I . Ajada, ms. Lettres des Indes
NOUVEAUX MISSIONNAIRES (154o). 301
celle région de rinde. Nos foiidaleurs, dès qu'ils Teurenl connu, eussent bien voulu qu'un homme de tanl de doctrine el d'une si grande sainteté reçût lui-même le collèiçe, au nom de la Compagnie, et le gouvernât; mais se voyant seul. Maître François jugea ne pas devoir accepter, pour te momenl, ce fardeau. Il espérait, d'ailleurs, exercer plus utilement ses ministères là où il se rendit, savoir : au cap Comorin, à deux cents lieues d'ici. Il y a déjà baptisé d'innombrables païens.
Quand nous arrivâmes, le 2 septembre, les fondateurs du collège nous firent le plus bienveillant et charitable accueil. Ces braves gens se figuraient que nous étions, comme Maître François, doctes el saints, capables de prendre en main leur œuvre et de la promouvoir; ils se sont refroidis, ils ont quasi perdu cœur, quand leur est apparue notre infirmité, notre ignorance. Nous avons tâché de relever leur courage, en leur annonçant que de plus doctes viendraient en i546.
Maître François, du lieu où il est (Malaca), ne saurait mieux pourvoir au bien de notre collège que s'il était à Rome. Il le connaît peu; jamais il n'a pu demeurer ici; l'esprit de Dieu, je crois, le pousse ailleurs. L'Inde est si grande, que cent mille hommes des plus doctes ne suffiraient pas à la convertir. Pour l'amour de Dieu, que l'on n'envoie ici que des hommes éprouvés, des hommes de vigoureuse santé et de ferme vertu I
En ce même temps , Diogo de Borba écrivit à Simon Rodriguez, et sa lettre prouve que les nouveaux arrivés étaient, à ses yeux, et apparaissaient à tous, du moins par leurs vertus, dignes frères de François de Xavier:
La paix de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous et avec toute la C4ompagnie de son saint Nom.
J'ai l'intime conviction que Dieu Notre-Seigneur, voulant
épancher son abondante miséricorde, sauver les peuples infidèles de ces contrées et réformer ceux de TEurope, a suscité votre sainte Compagnie pour l'exécution de son miséricordieux dessein.
Ici abordèrent les trois parfaits serviteurs de Dieu Maître François, Maître Paul et Maître Mansilhas ; mais il n'est resté à Goa que le seul Maître Paul. Il est en un Collège nouvellement fondé et que Ton appela De la conversion de la Fé, Le peuple lui a donné le nom de Collège de Saint-Paul, et il est bien vrai que les fondateurs eux-mêmes rappelèrent d'abord ainsi. On dit aujourd'hui indifféremment : Collège de Santa" Fé ou Collège de Saint-PauL
A mon avis, ce fut pour votre (Compagnie qu'avant même d'avoir eu à Goa la moindre connaissance d'elle, ce Collège se fonda; ainsi le disposa et le voulut Notre-Seigneur, afin que, dès leur arrivée, ses serviteurs y trouvassent des enfanta auprès de qui ils pussent, sans retard, exercer l'activité de leur zèle, un abri religieux et une sorte de forteresse, où, vivant en .corps, ils n'auraient pas à redouter les attaques de l'Enfer, et d'où ils pourraient sortir pour étendre au-dehors, dans rinde entière, les conquêtes de notre sainte Foi...
Les Pères ont choisi pour Mai/oral le P. Nicolas, qui ne se considère, je le vois, que comme le serviteur de tous, et remplit, en effet, l'office de serviteur de tous; il enseigne aussi, avec grand et continuel labeur, la grammaire latine à vingt • écoliers plus avancés que les autres. Le P. Criminal a les charges de sacristain et d'infirmier ; ce dernier emploi n'est pas peu de chose, en une maison où les malades sont toujours nombreux. Le P. Juan de Beira sert de portier, et avec un tel zèle, une telle vigilance, qu'il me semble bien des fois voir l'Ange chargé de garder, un glaive à la main, l'entrée du Paradis terrestre. Maître Paul a soin de tout, et son active solicitude suffirait, je crois, à éloigner les démons du Collège et
de ses abords. La [ùété, comme les études, tout va de mieux en mieux, et nos espérances d'avenir seraient bien grandes, si nous avions plus de maîtres ; il faudrait ici maintenant un récent des arts et un de théologie, car plusieurs de nos écoliers, d'un talent distingué, sont déjà prêts pour ces études.
J'ai bien peur qu'on ne nous prenne le P. Juan de Beira et le P. Antonio Criminal. Si on le fait, la Maison croule et je demeure inconsolable. Je suis déjà bien vieux, et ne puis ici qu'embarrasser les Pères, avec mes infirmités et les défauts qui accompagnent la vieillesse. Je voudrais donc rentrer en Portugal, mais je serais désolé de laisser ici après moi une Maison désordonnée *...
Diog^o de Borba touchait, il est vrai, à sa fin ; mais, en ce temps même, où le saint prélre se figurait n'être plus qu'un embarras, Dieu lui confiait Timporlante mission d'instruire dans la foi le Roi de Tanor. Les quelques lettres qui suivent mettront suffisamment sous les yeux du lecteur, et la mission donnée à Diogo, et ses difficultés, et la sagesse du missionnaire : elles servent, d'ailleurs, à mieux discerner tels et tels graves aspects d'une question, toujours présente, l'évangélisation des peuples infidèles.
Le Roi de Tanor au Gouverneur Juan de Castro :
Il y a de longs jours que j'ai la volonté de me faire chrétien : la chose a été différée jusqu'à l'heure présente, pour qu'elle s'accomplît de votre temps; et pour que vous y donniez plus de crédit, j'ai fait appeler Antonio Corelho Sousa, capitaine de Chale, pour vous l'envoyer. Je lui ai rendu longuement compte de toute ma détermination, et il va,