Pour travailler dans l'ample vigne du Seigneur
vie, de le servir en tout et pour tout, comme il le veut, et que sa sainte volonté soit accomplie ici-bas.
« De Goa, 20 septembre 1542
« V ester inutilis f rater in Christo \
« Franciscus de Xabier. »
Notre saint est tout entier dans cette fin de lettre, avec sa soif de souffrances pour le bien des âmes et la gloire de Dieu, avec sa persuasion que l'apôtre ne fait rien d'efficace sans s'immoler lui-même, que sa force lui vient, après Dieu, delà communion des saints, du mystérieux échange de mérites qui se fait entre les membres de la sainte Eglise.
Désormais des lettres de ce genre s'en iront tous les ans porter à la Compagnie de Rome ou de Lisbonne le meilleur de son âme. Il vit toujours, par le souvenir, auprès de ceux qu'il a laissés; sa joie est de le leur redire sous toutes les formes. En Europe, on attendra ses lettres avec impatience; car, sans parler des détails intéressants sur les lointains pays, elles arrivent toujours chaudes de l'amour de Dieu et des âmes, toujours tendres et expressives. Xavier ne s'y mettra pas en frais de littérature. Les amateurs de beau langage et de composition savante ne trouveraient là que phrases souvent embrouillées, à peine correctes, écrites au courant de la plume par un homme dont tous les moments sont dus au prochain. Au texte castillan se mêlent des bouts de phrases latines, des mots portugais, les premiers qui lui viennent sous la plume^.
Mais tout cela est vivant et comme haletant. On s'imagine le voir, dictant ou écrivant sa lettre, à chaque instant interrompu, et reprenant comme il le peut le fil de ses idées. 11 ne cherche qu'une chose, soulager son cœur, dire à ses frères combien il les aime, les appeler au secours, leur communiquer un peu du feu divin qui le dévore, et vivre en communauté d'idées et de mérites avec ceux qui combattent sur d'autres plages.