CHAPITRE XVII
ou LES AMIS DE FRANÇOIS DE XAVIER ET FRANÇOIS LUI- MEME RACONTENT SA VIE DANS l'iNDE , JUSQU'a LA LA VEILLE DES PREPARATIFS DE SON DEPART POUR LE JAPON.
(Janv. i548. — Janv. i549'.)
Le Père Francisco Perez, qui attendait, à Goa, la venue de François, nous donne des renseig-aemenls précis sur les actes du Saint, durant les premiers mois de i548 :
Au mois de décembre i547, le P. Maître François partit de Malaca pour Goa et il essuya, en route, une tempête de six ou sept jours. Débarqué à Cochin, il y fut bien accueilli de tous et y passa trois jours à écrire des lettres pour l'Italie et l'Espaifiie. De là, il se dirigea vers la côte de Comorin, où 1* on compte plus de deux cent mille chrétiens, disséminés sur
I. Sources : t. I, chap. xxv; — Registres de Lettres des Indes, à la Biblioth. (le Ajuda,
une étendue de soixante-dix i\ quatre-vinçts lieues de cotes, et confiés aux soins de nos Pères et Frères. II y établit Supérieur le P. Antoine Criminale, qui visite la côte entière, chaque mois.
De Comorin, Maître François revint à Cochin, d'où il partit pour Goa, où je me trouvais alors avec le P. Lancillotti et d'autres. Il n'y demeura que huit jours, et s'en alla trouver le Gouverneur à Baçaïm. Il y fut très bien reçu de lui et, sur sa demande, il prêcha, à la ii^rande satisfaction de tous. Le Gouverneur eût bien voulu le retenir; Maître François s'excusa et, ses affaires terminées, il rentra à Goa.
Le Frère Manuel de Moralez, qui se trouvait au cap de Comorin, vit alors, pour la première fois, le Saint. Il ëcril :
Le très désiré de tous P. Maître Francisco arriva, et sa vue nous consola grandement . II nous réunit en un même lieu, appelle Manapar, et là, durant les quinze jours qu'il passa avec nous, il conversa avec chacun en particulier, s'informant de tout ce qui nous intéressait personnellement, au point de vue spirituel, et de tout ce qui pourrait aider à la conservation et à raccroissement de nos chrétientés. Quand il s'éloi§^na, pour aller à Goa, il nous donna des instru tions écrites, pour remédier à ce qui laissait à désirer, et nous tracer le chemin à suivre pour l'avenir'.
1 . Manuel de Moralez ne profila pas assez des instructions de François, et le Saint fut contraint de Texpulser de la Compagnie, en i552. Il ne faut pas le confondre avec le généreux missionnaire de Ceylan, qui porta le même nom. Celui-ci ne vint dans Tlnue qu'en i55i, et mourut saintement à Goa, après deux années de travail. Le premier était venu dans Tlnde, en i546.
Voici, résumées, les instructions dont parle le Frère Moralez; elles sont datées de février i548 :
A ois que le P. Maître François laissa aux Pères et Frères de la Pêcherie et de Comorin ' :
L'ordre que vous avez à tenir pour servir Dieu est le sui- > vaut, auquel vous vous conformerez avec beaucoup de diliç^ence :
I. Se préoccuper surtout du baptême des enfants nouveauxnés, et administrer soi-même, le plus possible, ce sacrement nécessaire.
IL Après l'administration du baptême, rien de plus important que rinstruction des enfants. Que chaque village ait un maître gag-é.
IlL Réunion des femmes, le samedi, et des hommes, le dimanche. Quand le Père s'y rencontre, il prêche sur les grandes vérités, en des termes accommodés à Tignorance et à la simplicité des auditeurs. A la même occasion, le Père travaille à réconcilier les ennemis.
IV. Dès que le P. François Coelho aura achevé la traduc* tion des Articles de la Foi en malabare, un exemplaire en sera donné à chaque village, pour être lu aux assemblées du samedi et du dimanche.
V. Si, pour l'accomplissement d'un vœu, quelque argent est offert, le Père se gardera bien d'en rien employer à son usage; tout sera distribué aux pauvres.
I. Ajada, -j, fol. 8i, 82. Dans ce manuscrit, les avis sont datés de février 1^49; m«iis la lettre du F. Moralez, qui les mentionne, étant du 3 janvier 1549, *** ^^^^ <*^ février i548 peut être admise comme celle de leur première édition. D'autres mss. les datent de février i548.
VI. Aux assemblées, recommander vivement que Ton avertisse le Père, dès qu'il se trouve dans les maisons quelqu'un de gravement malade. Qui manquera à ce devoir ne sera pas enseveli au cimetière de Téçlise. Le Père qui visitera le malade Pinterroçera sur les articles de la Foi, etc., et lira sur lui un évangile.
VII. Aux sépultures, « vous ferez aux assistants une exhortation, leur rappelant qu'ils ont à mourir et que, par conséquent, s'ils veulent aller en paradis, ils se mettent à bien vivre. »
VIII. Recommander aux parents d'apporter à Téçlise leurs enfants malades, pour qu'on récite sur eux un évane^Ie.
IX. Ne pas se mêler de procès; renvoyer les plaideurs aux juges locaux ou au Capitaine de la région. Si les parties voulaient absolument l'arbitraig^e d'un Père, adressez-les au P. Antoine Criminale.
X. « Avec le Capitaine, traitez fort doucement (muito beniff' namente)^ de façon à ne rompre jamais avec lui, pour rien. Procurez, de même, de vivre en paix et amitié avec tous les Portugais de cette côte, et ne soyez mal avec aucun d'eux, quand même eux voudraient continuer les torts qu'ils font aux chrétiens. Reprenez-les donc avec charité, et s'ils ne s'amendent pas, parlez au Capitaine. Une fois encore, je vous le recommande : pour aucun motif ne soyez mal avec le Capitaine.
XI. Les entretiens que vous aurez avec les Portugais seront de choses de Dieu. Parlez-leur de la mort, du jugement, des peines de l'enfer et du purgatoire. Exhortez-les à se confesser et à communier, et à vivre dans l'observation des dix commandements de Dieu. Si vous leur parlez de ces choses, ils ne vous embarrasseront pas dans celles de votre office : ou ils vous laisseront, ou ils reviendront pour un entretien spirituel,
XII. Aîdez les Pères du pays pour le bien de leur âme; faites qu^ils se confessent, qu'ils disent la messe et que leur vie soit de bon exemple. N'écrivez de mal d'eux à personne; vous pourrez seulement rendre compte des choses au P. Antoine Criminale, qui est supérieur de cette côte.
XIII. Gardez-vous bien de dire, en présence des Portugais, aucun mal des chrétiens de ce pays; mais, au contraire, défendez-les, parlez pour eux. Si les Portugais considéraient le peu d'instruction de ces pauvres gens et le peu de temps qu'il y a qu'ils sont chrétiens, ils s'émerveilleraient de ne les pas voir pires.
XIV. Faites tout votre possible pour que ce peuple vous aime, parce que vous leur ferez beaucoup plus de bien s'ils vous aiment que s'ils vous haïssent. N'infligez de châtiment à personne, que vous n'ayez d'abord pris conseil du P. Antoine Criminale ; et si le Capitan est sur les Heux, vous ne châtierez et ne ferez emprisonner personne, que le Capitaine n'en soit, d'abord, prévenu.
XV. Aux enfaYits qui viennent aux prières, témoignez beaucoup d'amitié, et gardez-vous de les maltraiter. S'ils méritent châtiment, dissimulez (dissimulando com o casiigo que
merecem).
XVI. N'allez en aucun pays, à l'appel de quelque roi ou autre seigneur, sans l'avis du P. Antoine Criminale.
XVII. Je vous recommande encore, et beaucoup, de travailler à vous faire aimer, là où vous irez et là où vous résiderez; faites, par vos bons procédés, par vos bonnes paroles, que nous soyons tous aimés et non pas haïs, parce que, de cette façon, comme je l'ai dit, il se fera plus de fruit.
Que Dieu nous l'accorde et demeure avec nous !
François.
Nous savons pourquoi François, s'éloignant encore de Goa, alla rejoindre Juan de Castro à Baçaïm, et ce fut à la prière du Gouverneur, qu'au lieu de redescendre au cap de Comorin, il vint se fixer à Goa. Don Juan se sentait mourir : il désirait avoir, à l'heure suprême, l'assistance du Saint.
A peine rentré de Baçaïm, François, le 2 avril, écrit à son ami Diego Pereira, que ses affaires commerciales avaient amené à Cochîn :
Dieu Notre-Seigneur sait combien j'aurais de plaisir à vous voir, avant que vous ne partiez pour la Chine ; mais le seig'neur Gouverneur m'a commandé d'hiverner ici, à Goa, et je n'ai pu qu'obéir à Sa Seijçneurie. Mes désirs étaient d'aller à Cochin, et de là au cap de Comorin, où sont mes compagnons, et j'aurais eu grande satisfaction et joie à m'entretenir avec V. Merced de certaines choses, comme avec le véritable ami de nnon âme ; à lui rendre, en particulier, compte d'un voyage ou lointaine expédition que j'espère, d'ici à un an, entreprendre, savoir est, au Japon, vu les renseignements certains que j'ai sur le fruit qui s'y peut faire, au profit de notre sainte Foi,
Là-bas, à Malaca, j'envoie deux miens compagnons. L'un est pour prêcher, tant aux Portugais qu'à leurs femmes et à leurs esclaves, et pour enseigner, chaque jour, la doctrine chrétienne, comme je faisais quand j'y étais. L'autre, qui n'est pas prêtre, enseignera à lire et à écrire aux fils des Portugais ; il leur apprendra aussi à réciter les Heures de Notre-Dame, les Psaumes, l'Office des morls, pour les âmes de leurs parents. Votre Merced le sait fort bien : que les fils des Portugais gardent parfaitement la piété portugaise, tout est là : nés à Malaca et toujours plus de Malaca, ils ne seraient bientôt plus que Malais (Malaqueses). J'ai bien recommandé à celui qui
378 FRANœiS A GOA (1548).
leur enseignera à lire et écrire, qu'il enseigne aussi, avec V temps, la grammaire à ceux qui auront l'aptitude requise uioi que forem para isso).
Si je pouvais, comme je serais heureux de le faire, m'entretenir avec vous, avant votre départ pour la Chine, je vow recommanderais une riche marchandise (oeniaga)^ de laquelle cependant font peu de cas ceux qui trafiquent à Malaca ou m Chine : elle s'appelle la conscience (consciencta da aima), maN chandise bien peu connue de ces côtés-là, où les marchanè se jugeraient même ruinés d'avance, si la conscience entrait pour rien dans leur commerce. J'espère toutefois de Dieu Notre-Seigneur que mon ami Diego Pereira, avec beaucoup df conscience, fera fortune, là où, faute de conscience, les autres se ruinent ; et dans mes pauvres oraisons et saints sacrifices, je ne cesserai de demander que Dieu Notre-Seigneur le mène et le ramène à bon port, toujours plus riche de conscience et de biens spirituels que de tous autres fonds {de fasenda).
Ramirez vient, là-bas, remettre tous ses intérêts entre vos mains. Comme il sait la véritable amitié qui nous unit, il lui semble que, venant de ma part à V. Merced y elle lui fera li grâce de Taider à recueillir quelques aumônes, pour s'en retourner dans son pays, où il a laissé père et mère. Il désire grandement les revoir ; mais il lui manque de quoi payer la traversée et se procurer quelques vivres. Je voudrais bien lui venir moi-même en aide, mais je suis tellement pauvre que je ne vois pas possibilité de lui fournir ce \îatique nécessaire. Je prie donc V. M., pour l'amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur et de la Vierge Notre-Dame, sa mère, de s'en charger, et, à cette fin, je lui mets devant les yeux, autant que je le puis, la considération de notre amitié. Accueillez donc c^ pauvre Ramirez, employez-le, prétez-Iui quelque argent, comme vous avez rhabitude de faire à tous ceux qui recx>urent à vous. Du petit nés^oce (|u*il entreprendra avec ce fonds, il pourra tirer
de quoi se pourvoir de vivres et payer sa traversée, et V, J/., en même lemps, fera acte méritoire, au service de Dieu Notre-Seiçneur, et à moi ç^rande faveur et aumAne : ce qui nn'obliçera, de plus en plus, A faire tout ce qu'elle me commandera.
Notre-Seigneur vous donne de longs jours, pour son service, et vous mène et ramène à bon port, selon vos désirs. Amen,
De Goa, 2 avril i548.
Serviteur et ami vrai de V. Merced,
Les deux Pères que François envoyait à Malaca, et qui partirent en effet le 9 avril, étaient Francisco Pèrez et Roch de Oliveira*. Ils eurent, à Malaca, sujet de s'édifier, en voyant de plus près les œuvres du Saint. Francisco Perez écrivait, peu après :
Nous sommes arrivés, le 28 mai, et nous avons été fort bien reçus de tout le monde, car on est ici très dévots au P. Maître François. Il y a passé dernièrement six mois, employant chaque jour plus de deux heures A c4itéchis«T les enfants, fils de Portugais, et les esclaves, hommes ei femmes. Chaque dimanche, il prêchait, le matin aux Portugais, et le soir aux chrétiens du pays et aux esclaves, hommes et femmes. Le jeudi, il prêchait, après la messe, aux femmes
I . François Perez, CaHlillaii Mflori I«r4 untt, PortutçniK Melon tVmïirt^H, «lut sa vocation k la sainte éloquence du Frère KHirudu. Il entra, déj prAtre, au noviciat de Coïmbrc, le 1 5 janvier i544' On verra, plu» loin, à quel \MHui François de Xavier admirait sa veKu et IVnicarité de ne» «i^uvre». Il rmHinit saintement â Neicapatam, !«* 12 février iTtH^,
De Rocb de Oliveira, noun lut Hnvtfith rtr.u de plu» que ce que YrtAtuiiÀH dit de lui, dans la leUre même où il raeonle m^h (#*uvr«*H H eellen d«* Franç/zin Ferez à Malaea.
mariées. Il visitait souvent les malades de la ville et deslH\pitaux, s'occupait à mettre la paix dans les familles et crinfey sait sans relâche.
Quelque temps après que Maître François fut venu à 5blaça, il y aborda force Mores, qui ne purent pas exécuter leurs mauvais desseins, Maître François ayant animé les nôtres as combat. Les Mores se retirèrent, emportant une oie pourtoul butin. Une flotille de chrétiens se mit à leur poursuite, les tailla en pièces et captura plusieurs de leurs vaisseaux. Des chrétiens, trois seulement, dit-on, furent tués, et les autres ne tardèrent pas à rentrer au port. Les sorciers du pays disaient cependant : « Ils ont tous péri », et le peuple s'afBis^t. Mais, de la chaire, un jour, Maître François les reprit de leur peu de foi et voulut qu'ils récitassent un Pater et un Art en action de grâces de la grande victoire que les chrétiens, disait-il, avaient remportée sur les Infidèles. Personne cependant n'avait encore paru; aucune nouvelle d'eux n'était arrivée. Or, peu de jours après, la flotille rentra à Malaca triomphante. Maître François alla, avec le peuple, féliciter les soldats \
On raconte aussi qu'un jour, préchant à Maluco, il dit : « Récitez un Pater et un Ave en mémoire de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour le repos de l'âme de d'Araujo » (riche Portugais, son ami, qui résidait à Amboîno). Or, d'Araujo était mort bien loin de là, et nul encore n'en avait eu nouvelle.
Quelqu'un, qui est digne de foi, m'a dit l'avoir vu délivrer
1 . C'est ici le résumé, certainement exact, des long^ et intéressants rëdts de Mentiez Pinto. A ce propos, nous observons que Pinto et Ferez s'accordanl à faire partir François de Malaca pour Ck)chin, au mois de décembre i547, après un séjour de siœ mois, — il faut savoir entendre François lorsqu'il dit avoir passé quatre mois à Malaca : — il veut dire : quatre mois, après le départ des missionnaires se rendant à Maluco, au mois d'août.
FRANÇOIS A GOX (1548). 381
un possédé du démon; et encore, que le Père avant dit la messe pour la conversion d*une riche Indienne, cette femme, le lendemain, se convertit, et avec elle son fils et ses deux filles. On a pour lui si grande dévotion, qu'il n'est personne, pas même entre les Mores, qui l'appelle autrement que le Saint Père.
Juan de Castro mourut le 6 juin, assisté par François jusqu'au dernier soupir, comme il l'avait désiré, et le Saint, qui probablement lui avait inspiré de g'énéreuses réparations, en signa l'acte, avec d'autres graves témoins :
Pour le Roi, notre Seigneur, de la part de Maître Pedro, vicaire général, et de Fray Antonio de Casai), et de Mattre Francisco, et de Fray Joan de Villa de Conde :
Senor, le Vice-Roi D. Juan de Crasto, étant près de mourir, nous dit, de parole, à nous <{uatre. Maître Pedro, vicaire ffé^ néral, — Fray Antonio, gardien, — Maître Francisco, de la Compagnie de Jésus, — et Fray Joan de Villa de (îonde, que nous fissions cette lettre à Votre Altesse, et que nous lui fissions les recommandations (lembranças) suivantes, efi son • nom, pour n'être déjà plus, lui, à temps de le pouvoir faire.
Premièrement, il vous remontre les nombreux et grands services que fit à Votre Altesse Manoel de Soiisa de SepuU veda, à la bataille de Diu et dafis la construction de la forte>resse : auquel temps, il eut table ouverte pour bien des gens et fut chargé de faire le In^ulevard de Saint-Tbamas, où il eut beaucoup à souffrir; et de niAme, len secours qu'il a donnés dans toutes les autres campagn^'s navales : il prie, en rons/v quence, V. A. qu'il lui plaisif acr^>rder signalée merxé'd audit Manoel, et si V. A. eut quelque dépUinir, à propos du refu«
qu'il fil (le la forteresse de Diii, il la prie, eu considération de rheiire où il se trouve, de pardonner cela à ManoeJ.
!teni, il nous a recommandé de rappeler à V. A. Francisco da Cunha, lequel aussi servit très bien à Diii, et dans la bataille, et dans les travaux de construction de la forteresse*, De plus, il nourrit beaucoup d'hommes, pourvut aux ni sites de beaucoup de malades, et il fut, après Dieu, la cau$ï;^ (jue beaucoup échappèrent à de graves maladies et recouvra ^^ rent la santé ; il prie donc V. A., en considération de Theia^ ^y^, où il se trouve, de pardonner à Francisco da Cunha de n'av^:>j^ pas accepté la forteresse de Diu, si elle en eut quelque déplaisir.
Item, il nous a dit de recommander à V. A. Don Francisai de Lima, et Vasco da Cunha, qui, eux aussi, lui aidèrent beaif coup et raccom[>agnèrent en ses travaux ; D. Francisco, tn particulier, Taccompai^na toujours avec beaucoup d'affection, et il est demeuré avec lui jusqu*à riicurc de la mort.
Il nous a dit encore de recommander à V. A. Don Dioiso dWlmeida, capitaine de Goa, qui l'a beaucoup et dili|^minen\ aidé en ces çuerres de terre ferme, et il y fut toujours dw jiremiers.
Il nous a dit aussi de rappeler à V. A. que Antonio 1^ l'aida beaucoup, en cette campa^^ne de Diu et en toutes les autres, avec t^^rande dilit^ence, et que pour cette raison, au nom de V. A., il lui avait fait merced de quelques villaiires, au pays de Baçaïm, desquels il paie le cens accoutumé; il la prie de confirmer ce don.
Item^ le jour même de sa mort, il nous dit et recommanda, avec vives instances, de demander à V. A., en son nom, que, pour l'amour de Dieu, et en considération de riicure où il se trouvait, elle ])ar(loniiî\t A Enrique de Sousa Chichorro, eu é^^ard à sa pauvreté personnelle et à celle de l'orpheline qu'il a épousée.
Et, pour être ces choses dites et faites par nous selon la vérité ; en vue de décharger nos consciences et de consoler rame du défunt, nous signons ici, tous quatre, aujourd'hui, a 2 octobre i548.
Petrus Fernandus, — Fray Antonio de (^assall, — Francisco, — Frav Joan de Veilla de Coudée
Ce devoir de charité rempli, François, tout en poursuivant à Goa ses ministères apostoliques, était impatient de redescendre au cap de Gomorin. L'arrivée de nouveaux ouvriers, venant du Portugal, le retint quelques jours encore : parmi eux se trouvaient les PP. Gaspard Barzée et Melchior Gonzalez', Ils racontent ainsi aux Pères et Frères de Portugal comment François les accueillit.
1. T. (lo T., corp. chron., F^. i, ni. 8i, d. (US. — l/hÎHloricii lïo. rtt|>ùlrf* clés Indes trouvera d*uliies lumières et de précieux docunienlH iïhuh U*m Vifiê inipriniées de Juan de (^aKtro; aux archives de Tovrr do Tnmhtt et à la bibliothè(]ue de Ajuddy où sont réunies les pièces les plus intéressanten relatives à son gouvernement.
Au sujet de l'acte du 22 ort^ihre^ ou de la signature de Fran<;ois, en ce jour, une difficulté notable sera sif^nalée, plus loin» au lecU'ur.
2. Le P. Gaspard Barzée, né 4*n Zélande, entra an noviciat de Ooïmbre, le 20 a\Til i546. On a pu dire de lui «pie, s'il eût lonfjcl^'ujps whwit on eût vu en sa |)ersonne un autre Fran«;ois de Xavier. 11 mourut sainUfment» à iUm, le 18 octobre i553.
Le P. Melchior Goneid^z nitra an noviriiit de iAïUnUrt* , Ir '/7t avril ifi^O. Fran^*oiK, en ij^H, lui confia la diri'ctiun du M'ininaire di* Ha<;aïni» et il y mourut, eni|M>is<»nné pjir li*s païrns, h* 0 *h'Uàh'v i^un » ^jaspard Harzée, de passade â Ba«;aïni. Ta^^sista à s^'^ ^U'Vu\i'ri^ njoments. (Ain^i parh' le P. Fr. de Sousii, apnr» liarUdi H Nadahi.^
Vlnc <lifXiculté notable d«'ni«'ure à vvi^m*Wv, hh suji't du P. J^'leliior ou Melchior (ion<;ah*z. Klle est \hh^'*: par le P. de S^/usa. (Ortftttt* f'.tftn/iiiëi.,
384 FRANÇOIS A QOA (1548).
Le p. Gaspard Barzée :
Nous arrivâmes à Goa, le 4 septembre. Le P. Maftre François s'y trouvait, près de s'embarquer pour le cap Comorin. Informé de notre arrivée, il ne voulut pas s'éloig-ner sans 1 nous avoir vus et avoir appris les nouvelles de la Corapa^ie.
Dès que les vaisseaux furent fixés à l'ancre, il nous fit visiter et nous envoya force rafraîchissements , avec prière de débarquer au plus vite, parce qu'il avait grand désir de nous voir. Nous fîmes ainsi; et certes, on ne pourrait exprimer la joie que nos âmes ressentirent, en voyant la charité du P. Maître François, et comme il louait Dieu, quand il nous entendait raconter, ou qu'il racontait lui-même le fruit que Notre-Seigneur, par le moyen de la Compagnie, opère ici et en tout lieu.
Bientôt, le P. Maître François m'ordonna de me préparer à prêcher à Saint-Paul, le jour de Notre-Dame de Septembre, et il me recommanda beaucoup de parler haut, parce que la foule serait grande, à cause de ce que des gens du vaisseau avaient dit de nous; mais je parlai si bas, que l'on demeura fort mécontents, et le P. François comme les autres, plusieurs ne m'ayant presque pas entendu. 11 partit alors, me laissant ordre de m'exercer, de nuit, dans l'église à parler ; ce que \t fis, jusqu'à ce que les frères furent contents de moi. Dès lors, je me mis à prêcher, et le peuple aussi est satisfait.
Le P. Melchior Gonçalez (le 9 novembre i548) : Nous arrivâmes à Goa, le 2 ou le 3 septembre, bien heureux
t. \, p. 669.) On trouvera, plus loin, les lettres du Saint auxquelles il fait allusion. Le P. de Sousa suppose qu'il y eut deux Pères Melchior Gonçalez; mais aucun catalogue des missionnaires venus de Portugal ne parle d'un second Père de ce nom. Peut-être fut-il admis, dans l'Inde même, pu Antonio Gomez,
d'v trouver le P. Maître François. Donner, par lettre, une idée de ses vertus, c'est impossible; elles sont d'une si haute valeur, que je n*ai ni parole ni sentiment qui puissent s'élever jusqu'à elles.
Il va tellement rempli de l'amour de Xotre-Seiçneur, noyé dans cet amour, qu'il semble que rien, hormis cet amour ne le touche. Certes, mes bien-aimés Frères, le détail, ici, serait infini, et je ne saurais trouver assez de temps pour vous écrire d'innombrables choses. Dieu sait cependant que je le voudrais faire, vous connaissant si affamés des récits édifiants qui ont Irait à la Compagnie de Jésus, et surtout au Bienheureux P. Maître François.
11 n'est pas vieux, et sa santé paraît bonne, bien qu'il soit très mortifié. Je note ce détail qu'il ne boit d'aucune sorte de vin. Les privations ne lui sont rien, tant il s'oublie, vaillant soldat de Jésus-Christ, pour ne s'occuper que de son Roi. De lui on peut bien dire la parole de saint Bernard : Fidelis miles viilnera sua non sentit, Hum bénigne sui liegis vulnera intuetur. En vérité, bien-aimés Frères, au milieu de nous se trouve un martyr vivant, et je tiens pour assuré <|u'il mourra bientôt martyr, car on dirait (ju'il ne cherche pas autre chose. Que de fois déjà, des flèches ont été décochées contre lui ; que de fois on a mis le feu aux lo$^is où il se retirait pour passer la nuit. A trois et quatre reprises, en une même nuit, la tentative s'est renouvelée ; d'où vous pouvez juçer ce que doit être son sommeil et (|uel repos il y trouve. Vrai soldat de Jésus-Christ, voilà un litre qui lui revient bien justement.
Tout ce que je dis là n'est rien auprès de ce qu'il faudrait dire, et je laisse à d'autres de vous parler des miracles (jui accompaj^nent sa prédication; aussi bien, est-il préférable (|ue de telles choses ne soient pas encore manifestées davantatrc», et que tous vous le recommandiez très particulièrement à Dieu Notre-Seiçneur.
Il est maintenant passé au cap de Comoriii ; là vivent plusieurs de nos Frères, tous amis de la Croix de Jésus-Christ, et disposés à souffrir quotidiennement, pour son amour, tous les martyres. Quant à moi, j'attends le sit^nal d*aller avec lui, car il veut que je Paccompaçne, et déjà, à ma g^rande salû*faction, j'allais partir, quand il me dit d'attendre Tarrivée du Père qui venait de Portugal par un autre vaisseau. Je restai donc à Goa avec mes compagnons de route, mais tellement troublé par la tristesse de la séparation, qu'il me semblait n'être déjà plus de la Compagnie de Jésus. Lui parti, on eût dit, d'ailleurs, que cette terre (je veux dire la terre de Goal j ne produisait plus de fruits de vertus et foisonnait de misères. Nous espérons, s'il ne meurt pas, le revoir ici dans le courant du mois de janvier. Puis, il ira en un pays qu'on appelle Japon.
Entre les Pères de Gomorin, qui avaient déjà connu François au mois de février, se trouvait le P. Enrique Enriquez*. Après Pavoir revu, au mois d'octobre, il écrit à S. Ig*nace (de Pembay, 3i octobre i548) :
Le P. Maître Francisco m'a ordonné d'écrire à V. R. et au P. Maître Simon, et à tous ceux de la Compag^nie de Jésus, ce qui se fait sur ces certes, et d'écrire longuement...
De la très édifiante lettre du P. Enriquez, qui n'a pas moins de onze g'randes pag'es, nous tirons les
I. Ij(; p. Kiiri(}uc tiinrûiucz enlrn au noviciat de CoîmLre» le 8 octobre 1545. 11 fui, juscjuVi sa mort (0 février 1600)» ui^ des plus vaillanU»ou* vriers de Tlnde. Frau<;ois le tenait pour un saint.
KRAN(;()IS A COMORIN (1548). 387
lig-nes suivantes; c'est par elles qu'il entre en matière :
Je veux, avant tout, vous parier du P. Maftre François, afin que vous et tous ceux de la Conipatî^nie rendiez, à son sujet, j^-râces à Dieu. Cette parole de saint Paul : Omnibus omnùi yartus sum^ ut omnes lucrifacerem, parole (|ue ceux de la Compagnie ont le devoir de s'a[)pro[)rier, lui, de tout son pouvoir, et supra t/uam dici potest, il travaille à la vérifier en sa personne. Je ne pourrai, liélas! faire assez entendre, par écrit, à V. R. la renommée dont jouit dans l'Inde le P. Maftre François. — De ce seul renom procèdent de grands biens pour les âmes et beaucoup de ijçloire pour Dieu Xotre-Seil^neur.
Tout le monde le tient pour un Saint. Pas un lieu où, dès qu'il y paraft, il ne soit écrasé de travail, et à tel point, que Ton s'estime très beureux si l'on a pu enfin l'atteindre et lui parler. Il est, dans tous ces pays, connue un soleil par l'exemple de sa sainte vie; aussi, je veux redire que la Compa«:nie tout entière a l'étroite obli^^ation de remercier continuellement Dieu Notre-Seijçneur, pour le sin^^ulier crédit qu'il lui a donné auprès de tous et pour l'immense bien (|u'il o[)ère...
Suit la loiiang^e des vertus et mérites du P. Antoine Criminal et du Frère Adam François. A propos de ce dernier, Enrique dit : (c C'a ëté une g-rande joie pour le P. Maître François de voir comment le Frère Adam travaillait. » II poursuit : a Afin d'obéir au P. Maître François, qui m'a commandé de le faire, je vous parlerai aussi de moi » ; et il raconte comment, par le conseil de l'Apôtre, il s'est appliqué à réliide de la langue malabare. Dieu a béni ses efforts.