‹ Saint François de XavierChapitre 41 sur 84 · Aj'uda, ms. LeUres des Indes · texte numérisé non relu

Aj'uda, ms. LeUres des Indes

FRANÇOIS A MÉUAPOUR (1545). 309

de Sainl-Thomas, apôtre, attesté et certifie qu'il est vrai que le Père Maître François (Dieu a son âme), avant d'aller vers la Chine pour la première fois, résida, l'espace de trois oïl quatre mois, dans cette ville de San-Thomé. Durant tout ce temps, il fut logé dans ma propre maison, et il y eut le vivre comme le couvert. Je dus à cela le bonheur de m'entretenii* souvent avec lui et de jouir de sa grande amitié.

Je le vis toujours fort adonné à la méditation et contemplalion; il ne parlait que de choses spirituelles. Il se montrait grandement obéissant aux prélats de TÉglise, exécutant toutes leurs volontés en ce qui regardait le service de Dieu. Ses enseignements et sa sainte vie produisirent un grand bien dans la ville et y avancèrent beaucoup le service de Notre- Seigneur Jésus-Christ; il retira bien des âmes du péché mortel, particulièrement en mariant ceux qui vivaient dans lé désordre. Il mit la tranquillité dans le pays et y établit la crainte de Dieu. Quasi tout le peuple le suivait, attiré par lé spectacle de sa vertueuse vie, et il est certain, j'en suis témoin, que Maître François, dans tout le détail de sa vie, prenait pour modèles les saints Apôtres.

Une de ses coutumes était de sortir, quasi toutes les nuits, de ma maison (et bien souvent je ne m'en aperçus pas) pour aller, en traversant le jardin, à la casa du Bienheureux apôtre saint Thomas, et là, se retirer en un réduit où l'on déposait la cire destinée à brûler devant l'image de Notre-Dame. A ce que j'ai compris, sans qu'il me l'ait dit, s'il aimait à se rendre en cet endroit retiré, c'était pour y faire oraison et se flageller. Je lui dis un jour : « Père Maître François, n'allez pas seul en cet endroit : c'est un nid de diables; ils vous battront. » Lui riait, et cependant il amenait un Malavar, homme simple, qui vivait avec lui, et ce garçon demeurait couché près de la porte. Or, une nuit, le Père Maître François étant dans le réduit, en oraison, il se mit à crier : « Notre Dame,

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ne viendrez-vous pas à mon aide?» et il cria ainsi bien des fois. Le garçon, réveillé par ces cris, entendit qu'on donnait des coups, sans comprendre qui frappait, et cela dura un bon temps. Le bruit finit, et Maître François retourna au lit sans que je m'en aperçusse; mais il ne vint pas aux matines, ainsi qu'il faisait toujours, s'y tenant, jusqu'à la fin, ag-enouillé devant Tautel de saint Thomas.

Les matines achevées, j'allai le trouver; il était couché. Vous souffrez? lui demandai-je. Il répondit : « Mon Père, je me sens mal. » Le garçon malavar était présent; il sortit avec moi et me raconta ce qui s'était passé. Je le racontai, à mon tour, au Père Maître François, et j'ajoutai : « Ne vous avais-je pas dit de ne pas aller à San-Thomé, de nuit? » Il se mit à sourire. Il fut ainsi deux jours malade, mais sans rien me faire connaître; seulement, quand nous nous levions de table, je lui disais, par forme de badinaçe, répétant ses propres paroles de la nuit : « Quoi, Seilora, vous ne me viendrez pas en aide? » Et lui souriait, en rouçissant, et, par son silence même, il appuyait ma conjecture.

Un peu plus tard (c'était, je crois, un samedi soir), le Père Maître François me dit : « Votre Révérence sait-elle ce qui m'est arrivé la nuit dernière? Je suis allé à l'enclos de Saint-Thomas, et tandis que j'allais et venais, me promenant, j'ai entendu que l'on récitait à haute voix les matines dans le chœur; j'ai distingué telle et telle partie des matines (Maître François les désignait). » Je m'étonnai de n'avoir pas entendu ces solennelles matines, et Maître François ajouta : « Je suis allé à la porte latérale et je l'ai trouvée fermée, la clé en dehors; de là, aux autres portes, et je les ai trouvées fermées, sans les pouvoir ouvrir. Je suis donc retourné, surpris et avec impression de crainte, dans ma chambrette. » Il dit cela sans s'y arrêter, et ne m'en parla plus.

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Ici, Gaspard Coelho raconte ce que François lui avait dit de sa vie d'c^colier à Paris, et il conclut :

Pour tout dire en un mot, je Tai toujours considéré comme un saint, un homme d'éclatante dévdtion et vertu. En foi de quoi j'ai siçné le présent témoignage.

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