‹ Saint François XavierChapitre 104 sur 820 · Pyraud, loc. cit · texte numérisé non relu

Pyraud, loc. cit

2. Valignano, p. 16. — Le P. Texeiia, dans ses notes sur Ribadeneira, observe qu'à la fin de sa vie, Xavier, qui savait ne rien exagérer, suivait la règle donnée par N.-S. : (( Manducate quae apponuntur vobis. » (Lettre du P. Ribadeneira, 8 déc. 1854. Arch, di Stato, Rome. Cens. Libr., t. I, fol. 23, v.)

blasphème emporté et furieux des gens du Midi, disparut. Les ennemis se réconcilièrent. Les jeux de hasard furent supprimés. Au lieu d'être une Sodome, le vaisseau devint comme une paroisse flottante, organisée, pieuse, retenue. Les chansons trop souvent obscènes, par lesquelles les passagers essayaient de tromper leur ennui, furent remplacées par des cantiques. Un siècle après, on les chantait encore sur la flotte des Indes ^

Après avoir doublé Madère, pour éviter les calmes des Canaries, les flottes filaient à l'ouest, au large de Palma, puis descendaient sur le cap Vert et la Sierra Leone. Elles entraient dans les eaux de la Guinée et sous les feux de la zone torride. C'est où la navigation devenait absolument intolérable.

Les marins ignoraient alors les lois fixes qui règlent les changements atmosphériques en ces parages. Pour un peu de retard, on allait infailliblement donner dans ce qu'on appelait alors les calmes^ — nos matelots disent « le pot au noir ». Ce fut le cas en 1541. Ce que put être alors le pont du Santiago^ nous pouvons l'imaginer par des récits à peu près contemporains.

Pas un souffle, ou bien des sautes de vent continuelles ballottant le navire de droite et de gauche sans le faire avancer. Un ciel chargé de gros nuages opaques fondant en avalanches soudaines et chaudes. Pour atmosphère, une étuve. L'eau distribuée aux passagers si fétide, si grouillante de gros vers, qu'il faut chercher un coin obscur pour boire sans voir ce qu'on absorbe. Les vêtements pourris tombant en lambeaux. Les passagers vivant dans leurs ordures, et, faute de pouvoir changer d'habits, ayant bientôt le corps couvert de pustules. Cris, gémissements, malédictions. Enfin, presque à coup sûr, l'épidémie, une eff"royable mortalité. Le danger était tel qu'on manquait rarement d'emporter dans son bagage un drap ou un sac pour servir de suaire^.

Or la flotte, cette année-là, resta quarante jours sans pouvoir sortir des calmes, et nous devinons à quoi dut s'exercer la charité du saint dans cet air étouffant et nauséabond. Depuis bien des années, disait-on, la caraque n'avait fait traversée

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