‹ Saint François de XavierChapitre 35 sur 84 · I. Vie de Jean de Castro, cdil. de i835, pp · texte numérisé non relu

I. Vie de Jean de Castro, cdil. de i835, pp

290 l'évangile a geylan (1541-1546).

Elles furent par lui confiées au vicaire général Miguel Vaz, qui se rendait à la cour de Lisbonne pour exposer, de vive voix, au Roi les niisères de l'Inde. Dispensé de le faire lui-même, François se contente de rappeler à Jean III que Dieu lui a donné ces terres lointaines, non pas tant pour enrichir le trésor royal, que pour étendre le royaume de Jésus- Christ. Miguel Vaz lui dira ce qu'il est à propos de faire pour atteindre un si noble but : il importe surtout que le Roi ne se contente pas de recommander à ses gouverneurs et autres officiers de bien agir, mais qu'il les châtie, au besoin; sans cela, on n'obtiendra rien, et le Roi, à l'heure de son jugement, entendra Jésus-Christ lui reprocher de n'avoir su que parler ou écrire là où il fallait frapper.

François supplie le Roi de laisser Miguel Vaz retourner au plus vite dans l'Inde, où cet homme, aussi intrépide que pieux, est nécessaire k tous et & l'Evêque lui-même.

Il prie le Roi d'encourager Cosme Anes dans l'œuvre du collège de Sainte-Foi, et Fray Vicentc dans celle du collège de Cranganor. Il lui dit que Jafanapalam et la côte de Coulam pourraient, avant un an, donner cent mille chrétiens; il regrette que l'amitié de Jean III n'ait pas encore amolli le cœur du roi de Ceylan ; enfin, il demande que l'on envoie aux Indes beaucoup d'ouvriers de la Compagnie : plusieurs seraient maintenant nécessaires à Malaca et dans les régions d'alentour.

LES MARTYRS DE MANAR ( 1 544-1 54Ôj. 291

Aux Pères de Rome, François écrit :

La içràce et Tamour de Jésus-Christ Notre-Sei^neur, etc. Dieu Notre-Seiçneur sait combien plus mou àme se conso lerait à vous voir qu'à vous écrire ces lettres, dont le sort est si incertain, attendu la grande distance qu'il y a de ces pays à Rome. Et cependant, puisque Dieu Notre-Seigneur nous a ainsi séparés par de si |»-rands espaces, n'oublions pas qu'étant si unis par la charité et la conformité d'esprit, ces distances matérielles ne sauraient (si je ne me trompe) amener ni froideur (desamor)^ ni indifférence, vu surtout que nous nous aimons en Notre-Seigneur. Quant aux souvenirs du passé, où Jésus-Christ est mêlé comme objet principal, la mémoire nous les remet sous les yeux aussi vivants que les faits mêmes qu'ils rappellent.

Pour moi, qui ai continuellement présents à l'esprit tous ceux de la Compagnie de Jésus, je vois dans ce souvenir plus votre ouvrage que le mien : c'est vous qui, par la continuité jl de vos bienfaits, la continuité des dévotes prières cpie vous faites pour moi, triste pécheur {triste peccador), produisez cette incessante mémoire de vous-même ; c'est vous, mes très chers et uniques (unicos) frères en Jésus-Christ, (|ui Timprimez, dans mon cœur ce continuel souvenir; et ceci m'oblige de reconnaître que si je vous dois de me souvenir grandement de vous, le souvenir que vous avez de moi est plus jg-rand encore. Je prie Dieu Notre-Seigneur de vous en récompenser, car je ne saurais moi-même autrement acquitter ma dette qu'en me confessant impuissant à la payer : il me demeure donc imprimée dans l'âme la grande obligation que j'ai à tous les membres de la Compagnie.

Sachez, comme nouvelle de ces pays de l'Inde, que Notre- Seiçneur, en un royaume où je réside, a déterminé une multitude à se faire chrétiens ; c'est à tel point, que j'ai, dans l'es-

292 LKS MARTYRS DE MANAR (1544-1545).

pace d'un mois, baptisé plus de dix mille personnes. Voici comme je procédais : en arrivant dans la localité donl les habitants m'appelaient pour que je les fisse chrétiens, je réunissais en un même lieu tous les hommes et tous les enfants; là, je les faisais se signer à trois reprises, invoquer le Père, le Fils et le Saint-Esprit , et confesser un seul Dieu. Il y a deux ans, je traduisis en leur langue le Confiteor^ le Credo, les Commandements, le Pater noster, VAoe Maria et le Salve Regina. Revèlu d'un surplis, je commence donc, sachant par cœur ces prières, à les réciter dans Tordre où je viens de les énumérer, et à mesure que j'en dis les paroles, tous, grands et petits, à haute voix, les répètent. Cela fait, je récite une explication, en leur langue, des articles du Symbole et des Commandements; puis, à haute voix encore et en présence de ceux des païens qui n'ont pas encore voulu venir à la Foi, tous, aidés par moi, demandent à Dieu pardon des péchés de leur vie païenne, acte qui console les pénitents et donne aux autres une salutaire confusion. Les païens, en effet, alors même que, connaissant la vérité, ils refusent de la suivre, demeurent saisis d'admiration devant l'exposé de la loi chrétienne, et ils rougissent de vivre comme qui ignorerait Texistence même de Dieu.

Après cela, vient une exhortation, laquelle achevée, je récite un à un, avec intervalles, les articles de la Foi, et, à chaque article, je demande à tous les assistants, à haute voix, s'ils le croient : eux, les bras posés en croix sur la poitrine, répondent que oui ; alors, je les baptise, et à chaque baptisé je remets son nom écrit.

\ji\^ fois baptisés, les honmies s'en vont à leur maison, cl ils envoient les femmes et les filles, que je baptise de la même façon.

Quand ils sont ainsi tous chrétiens, je leur fais démolir les édifices où ils tenaient leurs idoles et mettre en • pièces ces

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