I. AJada, M.mi, de Juan dr ^^*itro, i. IV, fol. iWz
On ne tint pas compte des appréhensions de Maître Diogo; le Roî de Tanor fut baptisé; mais Tavenir, sans donner pleinement tort à ceux qui jugèrent mieux faire en se hâtant ainsi, justifia su> tout la prudente hésitation de Diogo, qu'avait déjà suffisamment justifiée son exposé des vraies doctrines.
La lettre de François, du i6 décembre, ne put, on le comprend, que déconcerter Diogo de Borba. Juan de Beira et Antoine Criminal ne s'empressèrent pas moins d'obéir, comme le prouvent ces lignes de Juan de Beira :
Arrivés à Goa, nous avons attendu les ordres du P. Maître François Xavier. Il nous a enjoint, par lettre, au P. Antoine Criminal et à moi, de nous rendre au cap Comorin. Là, nous avons trouvé de nombreuses églises, où le culte divin grandit par l'observation des règlements de Maître François. C'est chose admirable que le zèle des enfants à venir, le matin et le soir, réciter la doctrine chrétienne et en écouter l'explication. Les femmes, le samedi, les hommes, le dimanche, passent deux heures à l'église, pour y apprendre les prières, les dix Commandements, la méthode de confession générale, et y \ louer Dieu, qui les a menés des ténèbres à la lumière. Déjà, plus de trace ni mention d'idolâtrie ; Dieu s'est servi de Maître François pour opérer tant de bien , et il y a eu grande douleur et regrets, quand il s'est éloigné d'ici pour aller évangéliser d'autres contrées, où il a également ramené un grand nombre d'âmes à Jésus-Christ.
N'espérant plus pouvoir se rendre encore à Macaçar, François, le i" janvier i546, était parti de Malaca pour Amboïno *.
De là, le lo mai, il écrit aux Pères de Goa :
La çrâce et l'amour de Jésus-Christ Nolre-Sei)^iieur nous soient toujours en aide et favorables.
De Malaca, je vous écrivis, en i545, par deux voies. Je vous demandai, pour Tamour de Dieu, à vous, Père Jean de Beyra, et à vous. Père Antoine Criminale, de vous rendre, à lettre vue, au cap de Comorin, pour y instruire et protéçer ees pauvres chrétiens, et y tenir compagnie au P. François de Mansilhas, que je laissai auprès d'eux, ainsi que Jean de Liçano et trois autres prêtres, originaires du pays; et, afin d'accroître vos mérites, je vous le commandai en vertu de la sainte obéissance.
' Pour moi, je m'embarquai à Malaca, pour Maluco, le i^*" janvier, et j'arrivai à l'île d'Amboïno, le i4 février. Sans tarder, je visitai les localités chrétiennes de l'île, où je baptisai beaucoup d'enfants. J'achevais à peine ce ministère des visites et baptêmes, quand arriva à Amboïno la flotte de Fernand de Sousa, avec les Castillans venus de la Nouvelle Espagne à Maluco; c'étaient huit vaisseaux en tout. Là, j'eus içrand travail spirituel : confessions, prédication tous les dimanches, visite des malades, assistance des mourants, démarches de pacification. Tout cela m'occupa tellement, en carnaval comme en carême, que le temps me manquait pour donner satisfaction à tous.
I. n Amboïno, dît le P. St^bastim Gonçalvez, comprend cinq ties; mais les Portugais appellent ainsi leur forteresse el Fendroitoù elle est bâiie. Les Portugais appelaient les autres iles : Varanula, Iloma, Liacer, Ronceslao. » Enes avaient parmi les naturels, elles ont eu depuis et gardent encore des noms bien différents, dans les langues des divers peuples.
J'ai étudié Fétat des esprits en ce pays : j'espère de Dieu Notre-Seigneur que toute l'île se fera chrétienne, quand Je set IS^neur sera venu s'y fixer : c'est Jordan Freîtas, actuellement i Capitan de Maluco, un véritable homme de bien et zélé pour i l'accroissement de notre sainte Foi. Il ira s'y établir, de no- j vembre prochain i546 à un an; ce sera donc en lolij. L'/Jf J d'Amboïno a de 25 à 3o lieues de tour; elle est très peuplée I et compte déjà sept localités chrétiennes.
A i3o lieues d'Amboïno, est une autre terre appelée la Côte-du-More, où vivent beaucoup de chrétiens dépourvus, me dit-on, de toute instruction; je vais m'y rendre, le plus tôt que je pourrai. Ceci soit dit pour que vous sachiez la nécessité qu'il y a de nos hommes de ce côté : vous êtes, il est vrai, nécessaires ailleurs, mais la nécessité est ici plus grande. Je vous supplie donc, pour l'amour de Jésus-Christ Notre- Seigneur, de venir, vous, Père François de Mansilhas, et vous, Jean de Beira, et pour que votre mérite en soit accru, je vous le commande en vertu de la sainte obéissance. Si l'un des des deux est mort, que l'autre vienne avec le P. Antoine Criminale, et qu'un de vous trois demeure avec les chrétiens de Comorin et les prêtres de cette côte. S'il vient, c^tte année, de Portugal quelques sujets de la Compagnie, vous leur dira | que je les prie, pour l'amour de Notre-Seigneur, d'aller tous ' au cap de Comorin, pour y instruire et protéger les chrétiens. Vous m'écrirez longuement à Maluco, pour me donner nouvelles des derniers arrivés de Portugal. Les lettres qu'ils apporteraient me viendront par les Pères qui doivent se rendre à Maluco. Pour accroissement de leur mérite, ce sera en vertu de la sainte obéissance que les nouveaux arrivés de Portugal iront au cap de Comorin.
Ma présente lettre ne peut, ce me semble, vous parvenir que dans le courant de février 1547. ^^^^^ même année, au commencement d'avril, un vaisseau dp Roi partira 4e Goa
)o\\T Maluco : vous viendrez par ce vaisseau. A cette fin, la présente reçue, parlez, sans retard, du capCoinorin pour Goa, t{ lenez-vous y prêts à vous embarquer pour Maluco sur le vaisseau du Roi. Les habitants de Maluco espèrent que ce vaisseau leur amènera leur Roi, fait prisonnier dans le temps, et les Portugais attendent, par la même voie, le nouveau capitan de la forteresse de Maluco. Si le Roi de Maluco s'est fait chrétien à Goa, j'espère de Dieu Notre-Seigneur que beaucoup d'habitants de Maluco feront comme lui, et le Roi ne filt-il pas chrétien, je crois que notre venue dans ce pays y sera très utile pour le service de Dieu.
Les deux qui viendrez par ici, apportez chacun tout ce qu'il faut pour dire la messe ; que les calices soient de cuivre ; c'est pour nous, qui allons inter gentem non sanciamy un métal plus sûr que l'arçent. J'ai en vous, comme membres de la Compaçnie,- cette confiance que vous ferez ce que, pour l'amour de Notre-Seigneur, je vous demande si instamment. El afin d'accroître vos mérites, je vous le commande en vertu de l'obéissance. Plus rien à vous dire, si ce n'est que l'espérance de vous voir me réjouit fort. Plaise à Dieu que ce soit bienldl, et pour l'avancement de son service, et pour la consolation de nos âmes.
Micer Paul, mon frère, ce que bien des fois, et de vive voix et par lettres, je vous ai demandé pour l'amour de Notre- Seîgneur, je veux, une fois encore, vous en prier de toutes mes forces : c'est que vous tachiez de faire en tout la volonté le ceux qui ont la charge du saint Collège de Saint-Paul. Si 'étais à votre place, je ne travaillerais à rien tant comme à ibéîr à ces directeurs de cette sainte maison. Croyez-moi, dicer Paul^ mon frère, c'est un moyen très sûr d'aboutir, en outes choses, que de désirer être commandé et de ne pas ontredire à celui qui commande. Faire, au contraire, sa pro- »re volonté, en dépit du commandement, c'est chose très pé-
rilleuse. Aboutiriez-vous en agissant ainsi, croyez-moi, mon frère Micer Paul, il y aurait là plus d'erreur que de réussite. Vous obéirez donc en tout à Maître Diogo de Borba; sa volonté est pour vous la volonté de Dieu, et qu'il veuille ceci ou , cela, vous aurez de part et d'autre la volonté de Dieu. j
Les Frayles castillans de Tordre de Saint-Augustin, qui vont à Goa, vous donneront de mes nouvelles. Je vous en supplie, aidez-leur en tout ce que vous pourrez ; témoignez-leur beaucoup d'amour et de charité. Ce sont de si religieuses et de si saintes personnes, qu'elles méritent tout bon accueil.
Envoyez, au plus tôt, la présente à nos frères du cap de Comorin, afin qu'ils arrivent à Goa, au mois d'avril, pour s'embarquer, au mois d'avril, sur le vaisseau du Roi et venir* à Maluco.
Je vous en prie instamment, mes frères, pour le service de Dieu, efforcez-vous d'attirer en votre compagnie quelques personnes de bonne vie, qui nous puissent aider à enseigner la doctrine chrétienne par toutes les localités de ces îles. Que chacun de vous, du moins, tâche de se gagner un compagnon; si ce n'est pas un prêtre, que ce soit un laïque désireux de ; tirer vengeance de l'injure que lui ont faite le monde, le démon et la chair, en le déshonorant aux yeux de Dieu et de ses Saints.
Dieu veuille, par son infinie miséricorde, nous réunir en son royaume. Il y aura, à se retrouver là haut, plaisir et délassement meilleur qu'à se retrouver en ce monde.
De Amboïno, lo mai i546.
Vester minimus frater,
Franciscus *.