II. — Le côté du bien
Correa était arrivé dans les Indes en 1512, il avait été secrétaire d'Albuquerqué. Il avait pu suivre de près les alternatives de décadence et de relèvement qui remplirent la première moitié du xvi^ siècle. Impossible de récuser son témoignage. Il est clair cependant qu'il ne dit pas tout. A côté du mal, il y avait le bien. Mais le bien n'est pas intéressant à raconter» paraît-il, et ce n'est pas là ce qu'il faut chercher dans les vieilles relations. Déjà MafFei, compulsant les documents d'archives pour rédiger sa grande histoire des Indes, le constatait : « Très rares alors étaient les correspondances ; et dans ce qu'on a écrit, l'on ne trouve que récits de voyage, affaires de commerce» faits militaires; ou, pour les périodes de paix, les dissensions intestines. Quant au capital, les progrès du christianisme, les labeurs des apôtres pour évangéliser les barbares, leurs exploits, on dirait que cela ne regardait pas les écrivains, ils n'en parlent pas, ou ils passent en courant'.»
Il y aurait eu lieu cependant d'insister un peu ici et de nous donner quelques détails sur cet autre côté des choses. On trouvait de bons chrétiens à Goa, et plus nombreux sans doute que ne le feraient croire les plaintes de Correa. Le bruit mené par les prévaricateurs ne doit pas couvrir la voix plus modeste des marchands zélés, trop zélés même quelquefois, pour la gloire de Dieu, comme nous en rencontrerons souvent aux côtés de Xavier. Il n'y avait pas que des capitans cupides. Plus d'un comprenait ses devoirs et ses responsabilités. Pourquoi faut-il que ceux-là n'aient point d'histoire?
Le gouverneur venu avec l'évêque en 1538, don Garcia de Noronha, n'était pas l'homme dont l'Inde avait besoin : il ne fit que passer. En 1540, Etienne da Gama, fils du grand amirauté» lui succédait. Il ne devait rester que deux ans en charge (1540- 1542). Lui du moins se montra digne et de son nom et de son titre. Il commença parfaire publiquement inventorier ses biens^.
1. Hiêtoria Indcca, I, X {Opéra omnia, I, p. 270). Mêmes plaintes chez Luceîva. (1. I, ch. 14). La remarque vaut de presque tous les chroniqueurs. Ainsi, chez Correa, d(v Gouto, Faria y Sousa, Andrada, François Xavier n'apparaît que de loin en loin.