‹ Saint François XavierChapitre 103 sur 820 · Valignano, p · texte numérisé non relu

Valignano, p

de corde dont le Portugal se débarrassait en les envoyant dans les stations fiévreuses de Mozambique et de Malacca, pauvres laboureurs et ouvriers sans travail, enrôlés par la Casa da India oriental, fascinés par la perspective d'être nourris pendant le voyage, d'autant plus faciles à séduire que, s'il était aisé d'aller aux Indes, il l'était un peu moins d'en revenir pour en donner des nouvelles. Un seul voyage avait dégoûté de la mer et la couronne ne se chargeait point des frais de retour. Aussi les pauvres, arrivés là-bas, y restaient ^ . Le navire devenait vite une sorte d'enfer, où l'on se disputait à coups de couteau un verre d'eau ou un pied d'ombre.

Gomment rester indifférent à ce spectacle ? Xavier avait le mal de mer, il l'eut pendant deux mois, mais il sut réagir. Il se mit au service des malades. Il avait, comme un officier, sa cabine; il en fit une infirmerie. Toute la traversée, il eut pour couchette un rouleau de cordages sur le pont. Il refusa de prendre place, pour les repas, au carré des officiers, près du gouverneur. On lui réserva sa part des mets servis à l'état-major : elle passa toute aux malades. Il lui suffisait, à lui, d'un peu de pain et d'eau. Déjà il s'était interdit l'usage du vin. « Un prêtre, disait-il, ne devrait boire que de l'eau : ce breuvage du moins n'excite pas les mauvaises passions, ne délie pas la langue, et ne fait pas découvrir ce qui doit rester caché 2. » Ainsi, chichement nourri, pauvrement vêtu, misérablement couché, il vivait en tout comme un homme du peuple. Mais aussi, gai toujours, d'humeur facile, sachant se relâcher de son austérité pour faire plaisir, causant avec tout le monde. Il soignait les malades, lavait leur linge, leur rendait tous les services les plus rebutants; et, en fait de malpropreté, le pout du navire valait tous les hôpitaux du monde. Sauf le temps qu'il réservait à Dieu, et pendant lequel il s'enfermait, il ne s'appartenait plus.

Il eut vite la réputation d'un saint, et il en eut l'autorité. Ceux-là qui, l'âme chargée de fautes, eussent fui le prêtre comme un remords, se laissaient approcher. Le blasphème, ce

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