‹ Saint François XavierChapitre 136 sur 820 · Mocquet, p · texte numérisé non relu

Mocquet, p

3. Mon. Xat>.^ p. 40. Voir dans le Père Gonçalvez (Cuos, f. I, p. 215), l'extrait d'un rapport envoyé au roi en 1542.

corde, miséricorde. Au secours, Seigneur, au secours, Seigneur, car nous périssons! Déchirez cette lettre*. »

De ces désordres, la première victime était l'Etat lui-même. Les finances allaient à la dérive. Les vaisseaux pourrissaient dans les chantiers. Les magasins restaient vides ; les denrées expédiées à la métropole arrivaient avariées. Du reste, il fallait se hâter pour faire fortune, car les cadres de Tadministration se renouvelaient tous les trois ans. Chacun travaillait pour son compte; on achetait sans payer aux indigènes, et on revendait fort cher au gouvernement. Avec cela, aucune prévision sérieuse de l'avenir. Les Portugais avaient la foi, mais une foi qui allait jusqu'à tenter Dieu. Les annales de la colonie à ses débuts racontaient une foule de faits, où il était permis de voir une intervention spéciale de la Providence. On s'était habitué à compter sur les miracles. C'était à décourager les prudents qui savaient bien, eux, que Dieu n'aide pas ceux qui s'abandonnent eux-mêmes*.

11 faut lire ici les pages navrées sur lesquelles le vieux Gaspard Correa, en 1566, ferme son livre des Lendas. 11 avait entrepris de raconter les exploits de ses compatriotes dans les Indes. Après les épisodes épiques des débuts, mêlés de prodiges et de miracles, il a fallu en venir aux années de décadence précoce. Il poursuit son récit jusqu'en 1551, l'avant-dernière année de notre saint. Arrivé là, il se décourage et, en posant la plume, il s'écrie : « Les malheurs présents, c'est la cruauté cupide qui les a causés ; le bien des premiers jours s'est tourné en calamité publique. J'ai été forcé de le décrire : j'espérais que mon travail aurait une conclusion heureuse. Il me semblait que, de ces maux que je voyais grandir, quelqu'un disparaîtrait devant le châtiment. Mais j'en ai tant vu, des gens d'ici, des homicides, s'en retourner au royaume sans craindre le moins du monde que la justice divine ou humaine punit leurs crimes, leurs vols commis sur les chrétiens, les Maures, les indigènes, les étrangers! J'ai vu commettre tant d'offenses contre Dieu et

1, India Ofpce, Londres. Mss. Poituguese Records, vol. 2.

2. Lettre de Gosme Anes, 30 déc. 1549, cité dans IIunter, HisL of British India, t. I, p. Wi. Cf. LwissE et Rambaud, IlUt. Générale, t. V, p. 898. Voir encore le Soldado pratieo, ou Observaçôes sobre as priiicipaes cotisas da Decadencia dos Portuguezeê na Asia, par do GouTO, Lisbonne, 17!)0, 8°.

des offenses invraisemblables! Puis les coupables paraissaient devant le roi. Or, on ne punissait ni l'offense faite à la royauté, ni le meurtre des sujets de Sa Majesté. Ce sera un terrible compte à rendre à Dieu. La cause du mal est que les gouverneurs vivent sans avoir rien à redouter ; aussi, capitaines de forteresses, juges, administrateurs des domaines ou des finances, s'enhardissent et vont à tous les excès dans leurs charges. J'ai vu de grands coupables, déjà bien condamnés, et que l'on espérait fermement voir punir, arriver en Portugal et y être glorifiés, parce qu'ils revenaient fort riches. Je le sais, il n'y a que les pauvres à souffrir. Quant aux voleurs, ils donnent aux juges une partie de l'argent volé et gardent le reste ; ils triomphent et ont, tout comme d'honnêtes gens, les faveurs de la cour.

« Les récompenses, grâces, charges lucratives seraient dues à ceux-là qui, au début, ont conquis les Indes. Ils y comptaient, vu leurs* bons services. Jamais ils n'en ont rien eu. Ils ont vieilli et s'en sont allés mourir à l'hôpital. La solde si bien gagnée qui leur était due, ne leur a jamais été payée, et elle reste lettre morte sur les registres à la charge du roi, qui, de tout cela, ne soupçonne rien. C'est que ses gouverneurs et mandataires donnent et distribuent les choses de l'Inde à leurs serviteurs etamis. Puis ceux-là les vendent aux vaillants qui les avaient conquises à coups de lance et à force de blessures, à ceux qui, estropiés au service du roi, ont été, sans plus d'examen, rayés sur la liste des salariés, à ceux qui avaient vieilli dans le travail. Ils n'auront donc d'autre récompense que Dieu seul; mais Dieu seul aussi sera le châtiment des coupables. »

Correa poursuit, rappelant que les abus ont suivi les prodiges accomplis par Dieu en faveur du Portugal et il conclut : « Nous avons tout oublié. Notre ingratitude s'est manifestée par l'excès de nos péchés aux Indes ; c'est paroùl'Inde en est venue à l'état où nous la voyons en cette présente année de 1551, cinquantequatre ans après la découverte. Que la sainte miséricorde de Dieu, dans sa grande bonté, daigne me pardonner mes fautes f Amen^ »

\.Lendas da Iitdia, t. IV, fin.

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