tant que j'ai vécu proche de la chapelle de Notre-Dame, jV faisais, le matin des dimanches et fêtes, une instruction au peuple ; dans l'après-dfner, j'v expliquais les articles du SvmiKife aux indij^ènes : la chapelle ne pouvait contenir la foule qui s'y rendait : je leur enseijg^nais aussi les prières. Je disais, ces jours-là, la messe à rhôpîtal des lépreux, qui est hors la ville; je les confessais et les communiais. Aucun, là, qui n'ail communié, et ils se sont bien aReclionnés à moi dès le premier jour.
Le (jouverneur m'envoie maintenant en un pays où il y a espérance de faire beaucoup de chrétiens. J'amène avec moi trois clercs indiî^èiies : deux sont sous-diacres; l'autre est dans les ordres mineurs; ils parlent la lan^^ue du pays, et assez bien le portu^-ais. Dès que Paul et Mansilhas arriveront, le Gouverneur me les enverra. On appelle ce pays le Cap de Comorin : il est à deux cents lieues d*ici. Dieu veuille, à votre
I. Ici, (ioiH;alvez note : « Cette façon d^as^ir plut tant au Gouverneur quf o lui ausHiy cha({ue semaine, allait une fois à Thôpital et une fois au Tronoo; « et Jean de Castro, après lui, fit de nu^me par mandement du Roi, qui avait V fort approuvé la pratique de Martin de Sousa. »
Le 7'rortcfj était la prin(:i[)ale prison de Goa, proche du palais du vice-roi. I/Inquisiteur et l'KvAque avaient aussi chacun une prison pour les déiin* quants relevant de leur juridiction respective.
prière, oublier mes péchés et me donner la grâce d'y faire du bien.
Je pars content : fatigues d'une longue navigation, prendre ftor soi les péchés d'autrui quand on a bien assez du poids des siens propres, séjourner au milieu des païens, subir les arvdeurs d'un soleil brillant, et tout cela pour Dieu, voilà sûrement de grandes consolations, matière de joies célestes; car enfin la vie bienheureuse pour les amis de la croix de Jésus- Christ c'est, ce me semble, une vie semée de telles croix. Fuir la Croix ou ne la point trouver, c'est pour eux une mort. Qui a une fois goûté Jésus-Christ ne sauriiit plus durement mourir que de vivre sans lui ou de s'éloigner de lui pour suivre ses passions. Non, non, croyez-moi, pas de croix qui se puisse comparer à celle-là ; et, au contraire, quel bonheur égal à celui de vivre en mourant chaque jour, en rompant nos volontés pour chercher et trouver non (juœ nostra sunt, sed quœ Jesu Christi?
Je vous en prie et supplie, pour l'amour de Dieu, mes très chers frères, parlez-moi dans vos lettres de tous ceux de la Compagnie. Je n'espère plus les revoir /«r/V? ad faciem en ce monde; que je les puisse donc voir, per œnigma^ dans vos lettres. Ne me frustrez pas de ce bien, quoique j'en sois indigne. Dieu vous a fait tels, que je suis en droit d'attendre et de recevoir de vous grande consolation.
Comment procéder avec les païens et les mahométans auxquels on m'envoie : c'est vous que je prie de me le faire savoir pour l'amour de Jésus-Christ. J'ai celte confiance que Dieu Notre-Seigneur me tracera par vous une voie facile par où je les ramènerai à la foi chrétienne. En attendant, je me tromperai; mais vos lettres, vos instructions me feront voir mes fautes, et j'espère les corriger ensuite. Jusque-là, j'espère aussi que les mérites et prières de la sainte Eglise et de tous ses membres vivants, desquels vous êtes, inclineront Jésus-Christ
Notre-^Seit^neur à user de moi, tout méchant serviteur que je suis, pour semer son Évançile sur cette terre infidèle. Il y aura là sujet de confusion pour ceux qui sont capables de ç^^randes choses, et encoura*^ement pour les autres. J'en suis témoin oculaire; il y a ici grande pénurie d'ouvriers : avec quelle joie je me ferais le serviteur de ceux qui y viendraient travailler à la vijy^ne du Seigneur !
Je m'arrête, priant Dieu de vouloir bien, par son infinie miséricorde, nous réunir un jour dans le ciel et nous donner, durant la vie présente, la ^rAce et la force de nous conformer en toutes choses à sa divine volonté.
Votre inutile frère en Jésus-Christ,
François.
Le même jour, 20 septembre, François écrit à saint Ig-nace seul; il lui dit, en substance :
On vient de fonder ici un collège : rien de plus nécessaire. Le Gouverneur favorise celte (puvre de tout son pouvoir : réiylise sera fort belle, on Tinaugurera Tété prochain; elle a deux fois la g-randeur de Té^^lise du collè^s^e de Sorbonne. Le collecte a du revenu pour cent écoliers, et l'on pense que ce revenu ira croissant. A voir les commencements, j'auççure que, d'ici à six ans, le collèiii'e aura trois cents élèves de diverses nations et lan^-ues. Le Gouverneur, dès qu'il sera déçajfé de ses ex[>édili()ns contre les païens, se change d'avancer les cons-' triictions : il attend de pareilles œuvres la bénédiction de Dieu sur ses armes. Je vous supplie, pour l'amour de Jésus-Christ et sa s^loire, de recommander à Dieu dans vos prières Martin de Sousa et de faire (pie tous ceux de la Compag-nie prient^ afin qu'il ail d'En-FIaut la sa^'essc et la force requises au bon (gouvernement de ces immenses pays de l'Inde, et que sic tntnxeaf per hona temporaliit nf non nmitiat œterna. Il me*
^^'nlile que c'est là me recoininander inoi-iiième à vous, car '^s qualités et mérites de Martin de Sousa m'ont tout entier <^oncjuis, et si (ce qu'à Dieu ne plaise) j'oubliais jamais ce que J^- 'ui dois, je me croirais di§;ne des plus çrands châtiments, ^^rilau Roi d'aj^ir auprès du Souverain-Pontife pour que des ^^times de la Compat^nie viennent promouvoir cette œuvre. "^ coUèçe est dit par quelques-uns : De la conversion de ^^^int Paul ; par d'autres : De la sainte Foi : ce dernier litre, '^ Tnon avis, lui convient mieux, vu son objet. Je ne saurais exprimer à quel point le Gouverneur estime l'Institut de la Compagnie et quel est son zèle pour le collège. 11 dit : « A îiioi de le bâtir, au P. lo^nace de nous donner des hommes de la Com[>ai»"nie, excellents maîtres de ces enfimts qui, bien instruits, iront ensuite répandre la boime doctrine dans leurs divers pays.
Le Gouverneur désire vivement que l'autel principal de Féçlise du collèi^e soit priinlégiê, et que, dans le diph'une de concession de cette faveur, il y soit mis deux conditions : la première, que le prêtre célèbre «gratis, et la seconde, que ceux qui font célébrer la messe pour le défunt à délivrer du Puri^atoire se confessent et conununient.
Vn Franciscain, Dioii^o de Borba, instruit, en ce moment, soixante de ces enfants indit^ènes : ils passeront au collèi^^e, l'été prochain. La [ilupart savent lire; plusicMirs écrivent et sont assez prêts à étudier la «grammaire.
Le Gouverneur désire obtenir de vous un Père capable de prêclier et aussi d'exposer aux prêtres l'Ecriture sainte et la doctrine des sacrements : tels, en effet, viennent ici sans ft^rande instruction. Le Père les exhorterait en même tenq)s à bien vivre, et cela, plus par ses exenq)les (pie par des paroles. Les autres Pères envoyés, il les souhaite aptes à entendre les confessions-, à administrer les sacrements et travailler auprès des païens de l'fle de Goa : il attend donc trois prêtres et un
professeur de belles-lettres; je crois même qu'il écrit au Roi d'en demander quatre au Souverain-Pontife. Il joint à cela la demande des indulgences dont j'insère le catalogue dans la présente lettre : les Pères qui viendront pourraient en apporter les Brefs, et il en résultera un jg^rand bien. Je n'ai pas vu de peuple qui, plus que les Portugais, apprécie ces faveurs romaines; elles attireront ici bien dt^s âmes à la fréquentation des sacrements.
Le Gouverneur, je crois, vous écrit; sans vous avoir jamais vu, il vous aime beaucoup. Répondez-lui, je vous prie, et envoyez-lui deux chapelets indulgenciés, un pour lui, Pautre pour sa femme : il estimera fort ce don, et à cause des indulgences, et parce qu'il lui viendra de vous. Il désire aussi que vous lui obteniez du Souverain-Pontife, pour lui, sa femme et ses enfants, la grâce de gagner, chaque fois qu'ils se confesseront et communieront, les indulgences des sept stations de Rome. Lui obtenir ces choses, ce sera vous l'obliçer beaucoup et lui persuader que j'ai auprès de vous quelque pouvoir.
Je finis, priant Jésus-Christ Notre-Seigneur de vouloir bien, par son infinie miséricorde, nous réimir au ciel après nous avoir unis sur la terre.
Votre fils en Jésus-Christ,
François.
Le Gouverneur sollicitail des faveurs qu'il est utile de résumer, d'après le calalog*ue commenté que François en donne :
La première est une induljgence plénière pour le jour de la fcMe do saint Thomas. Le carême, aux Indes, quels qu'en soient le point de départ et la limite (de la mi-février au 25 avril), est toujours dans la saison d'été : il est donc alors difficile d'avoir les
g-ens pour le devoir pascal; la Sainl-Tliomas serait occasion de le faire remplir à ceux qui l'auraient négfligé au temps du carême.
Indulg'cnce plénière dans les hôpitaux, aux malades et à ceux qui les servent, chaque fois qu'ils communieront et, de plus, à l'heure de la mort : ce sera promouvoir la fréquente communion des malades et encourag-er les autres à les servir.
Indulgence plénière .en chacun des jours où l'on célébrera la fête solennelle des divers sanctuaires de Notre-Dame vénérés dans l'île. La condition sera de visiter ces sanctuaires après avoir communié. Ces fêtes rendront plus facile l'accomplissement du devoir pascal et seront pour plusieurs occasion de communier fréquemment.
Il y a, à Goa et dans tous les centres portugais de l'Inde, des groupes de pieux fidèles qui se dévouent à l'assistance des pauvres indigènes, chrétiens anciens ou nouveaux. Ce sera les encourager que leur obtenir, et à leurs femmes, indulgence plénière à chaque communion et à l'heure de la mort. On donne à ces pieux et charitables associés le nom de Confrères de la Miséricorde.
Les Portugais ont sur le littoral des résidences, appelées ybr/ere55t'5, où ils vivent en famille, et ces forteresses sont très éloignées de (joa : Moluco TPernate, dans la Moluque, de ce nom; est à mille lieues; Malaca, à cinq cents lieues; Ormuz, à quatre cents lieues; Diu, à trois cents lieues; Mozambique, à neuf cents lieues; Sofala, à douze cents. Dans chacune de ces forteresses, Tévéque de (ioa a un vicaire; le Pape
sera prié d'autoriser TEvêque à déléguer ses vicaires pour y donner la confirmation.
Du cap de Comorin parlent les montagnes de Gâte, qui traversent toute Flnde, du sud au nord, et en divisent les climats, de telle sorte qu'il y a, en même temps, durant six mois, l'été sur un versant et l'hiver (ou saison des pluies et tempêtes) sur l'autre; la période mitoyenne est celle des mois de juin et juillel: alors, la chaleur, d'un côté, n'est pas excessive, el, die l'autre, l'état de la mer ne permet pas de beaucoup naviguer; pour ces deux raisons, un grad nombre qui la violent observeraient la loi du jeûne, 1 si le Souverain-Pontife transférait le carême à la i période de juin et juillet.
Telles étaient les faveurs que Martin de Sousa faisait solliciter à Rome.
Avant d'accompagner François à Comorin, nous noterons ici, avec Sébastien Gonçalvez, que le Saint ne dit pas tout le bien qui fut opéré à Goa, par son ministère, de mai à octobre i542 :
A peine débarqué, il conquérait par son humilité le cœur de l'Evèque : ay^enouillé aux pieds de Fray Juan de Albuquerque, Fran(;ois lui remit le Bref qui l'instituait Nonce du Pape et lui en conférait les pouvoirs : « J'en userai, dit-il, quand et comme il plaira à V. S., pas davantage, w A quoi TEvêque répondit : « Usez de tous les pouvoirs que vous a donnés Sa Sainteté. »
A l'hôpital de Goa comme à Mozambique, François s'étendait, la nuit, proche du malade le plus en danger, afin de lui venir plus promptement en aide. Il allait, le jour, de porte en porte, mendiant pour les prisonniers, les lépreux,
les pauvres, et il remédia à l)eaucoup de misères, car les riches ne manquaient pas, et François, de bonne heure, se concilia leur amitié. 11 leur disait : « Faisons l'aumône : ce sera l'expiation de nos péchés; » et cette exhortation indirecte à la pénitence servit beaucoup à préparer le retour des pécheurs à Dieu. Le mal, à Goa, était extrême. De là, quelqu'un, au commencement de l'année iJj^'ij avait écrit au Roi : « Quel besoin de réforme...! Qui se confesserait, à Goa, hors le temps de carême serait qualifié d'hypocrite; les chefs de maison déshonorent leurs esclaves; ils vendent à d'autres l'honneur de celles qu'ils n'ont pas déshonorées eux-mêmes; pas de crime qui soit puni, quehpie étabh qu'il soit en justice, si l'on possède assez d'ariçent pour payer l'impunité. Mores et païens n'ont qu'à donner de l'or, et il leur est permis d'opprimer, à leur guise, même les nouveaux chrétiens. A ceux-ci, aucune faveur; aux riches infidèles les [)lus importantes charges. Aussi, les bormes âmes qui voudraient embrasser le christianisme en scmt-elles détournées, et par le spectacle de la scandaleuse vie des Portugais, et par la défaveur à laquelle semblent condamnés les nouveaux chrétiens... » Or, avant la fin de cette année même i542, bien que le mal y fût grand encore, (ioa paraissait bien changé, grâce au zèle de François. Déjà même, bon nombre d'âmes y marchaient dans une voie de perfection, et François les y soutenait en les exerçant à méditer, suivant la méthode que saint Ignace appelle le premier mode d' oraison^ (pii consiste à s'examiner sur les commandements de Dieu, les commandements de l'Eglise, efc.
Tout dans la conduite de Maftre François édifiait; en particulier, son mépris pour la mondanité. En arrivant, il pria le majordome de l'hôpital de lui faire aumône d'une soutane sans manches (loha), pareille à celle des prêtres du pays : on lui en ottrit une de cumelot assez grossier; il la trouva trop
belle, et ne raccepla pas, bien qu'on lui dît que les prèlr« n'en portaient pas d'étoffe moins bonne. On lui en fil donc tailler une de teada noire : la teada est une étoffe de pur fil de coton. Cette simple loba^ sans ceinture (solta), fat longtemps le vt^tement de nos premiers Pères de l'Inde. Quaiui les clercs du pays prirent la soutane d'Europe (ronpeia) et le manteau, nous fîmes comme eux, suivant les Constitutions.
Maître François mendiait ainsi une chemise, des souliers, etc., quand ce qu'il portait ne pouvait absolument plus serA'ir. Le majordome, voyant sa chaussure toute rompue, lui offrit des i souliers neufs. 11 répondit : « Attendons, ceux-ci peuvent encore servir. » Une loba de coton était vite usée; à rejrrel Maître François abandonnait la vieille. Un de ses dévots, François Payva, racontait que, pour lui tirer la première, il fallut la lui dérober et laisser dans sa chambre la neuve qui la devait remplacer. François la mit, sans remarquer le changement, et, le jour même, invité chez Peyva, avec d'autres amis, informés du tour qu'on lui avait joué, il entendit les convives lui faire compliment sur sa belle soutane {agabar o saio) et demander de qui lui venait ce cadeau. Maître François palpa la soutane et demeura un bon moment troublé, interdit (sobresaltado)^ comme s'il eût été pris en flas^rant délit de vol.
Le çrand labeur de Maître François, durant ces premiers mois, fut renseignement de la doctrine chrétienne. Il allait par les rues, une clochette en main, criant : « Fieis christaos, aniigos de Jesu C/irisfo, mandai uossos Jîlhos e Jtlhas, «crauos e escravas a santa doctrina^ por amor de Deos ! » A cet appel, accourait une multitude de gens de toute condition : il les rangeait en files et les menait à l'église dite du Rosaire. Là, tout ce qu'il faisait ravissait les auditeurs et spectateurs : élevaii-il les yeux au ciel, il y élevait les âmes. Faisant le signe de la croix, il en disait à haute voix les paroles, et cela
M dévolemcnt, que le peuple, les enfants surtout faisaient atussitôt comme lui. A ceux-ci il enseii^nait des cantiques résumant la doctrine, et il la fixait ainsi dans leur mémoire. Puis, les bras étendus ou élevés vers le ciel, il entonnait une sorte de litanie, dont chaque verset fornnilait très brièvement un objet, un point de Tenscii^nement de l'Eiflise, et le répons chanté qui suivait exprimait un acte de foi. Maître François achevait Texercice par l'explication d'un article du symbole ou d'un commandement. Dans cette explication, Maftre François s'accommodait à l'intelliçence des derniers de ses auditeurs, n'usant que d'une sorte de patois portugais, la seule lansfue que pussent entendre h»s chrétiens du pays.
Le catéchisme composé par Maître François fut imprimé au collège Saint-Paul de Goa, en iGoy. On y retrouve le cri d'appel : Fieis christaos, etc. y et il est à noter que, dans le texte du symbole, Maître François, avant chacun des articles, fait redire le mot : creio. Je crois. — Je crois en Dieu le Père tout-puissant, etc.; je crois en Jésus-Christ, son fils unique, etc.
Gonçalvez dit ailleurs que François composa ce catéchisme à Ternate, où il attendait le passage du vaisseau qui devait le ramener à Malaca^ au mois de juillet i547.
Depuis, ajoute Gonçalvez, à Goa, à Lisbonne, dans nos ^is^lises, l'exercice de la Doctrine chrétienne est des plus flonssants : Fhonneur en revient surtout au Père Maître Francis.
Tandis que François allait déjà à grands pas dans sa belle carrière, que faisaient les siens en Navarre?
A Xavier, Mig-uel poursuivait ses luttes pour reconquérir les droits et les biens des aïeux. Son dernier procès est avec un habitant de Sangfuessa. Miguel expose ainsi son grief au Conseil du roi :
Mes prédécesseurs, seiçneurs du lieu et du palacio de Xavier, oui eu la possession d'une chapelle, sous l'invocation de saint Valentin, dans Téglise San Salvador de la ville de Saiift^uessa. L'autel était décoré d'un rétable que fit faire un de mes prédécesseurs, sei<j^neur de Xavier, don Rodriço de Aznariz. Sur ce retable étaient sculptées les armes de la maison de Xavier, ([ui sont : una média luna de argent, escacada con sable o negro, en campo Colorado : ce qui montrait que le rétable, Tautel et la chapelle étaient du palacio et des seigneurs de Xavier. Or, le nommé Martin de Sarramiana, verinu de San^'uessa, en mon absence, et pour me faire injure, est allé, durant le mois de mars de Tannée passée iSSy, tirer de la chapelle ledit rétable et l(»s armes qu'il porte, et il a fait mettre à la place un retable en son nom.
Sur le vieux rétable, on lisait ces mots gravés : Aqai jaze sepnltado el rnuy noble Senor Don Bo" driyo Acnaric, raba/lero, Senor de Xabierr,
Miguel ne vécut pas assez pour voir la fin du procès, et au lendemain de sa mort, le 9 février i542, sa veuve, doua Isabel de Goni y de Peralta, comme
tutrice des deux enfants d'elle et du défunt, viendra, accompagnée de don Miguel de Goni, son frère, et du capitan Juan de Azpilcueta, se plaindre aux juges de Pampelune d'autres violations des droits de la casa de Xavier, à Sanguessa. Les accusés, cette fois, sont les administrateurs de Téglise Santiago,
Ailleurs encore, on travaillait à s'enrichir aux dépens des Xavier. Miguel avait cédé à Valentin de Jassu, en i53i, des rentes toujours payées jusque-là. Les débiteurs contestent le droit certain du seigneur de Xavier, et Miguel doit plaider pour garantir à Valentin de Jassu l'exécution de l'acte de i53i. Les témoins viennent nombreux, et ils prouvent l'injustice des habitants de Gizur :
Je sais, dit Thuissier du Conseil royal, Martin de Vergara, je sais que les habitants de Cizur sont pecheros du seigneur de Xavier. J'étais, il y a vingt-neuf ans, donnestique (moço) du docteur de Jassu, et je vis, tous les ans, les habitants de Cizur lui payer les cahlses de froment qu'ils lui devaient.
Miguel mourra sans voir ses droits reconnus; il mourra à l'âge où l'homme est, d'ordinaire, le plus attaché à la vie, et à l'heure où sa compagne et ses jeunes enfants avaient le plus besoin de son aide. Au cours même du procès de Gizur, et à la veille de quitter ce monde, Miguel, interrogé sur son âge, répondra, le 19 juillet i54i : << J'ai environ quarantes^pt ans. )>
Mais le frère aîné de Francisco mourait, après avoir toujours chrétiennement vécu, et la mort le
surprit occupé à réclamer en justice, comme héritage meilleur des Xavier, un vieux rétable d'autel, que l'adversaire, pour essayer de se défendre, appréciait ainsi : « Il est très vieux et ruiné; on peut le voira la sacristie où il a été déposé; il ne vaut pas deux ducats. )>
C'était le retable d'un patron des aïeux, devenu le patron aimé des générations nouvelles : le second KIs du justicia de Pampelune fut, au baptême, appelé Valentin,
Ce meilleur des fils de Pedro de Jassu voyait, d'un jour à l'autre, g-randir sa fortune. A l'heure où François méditait Texécution de ses projets apostoliques, la confiance des Pampelunois remettait entre les mains du capitan Valentin des œuvres fort étrangères à son ancien métier, comme, par exemple, l'administration des fonds destinés à la construction de l'hôtel de la Chancellerie du royaume et la haute surveillance des travaux. Le soin des affaires puhliques n'empêchait pas, d'ailleurs, Valentin de s'occuper des siennes : chaque année amène de nouvelles acquisitions, et tandis que François navig'uait entre Socotora et Goa, Valentin de Jassu, le 26 mars 10/12, achetait à Calalina de Espinal, veuve Aoiz, et à Juan son fils, leui' maison de la rue de la Calde^ reria.
A Olloqui, Margarila de Jassu vieillissait, attristée par la conduite du capitan Juan, son fils aîné, toujours exilé volontaire en Béarn ou en France; et,
LA PARENTÉ DE FRANljOIS (1513^, "^^l
au pa/acio même, son second HIs Franoes IrtMihlail la paix de la famille par ses prétenti(Mis h un Ih^^itag-e que l'aîné, il est vrai, ne méritait nfu^re et que ne mériteraient pas davantaj^e les (ils de la Miranda.
A Veyre, Mig'uel de Ezpelela, le (ils aîné de Ana de Jassu, neveu de François, se montrait tout h fait digne de sa mère. Pour ne sijurnaler (pie deux faitN de l'an 15/42, on le vit, h cetle date des preniierK exploits apostoliques de son saint onele, vaillant soldat, à la fois, et ardent chrétien. Le réfutent de la t/iesoreria f/eneral i\\\ royaume dira plus fard :
Je sais, av«*c n^rlîtiul**, qiM* MIétih*! di* \vA\H*U*Ui ii tn*« liji'ii servi Sa Majesté, dans (outifs Ufs iH*cii%\im% i|ii<' lui ifii ont donné les vice-rois. Ainsi, i*u iTi^i'^, lorM|iM' 1^ vir^vroj d'alors, Juan de \>fira. se jutr'^a eu [#érjl d'éln* pfi><'tiaiii^iiii'nf assiégé dans PanifH-liine. Miûm^l d** VyA\H*\eiH fui un t\** i'i*ux qu'il charffea d#* présider aux |#fvé#*h de ôreiih d<' jfu-trr*'; ;<veititre de rapitiin : de quoi il s'af-quitt^i av*^- un />'!<' H uo<' fidélité admirahle*:: j'en ai «i l**i* preu^**^ d;<*o> U*^ tuaiin^ aux archives loéoie* d*^ viie^oi*^.
Le cu!t<e de ^aînt Mi^WJ ^^lait p^iii^M^ d*? Xi*^W i Veyre avec Au^ df* J<i«!.teij- el »>'>îi ^Jij^^ M^Vu^l, i*^ 18 mai j5!|V-. ^u J^Tid^'fJi^ifj d*' J'^rnvé>» d** Vr^u^Ah a Gc>a, eTitrepT-euiiil. d<»îJl^ JVyJiM* d^ S^ijj MiUiifj^
patrc^ij d** lu iui*i>ï»'.»r: d** >4» iii*'i>*.
La luèiue i<ij»i»t*- 'jt.ii \ojf !♦• d^'ptir* p'.»'jf l^ <i*-j d*-
222 LA PARKNTK DK FRANÇOIS (1542). .
être pour parrain le futur Apôlre des Indes, son | oncle. Mariée, en i538, à Bernaldino de Baquedano, | elle avait suivi son mari à Eslella. C'est là qu'elle j fait son leslamenl, le 18 janvier 1642. François était ] alors au chevet des mourants de Mozann bique. Un ! des témoins du testament fut le capitan Juan de Azpilcueta^ frère du saint. Quatre ans auparavant, ] il avait signé, avec le seig^neur de Xavier, leur aîné, le contratde mariage de Francisca. Juan n'avait alors . que bonheur à Obanos; mais la mort de Mig-uel, le , départ de François, le testament de Francisca durent : être pour lui des leçons bien comprises de mépris du monde.
Une autre leçon non moins pénétrante lui vint de ' Béarn, avec l'annonce de la mort de Juan, fils aîné du jasficia de Pampelune.
Ecoutons un chanoine de la cathédrale d'Olorou, vénérable Mossen Berthomieu de Luger :
•Fai connu Juan de Jassu {>arce que j'halntais, en juillet 1542, dans la maison du chanoine Mossen Gracian d'Ezcurre, où ledit Juan de Jassu arriva eu ce temps, venant du côté de Saint-Palais. A peiue arrivé il tomba malade, et Mossen Gracian d'Ezcurre, obligé de se rendre à Pau, confia le malade et sa maison à mes soins et à ceux du chanoine Mossen Guillem de Motta. Nous lui donnâmes, en effet, les secours que son mal exi{çeait et nous lui fîmes aussi administrer les sacrements. Il se confessa à Mossen Juan de Miranda, hénéficier de la cathédrale. Je fus ol)liif<5 ensuite de m'éloig-ner d'Olorou. Quand je revins, deux ou (rois jours après, je trouvai Juan de Jassu encore vivant; mais il vécut, depuis, fort peu de jours. J'assistai à sa mort et à sa sépulture. Il paraissait
âî^é de rIiu|iiaiUe A soixante ans : c'était un homme de taille moyenne, bien fait, bien déronpié.
Jiian laissait héritic^re Maria, unique fille survivante de Maria Ferez de Herice. Elle était alors mariée à un Juan de Ezparça, hoticario de Pampelune. Le capitan Valenlin Pavait dotée.
A la dernière heure, Juan se réconcilia avec Dieu. Quand ce cousin j^fermain de François mourait ainsi, sous' le loit d'un prêtre, et entouré des soins, assisté des exhortations et des prières de tant d'autres prêtres, TApôtre des Indes venait de débarquer à Goa. Jour et nuit déjà, il s'y épuisait de labeur pour détourner et préserver de l'enfer des âmes qui lui étaient plus étrangères qu'aux chanoines d'Oloron l'âme du Navarrais Juan de Jassu. Dieu le voyait : pour sauver des étrangers, François avait paru abandonner les siens. La justice et l'amour de Dieu s'en souvinrent à Oloron, et Juan de Jassu fut sauvé; mais la sévérité n'est point absente, ici même, où se manifeste si clairement la miséricorde. Qw\ donc eilt jamais pu prévoir que le second et dernier héritier du majorât, fondé à Pampelune j)ar Arnall Periz de Jassu et Guillerma de Atondo, serait le Juan de Jassu de Catestins?
La chute était déjà lamentable, et nous verrons la descendance de Juan tomber plus bas encore.
A Barasoain, les Azpilcueta montaient : ils allaient se rapprocher, en la personne d'un autre des leurs, des hautes régions où planaient le docteur Navarro et François de Xavier.
Juanes, frère du docteur, avait épousé, en 1620, Maria Sébastian , fille du seigneur du palacio de Munarizqueta. Il eurent trois enfants qui, orphelins de bonne heure, furent adoptés par le docteur. Juan, l'aîné, âgé de vingt et un ans, vint à Goïmbre, en 1542, étudier auprès de son oncle. Encore trois ans, et la lecture des lettres de François aura allumé dans son cœur le feu de l'apostolat : il laissera le palacio de Munarizqueta à son frère Esteban, entrera au noviciat de Goïmbre, et, peu après, il ira conquérir, avec Emmanuel de Nobrega, le titre d'apôtre du Brésil. Son biographe écrira un jour : « Les Portugais qui connurent François de Xavier aux Indes orientales, et qui furent ensuite, au Brésil, témoins des œuvres du Père Juan de Azpilcueta, disaient : (( C'est donc aux Navarrais que Dieu a réservé la (( conversion des deux Indes! » Mieux instruit du lien de sang qui unissait François de Xavier, Juan de Azpilcueta et le docteur Navarro, le Père de Nobrega écrit du Brésil, le 10 août i549, au docteur, pour lui exposer les prodiges que la grâce opérait au milieu de peuplades encore sauvages, et il ajoute :
La plupart de ces merveilles ont, après Dieu, pour auteur le Père Juan; et il semble, en vérilé, que faire grandement du bien aux âmes esl une nierced^ dont il a plu à Xotre-Seij^neur de favoriser, entre lous, les Azpilcueta : à vous, parmi les peuples chrétiens; à Maître François, dans les Indes, et à Juan, votre neveu, sur ces terres du Brésil.