‹ Saint François de XavierChapitre 42 sur 84 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ou FRANÇOIS DE XAVIER RACONTE SES PREMIERS TRAVAUX A MALACA ET A AMBOÏNO.

(Août i545-mai i546.)

Parti de San Thomé, à la fin du mois d'août i545, François était à Malaca vers la fin de septembre. De là, il écrit aux Pères de Portugal, le lo novembre :

Mes très chers frères en Jésus-Christ... Je vous écrivis très longuement de Tlnde avant de partir pour le pays des Macaçares, où deux rois se sont faits chrétiens. Il y a un mois et demi que je suis arrivé à Malaca où je suis, attendant la mousson pour aller chez les Macaçares ; ce sera bientôt , Dieu aidant, d'ici à un mois et demi. Ces Macaçares sont bien loin de Goa, savoir, à plus de mille lieues. Ceux qui en viennent disent que le pays semble bien disposé pour que les chrétiens s y multiplient : nul n'a d'idoles dans sa maison ; il n'y a pas parmi eux de promoteurs en titre de Tidolâtrie : ils adorent le soleil dès qu'il paraît, et c'est là tout le culte de leur pa^nisme. Ils sont guerriers et ne cessent de se battre.

Depuis mon arrivée à Malaca, qui est une grande ville de commerce, les pieuses occupations ne m'ont pas manqué : je

prêche tous les dimanches, et je ne suis pas aussi content de mes prédications que le sont ceux qui ont la patience de ;n écouter. J 'enseigne, tous les jours, une heure ou plus, les prières aux enfants. A ThApilal, je confesse les pauvres malades, je leur dis la messe et leur donne le Très Saint-Sacrement. Tant de cens demandent à se confesser qu'il ne m'est pas possible de donner satisfaction à tous.

Ma plus grande occupation est de traduire les prières, du latin en une langue qui, chez les Macaçares, se puisse entendre. Ne pas savoir parler, quel ennui ^ !

Quand je quittai Tlnde pour venir ici, j'étais à San-Tomé. Les habitants du pays disent que là est enseveli le corps de Tapôtre saint Thomas. J'y trouvai plus de cent Portugais mariés. Il y a une très dévote église dans laquelle serait, au dire de tous, la tombe de l'Apôtre.

Tandis que j'étais là, attendant le temps de venir à Malaca, je rencontrai un marchand, qui avait navire et marchandises. Nous parlâmes des choses de Dieu, et Dieu lui donna de comprendre qu'il y avait d'autres marchandises dont il n'avait jamais fait commerce ; de sorte qu'il a laissé les premières et son vaisseau, déterminé qu'il esta servir Dieu Notre-Seigneur, le reste de sa vie, dans la pauvreté. Nous allons ensemble chez

I . Arrive À Malaca, le Père François occupa les loisirs que lui laissait le service des âmes à traduire en lang'ue malaise Tcxposé de la doctrine chrétienne ; le malais est compris dans toutes ces îles orientales. L*écrit achevé, François travailla à l'apprendre par c^iîur. Après avoir ajoute que FVançois donnait ainsi aux missionnaires de l'avenir Texcmple d'un très utile travail, Gonçalvez suppose que « François dissinmla son don des langues, don affirmé, dit-il, par plusieurs témoins, tels que Antonio Percira, Gaspard Lopez et les Pères Francisco Duram, Joan Lopez et Belchior Figuereido. » Mais si le don des lans^ucs étîiit, chez Maître François, un bien tellement acquis et permanent, qu'avait-il besoin de travailler pour fixer dans sa mémoire un exposé de doctrine en lani^ue malaise? 11 n'avait qu'à traduire oralement ses pensées en Malais, conmie il les traduisait en Portuju^ais.

Rien ne prouve que le don fût continu ni fré(]uent , et tout persuade le contraire.

314 FRANÇOIS A MALACA (1545).

les Macaçares. C'est un homme de Irente-cînq ans; il a été jusqu'à présent soldat du monde, il l'est maintenant de Jésus- Christ et il se recommande à vos prières; son nom est Joio D'Eyro.

Ici, à Malaca, j'ai reçu beaucoup de lettres de Rome et à Portugal, avec lesquelles je me suis grandement consolé. Elles me consolent de même chaque fois que je les relis, et je les relis tant de fois, qu'il me semble que je suis là où vous ét«, mes frères bien*aimés, ou que vous êtes là où je suis, sinon de corps, saltem in spiritu.

Les trois Pères qui sont venus, cette année, de Portugal avec don Juan de Castro, m'ont écrit de Goa à Malaca. h leur écris maintenant d'aller, deux d'entr'eux, au cap de Co morin tenir compagnie à notre frère très cher, Francisco df Mansilhas, qui est demeuré là avec trois prêtres pour y instruire les chrétiens. Je dis au troisième de rester au collège de Santa-Fé et d'y enseigner la grammaire.

Le vaisseau est trop près de partir pour que je vous écrive^ une seconde fois, ce que je vous ai écrit étant dans l'Inde; mais, l'an prochain, je vous parlerai en une très longue lettre de la gentilité des Macaçares,

Par-dessus tout, mes bien-aimés frères, je vous en prie pour l'amour de Dieu, envoyez, tous les ans, beaucoup d'ouvriers de notre Compagnie ; il en manque beaucoup. Pour aller parmi les Gentils, la science n'est pas nécessaire ; ce qu'il faut, c'est qu'ils viennent très bien exercés à la vertu.

Je finis, priant Notre-Seigneur de nous donner de comprendre, en l'intime de nos âmes, sa très sainte volonté, et puis les forces requises pour l'accomplir et la mettre en œuvre. De Malaca, lo novembre i545.

Vester minimus frater et servus.

Francisais^ ^

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