IV. — Le diocèse de Goa
Au moment où les Paravers se convertissaient, Vindia portugueza était en voie de relèvement. Jean III avait renvoyé en Asie le vieux Vasco da Gama. L'amirante n'y était arrivé que pour mourir (1524-1525). Don Henriquez de Ménézes, son successeur, attaqua vigoureusement les abus, mais, lui aussi, mourut trop tôt (1526). Les années qui suivirent furent remplies par les compétitions de deux gouverneurs, gens de mérite pourtant et bons soldats, mais ambitieux : Pierre de Mascarenhas et Lopo Vaz de Sampaïo. Enfin Jean III, qui comprenait ses devoirs, désigna pour vice-roi un homme austère et intègre, Nuno daCunha.qui, pour le bien de l'Inde, resta en charge neuf ans (1529-1538).
On put se croire revenu aux beaux jours d'Albuquerque. De nouvelles conquêtes à l'angle nord-ouest des Indes assurèrent au Portugal la domination sur presque toute la côte occidentale. Baçaim, la ville la plus importante de la région, fut aussitôt occupée par les Franciscains. En même temps, ils évangélisaient la Salcette de Bombay. Les débuts lurent assez rudes; on était au lendemain de la guerre et en pays célèbre par ses grands sanctuaires idolâtriques. Il y eut du sang chrétien répandu.
1. Etait-il possible d'éviter cette situation? La question est complexe. D'abord, Etat chrétien, le Portugal ne faisait que remplir un devoir en favorisant les missions dans la splière de son influence. Puis Rome accepta cette alliance jusqu'au jour où elle devint une entrave à la création des évêchés nouveaux. De plus, les missionnaires, ne pouvant pénétrer aux Indes par la voie plus courte de l'Egypte ou de la Chaldée, devaient emprunter les vaisseaux portugais et faire de Goa leur centre d'action. Au fond, le grand malheur fut que le Portugal se montra ambitieux à l'excès, trop peu respectueux des droits politiques d'antrui, trop peu scrupuleux dans le choix de ses agents, — péché» communs à tous les peuples colonisateurs, — et, dans la suite des temps, trop étroitement attaché à ses droits de patronat. Mais ces fautes ne doivent pas faire oublier les services rendus.
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Mais, avec le temps, toute la région se couvrit d'églises. Un siècleaprès,on comptaitlà 14.000 fidèles répartis en 24 villages^
Lentement donc, par Tafllux continu des colons nouveaux, parles conversions d'indigènes, par les mariages et les mélanges de races, l'Eglise indo-portugaise s'étendait. 11 fallait songer à l'organiser.
En 1521, aussitôt après la prise de Goa, la fondation d'un évêclié y avait été décidée en principe. Mais le projet mit dixsept ans à se réaliser (1521-1538)-. En 1532, c'était chose faite, semblait-il ; Févêque don François de Mello avait ses bulles, il était sacré, il allait s'embarquer, quand la mort le saisit (27 avril)3. Impossible de lui nommer un successeur. A son défaut, un franciscain évêque, Fernand Vaqueiro, coadjuteur du cardinal infant, don Henri, accepta de partir avec le titre de vicaire épiscopal. Deux ans durant, il prêcha, confirma, fit des ordinations, visita les diverses stations. Puis, épuisé de labeurs, il mourut à Ormuz en 1535, au moment où il allait retourner en Europe"*. Trois ans s'écoulèrent encore en pourparlers. Enfin, le choix de la cour se fixa une fois de plus sur un franciscain, Jean d'Albuquerque, confesseur du roi. C'était un homme de haute vertu, ardent et humble, qui avait fait ses preuves comme provincial de son ordre. Il était castillan d'origine et déjà un peu âgé. Dans l'entourage du pape, on s'étonna de ce choix. « \jQ frère était vertueux sans doute, mais pourquoi nommer tant de frades (moines mendiants) aux évéchés, quand on avait des clerigos (prêtres séculiers)? » Le cardinal des Santi Quadro (des Quatre Saints Couronnés), Antoine Pucci, répliqua qu'un religieux qui a tout quitté pour Dieu, ne fera pas difiîculté d'aller ensevelir sa vie aux Indes. Pouvait-on en dire autant des autres? Le pape se laissa convaincre ; Jean d'Albuquerque fut nommé, consacré, et le roi pressa son départ^.
1. M. DE CivEzzA, t. vil, p. 231-232. Salcette, en 1321, avait déjà été arrosée par le sang de martyrs franciscains, le bienheureux Nicolas de Tolentino et ses compag-nons. Il y a une autre Salcette, près de Goa, où furent tues en 1583 le bienheureux Aquaviva et quatre autres jésuites,
2. La bulle /Eqiium repuiamtis, qui créa le siège do Goa, est du 3 novembre 1534 [Bullarium patronatus, I, p. 148).