Do CouTO, D. V , I. VII, ch. i, p
Puis il assembla la noblesse, lui montra ce qu'elle se devait à elle-même et au public, lui reprocha ses excès, surtout son insolence à Tégard des faibles. Il parvint à faire accepter quelques règlements de police et de mœurs ; il alla jusqu'à combler de ses deniers les déficits du trésor. De ce côté du moins, l'évêque était sur d'être compris. Il pouvait monter en chaire, tonner contre les abus, lancer au besoin l'excommunication. Le gouverneur le soutenait, et, chose rare à Goa, Gama s'approchait publiquement des sacrements*.
Un autre secours, et très efficace, venait à l'évêque des « confréries de miséricorde ». Partout où les Portugais bâtissaient une forteresse, ils établissaient une de ces sociétés qui prenaient la surintendance de toutes les œuvres charitables. Il y en avait à Cochin, à Malacca, à Ternate, à Ormuz. Dans les ruines de ce qui fut la ville de Ghaul, quelques pans de murs sont encore debout; les indigènes les appellent les misri. Là du moins, le dernier souvenir qui reste des anciens maîtres atteste leurs bonnes œuvres. Partout et toujours les « confrères » seront les meilleurs amis de l'évêque et de François Xavier. La charité chrétienne réparait les fautes de l'ambition et de la cupidité.
La confrérie de Goa était florissante. Un voyageur français, rien moins que favorable aux Portugais, le médecin Dellon, écrivait au XVII® siècle: « Les bons bourgeois de la ville et ceux de la première qualité, sans en excepter le vice-roy, se font honneur d'être du nombre de ces frères. » 11 ont à leur tête « un prieur qu'ils appellent prouvedor : il n'y avait autrefois que les nobles que le pouvaient être. Mais la richesse des marchands les a introduits à cette dignité. Tout y va au profit des pauvres, et un prieur qui fait bien sa charge y met dans une année plus de 20.000 livres du sien. Outre le prieur, il y a un trésorier et un prieur des prisonniers. Les deux derniers distribuent des aumônes et sollicitent les affaires des pauvres prisonniers, tant pour le civil que pour le criminel, et obtiennent souvent leur grâce après même qu'ils sont condamnés. Le prouvedor du corps a soin de toutes les affaires et soulage secrètement
1. Gorrea; Lendas, t. IV, p. 117 ; Nazareth, Miti-as, I, p. 21.
les veuves, les orphelins et tous les misérables. Tous les confrères sont obligés de visiter les prisonniers, d'ensevelir les morts, d'accompagnerles patients au supplice, de les consoler jusques au dernier soupir, et de faire prier pour eux après leur mort. Toutes les charges de cette confrérie sont annuelles, afin que chacun y puisse entrer, et quoi qu'il en coûte, il n'y a personne qui ne les brigue. C'est une congrégation sincère où la charité règne glorieusement'.»
L'évêque était encore soutenu dans son œuvre de zèle par un petit groupe de prêtres et de religieux dont les noms sont inséparables du sien et de celai de Xavier. Nommons Michel Vaz, son vicaire général, depuis longtemps dans la colonie, très au courant des besoins locaux, tenu pour un fanatique par les historiens protestants^, mais très estimé de notre saint pour sa fermeté et sa clairvoyance 3, puis Diogo de Borba, Franciscain sécularisé, venu aux Indes avec l'évêque en 1539*, et les trois Franciscains Antonio Padrào, custode des missions de son ordre, Vincent de Lagos, et Jean da Villa de Gonde^.
Or, examinant avec ses collaborateurs la situation de son gigantesque diocèse, don Jean d'Albuquerque avait reconnu que rien ne lui manquait plus, avec de bons prédicateurs, que des prêtres sachant les langues du pays et en mesure de s'occuper des indigènes. 11 ne fallait point compter les faire venir de Lisbonne. Arrivés à Goa, ils n'en voudraient plus sortir et les forteresses éloignées resteraient sans pasteur.
Restait à se recruter sur place. La question du clergé colonial se posait donc, et aussi celle du clergé indigène. En principe elles étaient résolues depuis longtemps Entre 1531 et 1535,
1. Dkllon, Relation d' un l'oyage aux Indes orientales, Pavis, 1685, 2 in-12, t.II, p. 53, 55.CeDollon est un de ceux qui ont le plus chargé l'inquisition goanaise. — Les premières Miséricordes furent fondées à Lisbonne en 1498 par le trinitaire espagnol Michel de Contreras. Voir Costa Goodolphi.m, As Misericordias, Lisbonne, 1897, S"; — Pyrard, édit Gray, t. II, p. 10 ; — Mon. Za^., p. 269, 270.
2. « Miguel Vaz was a mère vulgar persecutor « (Whiteway, p. 63).
3. Mon. Xai>., p. 376. Vaz était vicaire général depuis 1530. Il mourut en 1^48 (Nazareth, p. 36,597).
4. Mon. Xav., p. 264 ; Nazareth, p. 20, 595; Cros, 1, p. 200. D'après do Couto, Maître Diogo rentra dans son ordre avant de mourir. D. VI, 1. VU, ch. 5, p. 93.