‹ Saint François de XavierChapitre 56 sur 84 · I . . \jfiflu, ms. Lettres des Indes · texte numérisé non relu

I . . \jfiflu, ms. Lettres des Indes

FRANÇOIS A COCHIN (1548). 3t)7

Nos Iravaiix en ce pavs sont si peu de chose, que nous ne saurions vous écrire selon nos désirs. Ce que nous faisons nous laisse l'envie d'être là où vous êtes, pour avoir part au fruit de vos travaux à vous, puisque ceux d'ici ne sont rien auprès d'eux; et une de mes consolations est de pouvoir, en vous envoyant des Frères, concourir de quelque façon à la sainte œuvre que vous avez dans les mains.

Toutefois, la Compagnie s'êtendant en Europe, de tant de côtés, il est nécessaire d'envoyer du secours en bien des endroits : ainsi, maintenant, notre Père Ignace me fait demander quelques scholastiques, pour Paris et pour autres Universités de l'Italie, où Notre-Seigneur inspire à plusieurs de faire quelque chose pour la Compagnie : et de là vient que, cette année, je ne puis vous envoyer aucun Frère. Il est vrai aussi que j'attends vos lettres, pour savoir quelles gens vous sont plus nécessaires. Si j'avais à me gouverner par mes désirs {nien apetito), tous ceux que j'envoie en Castille, en Italie et ailleurs, je voudrais vous les envoyer; mais encore faut-il, je le vois, que la Compagnie se fonde, afin qu'ensuite, de toutes parts, se produise le fruit que vous faites dans l'Inde.

Les choses de la Compagnie vont prospérant en tout lieu, grâces à Dieu, et, plus qu'ailleurs, en ce royaume elle grandit pour le nombre : j'attribue cela à vos prières et à la nécessité qu'il y a de cette gent dans les Indes. Le Roi et la Reine favorisent toujours beaucoup la Compagnie en ce royaume, et dépensent pour elle beaucoup du leur. Jusqu'à présent cependant, mes péchés n'ont pas permis que le collège soit fondé : il n'a pas de rentes et il n'est pas bâti. Tout dé|)end de la libéralité et du saint zèle de Leurs Altesses, et sûrement cette garantie suffirait bien, si Leurs Altesses devaient toujcmrs vivre.

De Rome, il n'est veiui, celte année, aucune lettre pour vous.

Maître Laynez, Salmeron et Le Jay sont au Concile, qui« tient à Trente. Araoz est en Castille, où il réunit déjà d« sujets. Pour Maître Le Fèvre, il a plu à Notre-Seiçneur de l'appeler au repos de ses travaux. Il arriva à Rome, et aprè huit jours qu'il y eut passés en bonne santé, il tomba malade pour huit autres jours, au bout desquels il a rendu son âme à Dieu Notre-Seigneur. C'a été le i*' jour d'août, qui est d« Vincula Pétri : ainsi donc, en ce jour de i546, il a été tiré df la prison de ce monde. Maître Jean, son conipag^non, de qui déjà nous vous avons écrit, est mort lui aussi, le jour de son patron saint Jean, et tous deux reposent dans l'église de notre nouvelle maison de Rome, qui s'appelle Santa Maria dû Estrada. Vous savez quelle a été leur vie : elle vous dit asso en quel lieu ils sont.

Le Roi Prétre-Jean envoya ici, l'an passé, un ambassadeur au Roi pour le prier de lui mander un patriarche et quelques prêtres qui leur enseignassent la foi. Inclinée comme elle est à toute piété, Son Altesse résolut d'employer à ce service de Notre-Seigneur quelqu'un de la Compagnie. Il écrivit à notre Père Ignace et à Sa Sainteté, pour les prier de lui mander quelqu'un de la Compagnie fait patriarche. Vous verrez tout cela, plus au long, dans les lettres de nouvelles que je vous fais écrire par les Frères de (lîoïmbre. Je m'en remets à eux pour les détails. Je crois que ce sera Maître Paschase qui ira en Ethiopie, l'an prochain : j'enverrai quelques Pères en sa compagnie; vous serez alors plus longuement informé de toutes choses.

J'enverrai aussi quelques Frères pour vous aider en vos travaux : je nie conformerai, à cet égard, à ce que me diront les lettres que j'attends de vous cette année. Notre-Seigneur, par sa miséricorde, dispose toutes choses de telle sorte que lui soit plus servi et nos volontés plus soumises (abnef/adœf) : je crois que nous tous, qui sommes ici, nous nous voudrions

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plus dans l'Inde qu'ici. Plût à Notre-Seigneur, par son infinie bonté, faire par vous seul, là-bas, ce que tous réunis nous y ferions, et vous rendre participant du peu que nous faisons ici : vos travaux sûrement nous font paraître les nôtres bien petits. Daigne Celui qui a su nous réunir tous en un même esprit, malgré les distances, nous réunir dans sa gloire in secula seculorum.

De Abneyriin, le 24 mars 1647.

Pauvre de vertu, Maître Simon.

Ceylan, on Pa pu comprendre, demeurait la préoccupation intime du cœur de François; aussi ne voulul-il arriver à Goa qu'après avoir considéré, de ses yeux, ce qui se pourrait faire dans la g*rande île. Ses amis de Cochin et les Pères de la côte purent, sans doute, le bien renseigner sur ce qui s'y était accompli depuis son départ pour Malaca.

Les deux jeunes Princes, fils du Roi de Ceylan, étaient morts, emportés par une maladie contagieuse, qui fit à Goa beaucoup de victimes, et cette mort avait grandement consolidé l'autorité de leur père. Aussi les religieux de saint François, vrais apôtres de Ceylan, jugèrent-ils que leur zèle serait mieux employé à la conquête du royaume de Kanty. Dieu bénit, en effet, leurs efforts, et le 25 décembre i546 (nous l'avons vu plus haut), Fray Siméon de Coïmbre expédiait à Jean III une lettre du < Roi de Camde », par laquelle ce roi promettait de se faire chrétien : il demandait, en même temps, secours afin d'assurer et d'étendre son autorite à Ceylan.

Il y eut promesse de secours et le Roi fut baptise; mais, comme le prouvent les lettres, citées plus haut, de Tévêque de Goa à Juan de Castro, on eut le tort de laisser le roi de Kanty se tirer lui-même de peine, et, dès lors, s'éteignirent les velléités de conversion que la crainte avait fait naître, et que seuls Tinlérêt et la reconnaissance eussent pu alimenter.

Malgré tout cependant, TEvêque voulait espérer, et François espéra comme lui :

Comptant sur rintercession des martyrs de ces régions, écrit Sébastien Gonçalvez, François alla débarquer au port de Galle et se rendit auprès du Roi de Cande. Il trouva le cœur de ce barbare mieux disposé qu'il n'avait espéré : le Roi se montra désireux de vivre chrétiennement à titre de vassal du Roi de PortUjçal, à condition que le Vice-roi établirait à Cande une garnison de soldats portugais, chargés de le maintenir en la paisible possession du royaume. La garnison serait à la solde du roi de Cande'.

François promit de ne rien omettre pour que le désir du Roi fut réalisé, et il reprit le chemin de l'Inde, accompagné d'un ambassadeur du Roi. Arrivés à Goa, le 20 mars i548, ils y trouvèrent Juan de Castro près de partir pour Baçaîm. Le Vice-roi, qui n'avait pas connu le Saint, parut l'accueillir avec moins de bienveillance qu'il n'eût convenu d'en manifester : il était, disait-on, indisposé contre lui, à cause de certains ordres ou instructions, venant de Portugal par l'entremise de Miguel Vaz, et que Ton jugeait inspirés par François. Mais le Saint n'alla pas moins trouver Jean de Castro à Baçaîm, et le Vice-

I. Juan de Castro oui litre de Vice-roi. Avant lui, Gracia de Noronha (i538), et autres, en remontant, l*curcnt aussi. Après lui, du vivant de Fran<;ois, Alfonso de Noronha jouit du même titre (i55o).

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roi, bientôt conquis, donna des ordres pour que Tanihassadeur et sa suite fussent magnifiquement traités, et il choisit, pour mener au roi de Kandy les troupes qu'il désirait, un gentilhomme de çrand mérite, qui fut, plus tard, gouverneur de rinde, D. Antonio Monis Barreto.

On comptait sans le roi de Geylan qui trouva le moyen de persuader à son ennemi, roi de Kanty, que, pour eux, le seul moyen d'échapper à la domination des Portugais était de les tenir, le plus possible, éloignés de leurs tenues.

L'expédition de Monis ne servit donc qu'à honorer sa vaillance et celle de ses compagnons : l'on en peut lire le récit émouvant dans Gorrea.

Le temps de donner sa récompense au sang des martyrs, aux sueurs des fils de saint François et de leur digne coadjuteur Xavier, n'était pas venu. Dieu l'amena, et ce que les martyrs et les premiers prédicateurs de la Foi avaient semé dans les larmes, leurs héritiers le récoltèrent dans la joie *•

I, Nous n'avons rien dit d'un voyaiçe a Geylan, (jue Kran<;ois aurait fait, entre le 27 janvier et le 7 avril iS/^f) : nous croyons que ce fui un simple pasîfage ou arrêt à Jafanapatani.

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