Philostorge,MiCNE, Patr. grtcque, t. 65, p
considérable et reçoit son clergé de Perse'. Au moyen âge et jusqu'aux dernières années du xv® siècle, voyageurs arabes et européens parlent d'insulaires nestoriens, nominalement rattachés au catholicos de Bagdad 2. Pour Jean de Barros, ils sont jacobites et relèvent de l'église voisine d'Abyssinie^.
Dès 1507 ou 1508, les Portugais en avaient chassé les Arabes et s'y étaient installés pour surveiller de là l'entrée de la mer Rouge. Une petite mission franciscaine y avait été fondée^.
La population était douce, honnête, timide, très pauvre. Du christianisme elle gardait quelques rites et de vagues souvenirs. Leurs caciz, comme les appelle Xavier, — d'autres disent leurs odambo^ — étaient une manière de curés et déjuges, élus et consacrés par le peuple pour un an; mariés, mais, tant que durait leur charge, astreints à une vie austère déjeunes stricts et de stricte continence. Sous leur direction, les Sokotorins se réunissaient dans une case en torchis, basse et misérable, aux murs quotidiennement frottés de beurre. Quatre fois par jour, d'autres disent six fois, vers minuit, à l'aurore, à midi, le soir, une crécelle appelait les gens. L'odambo présidait, ayant sur la poitrine une croix marquée d'yeux. Pendant qu'il débitait de mémoire, sans les comprendre, ses prières chaldéennes où revenait sans cesse le mot alléluia, une épaisse fumée de parfums remplissait la case; on encensait la croix sur l'autel, on l'oignait de beurre, on la portait en procession entre des lumières. Ce culte de la croix, c'était presque tout leur christianisme; tous en avaient une petite pendue au cou. Aux hommes on donnait des noms d'apôtres, le plus souvent celui de Thomas ; aux femmes, celui de Marie. Les Sokotorins avaient deux carêmes par an, l'un durant deux mois : ils vivaient alors de racines, d'herbes et de dattes. Toute infraction à la loi du jeûne était punie d'une excommunication temporaire. Longtemps, peut-être sous l'influence de leurs voisins, les Jacobites